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mercredi 7 septembre 2022

Pourquoi bloquer les mouvements ?

 


Certains yogas aspirent à supprimer les mouvements (vṛtti), tous les mouvements.

Le Tantra propose des yogas différents : adorer le début et la fin des mouvements pour transformer les mouvements. Une alchimie d'écoute et, donc, d'amour.

Les mouvements ordinaires, pleins de souffrance, chevauchent les souffles de l'inspir et de l'expir. Ils sont attraction et aversion, passion et colère, naissance et mort, exaltation et abattement, combat et fuite, et ainsi de suite. 

Entre eux palpite le Souffle originel, comme entre les articulations, entre les doigts et autres interstices du corps subtil. 

"Adorer", c'est donner son attention.

Quand le début et la fin des mouvements ne sont pas adorés, ils deviennent inconscience et profond sommeil. Les mouvements sont alors états de veille et de rêve, perception et imagination dont on se sent le jouet. 

Ces trois états se succèdent sans cesse et forment le samsâra, le cycle de l'existence absurde.

Quand le début et la fin des mouvements sont adorés, tout devient le pur cycle de la créativité de la Présence, la dans de la conscience.

Les mouvements ne sont pas à bloquer ni à supprimer, mais à écouter en leur surgissement et en leur fin. Aube et crépuscule.

Epouser les moments de suspens.

L'écoute des intervalles est le secret du Tantra.

Supprimer les mouvements (vṛtti) revient à supprimer la Shakti, la Déesse ; car, comme le chante la Célébration de la Déesse :

yā devī sarvabhūteṣu vṛttirūpeṇa saṃsthitā /

namastasyai namastasyai namastasyai namo namaḥ //

"Hommage, hommage,

hommage à toi, hommage à toi, hommage à toi,

déesse présente en tous les êtres

sous la forme du mouvement !"

(Mârkandeyapurâna, 82, 29)

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https://david-dubois.com/enseignement/

lundi 19 avril 2021

Que signifie "être conscient" ?



 Aujourd'hui, "en conscience" est devenu une expression du langage courant.

Mais que signifie "être conscient" ?

Selon la philosophie du Tantra, la philosophie de la Reconnaissance (pratyabhijnâ), être conscient, c'est s'émerveiller. Abhinavagupta explique la stance I, 5, 13 d'Utpaladeva, dans son Commentaire au Poème pour reconnaître le Seigneur en soi (Pratyabhijnâvimarshinî) :

svātmacamatkāralakṣaṇaḥ - aham iti svaviṣayāsvādarūpaḥ | ātmā iti padaṃ vyācaṣṭe svabhāva iti | etena pratyavamarśa ātmā yasyāḥ ... | ... na camatkriyate - aham
svātmā na parāmṛśyate, na svātmani tena prakāśyate, na aparicchinnatayā
bhāsyate, tato na cetyata iti ucyate | caitreṇa tu svātmani ahamiti
saṃrambhodyogollāsavibhūtiyogāt camatkriyate, svātmā parāmṛśyate,
svātmanyeva prakāśyate.

"La conscience est émerveillement de soi-même/en soi-même. Elle est délectation en de son domaine propre par l'acte de dire "je". Le mot "Soi" désigne la nature propre de la conscience. Elle est donc ce qui a pour "Soi" la conscience de soi... L'objet, au contraire, ne s'émerveille pas, il ne prend pas conscience de soi par l'acte de dire "je", il ne se manifeste donc pas à lui-même, il ne se manifeste pas sans limites, et on dit par conséquent qu'il n'est pas 'conscient'. Paul, en revanche, s'émerveille de soi-même par l'acte de dire 'je', parce qu'il est doué du pouvoir de se manifester, de s'élancer, de commencer un mouvement. Il prend donc conscience de soi, il est manifeste à lui-même."
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Qu'est-ce qui distingue un être conscient, d'un être qui ne l'est pas ?

La capacité de s'émerveiller, de savourer, d'apprécier, de pouvoir se dire "ah, je sens cela, c'est ainsi", etc. est le propre - le "Soi" - d'être conscient.

Or, ce pouvoir d'émerveillement, cette sensibilité qui est le cœur du fait d'être conscient, est ici définit en outre comme "pouvoir" (vibhûti) de commencer (samrambha), de mettre en mouvement, de s'élancer (udyoga) et de se manifester (ullâsa). Les choses, les objets, n'ont pas ce pouvoir. En fait, les choses n'ont aucun pouvoir propre, et c'est justement ce qui les définit comme choses. Moi, je ne suis pas une chose, car je suis cet émerveillement sans limites spatio-temporelles, ce pouvoir de se manifester, de manifester, et de mettre en mouvement. Je peux "commencer" absolument, sans que ce commencement soit lui-même inséré dans une chaîne de causes et d'effets. Je suis cause absolue, commencement absolu. Je puis en faire l'expérience en posant ma main à plat sur la table, par exemple, et en la soulevant doucement. Que se passe-t-il ? Je goût à cet instant ce pouvoir de commencer absolument, pouvoir qui est le propre de la conscience, du fait d'être conscient.

C'est pourquoi la voie vers l'éveil spirituel a deux faces : une face cognitive et une face affective ou conative. D'un côté, le pouvoir de connaître, de sentir, d'agir, de savourer. De l'autre, le pouvoir d'agir, de mettre en mouvement, de commencer un mouvement, d'initier une série de phénomènes, de créer directement une chose, de me créer comme telle ou telle chose. Voie de la présence silencieuse qui se goûte comme lumière en laquelle tout advient. Et voie du désir, frémissement subtil à l'orée de tout mouvement, de toute émotion.

Ces deux aspects se rejoignent dans l'acte de dire "je", voie royale d'éveil.

samedi 21 mars 2020

Comment sentir que tout est en soi ?

Je peux facilement voir que tout est dans la conscience :
voir que tout apparaît et disparaît dans le champs conscient.

Mais comment le sentir ?
Car je ne suis pas seulement un être 
cognitif, mais aussi affectif.
J'ai la capacité de connaître, mais aussi celle de désirer, d'aimer, de vouloir, de me mouvoir et de mouvoir.
De même qu'il y a le Regard total, la Vision sans limites,
il y a l'Acte total, le Mouvement sans limites, le Désir pur, la Volonté parfaite, etc.

C'est très simple et très facile, aussi :
Tout mouvement ou acte comment, vit et s'achève dans le Mouvement ou Acte total.

Prenez n'importe quel mouvement.
L'hypothèse est que ce mouvement commence dans le Mouvement total.
Mais d'ordinaire, cela passe inaperçu car
1) Je m'en fiche, et
2) Cet instant de pur jaillissement est comme recouvert par les mouvements particuliers, comme le tronc d'un arbre peut être recouvert par ses branches.

Donc, je prend n'importe quel mouvement.
Par exemple, m'envoler, léviter.
Pourquoi ?
Parce que ce mouvement est impossible.
Pourquoi choisir un mouvement impossible ?
Parce que, comme il ne peut s'accomplir entièrement, il reste pur, nu, et donc total.

Drawing Reference Poses Floating 21 Ideas #drawing

Et donc, je veux m'envoler. Et je ne m'envole pas.
Et je plonge mon attention dans cette sorte de fourmillement de l'Acte pur
qui bouillonne en lui-même.
Un peu comme Superman dans Man of Steel quand il veut s'envoler, au début, sur la glace.
Vous voyez ?

Man of Steel: Dark Superman AU


Et je plonge dans ce bouillonnement.
Dans ce ressenti, si spécial.
Et là, je sens tout. Tous les mouvements. Tous les actes. 
Je suis la mer qui sent toutes les vagues.


Bon, en fait, l'expérience ne me dit pas que je sens "tout", pas plus que "tout" apparaît dans le champs de la Lumière consciente quand je vois. Ce que je sens plutôt, c'est comme la racine de tous les mouvements, de tous les actes, de toutes les vies, de tous les devenirs. Le tronc commun à tout mouvement. Je sens le mouvement total, c'est-à-dire le mouvement qui englobe tous les mouvements.

Je peux certes spéculer, interpréter ce ressenti.
Mais, si je me tiens au plus près, c'est ça.
Ni plus, ni moins.
Et c'est déjà beaucoup. Infini.
Je pressens que c'est l'aube de tout, le Big Bang à portée.
Et je ressent là, c'est-à-dire ici, dans l'absolu mouvement indifférencié, une unité.
Je sens que je suis cet acte, et que cet acte fait un avec les objets et fins du mouvements, de l'acte, 
tout comme l'arbre fait corps, depuis son tronc unique jusqu'à ses feuilles multiples.

En outre et en sus, j'y sens un délice, comme dans la vision muette. 
Je me prends au jeu. C'est cette joie qui est l'aliment de cette exploration.

C'est ainsi que je joue à ressentir que tout est en moi.

mercredi 2 octobre 2019

Pourquoi méditer en mouvement ?

SMOKE EYES AND WATER — photogrist: Incredible shot by Mithun H...

D'ordinaire, on associe méditation et immobilité. Car la méditation, c'est la paix, et la paix, c'est la quiétude, le repos, bref le contraire du mouvement. 

Alors pourquoi les traditions tantriques mettent-elles en avant le mouvement ? Pourquoi tant de rituels, de Mantras, de gestes, de danses, de chants, de formes et couleurs ?

Une justification courante est symbolique : le mouvement serait le symbole de la vie, de l'énergie, de la puissance du divin. De fait, ce symbolisme de la luxuriance végétale et liquide se voit partout dans "l'hindouisme" à travers la profusion de fleurs, d'encens, d'eau, de lait, de miel, de yaourt, de poudres colorées...

Mais au-delà de cette valorisation symbolique de la vie, du corps et de la femme, le mouvement est une porte vers l'unité. Non pas comme symbole ou comme expérience psychologique, mais comme porte vers un au-delà du mental qui ne se réduit pas à une vague sensation corporelle. 

Ce matin, je reste un moment dans le silence intérieur, le regard plongé dans le paysage - ou le contraire, je ne sais pas trop. Silence intérieur absolu, illuminé par le mandala des apparences. Soudain, une détonation. Un voisin frustré de n'avoir plus la force d'aller à l'affût des sangliers... Eh bien ce choc, sonore et adrénalitique (ça se dit ?) a nettoyé la Présence. Car ce qui se passe, c'est que le silence se solidifie peu à peu, subrepticement. Une sorte de bruit blanc, comme des parasites, vient recouvrir le silence. Et il y a comme un attachement subtil au silence et à différents ressentis qui émergent dans le silence. Des références, une structure émerge. Je ne suis plus silence absolu, mais peu à peu un semblant de tension se fait jour. Des repères. Et je ne suis plus présent dans la Présence nue. 

Et alors, une détonation, un choc, n'importe quel mouvement brusque, "détruit" cet attachement. Ce bruit de fond disparaît. Le silence est mis a nu. Un peu comme un coup de chiffon sur le pare-brise, mais spontané. C'est pourquoi la tradition conseille le Mantra "p'hat !", sorte d'explosion sonore qui tranche le bavardage. Ou bien "houng !" ou "ha !" 

Le mouvement met à nu ce qui est à jamais immobile.

De plus, l'agitation révèle la quiétude innée, par un effet de contraste. Le bruit révèle ainsi le silence, le mouvement, l'immobilité, les formes, l'absence de forme, les dilemmes, l'absence de dilemme, les tensions, l'absence de tension. D'où la joie de conduire, des embouteillages, de la foule, des super marchés. Voilà pourquoi un écrivain travaille parfois mieux dans le brouhaha d'un café que dans une chambre abritée. Le bruit extérieur tranche le bavardage intérieur, mettant à nu le silence créateur.

Mais il y a plus profond encore : restez immobile un moment. Puis explorez l'intention de lever les bras. Levez les bras, mais ralentissez, ralentissez, comme sur une vidéo, jusqu'à vous poser sur le seuil du geste. Vous sentez alors l'énergie s'éveiller. Plongez, et vous plongez dans l'unité avec tout, car tout mouvement part du Tout. Donc ressentir le premier instant de n'importe quel mouvement, c'est ressentir l'unité avec le Tout, avant la séparation qui surgit ensuite. C'est un moyen simple et naturel de découvrir et de cultiver l'expérience de l'unité. C'est l'éveil, l'éclosion, l'ouverture du regard, la dilatation de la vision, le réveil de la conscience. Rien d'autre n'est nécessaire, mais moins que cela ne suffit pas.

Voilà pourquoi le mouvement est si important dans la méditation.
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