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mardi 9 août 2022

La base de toute spiritualité


 

Quand nous sommes déçus par la spiritualité, c'est souvent parce nous allons vers la spiritualité pour des raisons... décevantes. Pour des motifs superficiels, pour des "siddhi" comme on dit en Inde.


Et pourquoi ? Parce que nous n'avons pas pleinement pris conscience du problème, du problème de la vie. Dans toutes les traditions, l'élan intérieur naît de la réalisation de la souffrance, de l'impermanence et de l'absurdité de nos poursuites ordinaires.

La vie est souffrance. Non par accident, de-ci, de-là, mais par nature. La vie est tissée de souffrance, chez l'homme et chez les autres animaux. Y-a t-il un remède ?

Si je ne réalise pas pleinement ce problème, alors je ne peux pas vraiment aspirer à la solution. Si le diagnostic est partiel, le remède le sera aussi. La guérison sera incomplète et je serai déçu.

Nous négligeons trop souvent cet aspect de la vie intérieure, qui est son pourtant fondement !

Sans connaissance des limites de la vie ordinaire, ma vie intérieure manquera d'élan, d'énergie, je vivrai entre deux mondes et sans doute perdrai-je dans les deux. Sans connaissance des défauts inhérents à l'existence, sans maturité donc, je serai tiède. Je ne serai pas heureux dans la vie ordinaire, mais je ne pourrai pleinement goûter à la vraie vie.

Pour nous aider à méditer sur les limites de l'existence ordinaire, je conseille de méditer l'Essence du yoga selon Vasishta, publié chez Almora, en particulier le début.

mardi 7 juin 2022

Alchimie de la souffrance

 

peinture de Dorina Costras

Le christianisme est spécialisé dans la transmutation de la douleur en amour. C'est sa force.

Mais parfois, cette alchimie de la douleur vire en dolorisme. Certains Chrétiens, et non des moindres, et souvent, ont fait de la souffrance l'essence même du christianisme. Selon eux, l'on ne peut être Chrétien sans souffrir et sans aimer la souffrance. Que la souffrance soit une puissante alliée d'évolution intérieure, soit. Mais qu'il faille l'aimer, cela me semble difficile à tenir. La souffrance n'est-elle pas un mal ? Comment pourrait-on vouloir, désirer ou aimer le mal ? Je peux tout aimer en Dieu ; mais comment pourrai-je aimer la douleur pour la douleur ? Le christianisme n'enveloppe-t-il pas une idolâtrie de la souffrance ?

Loin de moi la tentation de taper sur le cliché du "judéo-christianisme" repaire de tous les vices, expression malsonnante à mes oreilles. Cependant, force est de constater que le christianisme a souvent, voire généralement, glissé dans une fascination morbide pour la souffrance, fascination parfois malsaine et aux relents égotiques.

Si l'on ne m'en croit, que l'on relise, entre mille exemples, ce passage de l'un des bestsellers du Grand Siècle, dans la bouche d'une âme pourtant très mesurée par ailleurs :

"La principale inclination de la grâce du christianisme, c'est de porter à souffrir. Être chrétien, et ne point souffrir, est chose impossible. En effet l'expérience fait connaître que, quand je suis sur la croix [=quand je souffre], je sens dans le fond de mon intérieur une joie solide et parfaite, quoique l'homme extérieur soit dans la tristesse et la répugnance. Au contraire, quand je ne souffre plus, mes sens se sentent soulagés et se réjouissent, mais au fond de l'âme, j'aperçois une certaine humiliation de n'être plus souffrant et abjecte [N'est-ce pas là l'ego qui est humilié par les plaisirs ?]. Il faut donc prendre garde que notre intérieur ne soit rempli de saillies, de mouvements de nature, de certaines petites satisfactions secrètes, d'une horreur de la croix [= de la douleur], et d'opinions contraires à la lumière de la foi."

Jean de Bernières, Lettres à l'ami intime, vers 1650

Il y aurait tant à dire sur ce sujet si profond. La douleur est un aiguillon de vie. Ce paradoxe est bien connu de tous temps et lieux. Mais, de là à en faire nécessité, il y a un grand pas, peut-être démesuré, par-delà la démesure même de l'amour. Pourquoi ne pas savourer le beau et le bon quand il s'offre à nous ? Pourquoi considérer que la Nature (humaine et cosmique) est entièrement corrompue ? 

Accueillons l'alchimie de la souffrance quand elle ne manque pas de survenir, et savourons les plaisirs quand ils se présentent. La Nature n'est pas mauvaise. La chair n'est pas mauvaise. Sans sombrer dans le culte des plaisirs immédiats, comme il arrive actuellement, sachons vivre une certaine sagesse, folle à l'occasion, mais mesurée en son ordinaire. Il y a aussi une humilité dans l'acceptation des cadeaux de la vie, voire une abjection dans l'ouverture à la jouissance, tant qu'elle ne viole point la dignité d'autrui. Ne se pourrait-il que l'amour-propre aille se cacher jusque dans l'amour de la souffrance ?

vendredi 5 mars 2021

Accepter la jouissance



Le christianisme est, je crois qu'on peut le dire, spécialisé dans la transmutation de la douleur en amour. C'est sa force.

Mais parfois, cette alchimie de la douleur vire en dolorisme. Certains Chrétiens, et non des moindres, et souvent, ont fait de la souffrance l'essence même du christianisme. Selon eux, l'on ne peut être Chrétien sans souffrir et sans aimer la souffrance. Que la souffrance soit une puissante alliée d'évolution intérieure, soit. Mais qu'il faille l'aimer, cela me semble difficile à tenir. La souffrance n'est-elle pas un mal ? Comment pourrait-on vouloir, désirer ou aimer le mal ? Je peux tout aimer en Dieu ; mais comment pourrai-je aimer la douleur pour la douleur ? Le christianisme n'enveloppe-t-il pas une idolâtrie de la souffrance ?

Loin de moi la tentation de taper sur le cliché du "judéo-christianisme" repaire de tous les vices, expression malsonnante à mes oreilles. Cependant, force est de constater que le christianisme a souvent, voire généralement, glissé dans une fascination morbide pour la souffrance, fascination parfois malsaine et aux relents égotiques.

Si l'on ne m'en croit, que l'on relise, entre mille exemples, ce passage de l'un des bestsellers du Grand Siècle, dans la bouche d'une âme pourtant très mesurée par ailleurs :

"La principale inclination de la grâce du christianisme, c'est de porter à souffrir. Être chrétien, et ne point souffrir, est chose impossible. En effet l'expérience fait connaître que, quand je suis sur la croix [=quand je souffre], je sens dans le fond de mon intérieur une joie solide et parfaite, quoique l'homme extérieur soit dans la tristesse et la répugnance. Au contraire, quand je ne souffre plus, mes sens se sentent soulagés et se réjouissent, mais au fond de l'âme, j'aperçois une certaine humiliation de n'être plus souffrant et abjecte [N'est-ce pas là l'ego qui est humilié par les plaisirs ?]. Il faut donc prendre garde que notre intérieur ne soit rempli de saillies, de mouvements de nature, de certaines petites satisfactions secrètes, d'une horreur de la croix [= de la douleur], et d'opinions contraires à la lumière de la foi."

Jean de Bernières, Lettres à l'ami intime, vers 1650

Il y aurait tant à dire sur ce sujet si profond. La douleur est un aiguillon de vie. Ce paradoxe est bien connu de tous temps et lieux. Mais, de là à en faire nécessité, il y a un grand pas, peut-être démesuré, par-delà la démesure même de l'amour. Pourquoi ne pas savourer le beau et le bon quand il s'offre à nous ? Pourquoi considérer que la Nature (humaine et cosmique) est entièrement corrompue ? 

Accueillons l'alchimie de la souffrance quand elle ne manque pas de survenir, et savourons les plaisirs quand ils se présentent. La Nature n'est pas mauvaise. La chair n'est pas mauvaise. Sans sombrer dans le culte des plaisirs immédiats, comme il arrive actuellement, sachons vivre une certaine sagesse, folle à l'occasion, mais mesurée en son ordinaire. Il y a aussi une humilité dans l'acceptation des cadeaux de la vie, voire une abjection dans l'ouverture à la jouissance, tant qu'elle ne viole point la dignité d'autrui. Ne se pourrait-il que l'amour-propre aille se cacher jusque dans l'amour de la souffrance ?

vendredi 12 avril 2019

La souffrance doit être enveloppée dans la vie intérieure

"There is also purpose in that life which is almost barren of both creation and enjoyment and which admits of but one possibility of high moral behavior: namely, in man’s attitude to his existence, an existence restricted by external forces. A creative life and a life of enjoyment are banned to him. But not only creativeness and enjoyment are meaningful. If there is a meaning in life at all, then there must be a meaning in suffering. Suffering is an ineradicable part of life, even as fate and death. Without suffering and death human life cannot be complete."

Il y a du sens même dans cette vie presque entièrement dépourvue de créativité et de jouissance et qui n'a plus qu'une seule possibilité d'exister moralement, à savoir, l'attitude face à cette vie, même si c'est une vie limitée par des forces extérieures. Une vie de créativité, une vie de jouissance sont alors impossibles. Mais ce ne sont pas les seules vies douées de sens. Si la vie a un sens, alors il doit y avoir un sens dans la souffrance. La souffrance est une part inévitable de la vie, tout comme le hasard et la mort.

Viktor Frankl, Man's Search for Meaning, "Experiences in Concentration Camps"

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