samedi 20 juin 2020

Vijnana Bhairava Tantra 100

Kala Kshetram — Child saint Sambandar, Chola bronze from Tamil...
Shrî Jnâna Sambandha, l'enfant de la connaissance


L'expérience d'être tous "un seul être" :


ciddharmā sarvadeheṣu viśeṣo nāsti kutracit |

ataś ca tanmayaṃ sarvam bhāvayan bhavajij janaḥ || 100 ||


"Le pouvoir de la conscience 
est le même en tous les corps.
Réalisant donc que tout est conscience,
l'individu vainc le devenir."


vendredi 19 juin 2020

Le yoga comme artisanat ?

Aujourd'hui la méditation est identifié à une posture : celle dite "du lotus". Popularisée par les images du Bouddha et idolâtrée par certaines traditions, cette posture douloureuse et artificielle est souvent perçue comme une sorte d'épreuve par la douleur, ou encore comme la preuve que "les Orientaux" sont supérieurs aux "Occidentaux", etc.

Mais cette image est une caricature.
Dans la réalité de la pratique, les traditions du yoga indien visaient d'abord le confort et la détente. 
Comment ?
Notamment en employant une ceinture, sorte d'étoffe qui peut se placer de différentes manières autour des genoux et du dos et qui permet d'entrer en contemplation sans tension, et surtout sans douleur. La "posture du lotus" est une pose rituelle, une pose religieuse, et non une posture de pratique. Le yoga est un artisanat fondé sur des archétypes innés, plus qu'une affaire de symboles de religions passagères. Les yogis et les yoginîs cherchaient la pleine expérience, bien au-delà des dogmes étriqués.

J'ai déjà consacré au moins cinq articles sur la ceinture de yoga (yogapaṭṭa), outil de contemplation qui était employé par tous les yogîs et les yoginîs, au moins jusqu'au XIIe siècle. 

C'est un instrument très pratique pour contempler dans la détente, élément essentiel dans la méditation de Shiva (śivamudrā), fusion de la conscience et de l'espace qui résorbe l'attention agitée (manas) dans la présence affranchie de cette agitation (unmanī).

La "posture avec ceinture de yoga" (yogapaṭṭāsana) est l'une des postures, toutes assises, prescrites dans le Svacchandabhairavatantra, le tantra principal du cycle de Bhairava (VII, 291a, sāpāśrayaṃ sārdhacandraṃ yogapaṭṭaṃ yathāsukham) que Kṣemarāja, dans son commentaire, décrit comme une pose "prise avec une ceinture faite pour le yoga, (c'est-à-dire) pour tenir en entourant avec une étoffe" (yogārthaṃ paṭṭaparikarabandhāya baddhvā ). 

La ceinture est utilisée comme symbole d'initiation, par exemple dans ce rituel du Śivapurāṇa qui décrit une forme de transmission de la philosophie du shivaïsme du Cachemire : cliquer ici. (le chapitre 26 cite les Shivasûtra !).

La ceinture de yoga est mentionnée dans de nombreux textes tantriques : le Tantra du hurlement de rire (Hāhārāvatantra), le Tantra de l'excellente révélation du secret (Suprabheda), le Tantra de la transcendance du temps en six mille versets (Satṣahasrakālottarāgama et d'autres versions de ce cycle ancien et très important), le Tantra de l'océan de la science sublime (śrīvidyārṇavatantra), la Religion de Shiva (śivadharma) et son Annexe (Uttara), ainsi que d'autres tantras, des manuels, des anthologies tantriques et des Oupanishads tardives.

On la retrouve, apparemment, jusque chez des mystiques comme Roûmî. Voici une image d'un rosaire (mālā), d'un bâton de méditation (yogadaṇḍa) et d'une ceinture de yoga de la confrérie Mevlevi :

Aucune description de photo disponible.

En Inde, il reste de très nombreuses représentations, depuis les bas-reliefs jusqu'aux miniatures mogholes, en passant par des statues, dont les plus communes sont Yoganarasimha et Âyyapan.

Narasimha :

The Luminescent: The Ancient Yoga Strap:

Un yogi sculpté au pays Tamoul, XVIIIe siècle. Notez la position des bras, des mains, l'attitude générale, les yeux grands ouverts plongeant dans l'espace, dans le geste de Shiva (śaṃbhavīmudrā) :



La déesse Sarasvatî ou une yoginî :

Smara Yoga, blog philosophie de David Dubois: Quoi lire sur le yoga ?

Matsyendra, révélateur de la tradition, Kaula, sur le poisson :

Книга Дмитрия Данилова «Йога-патта: Приложение по технике йоги на ...


Jnâna-dakshinâ-mûrti :

Sri Dakshinamurthy iconography and some other questions: Part One ...

Des yogîs à Borobudur :



Une déesse (Brahmî ?), Népal :

Mother-Goddess Brahmani Seated in Yogic Posture Holding Water Pot ...

Dans la tradition tibétaine, la ceinture de méditation reste l'attribut du yogi.

Voici le XVIème Karmapa :

Ceintures de liberté - Paperblog

Différentes manières de l'employer :

Ceintures de liberté - Paperblog


Vous verrez de nombreuses autres images sur les billets mentionnés au début de cet article.


Les deux sortes d'oraison - I

Jacob Wrestling with the Angel. 1865. Alexander Louis Leloir – A ...

Tout le monde, ou presque, s'accorde à reconnaître que la méditation est un regard simple sur ce qui est - sur Dieu : sans images ni pensées articulées.
Mais ce que peu reconnaissent, c'est qu'il existe deux sortes de méditation ainsi entendue : - d'une part, la méditation qui prend l'absence de pensée, ou le silence intérieur, comme moyen ; - et, d'autre part, la méditation qui prend l'amour comme moyen. 
Dans le passage suivant, Madame Guyon, une mystique du XVIIè, précise cette distinction vitale :

"Il y a deux sortes de simples regards [=de méditation], l'un bon et l'autre dangereux.

Le dangereux est de s'abstraire de toutes sortes d'objets sans en avoir aucun [=de faire le vide], et cela activement [=grâce à une technique], en sorte que, quoique l'âme ne soit pas intérieure ou très peu, étant encore dans l'activité [=vivant encore sous la croyance qu'elle peut vivre et agir séparément de Dieu], elle s'abstrait à la manière des philosophes de tous les objets, fantômes, imaginations qui empêchent une certaine recherche naturelle [=dans les limites du mental] de la vérité."

En effet, l'imagination et les sensations font obstacle à la vision de la vérité. Par exemple, pour faire des mathématiques, il faut être capable de se concentrer et de mettre de côté les images. De même, pour faire de la science, il faut savoir mettre de côté ses croyances naïves (nos "intuitions") pour commencer à penser. Et aussi en métaphysique. Or, c'est exactement ce que font, par exemple, les adeptes de la non-dualité de nos jours : ils font abstraction de leurs croyances, de leurs sensations, etc., pour déboucher sur un état de vide, un état sans jugement, pris pour l'état "ultime". Mais en réalité, ce n'est qu'un état mental, mondain, "naturel", une sorte d'état créé artificiellement en repoussant tous les états. Et surtout, même si l'on y goûte une certaine paix, elle reste basée sur l'idée que l'on peut agir séparément de Dieu, même si l'on affirme alors que "je n'existe pas" ou que "la personne est une illusion". Tout cela reste dans le champ de la nature, de cette manière d'être où l'homme s'est détourné de Dieu. Voilà pourquoi ce genre de démarche est stérile. Et même la paix y est récupérée par l'ego, comme le dira Madame Guyon dans la suite de ce passage.
Mais poursuivons sa lecture :

"Ceux qui se sont abstrait de la sorte on eu à la vérité quelque connaissance d'une Être Souverain [ou quelque soit le nom qu'on lui donne : vacuité, Soi, conscience...] supérieur à tout autre, et cela par une tension surprenante [=un effort de concentration ] de leur esprit et une abstraction de tout le reste. Ce n'est point là un état d'oraison [=de méditation]."

Il existe une autre sorte de méditation, où l'on reste sans pensées, dans un état de pure présence de pure conscience :

"Il y a un autre simple regard, qui envisage Dieu tel qu'il est, s'abstrayant avec effort de tout le reste pour tendre plus purement à ce pur et sublime objet. Cet état est bon, mais ce n'est ni le meilleur, ni le plus court pour arriver à Dieu."

C'est l'état atteint par les adeptes de la non-dualité dans ses divers variantes. Cela est beau et bon. Mais ce n'est pas le meilleur.

Mais alors, qu'est-ce que la meilleure méditation, le meilleur état ?

"Le meilleur de tous les états est de recueillir au-dedans l'esprit par le moyen de la volonté amoureuse de son Dieu, qui rassemble autour d'elle les puissances [=les énergies du corps et de l'esprit] et semble se les réunir.

C'est une contemplation amoureuse qui n'envisage rien de distinct en Dieu, mais qui l'aime d'autant plus que l'esprit s'abîme dans une foi implicite [=un amour non exprimé en mots ou pensées articulées], non par l'effort, ni par contention d'esprit [=concentration], mais par amour. On ne fait nul effort d'esprit pour s'abstraire, mais l'âme s'enfonçant de plus en plus dans l'amour, accoutume l'esprit à laisser tomber toutes les pensées, non par l'effort ou raisonnement, mais cessant de les retenir, elles tombent d'elles-mêmes."

La clé est l'amour.
Sans amour, rien d'authentique ne se passe, même si l'on atteint un état sans pensées, même si l'on acquière une certitude simple d'être l'ultime, le vide ou la conscience, même si l'on croit réaliser l'absolu. Tout cela reste stérile, et tourne mal dès que les circonstances s'y prêtent. Ou bien même,  cette "non-dualité" elle-même devient vide, absurde. On a l'impression d'être épuisé, que rien n'a de goût. Mais le symptôme le plus décisif reste que l'ego y demeure tel quel. Dans cette voie, tout revient finalement à l'ego : la paix, la clarté, le confort du corps, les capacités mentales, et même l'amour, tout est récupéré tôt ou tard. D'où des désillusions et des dérives comme on en voit tant. On peut bien dire que l'on existe plus, se complaire dans un vide factice, raconter qu'on est dans l'indicible, l'amour inconditionnel, la liberté, ou même se livrer à des exercices de privation, d'auto-humiliation, rien n'y fait. Comme dans une sorte de cauchemar, tout revient à l'ego. Tout progrès semble illusoire.

Mais si l'on s'ouvre à l'amour :

"Alors l'âme prend la véritable voie qui est le recueillement intime, où elle trouve la présence de Dieu et un concours merveilleux de sa bonté qui lui fait tomber insensiblement toute multiplicité, tout acte, toute parole, et met l'âme dans un silence goûté."

(Madame Guyon, Discours..., tome I, 46)

La différence entre les deux méditation se ramène à ceci : dans la voie de l'ego, on pratique pour atteindre Dieu - même si l'on prétend être dans le non-agir etc. Dans la voie de l'amour, on se laisse faire. Comme c'est Dieu qui fait, c'est bien fait. Voilà tout.

La différence est d'expérience : dans la première méditation, on a une certain repos. Mais insipide en comparaison de ce que l'amour fait goûter. En fait, c'est seulement l'expérience de l'amour qui nous fait prendre conscience de la vanité des autres voies. Cette approche est la vie. On réalise aussi sa simplicité, accessible à tous. Bref. Il y aurait tant à développer. Mais que chacun goûte, maintenant, par soi-même. Juste se laisser prendre. Infini. 
Dans le prochain billet, nous verrons pourquoi cette voie est "savoureuse".

Vijnana Bhairava Tantra 99

Trident with Shiva as Ardhanari (Half-Woman)  ca. 1050, Chola dynasty, South India. A Shiva sculpture almost a thousand years old can easily be mistaken for the Sikh Khanda emblem. To learn more see the SikhMuseum.com Exhibit - Nishan Sahib, History of the Sacred Banner and its Symbols

L'expérience du "personne ne pense" :

nirnimittam bhavej jñānaṃ nirādhāram bhramātmakam |
tattvataḥ kasyacin naitad evambhāvī śivaḥ priye || 99 ||
"La cognition advient sans cause.
Sans support, elle est erreur par définition.
En réalité, elle n'appartient à personne.
Qui est ainsi deviendra Shiva, ô belle !"

jeudi 18 juin 2020

Les Quatre yogas et l'Anthologie du shivaïsme du Cachemire

Un guide pour entrer dans la vie intérieure.
Inspiré par le shivaïsme du Cachemire,
le courant le plus profond du tantrisme,
une philosophie de vie qui réveille la vie.

Depuis 30 ans que j'explore la tradition du shivaïsme du Cachemire, ses points essentiels me sont apparus peu à peu. Dans ce petit manuel et dans l'anthologie qui l'accompagne, je médite ces points essentiels -
ce qui est vraiment vital dans la tradition.

Le premier livre est un manuel, bref et simple, sans érudition. Il s'inspire de la tradition du shivaïsme du Cachemire :


Le second livre est une anthologie, un choix d'extraits de textes du shivaïsme du Cachemire, traduits du sanskrits, et qui sont les références traditionnelles qui m'ont inspiré et qui continuent de me nourrir chaque jour.
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