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mardi 9 août 2022

La base de toute spiritualité


 

Quand nous sommes déçus par la spiritualité, c'est souvent parce nous allons vers la spiritualité pour des raisons... décevantes. Pour des motifs superficiels, pour des "siddhi" comme on dit en Inde.


Et pourquoi ? Parce que nous n'avons pas pleinement pris conscience du problème, du problème de la vie. Dans toutes les traditions, l'élan intérieur naît de la réalisation de la souffrance, de l'impermanence et de l'absurdité de nos poursuites ordinaires.

La vie est souffrance. Non par accident, de-ci, de-là, mais par nature. La vie est tissée de souffrance, chez l'homme et chez les autres animaux. Y-a t-il un remède ?

Si je ne réalise pas pleinement ce problème, alors je ne peux pas vraiment aspirer à la solution. Si le diagnostic est partiel, le remède le sera aussi. La guérison sera incomplète et je serai déçu.

Nous négligeons trop souvent cet aspect de la vie intérieure, qui est son pourtant fondement !

Sans connaissance des limites de la vie ordinaire, ma vie intérieure manquera d'élan, d'énergie, je vivrai entre deux mondes et sans doute perdrai-je dans les deux. Sans connaissance des défauts inhérents à l'existence, sans maturité donc, je serai tiède. Je ne serai pas heureux dans la vie ordinaire, mais je ne pourrai pleinement goûter à la vraie vie.

Pour nous aider à méditer sur les limites de l'existence ordinaire, je conseille de méditer l'Essence du yoga selon Vasishta, publié chez Almora, en particulier le début.

jeudi 20 janvier 2022

Le Tantra est la vérité du Veda

 

Dans son Poème pour reconnaître le Seigneur en soi (Īśvarapratyabhijñākārikā), Outpala Déva démontre ainsi que la conscience, c'est-à-dire le Soi, notre essence, est divine :

tathā hi jaḍabhūtānāṃ pratiṣṭhā jīvadāśrayā
jñānaṃ kriyā ca bhūtānāṃ jīvatāṃ jīvanaṃ matam // 

[La conscience est divine] car le fondement des choses privées de conscience propre est ce qui est vivant. Or, l'omniscience et l'omnipotence sont la vie même de ce qui est vivant". (I, 1, 4)

Je ne vais pas ici expliquer ce verset, qui résume la philosophie de la Reconnaissance. Disons seulement que le monde dépend des êtres vivants (jîva), c'est-à-dire de leur conscience. Or, la conscience est omnisciente et omnipotente. Ces attributs sont divins. Donc, la conscience ou la vie sont divines.

Mais pourquoi, dans ce verset, Outpala Déva emploie-t-il le mot "vie" ou "être vivant" plutôt que "conscience" ? Son propos serait alors plus clair, non ? De plus, l'"être vivant" (jîva), cela renvoie à un être mortel, périssable, limité, à un individu. 

La réponse, à mon avis, tient en deux points. Et il y a une réponse, bien sûr, car Outpala Déva ne choisissait pas ses mots au hasard.

La première est que la philosophie tantrique de la Reconnaissance ne nie pas totalement l'individu. Comme le monde, l'individu n'est pas une pure illusion. Il est plutôt une création du Créateur, c'est-à-dire de la conscience universelle. 

La seconde est la suivante : Dans la tradition indienne au sens large, le Dharma, l'ordre naturel et juste des choses, dépend de la proximité de chaque chose à la vie. Plus une chose ou un être sont "vivants", plus ils sont purs et placé haut dans la hiérarchie. Plus ils sont proches de la mort, plus ils sont situés bas. Ce principe permet d'expliquer de nombreux détails des coutumes indiennes.

Et donc, en disant que la conscience est vie, Outpala Déva fait un clin d'œil en direction de cette vision orthodoxe. Mais il la subverti, car si la "vie" est "conscience", alors tout ce qui est proche de la conscience ou qui stimule ou éveille la conscience, est "pur". Or, la viande (la nourriture) et l'alcool (consommés en juste quantité) éveillent la conscience, l'intensifient. En termes tantriques, ils désinhibent la conscience et la révèlent comme félicité, car comme le Veda l'affirmait déjà, "le brahman (l'absolu) est félicité" ou plaisir. De même, les sécrétions sexuelles (il faudrait trouver un terme plus élégant) proviennent de la conscience intensifiée, et ils ont le pouvoir insigne de créer semble-t-il cette conscience à partir de la matière. 

Ces trois - nourriture, boisson fermentée et sécrétions sexuelles - sont les trois mystère du Tantra, en particulier de la tradition Kaula. En disant que la conscience est vie, Outpala Déva envoie donc un message aux tenants de l'orthodoxie et de la pureté en Inde : votre "pureté" n'est qu'une compréhension partielle de la conscience. Et donc, sans le savoir, quand vous, les orthodoxes, aspirez à adhérer à votre pureté qui condamne l'alcool, par exemple, vous aspirez en réalité à la félicité pure de la conscience, qui est la pureté même. Et donc, vous devriez pratiquer les rites tantriques que vous condamnez. En réalité, ce que vous prenez pour de l'impureté, c'est la véritable pureté si l'on suit jusqu'au bout vos propres critères !

Ce choix de mot, surprenant, suggère donc en réalité que le Tantra est la vérité du Veda, de la tradition orthodoxe de l'Inde.

samedi 20 mars 2021

La vie par la mort



I. 36 Il n'y a pas de mort sans une vie

Je le dis, rien ne meurt ; il n'y a qu'une autre vie - 

Même dans les pires tourments - à nous donnée par la mort.

Angélus Silesius

______________________

Ainsi, par de mort sans vie, pas de vie sans mort. Chacune des deux donne l'autre et c'est encore plus vrai dans la vie intérieure, mystique. Pas de vide qui ne débouche sur une plénitude préparée par ce vide, pas de plénitude qui n'ouvre sur un vide encore plus vide. Shiva et Shakti sont inséparables comme l'inspir et l'expir, comme le silence intérieur et la vibration du cœur. 


mardi 10 novembre 2020

Le triangle sacré




 La vie est cycles, marche, respiration, naissances et morts.

Il y a ainsi veille et sommeil. Tout et rien.

La vie intérieure, de même, est vide et plénitude, 

entre les bars du silence et de l'extase.

Quant à son fruit, il comporte aussi ces deux versants,

cet inspir et cet expir, mais comme transfigurés

par l'attention donnée.

L'union du vide et du plein engendre la vie,

la vie intérieure

et la vie transfigurée.


Et cette vie est comme le troisième côté du triangle,

à l'image de ce sanctuaire de Sardaigne,

vieux de plusieurs milliers d'années,

que j'ai eu la joie de visiter.

Quelle merveille,

ce temple de la vie,

sous la lumière de la lune

qui plonge ses doigts d'argent

dans les eaux lustrales 

du cercle de la matrice.


Un archéo-astronome, à propos de ce site :



mercredi 4 novembre 2020

Le non-dualisme de la parole, une invitation à célébrer la vie ?



 Le non-dualisme du Vedânta, dont le plus célèbre représentant est Shankara, est le plus représenté aujourd'hui encore quand on parle des philosophies de l'Inde. 

Il y en a pourtant d'autres. Outre le shivaïsme du Cachemire avec la philosophie de la Reconnaissance (pratyabhijnâ), il y a le non-dualisme de la parole (shabda-advaita) de Bhartrihari (Ve siècle ?), lui aussi lié au Cachemire semble-t-il.

A son sujet, le professeur François Chenet écrivait :

"Bhartrihari développa une métaphysique non-dualiste du Bramna-Parole principielle conçu comme le Principe ultime qui vient à se transformer (shabda-parinâma) et à se différencier. Or, c'est une telle unité sous-jacente qui rend compte de la possibilité de la différenciation et de la division. Comme "toute différence présuppose l'unité", les divisions et différenciations présupposent l'unité à titre de principe explicatif. Les divisions et différenciations ne prennent sens qu'eu égard au monde empirique et phénoménal ; mais pour ceux qui ont accédé à la connaissance de l'essence du langage, les divisions phénoménales des concepts et des formes ne revêtent plus aucune signification réelle. C'est pourquoi, selon Bhartrihari, l'étude de la Grammaire (vyâkarana) est la porte qui achemine à la délivrance. En vérité, cette percée à travers le voile du langage pour se hausser au-delà de l'opposition même de l'être et du non-être, qu'à en vie Nietzsche, c'est aux grandes philosophies à visée sotériologiques indiennes seules [...] qu'il revenait de l'opérer moyennant un saut opérant un changement radical de plan." (Catégories de langue et catégories de pensée en Inde et en Occident, p. 61)

Le shivaïsme du Cachemire, c'est-à-dire le tantrisme qui est, avec le védisme, une voie de la Parole (vâc), a développé les pistes offertes par Bhartrihari. 

Or, j'observe que le védisme est, avec le tantrisme, la tradition la plus positive. Indo-européenne d'origine, apparentée aux grandes traditions grecques et européennes, elle célèbre la vie en tous ces aspects. Elle est un témoignage unique d'une spiritualité pré-abrahamique conservé presque intacte.

Comme le védisme et le tantrisme ont en commun de célébrer la vie et la parole, on peut se demander s'il n'y a pas plus qu'une corrélation. L'importance donnée à la parole semble bien liée à une vision plus positive de la vie. Par quel truchement ? Par la poésie. La parole, c'est la poésie, la création par la parole. Or, la création incite à célébrer ce que l'on crée. La vie. En fait, la parole est l'essence de la vie humaine, voire de la vie même. Cela m'apparaît de plus en plus clairement. Bien sûr, la parole ne suffit pas, et même une certaine poésie peut être mise au service des pulsions de mort, comme on le voit dans certaines traditions. Il y a des poèmes qui appellent au meurtre, à la mort, à la haine de tous les autres, il y a des poèmes qui célèbrent une caricature de l'unité, à l'image de l'Œil de Sauron, "l'Unique", imitation pervertie de l'unicité du tout et des parties. Ne confondons pas monothéisme et monolâtrie. 


Le shivaïsme du Cachemire, la Voie du Mantra, explique clairement cette ambivalence de la Parole. Mais avec un peu de connaissance, elle redevient source de liberté et de délectation. La Parole est la porte vers la liberté (moksha) et vers la jouissance (bhoga). Les traditions qui dénigrent la parole, qui valorisent l'inculture et la paresse mentale, confondue avec une transcendance, sont des poisons. Il n'y a pas de spiritualité de la vie sans valorisation de la Parole. Cela ne suffit peut-être pas, mais c'est nécessaire.

samedi 31 octobre 2020

Une spiritualité de la vie est-elle possible ?


 

La spiritualité est presque toujours fondée sur le rejet du corps. Et de tout ce qui va avec. Le but de la spiritualité classique est d'immobiliser le corps, de le tuer, de passer dans le néant.

A l'exception du tantrisme. Plus spécialement des traditions Kaulas.

Ailleurs, il y a des bribes, des élans, des effluves, mais rien de cohérent. Le platonisme est foncièrement ascétique. Ses dérivés chrétiens, juifs, musulmans, le sont aussi. En Chine, le taoïsme alchimique reste ascétique, même quand il intègre des éléments sexuels. Le bouddhisme, même tantrique, reste radicalement opposé au corps, à la sexualité, à la présence des femmes. Le Vedânta, le Sâmkhya, le Yoga de Patanjali, Ramana Maharshi, Nisargadatta Maharaj, rejettent le corps. Certes, il y a des nuances, des degrés dans ce rejet. Mais il demeure essentiel, fondateur. L'acte de naissance de la spiritualité est la mort du corps. Les pratiques d'ascèse, de yoga, de méditation, de respiration, et même les pratiques corporelles et sexuelles, ont toutes pour but l'immobilité du corps, c'est-à-dire la mort. Bien sûr, il y a des tensions, des réactions vitales, ici et là, des actes de résistance. Mais la racine, ou disons le tronc, n'en demeure pas moins.

Aujourd'hui, la spiritualité semble contredire cette affirmation. Partout, on célèbre la vie, le corps, le ressenti, les cycles organiques, le féminin... Cependant : 1) Cette tendance est en grande partie motivée par des raisons commerciales ; l'authenticité de ses fruits peut donc être contestée ; 2) La question demeure de savoir si ces spiritualités sont vraiment des spiritualités ou simplement des "pratiques de bien-être" ?

Autrement dit, 

1) Qu'est-ce que la spiritualité ?

2) Une spiritualité de la vie est-elle possible ?


1) Il y a deux manières de comprendre la "spiritualité" : a) Comme vie de l'esprit, avec la tentation d'oublier le corps et la vie qui fonde, humblement mais indubitablement, la vie de l'esprit. C'est la tentation à laquelle succombent toutes les spiritualités. b) Comme respiration, comme découverte du souffle, lien unifiant le corps et l'esprit.

2) Une spiritualité, comprise de cette dernière manière, serait possible à condition d'inclure à la fois l'esprit et le corps. Le corps étant mortel, il doit exister, d'une manière ou d'une autre, d'autres corps, matériels, sensibles, et non seulement des "corps de lumière" qui ne sont pas des corps, puisqu'ils ne sont pas corporels. Or, cela, je puis bien le croire, mais je n'en ai pas la preuve. 

Par conséquence, une spiritualité de la vie n'est possible que sur la base d'une foi.


vendredi 31 juillet 2020

Vijnâna Bhairava Tantra 139-142 La vie éveillée

File:17th Century Aiyyanar Bronze.jpg - Wikimedia Commons


Shiva décrit le fruit de ces pratiques, la vie éveillée :

nistaraṅgopadeśānāṃ śatam uktaṃ samāsataḥ |
dvādaśābhyadhikaṃ devi yaj jñātvā jñānavij janaḥ || 139 ||
"Ces 112 instructions secrètes ont été dites :
qui les connaît est une personne savante, Ô Déesse !"

atra caikatame yukto jāyate bhairavaḥ svayam |
vācā karoti karmāṇi śāpānugrahakārakaḥ || 140 ||
"De plus, qui épouse l'une d'elles plus sépcialement,
renaît en le divin incarné.
Sa parole est créatrice,
source de malédiction et de bénédiction."

ajarāmaratām eti so 'ṇimādiguṇānvitaḥ |
yoginīnām priyo devi sarvamelāpakādhipaḥ || 141 ||
"Il atteint l'immortalité et la jeunesse éternelle,
orné des pouvoirs surnaturels.
Cher aux Yoginîs, Ô Déesse,
il est roi de leurs rencontres."

jīvann api vimukto 'sau kurvann api na lipyate |
"Bien que vivant, il est libre.
Agissant, il n'agit pas."

jeudi 28 mai 2020

La vie véritable



"Maître Eckhart a écrit : 
'L'état d'esprit que tu as à l'église ou dans ta cellule,
emporte-le avec toi dans le monde,
dans ton agitation et ton inconstance.'
Au tréfonds de chacun de nous,
il est un merveilleux sanctuaire de l'âme,
un lieu saint, un Centre divin, 
une voix qui se fait entendre,
et nous pouvons y revenir sans cesse.
L’Éternité frappe à la porte de notre coeur,
elle cherche à pénétrer dans notre vie déchiquetée par le temps,
elle nous réchauffe en nous faisant entrevoir une magnifique destinée,
elle nous appelle à trouver en elle notre véritable foyer.
Obéir à ces appels, s'en remettre joyeusement,
corps et âme, sans réserve,
à la Lumière intérieure,
c'est le commencement de la vie véritable."

Thomas R. Kelly, La Présence ineffable, p. 17

Kelly, mort en 1941, était un philosophe Quaker intéressé par les "sagesses orientales".
Il prépara une thèse, puis une seconde à Harvard. Mais le jour de la soutenance en 1937, face au jury, il resta paralysé d'angoisse.
Il se tourna alors entièrement vers la source intérieure.

mercredi 25 mars 2020

Du fond de la cellule


Une description de la vie 
et une invitation à vivre.

"Maître Eckhart a écrit : 

'L'état d'esprit que tu as à l'église ou dans ta cellule,
emporte-le avec toi dans le monde,
dans ton agitation et ton inconstance.'

Au tréfonds de chacun de nous,
il est un merveilleux sanctuaire de l'âme,
un lieu saint, un Centre divin, 
une voix qui se fait entendre,
et nous pouvons y revenir sans cesse.
L’Éternité frappe à la porte de notre cœur,
elle cherche à pénétrer dans notre vie déchiquetée par le temps,
elle nous réchauffe en nous faisant entrevoir une magnifique destinée,
elle nous appelle à trouver en elle notre véritable foyer.
Obéir à ces appels, s'en remettre joyeusement,
corps et âme, sans réserve,
à la Lumière intérieure,
c'est le commencement de la vie véritable."

Thomas R. Kelly, La Présence ineffable, p. 17

Thomas Kelly était un prédicateur Quaker du XXè siècle.
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