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vendredi 2 avril 2021

Le Corps divin



city-ānanda-icchā-vit-karaṇa-akhyāḥ śaktayo jayanti vibho |
sūkṣma-sthūla-bhid-āptā vaktratvaṃ brahma-muṇḍa-bhidhā || 9
sarvajñatā-ādi-viṣayaṃ hṛdaya-ādikam aṅga-ṣaṭkaṃ te |
sakalaṃ sadāśiva-antaṃ preta-ātmatayā tava-āsanaṃ svāmin || 10
parama-prakāśa-vapuṣo vimarśa-śaktiḥ prabho parā devī |
asyā eva prasaraḥ sarvā brāhmy-ādikā devyaḥ || 11

Ô Seigneur !
Gloire à tes énergies nommées
Conscience, Félicité, Désir, 
Connaissance et Activité !
D'abord subtiles, elles deviennent grossières,
elles deviennent tes Six Faces 
après avoir tranché la tête de Brahmâ.
Ces six Faces sont l'omniscience 
et les autres attributs.
Elles  forment tes six membres, 
à commencer par le Cœur.
Toutes ces parties divines,
jusqu'à l'Eternel Shiva,
sont autant de corps inertes
qui forment ton trône,
ô Maître !
La Déesse suprême, ô Seigneur,
est le pouvoir de réalisation
de ta chair, Lumière absolue.
Les sept déesses-matrices, 
telle que l'épouse de Brahmâ,
sont sa manifestation, sans exception.

Kshemarâja, Bhairava-anukarana-stotra
_______________________

Ces versets proclament que tout est manifestation de la Conscience en son double aspect de Shiva et Shakti, c'est-à-dire l'Être, l'objet, d'un côté et la Conscience, le sujet, de l'autre.

La manifestation, ce sont les cinq Energies ou Shaktis, les cinq attributs, les six Faces, les six membres du Corps divin, les six Chakras sur lesquels règnent les six dieux, transcendés par la Conscience universelle. 

Les sept déesses-matrices sont les cinq sens, l'ego et l'intellect. 
Autrement dit, ces versets décrivent l'expérience éveillée, l'expérience d'une conscience réveillée car tout, dans le Tantra, est description de l'expérience.

vendredi 8 janvier 2021

Même le monde devient manifestation de toi


 labdhatvatsaṃpadāṃ bhaktimatāṃ tvatpuravāsinām |

sañcāro lokamārge'pi syāttayaiva vijṛmbhayā || śivastotravalī I, 3


"Pour qui est riche de ton amour

et habite ta cité,

la vie en ce monde

elle-même devient

l'éveil (de la félicité divine)."


Kshemarâja explique : 

Ceux qui sont riches sont ceux qui sont unis à ton amour si renommé, amour qui consiste à être envahi par toi. Ils "habitent ta cité", qui remplit toute chose et qui est leur essence. Pour eux, même la vie courante (vyavahāra) en ce monde, devient réellement (eva) le déploiement, l'expansion de la félicité d'être complètement possédé par toi. En outre, ceux qui habitent en toi et qui sont ta demeure sont dignes d'être aimés par le monde et sont source d'éveil pour le monde. Ce verset est donc une phrase à double sens.

mardi 20 octobre 2020

L'imitation de Dieu

Shiva et Shakti Souverains de l'ambroisie immortelle, Amriteshvara



cidbhairavam eva paraṃ paramāmṛtarūpam ekam atidīptam |
ullasitakaraṇacakragrastasamastaṃ śivaṃ vande || 

Bhairavānukaraṇastotra, 2 attribué à Kṣemarāja

"Le Dieu qui est conscience : 

lui seul est transcendant, suprême ambroisie immortelle,

un, plus que lumineux.

Il dévore (instant après instant) toute la roue

des puissances (du corps et de l'esprit)

qui danse (en manifestant mon expérience) :

hommage à Dieu !"

L'imitation de Dieu, 2, hymne attribué à Kshemarâja



"Il dévore" (grasta) : la conscience engloutit à chaque instant ce qu'elle manifeste. La conscience, c'est-à-dire l'expérience, c'est-à-dire le temps. Tout ce qu'elle fait, elle le défait, "comme des mots tracés sur l'eau". Le Temps, c'est-à-dire la Mort (kâla) manifeste tout en elle-même, comme si cela existait hors d'elle-même, à la manière d'un miroir, puis elle reprend tout en elle, dans l'identité, comme dans une mine de sel le bois devient sel. 

Ce verset, comme tous les discours du shivaïsme du Cachemire, est une description de l'expérience commune, mais illuminée par une attention spéciale. C'est tout le point de la Reconnaissance, laquelle définit l'éveil dans cette tradition : admirer le divin, lui rendre hommage dans l'expérience banale, apparemment ordinaire, grâce à une attention extraordinaire. 

C'est l'élan même de la poésie ; et donc, les maîtres du shivaïsme du Cachemire étaient des poètes. 

lundi 20 avril 2020

Les yeux clos

Shiva Vinadhara (Holder of the Vina) Chola Dynasty, ca 950 AD ...
Jouer la vînâ de l'espace


antarbhakticamatkāracarvaṇāmīlitekṣaṇaḥ &
namo mahyaṃ śivāyeti pūjayam syāṃ tṛṇāny api // 


"Je reste les yeux clos,
à savourer en moi 
l'émerveillement,
le miracle de l'amour.
Je salue Dieu - moi !
En cette expérience,
j'adorerais jusqu'aux brins d'herbe."

Outpala Déva, Hymnes à Shiva, V, 15

"Savourer en moi", dans le Moi en sa plénitude. Kshéma Râdja glose par pûrna-ahantâyâm "dans le plein état de 'je'".

Zia M. Dagar, Râginî Vardhanî :






samedi 28 mars 2020

Le terrible protecteur

"Tu imprègnes le vivant comme l'inerte (et pourtant) tu es différent de tous ces phénomènes,
(Car) tu es conscience, tu es un, sans commencement ni fin,
Toi le terrible protecteur, refuge de ceux qui n'ont pas de protecteur.
Je te loue en mon cœur d'un esprit identique à toi." 1

Verset extrait du célèbre hymne qu'Abhinavagupta composa en 962, l'Hymne à Bhairava (Bhairava-stava). 
On raconte que ses disciples récitaient ces strophes tandis qu'Abhinavagupta disparaissait dans une grotte pour toujours.
Le Soi est le "terrible protecteur" (bhairava-nâtha) car le Soi est la vie. Or la vie est ambivalente. Elle est terreur, angoisse et tremblements. Égarée par ses propres pouvoirs, le Soi est terrifié. Et pourtant, il n'a pas d'autre refuge que la vie, qui est le jeu du Soi. Si je reconnais directement mes énergies dans la vie, alors la peur devient le refuge, la tempête devient danse. Et la mort meurt : le corps retourne à la terre, l'eau à l'eau, et la conscience contractée retourne à l'infini, comme une vague à la mer. Le mystère retourne en lui-même. A chaque vie, la mort. A la fin de chaque journée, la mort. A la fin de chaque expir, la mort. A la fin de chaque perception, la mort. A la fin de chaque pensée, la mort. A la fin de chaque pensée, la mort. Si je reconnais qu'à chaque fois, c'est un mouvement de soi en soi (façon de décrire), alors c'est la vie qui retourne à la vie, l'eau à l'eau, l'espace à l'espace, la présence à la présence. 
Evidemment, cela ne supprime pas l'instinct de survie.

Pour "réaliser" tout cela, le plus simple est de le tester en cherchant à le réfuter. Ainsi, cherchez la fin de la conscience. Cherchez son commencement. Cherchez ses limites. Cherchez quelque chose qui soit l'inévitable présence.

Voici une interprétation très kitsch. Le ton est faux et l'ambiance est inadéquate. Mais c'est intéressant :

lundi 2 septembre 2019

La révélation du secret ultime

C�rculo de mujeres bailando la luz de la luna bosques Prado Granja campo Brujas Wicca de Halloween Spooky Beltane Vintage fotograf�a victoriana Photo Print

Voici un autre hymne adressé par Dieu à la Déesse, extrait du Tantra de l'Essence de la Danse de la Famille de la Déesse du Temps, Kâlî qui dévore le Temps :

"Belle ! 
Je suis pris au filet
De la plus extrême confusion !
Radieuse ! 
Révèle le point vital,
Tel qu'il est. 54

Dis le secret ultime, 
Ineffable, sans défaut. 
Bienfaisante !
Révèle ce qui est dans le Cœur de la Yoginī, 55

Ce qui est indépendant des jours lunaires et des heures fastes, 
Ce qui ne requiert pas de lieux, ni de moments (particuliers), etc., 
Révèle ce qui est affranchi des signes conventionnels des (différents) sites (sacrés), 
Avec (leurs) constellations et leurs planètes, 56

Révèle ce qui ne dépend pas des gestes sacrés ni des formules, ni des couleurs comme le rouge, etc., Révèle ce qui ne dépend pas d'un rituel quotidien,
Ni d'une offrande au feu, ni (de l'offrande) d'eau parfumée de fleurs, ni de l'offrande d'huile,  57

Révèle ce qui ne dépend pas du rituel d'invocation (d'une divinité), 
Ni de vœux quand à la manière de se conduire, 
Révèle ce qui ne dépend pas des (techniques) spéciales comme les remplissages, 
Les vidages ou les rétentions (du souffle)! 58

Révèle plutôt ce qui est naturellement libre
Et dépourvu de tout vice,
Ce qui ne dépend pas d'obligations ni d'interdits,
Ce qui est réellement grand ! 59

Dis le secret ultime
Présent dans le cœur (de tous les êtres)."

Ayant tenu ce discours, 
Il s'adonna à l'adoration de la Déesse. 60

Établi en sa nature, il resta silencieux.
Plus tard, en un autre temps favorable,
Cette suprême (Déesse), sans corps, 61

Parole aspirant à entendre (les paroles du Dieu)1,
Accomplit le grand sacrifice.
Quant aux autres êtres, corporels, 
Quand ils entendirent ce discours (du Dieu) sans corps 62

Ils joignirent les mains
Et se prosternèrent vers (la Déesse)
Mais la maîtresse du Dieu des dieux,
Présente dans la matrice, 
Ce royaume de notre vraie nature, 63

(Résonance) sans notes, présente en notre forme propre,
Au-delà des formes, transparente,
S'adonnait à la grande union,
Entourée des soixante-quatre (yoginīs). 64

(Ainsi) cette Déesse de tous les dieux
Accomplit méthodiquement
L'adoration, l'instruction et la transmission suprême
Des yoginīs. 65

Mais à la suite de cette (transmission), 
Ceux qui étaient présent se rétractèrent d'un seul coup 
(Et retournèrent) à à l'état de bétail (ignorant).
Seul le Grand Bhairava resta, mais (comme) pétrifié. 66

Quant aux autres dieux régents (du monde)8
Ils restèrent (aussi), par jeu et par dévotion.
Alors (ils) obtinrent le principe suprême,
Le suprême Shiva. 67

De mêmes, les soixante-quatre yoginīs,
Obtinrent (ce) principe
En s'appuyant sur la Roue de l'Espace
Et s'enorgueillirent des paroles de la Vérité intégrale. 68

Planant dans l'espace, tous se 
Répandirent en l'espace.

Quel est donc ce secret ? Ce secret des secrets ?
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