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jeudi 11 mars 2021

Devenir Dieu



 "Dieu s'est fait homme pour que l'homme soit fait Dieu", disaient les Irénée, les Athanase, repris par un Thomas d'Aquin. Cette spirale spirituelle de l'esprit à la chair et de la chair à l'esprit est un mouvement de synthèse, un élan vers un horizon inédit, un point oméga, si l'on veut, où l'individuel et l'universel seront pleinement réconcilier, sans que rien de beau ni de bon ne soit jamais nié.

Au XIVe siècle, Ruysbroeck écrivait :

"Dans l'unité essentielle de Dieu, tous les esprits fervents et recueillis sont un avec Dieu, par leur immersion amoureuse, leur fusion en lui ; et par la grâce ils sont ce même Un qui l'essence divine est en soi...

Saisir et comprendre Dieu au-delà de toute image, tel qu'il est en lui-même, c'est en quelque sorte être Dieu avec Dieu, sans médiation ou, pour ainsi dire, sans altérité sensible...

Quand l'esprit de l'homme s'est perdu lui-même par l'amour de fruition, il reçoit la clarté de Dieu sans médiation ; et il devient même, autant qu'il est possible à une créature, sans cesse cette clarté qu'il reçoit".

Préface au Chérubin voyageur, trad. Renouard

Dans le Tantra, de même, la Triade, Trika, proche de la Trinité chrétienne et des grandes triades platoniciennes et proclusiennes (Être, Vie, Intellect), est à la fois Manifestation, Conversion, et Individuation. 

"A" est la Manifestation, Lumière primordiale, vaste ouverture, clairière en laquelle toutes choses viennent au jour. "HA" est Conversion, ressaisissement, pensée, réalisation, ressenti de cette Lumière qui s'éprouve ainsi de mille manières. "M" est Individuation, progéniture unique de l'Un et de l'Une, de Dieu et de la Puissance, de l'Être et de la Pensée. 

Il est ainsi suggéré que l'individu est synthèse en cours, de même que toute chose est un moment du mouvement vers cette synthèse. Le minéral, le végétal, l'animal, l'humain, l'angélique, sont autant de visages de cette synthèse, de cette réalisation du Réel. 

Or, ce mouvement, pris en son total, est AHAM, "je", prise de conscience totale de soi. Cependant, en chacun même de ces degrés, il y a cette conscience totale. Présente au début et à la fin, elle est présente aussi dans l'interlude, en Mâyâ, bien que la totalité finale soit enrichie de toutes ces étapes, de toutes ces individuations partielles. 

Ainsi donc, en ce progrès, tout est en tout et rien ne se perd.

jeudi 17 septembre 2020

Vijnana Bhairava 68 69 70 Awakening Through Sexual Pleasure

 


















The practice of awakening through sexual pleasure :


vahner viṣasya madhye tu cittaṃ sukhamayaṃ kṣipet |

kevalaṃ vāyupūrṇaṃ vā smarānandena yujyate || 68 ||

"One should project one's attention filled with bliss

or filled with breath alone

in the genital area.

Through sexual pleasure, one is united (to one's true nature)."


śaktisaṃgamasaṃkṣubdhaśaktyāveśāvasānikam |

yat sukham brahmatattvasya tat sukhaṃ svākyam ucyate || 69 ||

"That pleasure (one feels) 

at the moment when one is absorbed in one's energy

excited by by the union with a woman,

is absolute pleasure, the pleasure of the self."


lehanāmanthanākoṭaiḥ strīsukhasya bharāt smṛteḥ |

śaktyabhāve 'pi deveśi bhaved ānandasamplavaḥ || 70 ||

"Even when a woman is absent,

the full rememberance of the pleasure with her

through much licking and churning, etc., 

is enough to drown one into bliss,

o Mistress of the gods !"




mardi 2 juin 2020

Vijnâna Bhairava Tantra 68 69 70

Sembiyan Mahadevi - Wikipedia

L'expérience de l'orgasme :

vahner viṣasya madhye tu cittaṃ sukhamayaṃ kṣipet |

kevalaṃ vāyupūrṇaṃ vā smarānandena yujyate || 68 ||

"Que l'on projette l'attention débordante de plaisir

entre l'organe génital et le nombril,
ou encore, dans la simple plénitude du souffle.

Alors on s'unira (au divin) par la félicité d'Eros."

L'expérience érotique :

śaktisaṃgamasaṃkṣubdhaśaktyāveśāvasānikam |
yat sukham brahmatattvasya tat sukhaṃ svākyam ucyate || 69 ||

"Au moment où l'on est envahi par l'excitation

de l'union avec une Shakti,
ce plaisir absolu

est le plaisir qui est le Soi."

L'expérience de la mémoire :

lehanāmanthanākoṭaiḥ strīsukhasya bharāt smṛteḥ |
śaktyabhāve 'pi deveśi bhaved ānandasamplavaḥ || 70 ||

"En se rappelant avec intensité
le plaisir féminin des baisers et des étreintes,
ô souveraine des dieux ! on plongera dans la félicité
même sans Shakti." 


mardi 19 mai 2020

Non pas union, mais unité



Une fois la paix intérieure goûtée, 
nous voudrions pouvoir la savourer
sans interruption.
C'est toute l'oeuvre intérieure.
Mais comment ?

__________________________________


Le grand Fénelon, profond mystique et rigoureux penseur,
essaie de nous faire entendre en quoi consiste
"l'état d'oraison perpétuelle"
- et en quoi il ne consiste pas :

"Cette union à Dieu ne peut être ni par effort ni par excitation du cœur, ni par contention d’esprit ni par une vue distincte. 

Rien de tout cela ne peut être absolument continuel : car tout ce qui est distinct et marqué, ne l’est que par être différent de ce qui précède et de ce qui suit ; d’où il faut conclure que toutes ces choses distinctes ne sont que passagères. 

Aussi voyons-nous que ceux qui parlent de cette Oraison sans interruption, ne veulent pas même la nommer union mais unité, pour en exclure toute action distincte. C’est ce que dit saint François de Sales : c’est pour cela que le même saint dit que l’Oraison, dont il parle, dure même en dormant. C’est cette présence de Dieu que l’Écriture représente comme continuelle dans certains hommes de l’Ancien Testament : Ils marchaient en la présence de Dieu. Toute leur voie, toute leur conduite , toutes leurs actions communes n’étaient que présence de Dieu."

Puis l'archevêque de Cambrai essaie de nous faire comprendre,
à la lumière de la métaphore de... la lumière,
comment Dieu est toujours déjà présent en nous,
ou plutôt, nous en lui,
mais sans que nous l’apercevions :

"On ne pense pas toujours à la lumière, mais on la voit toujours sans réflexion et c’est par elle qu’on voit tout le reste. Il en est de même pour certaines âmes .Elles ne pensent pas toujours à Dieu d’une façon distincte et aperçue : mais elles en ont toujours une certaine occupation d’autant plus secrète et confuse, qu’elle est plus intime et devenue plus naturelle. Ils ne font point des actes d’amour, mais ils aiment sans penser à aimer ; comme tous les hommes aiment sans cesse à être heureux, sans chercher distinctement [338] ni plaisir, ni intérêt, ni bonheur. L’âme pénétrée de Dieu est de même pour lui. Voilà donc un état où l’on fait Oraison en tout temps et en tout lieu sans intermission. C’est-à-dire que toutes les fois que l’âme s’aperçoit elle-même, elle se trouve non pas disposée à faire des actes ; mais dans une conversion constante, habituelle, et fixe vers Dieu qui est une espèce d’unité avec lui. Dans le moment où l’âme aperçoit Dieu , elle ne commence point à s’unir ; mais elle se trouve déjà toute unie et elle sent qu’elle l’a toujours été, lors même qu’elle n’y pensait pas actuellement.
Voilà ce que les mystiques appellent état d’oraison continuelle."

(tiré des Justifications, 1720)

"Dans le moment où l’âme aperçoit Dieu , elle ne commence point à s’unir ; mais elle se trouve déjà toute unie et elle sent qu’elle l’a toujours été, lors même qu’elle n’y pensait pas actuellement."

Toute est dans cette phrase : la présence divine, toujours prévenante, 
est seulement reconnue, aperçue. 
Le divin a toujours l'initiative. 
Il est don gratuit. 
Vivre de lui consiste à s'y rendre disponible,
à le choisir à chaque instant par un choix intime, 
immédiat,
sans délibération d'images ni de concepts.

mercredi 25 janvier 2017

Le moyen est la fin

Comment atteindre l'éveil ?
Par l'éveil.

L'éveil est un palais à mille porte,
une divinité aux mille visages.

L'une de ces portes est le Coeur de la Yoginî.
Qu'est-ce que ce Coeur ?
- L'Absolu :
Anuttara, dit Abhinavagoupta.

Mais concrètement ?
- Dois-je vraiment le dire ?
N'est-ce pas évident ?
Le Coeur de la Yoginî est cela qu'on célèbre dans le Sacrifice Originel.
Ces trois regards ouvrent sur une seule et même Âme, une Vie.



Concrètement, le Cœur est le vagin. Ou yoni. Mais pourquoi ne pas dire Vagin ? Ou Matrice ?
Car c'est bien cela. Et ce Coeur, 
aussi nommé "Bouche de la Yoginî" (yoginî-vaktra) 
ou "Visage secret" (guhya- ou picu-vaktra) 
est l'Absolu(e), l'Immense (brahman),
l'expansion infinie que l'on nomme aussi "conscience".
Pourquoi ?
Mais encore une fois, n'est-ce pas évident ?

Abhinava révèle ceci :

Là, (dans le Cœur de la Yoginî, le Signe divin),
l'Energie du seigneur Dieu
manifeste l'impossible :
elle se contracte et se dilate à la fois,
(alors que Dieu) ne se contracte pas, ne se dilate pas.

Quand ce flot de la félicité
de l'Extase créatrice se répand
cet Univers, qui est saint,
se déploie perpétuellement,
toujours neuf.

Ce moyen pour atteindre l'Absolu 
est décrit ici parce qu'il est cet (Absolu).
Pourquoi le Soleil aux chauds rayons
ne brillerait-il pas même
là où des lampes sont allumées ?

Ceux dont l'âme est plongée
dans les choses et dans le Rite de leur jouissance,
ainsi que dans le plaisir ou la douleur
qu'elles engendrent,
mais sans se laisser posséder
par elles et sans aucune hésitation,
ceux-là connaissent l'intime plaisir
de la cessation de l'agitation.

Extrait de La Lumière des tantras V, 124-126

Le moyen est la fin.
Abhinava n'en dit pas beaucoup plus.
J’ajouterais simplement que la "pratique" décrite ici est à la fois celle du Rituel Originel, l'union entre deux partenaires ; et celle de la "méditation de Shiva" (shiva-mudrâ), la mise à l'unisson de l'intérieur et de l'extérieur, plongeon dans la conscience intime les yeux grands ouverts.

Le Coeur de la Yoginî.

vendredi 29 juillet 2016

Au-delà de l'étonnement


 


Dans l'union, il n'est plus à craindre de séparation, tout est mis en commun :

"Mais quoi, ne vous semble-t-il pas, ô mon Amour,
que je craigne, en mon abondance,
d'être frustrée de votre jouissance,
comme je 'lai été dans le passé ?

Non, quoi que je dise, je ne le crains pas,
car vous êtes mien
et je suis vôtre.
Vous me possédez et je vous possède tout à tout,
tout entier et totalement.

Et nous ne sommes qu'un,
en l'un et l'unique de nous deux,
également ravis
de l'amour et de la beauté
de l'un et de l'autre,
l'un en l'autre,
et par les mutuels et ineffables embrassements
l'un de l'autre,
l'un en l'autre.

Dans cet état, nous nous possédons
à égalité de jouissance,
à égalité de simplicité,
dans un amour simple,
en cet être que nous formons
simple et simplement unique,
au-delà de l'action,
au-delà de la passion,
au-delà de l'inondation,
au-delà de l'amour même,
dans l'amour-donné au même amour-reçu.

Tout ceci se réalise en la très simple,
la très unique et très attentive
vision réciproque et mutuelle de nous deux,
dans l'unique indivision de nous deux.

C'est au-delà de la compréhension
au-delà de l'étonnement, sans étonnement,
tout à fait indescriptible.

J'y suis totalement submergée,
perdue d'amour et de joie,
au-delà de l'amour et au-delà de la joie,
dans l'unique Objet
qui me tient dans un état immuable,
à la fois prise de force et consentante,
en une perpétuelle attention sans tension,
en vous et à vous,
mon unique Objet et mon Epoux.

Qu'est-ce que tout cela ?
Le conçoive qui pourra ;
l'exprime, s'il le veut, qui le connaîtra ;
s'il le peut, cela lui est permis.
Mais surtout, qu'il le taise s'il le doit.

Car c'est le domaine où notre jouissance intuitive
parle en nous deux
de façon respective et mutuelle,
non pas de cette réalité
ni de rien qui s'y rapporte,
mais d'infiniment autre chose,
qui est hors de ceci
par son profond, perpétuel et ineffable silence."

Jean de Saint Samson, Chant d'amour, 31, début du XVIIè siècle

Tout est dit.
Et pourtant, rien n'est dit.
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