Affichage des articles dont le libellé est patanjali. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est patanjali. Afficher tous les articles

jeudi 1 mai 2025

Une série d'initiations à certaines philosophies de l'Inde

 Une excellent série de sept vidéos par Manjushree Hegde, disciple d'un maître de Vedânta du village de Mattur, où l'on parle encore sanskrit. Malheureusement, les traditions principales de l'Inde - Shaiva-siddhânta, shivaïsme du Cachemire, etc. - ne sont pas mentionnée, mais elle connait bien son domaine et le présente avec beaucoup de clarté. Un accès aisé, très difficile autrement, à des philosophies essentielles, sans lesquelles on ne peut comprendre le yoga, la "non-dualité", ni le tantra : 




vendredi 12 avril 2024

Qu'est-ce que le yoga ?

Valkyrie en état de yoga


Les variétés de yoga sont nombreuses aujourd'hui.

Mais en Inde ?

Nombreuses aussi.

Aujourd'hui, le yoga de Patanjali est ses fameux "Yoga Sûtras" sont pris pour référence au yoga.

Pourtant, sa vision du yoga va à l'encontre de la plupart des yogas indiens.

En effet, le mot sanskrit yoga signifie "union", le fait de mettre, placer ou tenir deux entités ensemble. Selon la plupart des traditions, shaiva ou vaishnava, cette union est celle de l'âme individuelle avec l'âme créatrice, divine. Le yoga est donc l'état d'union de l'individu avec sa source divine.

Or, pour Patanjali, au contraire, le yoga n'est pas union, mais séparation, vi-yoga (par ex. 4, 34). Il s'agit d'arriver à un état d'immobilité totale du corps, du souffle et de l'esprit afin de réaliser que nous avons toujours été séparé de tout, car nous sommes pure conscience, témoin des choses. C'est par confusion entre les deux que nous croyons que nous bougeons, nous agissons, nous pensons. En réalité, nous sommes les témoins de tout cela. Rien de plus. Le yoga consiste alors à voir cette éternelle séparation, à réaliser que nous sommes séparés de tout, kaivalya.

Ce "yoga" est donc, en réalité, l'opposé du yoga !

Dans le véritable yoga, il y a certes un moment de séparation : le moment où l'on réalise que la conscience, le Moi, notre vraie nature, ne se réduit pas au corps ni à une personnalité. Cependant, cette séparation n'est qu'un moment en vue de l'union avec le divin, et non le but final.

De fait, il y a bien d'autres conceptions du yoga.

Pour Patanjali, le yoga est donc cet état de séparation absolue et définitive, ainsi que la méthode pour y parvenir.

Pour les jainas, il s'agit aussi d'arriver à un état de séparation entre la conscience et la matière subtile, le karma.

Pour d'autres, le yoga est un état de parfaite concentration, samâdhi.

Selon le shivaïsme du Cachemire, le yoga est un moyen d'adorer le divin, une sorte de rituel intérieur. De même, les vaishnavas. C'est le yoga comme état d'union au divin, et c'est là la vision majoritaire du yoga, presque complètement oubliée aujourd'hui.

Selon Gorakhnâth, fondateur du hatha-yoga, le yoga est l'union des contraires, notamment l'union de l'inspir et de l'expir.

Selon le Tantra, le yoga est la Shakti, la puissance divine, et non une voie ou une méthode spirituelle. Yoga désigne aussi shiva-jnâna, la connaissance divine.

Selon le Tantra non-duel enfin, le yoga est l'éveil à la non-dualité : l'union a toujours été le cas, et la séparation n'est qu'une illusion qui fait partie du libre jeu de la conscience.

Il y a donc bien des visions variées au-delà de Patanjali !

Bien des trésors restent encore à découvrir.

mercredi 7 septembre 2022

Pourquoi bloquer les mouvements ?

 


Certains yogas aspirent à supprimer les mouvements (vṛtti), tous les mouvements.

Le Tantra propose des yogas différents : adorer le début et la fin des mouvements pour transformer les mouvements. Une alchimie d'écoute et, donc, d'amour.

Les mouvements ordinaires, pleins de souffrance, chevauchent les souffles de l'inspir et de l'expir. Ils sont attraction et aversion, passion et colère, naissance et mort, exaltation et abattement, combat et fuite, et ainsi de suite. 

Entre eux palpite le Souffle originel, comme entre les articulations, entre les doigts et autres interstices du corps subtil. 

"Adorer", c'est donner son attention.

Quand le début et la fin des mouvements ne sont pas adorés, ils deviennent inconscience et profond sommeil. Les mouvements sont alors états de veille et de rêve, perception et imagination dont on se sent le jouet. 

Ces trois états se succèdent sans cesse et forment le samsâra, le cycle de l'existence absurde.

Quand le début et la fin des mouvements sont adorés, tout devient le pur cycle de la créativité de la Présence, la dans de la conscience.

Les mouvements ne sont pas à bloquer ni à supprimer, mais à écouter en leur surgissement et en leur fin. Aube et crépuscule.

Epouser les moments de suspens.

L'écoute des intervalles est le secret du Tantra.

Supprimer les mouvements (vṛtti) revient à supprimer la Shakti, la Déesse ; car, comme le chante la Célébration de la Déesse :

yā devī sarvabhūteṣu vṛttirūpeṇa saṃsthitā /

namastasyai namastasyai namastasyai namo namaḥ //

"Hommage, hommage,

hommage à toi, hommage à toi, hommage à toi,

déesse présente en tous les êtres

sous la forme du mouvement !"

(Mârkandeyapurâna, 82, 29)

_______________________

https://david-dubois.com/enseignement/

mercredi 28 juillet 2021

Pourquoi le yoga paraît-il incohérent ?

T. Krishnamacharya

 La chose a frappé bien des esprits curieux : Le hatha yoga ne colle pas avec le "yoga" de Patanjali. Le hatha est tantrique, baroque et orienté vers des pratiques sexuelles. Patanjali est ascétique, son ton est impersonnel et ses sources sont plutôt du côté du bouddhisme ancien.

Or, en pratique, c'est certes bien le hatha qui prédomine. C'est lui, en effet, qui propose des postures plus qu'assises, des techniques de respiration sophistiquées, des "bandha" et autres "mudrâ". Mais alors, que viennent faire les Yogasûtras "de Patanjali" dans l'enseignement du yoga aujourd'hui ? D'où vient que l'on continue à présenter Patanjali comme LA référence du yoga, alors que sa vision est si différente du yoga qui est pratiqué ?

D'abord, la "popularité" des Yogasûtras est récente. La redécouverte du texte est due à Colebrooke, un savant anglais contemporain de Napoléon. Cependant, dans la collection de manuscrits qu'il rassembla, les Yogasûtras représentaient un peu plus d'un pour cent, et les textes de yoga (donc de hatha yoga) un peu plus de 3,5%. La plupart du temps, Patanjali est cité au Cachemire, par des auteurs cachemiriens, ce qui a fait dire à certains que les Yogasûtras avaient été composés au Cachemire, sous influence bouddhiste. Abhinavagupta, le maître du shivaïsme du Cachemire, était considéré comme une réincarnation de Patanjali, personnage relativement important dans le vaishnava-dharma (le vishnouïsme), car il est une incarnation d'Ananta, le serpent de Vishnou et le dépositaire de la "mémoire" cosmique.

Mais cela n'explique pas la popularité de Patanjali aujourd'hui.

Pour la comprendre, il faut examiner la vie de Krishnamacharya, le maître de yoga le plus influent du XXe siècle. 

Cet homme appartenait à la communauté vishnouïte Shrîvaishnava. Mais il était passionné de Hatha Yoga. Sa source principale en la matière fut la Hathayogapradîpikâ, un texte shivaïte, plein de citations de textes tantriques et de techniques sexuelles. Or, un Vishnouïte ne peut ainsi se réclamer d'un enseignement shivaïte sans mettre sérieusement en danger sa réputation et son statut social. Krishnamacharya risquait l'ostracisme, tout simplement et très concrètement. Le vishnouïsme s'est toujours jugé pur, par rapport à un shivaïsme qu'il juge impur et hérétique, voire démoniaque. Qu'en réalité le vishnouïsme comporte sa propre version du tantrisme, inspirée largement du shivaïsme, ne change rien à l'affaire.

Krishnamacharya était donc dans une situation problématique. Il était potentiellement hérétique. Devait-il renoncer au hatha yoga qui le passionnait, ou bien risquer d'être rejeté par sa communauté ?

Comment a-t-il résolu son problème ?

En inventant une fable.

Il a raconté qu'il avait eu une vision de Nâthamuni, un saint vaishnava important, lequel lui avait transmit le Yogarahasya, un texte en sanskrit qui est en fait le hatha yoga vishnouïsé de Krishnamacharya. Il a donc écrit sa version du hatha yoga "vishnouïsé" en disant qu'il ne l'avait pas écrite lui-même, mais qu'une éminente autorité vishnouïte la lui avait dictée. De cette manière, il donnait à son enseignement une autorité indiscutable autant qu'invérifiable. Cependant, le contenu de l'enseignement restait suspect. Krishnamacharya a donc rajouté Patanjali, autre autorité acceptée dans les milieux vishnouïtes. Patanjali est l'assurance de Krishnamacharya. Rien à voir, donc, avec le hatha yoga.

Autrement dit, les Yogasûtras n'ont RIEN à voir avec le yoga tel qu'il est pratiqué dans l'Ashtanga par exemple, dont la base technique reste celle du hatha yoga, orienté vers des fins bien différentes de celles de Patanjali. Mais Patanjali est omniprésent malgré tout, car il était nécessaire à Krsihnamacharya pour résoudre son problème et garantir sa bonne réputation au sein de sa communauté religieuse. Cela nous paraît difficile à croire, mais la pression sociale, dans une société traditionnelle, est très forte. En Inde, un homme d'honneur est capable de tout pour préserver sa réputation. Y-compris à des pieux mensonges. 

Et comme, par ailleurs, Krishnamacharya était fasciné par toutes sortes de pratiques corporelles, dont certaines venues d'Occident, il a inventé la fable du "maître dans sa grotte de l'Himalaya", elle aussi indiscutable et invérifiable, afin de justifier la présence de cette pléthore d'âsanas nouvelles dans son enseignement, alors qu'il n'y en a pas autant dans la Hathayogapradîpikâ.

Donc, si vous avez le sentiment que le Hatha et Patanjali n'ont rien à voir, vous avez raison : le hatha yoga n'a rien à voir avec les Yogasûtras. Leur vision et leur technique sont diamétralement opposées. Malgré cela, on enseigne aujourd'hui ces deux visions comme si elles n'en formait qu'une seule, parce que, à l'origine, cela arrangeait Krishnamacharya et ses élèves, tous membres de la communauté vishnouïte. Dans ces condition, l'impression de confusion est inévitable.

Le "Râja Yoga" n'a rien à voir avec Patanjali. Le "Hatha Yoga" n'a rien à voir avec Patanjali. Mais on continue d'enseigner Patanjali comme s'il était LA référence en matière de yoga, par ignorance et par conformisme. Aujourd'hui, l'état des connaissances sur la question est bien différent. Et pourtant, la plupart des écoles de yoga tardent à mettre à jour leur enseignement.

vendredi 22 janvier 2021

Le yoga de Patanjali est une tromperie



kadācitkvāpi labhyo'si yogenetīśa vañcanā |
anyathā sarvakakṣyāsu bhāsi bhaktimatāṃ katham || 16 ||

Ils disent :
"Alors, là, grâce au yoga, on t'atteindra."
Tromperie, ô Seigneur !
Autrement, 
comment donc 
pourrais-tu te manifester
à tes amoureux
en n'importe quelle circonstance ?
Utpaladeva, Hymnes à Shiva, I, 16

Selon Kshemarâja, Dieu est la conscience qui éclaire les choses et les pensées sur les choses. C'est elle qui les manifeste et qui se manifeste ainsi. Dès lors, comment la conscience pourrait-elle être cachée par ses propres manifestations ? Comment les reflets pourraient-ils cacher le miroir qui est leur âme ? 

Le yoga, c'est-à-dire, ici, le yoga de Patanjali, est réservé à ceux qui ne goûtent pas l'amour de t'avoir reconnu dans leur Soi, dans la conscience toujours présente, vivante et dynamique. Voilà pourquoi ils aspirent à se suicider en supprimant les opérations de leur être (cittavṛttinirodhena, cité par Kshemarâja). Tout cela est tromperie (vañcanā) ! 

Car, s'il était vrai qu'il faille supprimer les opérations du corps, de la voix et de l'esprit pour te gagner, alors comment se fait-il que tu te manifeste pour tes amoureux à la fois dans l'état de samâdhi et dans l'état où les sens, la parole et l'esprit sont actifs (vyutthāna), ainsi que dans les états de fureur, de passion, d'égarement et de surprise ? Cette dualité entre samâdhi et état d'agitation n'est que la croyance erronée (abhimata) de celles et ceux qui ne t'ont pas reconnu, toi qui est l'âme de toute passion, de toute agitation, de tout désir, de toute confusion ! C'est toi, conscience universelle, divine car absolument libre, qui brille ainsi et autrement aussi. C'est toi, et toi seule. Mon yoga est donc de te savourer, de te reconnaître, de te chanter jusque dans ces états. Pour moi qui n'aspire qu'à toi, il n'y a pas de séparation, seulement le jeu des différences qui célèbre ton art ineffable, ta poésie efficiente, ton génie insondable.

samedi 7 avril 2018

Qu'est-ce que le yoga ?



Partons de L'Enseignement sur le yoga de Patanjali (Pâtanjala-yoga-shâstra = sûtra+commentaire attribué à "Vyâsa", PYS), vulgairement connu sous le nom de Yoga Sutras de Patanjali
Le Commentateur définit très simplement le yoga :

yogaḥ samādhiḥ
Le yoga, c'est le samâdhi.

Notons, au passage, que le yoga n'a ici rien à voir avec des postures, des blocages ou des combinaisons de tout cela. Le premier texte à intégrer le Hatha Yoga au "Yoga de Patanjali"
est la Yogasiddhântachandrikâ, un commentaire au PYS datant du XVIIe siècle, selon Jason Birch. Récent donc. De plus, le PYS est d'inspiration fortement bouddhiste (bouddhisme ancien, Abhidharma et Yogâchâra).
Mais pour moi, ce PYS reste intéressant, parce qu'il est souvent cité dans les textes du shivaïsme
du Cachemire, et parce qu'il a peut-être été composé au Cachemire (les manuscrits du PYS y sont particulièrement abondants).
Qui qu'il en soit, le yoga ainsi définit reste énigmatique. Il semble un but lointain, difficile à atteindre, transcendant et abstrait. Et ça n'est pas faux :
le but du yoga du PYS n'est pas le yoga entendu comme "union" du corps et de l'esprit,
ou de l'humain avec le divin : son but est bien plutôt la séparation (viyoga) du corps et de l'esprit, la séparation absolue (kaivalya) ;
quant au divin, il n'a qu'une place optionnelle, attendu que ce PYS se présente comme
un discours sâmkhya, philosophie qui, dans sa forme ancienne, est athée, en plus d'être parfaitement dualiste.

Et qu'est-ce que le samâdhi ? C'est un état mental de totale transparence, où l'intellect, la partie la plus raffinée du corps, est capable de refléter son objet tel qu'il est, sans nulle déformation ni distraction.
Dans d'autres traditions ou d'autres contextes, le samâdhi est une compréhension, la découverte d'une solution à un problème, ou encore, c'est une extase, un état d'union intime de l'âme avec le divin.

En tout les cas, cela semble un état fort spécial. Or, c'est là que le Commentateur va affirmer des choses fort étonnantes et résonnantes, dans l'optique du shivaïsme du Cachemire :

sa ca sārvabhaumaś cittasya dharmaḥ.
Et ce samâdhi est un attribut de tous les états mentaux.

Oui, vous avez bien entendu. Dans TOUS les états mentaux, il y a du samâdhi !
Dans tous. Et le Commentateur liste ces états, des fois qu'on aurait pas bien entendu :

kṣiptaṃ mūḍhaṃ vikṣiptam ekāgraṃ niruddham iti cittabhūmayaḥ. 
Les états mentaux, c'est-à-dire : fixé, abruti, distrait, concentré et stoppé.

"Stoppé", c'est quand on est en état de yoga. 
Et là apparaît un problème : 
on vient de nous dire que le yoga, c'est le samâdhi,
que le samâdhi est présent en tous les états mentaux, mais que le yoga, c'est un état spécial où le mental est "stoppé". 
Il y a comme une contradiction. 

Le samâdhi est-il un état
mental particulier, 
ou un aspect de tout état mental ?

Pour surmonter cette contradiction, le Commentateur dit ensuite :

tatra vikṣipte cetasi vikṣepopasarjanībhūtaḥ samādhir na yogapakṣe vartate. 
Parmi ces (états mentaux), dans l'état distrait du mental, il y a du samâdhi, 
(mais ce samâdhi) est éclipsé par/subordonné à la distraction. Il n'est (donc)
pas "du côté" du yoga. 

Ce samâdhi est alors inutile, comme s'il n’était pas là.
Mais c'est quand même une affirmation extraordinaire !
Nous sommes, nous, en tant qu'êtres mentaux, toujours en samâdhi. A chaque instant.
Mais, faute d'attention, nous n'en tirons nul profit.
Cette doctrine est bien celle du tantra non-duel, du shivaïsme du Cachemire.
Ce samâdhi se découvre à nu entre deux cognitions, deux pensées, etc. pour peu que l'attention s'y porte. Selon l'image d'Outpala Vaishnava, un yogi du Cachemire, le samâdhi est la pure présence, semblable à un fil qui tient ensemble les perles d'un collier (=nos pensées), fil qui est caché par ces perles dont il assure pourtant la stabilité, et qui ne se révèle à nu que dans l'intervalle entre deux perles.
C'est la clé du Yoga Doux (mridu-yoga, l'expression est de Vidyâranya), de l'écoute des intervalles entre les respirations.
On voit ici qu'en réalité, yoga et samâdhi sont synonymes de pure conscience (cin-mâtra). Le yoga n'est pas une méthode pour atteindre notre essence, mais bien notre essence elle-même. Les "membres du yoga" (yogânga : âsana, prânâyâma, etc.) sont simplement des moyens de mettre cette essence à nu, afin de pouvoir la reconnaître en toute certitude. Ils ne sont pas, à strictement parler, le yoga lui-même.

Le Commentateur poursuit :

yas tv ekāgre cetasi sadbhūtam arthaṃ pradyotayati kṣiṇoti ca kleśān karmabandhanāni ślathayati nirodham abhimukhaṃ karoti sa saṃprajñāto yoga ity ākhyāyate. 

Mais dans l'état du mental concentré [pardonnez ce français médiocre], (le samâdhi) est présent en sa vérité/ sa réalité, il illumine (donc) la vérité, il détruit les maladies, il affaiblit les liens du karma et il oriente vers le stoppage [c'est moche, je sais]. (Ce samâdhi où subsiste une) connaissance intellectuelle (n'est pas le samâdhi pur, et n'est donc pas le yoga à proprement parler, mais il mène immédiatement à cet état ultime), il est donc appelé "yoga" (en un sens faible).

Ce yoga "avec connaissance intellectuelle" comporte quatre étapes (évidemment calquées sur les quatre dhyânas bouddhistes) :

sa ca vitarkānugato vicārānugata ānandānugato 'smitānugata ity upariṣṭān nivedayiṣyāmaḥ. sarvavṛttinirodhe tv asaṃprajñātaḥ samādhiḥ.
Et ce (samâdhi intellectuel) est 1)accompagné de raisonnement, 2) accompagné d'une pensée (subtile), 3) accompagné de félicité, et 4) accompagné (d'un sentiment) d'être. Mais quand ces objets ont disparu, c'est le stoppage de toutes les cognitions mentale, c'est alors le samâdhi sans connaissance intellectuelle. 

Ce qui nous conduit au célèbre sûtra suivant :

yogaś cittavṛttinirodhaḥ
Le yoga est le stoppage des mouvements mentaux.

Et ainsi, la boucle est bouclée : on a réussi a expliquer comment le yoga est à la fois un état toujours présent ET un état qui ne peut être atteint que par des exercices laborieux et répétés.

Et cet état où le mental est "stoppé" (mais non pas détruit), c'est le samâdhi proprement dit, c'est le yoga,
car c'est dans cet état que l’intellect, partie la plus raffiné de notre être, peut discerner entre la matière et la pure conscience.

Je note, toutefois, que plus loin, le Commentateur emploie l'expression citiśaktir "Pouvoir de conscience dynamique", plutôt que simplement "conscience" (cit). La conscience est décrite comme un pouvoir (shakti), une puissance. C'est quand même étonnant ! Et ce terme est employé huit fois dans le PYS.

Mais une autre voie était possible à partir de cette constatation que le samâdhi est présent en tout état mental, voie explorée justement par le shivaïsme du Cachemire :
si le yoga - notre Soi - est toujours déjà présent en tout état mental, quelque soit notre agitation, etc., alors pourquoi ne pas chercher à le reconnaître au cœur de cette agitation ?

Et c'est ce que dit Outpala Déva :

Les yogis trouvent ta présence
dans l'absence de sujet et d'objet.
Mais les amoureux te découvrent
jusque dans l'agitation du sujet et de l'objet !

Ne serait-ce pas, selon ce que Patanjali lui-même suggère,
le yoga ? Un yoga au cœur de la vie.
Exigeant, mais sans conditions autre que l'audace.
Tout est ici. Donné.

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...