samedi 30 octobre 2021

Satsang !

 Satsang ce soir à 21h.

Le satsang est une réunion en communion, silence et questions.

https://us02web.zoom.us/j/87255537226?pwd=MFNaRHQ1eGVmTm8rVTZPWFh3TGdvdz09

ID de réunion : 872 5553 7226

Code secret : 807118




jeudi 28 octobre 2021

Fuir l'extérieur pour aller à l'intérieur ?


 Il y a une vie intérieure : la découverte d'une manière d'être plus profonde, plus vraie, plus joyeuse, moins absurde. Aussi, grande est la tentation de se retirer vers cet intérieur béni quand les choses vont moins bien, quand la vieillesse, la maladie, la mort, l'injustice ou la malchance se présentent. Et quand tout va mieux, nous pouvons nous sentir frustrés de cet intérieur, tout de même, car là est le sens, la valeur, le salut, la substance. Désormais nous le savons ; nous pouvons ajourner, reporter, mais nous ne pouvons plus échapper à cette nouvelle conscience. La source a été trouvée. Comment pourrait-on l'oublier ? La source de vie est ce silence intérieur en lequel chacun de nos membres renaît, en qui chaque pensée, chaque émotion semble à sa place, comme une eau fluide et fraîche coule d'une manne assurée.

L'extérieur aussi nous appelle. Comme une autre saveur, plus âcre, après les douceurs du cœur profond. L'action, les responsabilités, l'aide aux autres... Que faire alors ? Que choisir ? L'intérieur ou l'extérieur ? Les deux semblent incompatibles et le dilemme ressemble à un nœud inextricable.

Maître Eckhart évoque cette alternative, mais nous suggère qu'il n'y a pas à choisir, car l'intérieur appelle l'extérieur et cet extérieur doit jaillir dans l'intérieur, sans le détruire :

"Cela ne veut pas dire qu'il faille fuir son intériorité, s'en détacher à la renier [ce serait excessif], mais bien au contraire : il faut apprendre à agir en elle, avec elle et par elle. En sorte que l'intériorité fasse irruption dans la réalité extérieure et que cette réalité extérieure soit réintroduite dans l'intériorité, et que l'on s'habitue alors à devenir libre dans l'activité. Il faut diriger son regard vers cette activité intérieure et agir à partir d'elle, que ce soit lire, prier ou, s'il convient, accomplir des œuvres extérieures. Si l'activité extérieure trouble l'opération intérieure, que l'on suive la voie intérieure. Mais si les deux pouvaient être unies, ce serait la meilleure manière d'agir ensemble avec Dieu". Conseils spirituels, chapitre 24, trad. Wackernagel

Eckhart évoque dans ce passage très précieux la relation délicate entre vie intérieure et vie extérieure. Il ne s'agit en aucun cas de sacrifier la relation avec la source intérieure sur l'autel d'une efficacité extérieure, sociale, au nom de la morale par exemple. Eckhart souligne sans cesse que les œuvres en elles-mêmes sont sans valeur, du moins tant qu'elles ne découlent pas d'une intention bonne, c'est-à-dire jaillissant du silence intérieur, vivant et vibrant. 

Tant que l'intérieur semble faible, prenons en soin. C'est peut-être cela, "prendre soin de soi". Point trop n'en faut. Agir lentement, en revenant sans cesse à l'intérieur, au "je suis" concret. Donner le temps au temps, ou plutôt donner à ce qui est au-delà du temps, le temps de jaillir dans le temps et d'y opérer à sa guise. 

Alors l'extérieur, oui. Mais enveloppé dans l'intérieur, comme caché au plus profond, dans une paix obscure d'où sourd le nectar subtil de ce je-ne-sais-quoi sans lequel rien de beau ni de bon ne saurait être vécu, quand bien même cela semblerait beau et bon vu de l'extérieur. 

L'extérieur depuis l'intérieur. Tenter une autre vie, se laisser tenter par l'abandon fou à cette autre manière de vivre. Intime, secrète. L'extérieur ramené dans l'intérieur, l'intérieur infusant dans l'extérieur, de sorte qu'ils se pénètrent mutuellement. Le Tantra décrit précisément ce cycle du dehors et du dedans : c'est la krama-mudrâ, instruction secrète de la tradition des yoginîs. 

Tout, en somme, est question de dosage, de mesure et de temps opportun. Dans notre société en accélération, il est sans doute juste de lever le pied et de cultiver en tout lenteur, douceur et silence.

mercredi 27 octobre 2021

Inévitable liberté


Selon le Tantra, l'absolu n'est pas statique. Il n'est pas une conscience "pure", immobile, face au monde changeant. On ne peut le réduire à tel ou tel état "non-duel" ou autre. L'absolu est liberté, capable de se diviser, de s'unifier, d'embrasser tout et d'aller infiniment au-delà. Il est la vie. Qui peut dire les limites de la vie ?

L'absolu, l'essence de nous et de tout, est mouvement, liberté : vibration. Quand ce mouvement ralenti, les choses et l'inertie, l'inconscience apparente, prennent le dessus. Quand la vibration s'intensifie, le "je suis" éclot et le corps apparaît en toute sa gloire comme la Roue des énergies.

Un maître l'a dit :

bho bhagavati suśroṇi! 
viśrāntaparamānandamayadhāmaśaktitrayagatānavaratasaṅkocavikāsarūpatrikonaparispandanarūpametad hṛdayaṃ bhairavātmano bhairavasya 
ātmabhūtāyāstadavibhāgavatyāḥ śrīparādevyāḥ tattvaṃ bhavati |

"Ô bienheureuse, femme aux belles hanches ! 
ce Cœur est vibration, 
triangle qui se contracte et se dilate sans cesse, 
royaume des trois énergies, 
débordant de l'ultime béatitude apaisée. 
Il est l'âme de Dieu, 
de la Déesse suprême, 
de la bienheureuse qui est son âme 
et inséparable de lui. 
Ce Cœur est donc l'Être réel." 
(Paratrîshikâlaghuvritti, 9)

Le Cœur est l'âme de tout, de même que le cœur est l'âme du corps. Il est un point et un triangle, une unité et une triade, vibrante, en contraction et dilatation ininterrompue. 
Le Cœur vibre, pulse, bat, comme n'importe quel cœur. Ainsi, l'absolu n'est pas absolument simple : il est vibration, mouvement à double pôle, relation. Il est réconciliation de l'unité et de la dualité et de tous les opposés. Cette réconciliation est paix (vishrânti) et joie (ânanda), repos dans l'action, aventure en pleine sécurité et émerveillement sans épuisement.

La pratique de la Déesse Suprême (parâdevî) est l'expression de cette certitude.

Ainsi, il n'est pas possible de s'arrêter à un seul état, si sublime soit-il. Même Ramana Maharshi a découvert l'état naturel (sahaja), état d'absorption compatible avec l'activité des sens. Saha, "avec": il y avait donc bien dualité ; "ja" : il y avait donc bien naissance et nature et mouvement. Il avait beau proclamer que le monde est absent dans son expérience, il a du finir par admettre qu'il était bien présent, mais autrement.

jeudi 21 octobre 2021

L'harmonie du Tout

Lessons from Totality: Learning from the 2017 Total Solar Eclipse |  Programming Librarian 

 

 La voie du Tantra n'est pas l'une de ces voie où l'on doit s'amputer dune partie de nous pour en gagner une autre. il n'est pâs question de sacrifier le corps pour l'âme, ou la raison pour l'intuition. Le Tantra nous invite à voir l'harmonie du Tout. Or, nous sommes un Tout, un Tout à l'intérieur du Tout. Un petit Tout, mais un Tout quand même. Or, un Tout ne s'ampute pas, s'il est bien un Tout. Un Tout intègre ses parties, comme les parties d'un instrument de musique. Il serait absurde d'arracher les cordes de ce violon, croyant en faire un meilleur instrument, capable d'une musique meilleure. Je peux remplacer les cordes, je peux les accorder au reste de l'instrument. Mais la beauté ne peut s'exprimer au prix du sacrifice définitif de l'une des parties. La beauté résulte de l'harmonie de toutes les parties, sans en exclure aucune.

 Or, les parties du Tout que chacun de nous est, ce sont nos pouvoirs, nos shaktis, nos facultés. Voir, sentir, imaginer, penser, juger, se souvenir, oublier, choisir. Il n'est donc pas question d'en sélectionner une, ou d'en exclure certaines. Le Tantra indique huit voies vers le divin Tout : la vue, l'odorat, l'ouïe, le toucher, le goût, l'analyse, le choix et l'ego. Les huit parties correspondantes dans le cosmos sont la solidité, la cohérence, la lumière, la fluidité, la transparence, le soleil, la lune et l'âme cosmique. 

Intégrer, accorder, réconcilier donc, et non pas sacrifier définitivement. Certes, des distinctions peuvent être nécessaires. mais elles sont provisoires. ce sont des étapes, des fins intermédiaires et non pas la fin ultime. En cours de route, je peux m'asseoir à l'ombre d'un arbre, dit Utpaladeva, afin de me reposer du soleil. mais ça n'est pas là le but et le terme de mon voyage. De même, je peux faire le vide, ou laisser le vide se faire en moi, ou plonger dans ce qui, en moi, est toujours vide et comme vierge des bruits du monde. Me reposer du siècle à l'abri du silence. mais cela n'est pas le but ultime. Le but ultime est l'harmonie en laquelle tout est intégré, comme tous les organes d'un être vivant en bonne santé.  

 Il ne s'agit pas de choisir une shakti au détriment des autres, car alors le Tout ne serait plus le Tout, mais une partie du Tout. Un fragment, si précieux fut-il. C'est au travers de la totalité de ces shaktis, de ces pouvoirs, de ces expériences, que je me réalise, au-delà de mon individualité et en l'intégrant.

Abhinava Gupta, dans sa Libre méditation sur le Tantra de la Déesse-Alphabet (Mâlinî-vijaya-vârttika), dit ceci :

"Il n'y a pas que l'omniscience absolue, car nous faisons aussi ces expériences [plus ou moins limitées] : 'je suis Pierre', 'je vois ce vase, non ce vêtement', 'mais tel autre le voit', 'je vais le voir, ou pas', 'je vois à la fois le vase et le vêtement', 'ce vêtement ne voit rien', 'j'ai vu ce vase, je ne le vois plus', 'je vois, peu à peu, partiellement, ou d'un seul coup', 'je vois tout', 'je ne suis pas quelque chose', 'je ne connais rien', 'je n'existe pas', 'je suis tout, rien n'est séparé de moi'... Car c'est une seule et même Conscience qui se manifeste ainsi et autrement." 70-74

Ce que décrit ici le maître, c'est l'odyssée de la conscience à travers mille expériences, qui sont ses mille shaktis, ses pouvoirs. Aucune expérience n'est exclue. Certes, il y a hiérarchie et ordre, car 'je suis tout' est une expérience plus complète que 'je suis ce vase'. Cependant, même les expériences limitées sont inclues dans la Conscience ; ce sont des aspects de l'unique expérience, de la réalisation totale. 

Ainsi, il y a une harmonie de de Chemin du Tout (grâma). Tout est la Conscience, l'Être, en train de se réaliser, de s'explorer, de se perdre et de se retrouver, car telle est son jeu souverain, son absolue liberté. 

C'est un mystère qui dépasse la raison. Et pourtant, la raison, cette lumière innée, y participe, selon sa mesure. Mes cinq sens y participent aussi. Tout cela est participation d'amour, bhakti. Tout cela est relation et unification, guerre et réconciliation, aspiration vers l'harmonie. Bien et Mal sont enveloppés dans ce Bien absolu, ultime, primordial et final. Chaque fragment participe selon sa manière propre à l'harmonie du Tout, rien n'y échappe, pas même le Diable diviseur.

Il n'est donc pas nécessaire de se châtrer pour accéder au royaume des cieux. 

lundi 18 octobre 2021

La Lampe du bonheur

Matsyendra, révélateur du Tantra Kaula dans le monde des hommes, dans l'attitude (mudrâ) de la méditation de Shiva, Hampi, Inde

 

Quand on pratique la méditation de Shiva (shiva-mudrâ), les yeux et les sens grands ouverts, on ressent comme une lumière qui brille en soi et qui sort par tous les pores de la peau, par les yeux et la bouche.

Cette pratique est ainsi évoquée dans le Jeu de la conscience (Saṃvidullāsa), un hymne de Maheshvarânanda, maître du Sud de l'Inde :

avināśini maṅgalapradīpe manasi prajvalite mahāprakāśe |
bahirindriyagolakairgavākṣairaviśeṣādavabhāsyate trilokī ||

Brille la Lampe du bonheur, l'esprit,
lumière intégrale que rien ne peut éteindre !
Alors, les trois mondes sont manifestés sans séparation,
[alors même que tout se manifeste] à travers les fenêtres des sens,
dans les champs sensoriels externes !

______________________________

Quand le mental (manas) reste silencieux à l'intérieur, les cinq sens grands ouverts vers l'extérieur, un miracle (camatkâra) se produit : le monde apparaît dans ses moindres détails, mais sans plus de séparation, sans l'idée que le monde est "à l'extérieur" et séparé de moi, Lumière intégrale qui l'éclaire et le manifeste. 

On se ressent alors comme une lumière, comme une lampe qui brille, comme un projecteur qui projette le monde en soi, comme un soleil dans un ciel radieux. C'est la Lampe du bonheur, la grande lumière (mahâ-prakâsha) qui brille en brûlant la peur et ses blessures. C'est l'expérience directe de la présence qui guérit, qui répare, qui console, qui guide et qui nourrit. C'est elle, le Guide primordial (âdi-nâtha), le refuge originel (âdi-nâtha), la pratique essentielle (âdi-yâga).

Comme le dit un maître tibétain, dans une tradition très proche du Tantra : "le monde, cette assiette ici, cette souris là, n'ont pas besoin de disparaître". C'est juste la conscience qui s'éveille à elle-même.

P.S. : mise à jour. En lisant l'explication que donne l'Auteur de ce verset lui-même, je réalise que je me suis trompé dans ma traduction. J'ai en effet traduit manasi par "dans l'esprit", influencé en cela par Lilian Silburn qui traduit par "dans le cœur". Or, ce faisant, on commet un grave contresens. On donne en effet l'impression qu'il s'agit de rejeter le mental (manas) à la faveur du "coeur" (?) ou de faire taire le mental. Mais l'Auteur explique au contraire qu'il n'est pas nécessaire de renoncer au mental ! Il dit : tataśca manovimarśasyāvarjanīyatvam "Et donc, il n'est pas nécessaire de renoncer au mental, à la pensée". L'Auteur justifie cette affirmation en disant que la "roue des organes externes" dépend de l'organe interne - le mental et que, donc, il faut "nécessairement admettre" que la "Lampe du bonheur" est le mental.
Le mot vimarśa signifie "pensée". Silburn traduit par "prise de conscience", occultant ainsi le fait que le Tantra affirme que l'absolu est Lumière (prakâsha) ET pensée (vimarsha). Toute la doctrine du Tantra à l'égard de la pensée, développée en particulier par Utpaladeva, devient incompréhensible si l'on traduit systématiquement vimarsha par "prise de conscience". De manière générale, les traductions de Silburn occultent toujours cette dimension et rendent l'enseignement du Tantra incompréhensible. Même si son œuvre fut pionnière, on ne peut donc la recommander. J'ai donc modifié ma traduction en conséquence. Manasi est apposé au reste de la première ligne du verset, l'ensemble de la clause constituant ce que l'on appelle, dans le jargon, un "locatif absolu" : "quand... alors...".

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