sarvajñatā-ādi-viṣayaṃ hṛdaya-ādikam aṅga-ṣaṭkaṃ te |
sakalaṃ sadāśiva-antaṃ preta-ātmatayā tava-āsanaṃ svāmin || 10
parama-prakāśa-vapuṣo vimarśa-śaktiḥ prabho parā devī |
asyā eva prasaraḥ sarvā brāhmy-ādikā devyaḥ || 11
Bienvenue dans les pâturages de la Vache cosmique. Philosophie et mystique, voie de la connaissance et de l'amour. Philo-sophia, amour de la sagesse, désir de vérité, expérience et réflexion. Yoga ou union du cœur et de la tête. La philosophie comme yoga, la philosophie comme pratique, éclairée et nourrie par la tradition du Tantra et autres sources que nous ont léguées nos ancêtres. Cours Tantra traditionnel.
labdhatvatsaṃpadāṃ bhaktimatāṃ tvatpuravāsinām |
sañcāro lokamārge'pi syāttayaiva vijṛmbhayā || śivastotravalī I, 3
"Pour qui est riche de ton amour
et habite ta cité,
la vie en ce monde
elle-même devient
l'éveil (de la félicité divine)."
Kshemarâja explique :
Ceux qui sont riches sont ceux qui sont unis à ton amour si renommé, amour qui consiste à être envahi par toi. Ils "habitent ta cité", qui remplit toute chose et qui est leur essence. Pour eux, même la vie courante (vyavahāra) en ce monde, devient réellement (eva) le déploiement, l'expansion de la félicité d'être complètement possédé par toi. En outre, ceux qui habitent en toi et qui sont ta demeure sont dignes d'être aimés par le monde et sont source d'éveil pour le monde. Ce verset est donc une phrase à double sens.
cidbhairavam eva paraṃ paramāmṛtarūpam ekam atidīptam |
ullasitakaraṇacakragrastasamastaṃ śivaṃ vande ||
Bhairavānukaraṇastotra, 2 attribué à Kṣemarāja
"Le Dieu qui est conscience :
lui seul est transcendant, suprême ambroisie immortelle,
un, plus que lumineux.
Il dévore (instant après instant) toute la roue
des puissances (du corps et de l'esprit)
qui danse (en manifestant mon expérience) :
hommage à Dieu !"
L'imitation de Dieu, 2, hymne attribué à Kshemarâja
"Il dévore" (grasta) : la conscience engloutit à chaque instant ce qu'elle manifeste. La conscience, c'est-à-dire l'expérience, c'est-à-dire le temps. Tout ce qu'elle fait, elle le défait, "comme des mots tracés sur l'eau". Le Temps, c'est-à-dire la Mort (kâla) manifeste tout en elle-même, comme si cela existait hors d'elle-même, à la manière d'un miroir, puis elle reprend tout en elle, dans l'identité, comme dans une mine de sel le bois devient sel.
Ce verset, comme tous les discours du shivaïsme du Cachemire, est une description de l'expérience commune, mais illuminée par une attention spéciale. C'est tout le point de la Reconnaissance, laquelle définit l'éveil dans cette tradition : admirer le divin, lui rendre hommage dans l'expérience banale, apparemment ordinaire, grâce à une attention extraordinaire.
C'est l'élan même de la poésie ; et donc, les maîtres du shivaïsme du Cachemire étaient des poètes.

