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mardi 23 février 2021

Faut-il se préparer ?



Plonger en Dieu "comme des poissons dans l'eau", dit le maître de vie intérieure Martial d'Etampes.

Mais comment ?

Ne faut-il pas, d'abord, se préparer ? Se préparer en travaillant sur soi ? En adoptant un mode de vie plus sobre, une alimentation plus saine et des pratiques de purification, de concentration, comme le yoga, la méditation ou encore l'aide sociale aux plus démunis ?

Tout cela semble faire sens. D'abord se préparer à la plongée. Puis, quand on sera prêt, plonger. Vouloir plonger, n'est-ce pas présumer de ses forces ? N'est-ce pas faire preuve d'orgueil ? N'est-il pas plus humble de rester pragmatique et de commencer par travailler sur soi ?

Cela semble sonner juste. Mais, à y regarder de plus près, cela ne marchera pas. En effet, tant que je travaille sur moi, tant que je pratique, tant que je médite... je décide, je choisi mon mon moyen, à ma guise, à mon rythme, selon mon intelligence et ma volonté. Je fais des efforts pour m'élever. Or, agissant ainsi, je reste dans les limites de mon Moi humain, avec ses qualités, mais aussi avec ses limites. Je me conduis comme le Baron de Münchhausen qui voulais s'extraire d'un sable mouvant en se tirant lui-même par les cheveux. 

En outre, je nourris ainsi ce Moi humain, ce Vieil Homme, cet ego, alors que le but de la vie intérieure, spirituelle, est de fondre ce Moi dans le Moi divin, ou du moins de le mettre à l'unisson du Moi divin. Cela, nul ne le conteste. Or, comment cela serait-il possible par le moyen du Moi factice ? Ces pratiques, opérées par l'ego, ne peuvent dépasser l'ego. Ses fruits et ses effets seront toujours parfumés par l'amour-propre, par l'ego. Je ne nie pas que telle pratique ait tel effet, car la Nature suit certes ses lois infaillibles. Mais je nie que l'on puisse ainsi véritablement se libérer. L'ego ne libère pas de l'ego. Même si je progresse, relativement parlant, je demeure dans le samsâra, dans le cycle du karma. Je progresse, mais à l'intérieur du mode d'existence égotique. L'amour-propre s'insinue partout, il est infiniment subtil et souple. Même arrivé au sommet de la Nature, je reste égocentré. Le Monde ne manque pas d'exemple de cette vérité.

Et donc, tôt ou tard, il faudra s'abandonner. Car tel est notre seul et unique choix véritable, la seule "pratique" qui s'offre véritablement à nous : nous abandonner, ou pas. Nous appuyer sur nous, ou sur la source divine. Inutile de définir précisément ce que désigne cette expression de "source divine", car nous le savons, instinctivement. Il suffit de s'abandonner, de s'orienter intérieurement, de tout son être, vers la source intérieure, vers la vibration du cœur, vers le centre, vers le "je suis", vers la sensation d'être la plus profonde, comme on se laisser tomber dans les bras d'un être aimé, en qui l'on a toute confiance.

Mais l'ego ne peut-il récupérer et s'approprier ce ressenti ? Sans doute, oui. Mais peu importe. Pourquoi ? Parce qu'alors, ça n'est plus mon affaire. J'abandonne l'œuvre à accomplir à une autre force, plus grande, plus sage, une vie plus vivante, une lumière plus éclatante, même si je ne peux la concevoir clairement. Toute mon œuvre est de me tourner vers cette source mystérieuse, de m'abandonner en confiance. En confiance, plutôt qu'en conscience. Je me laisse faire. Pas par n'importe quoi ; par l'être suprême, au-delà de toute idée, de toute image.

Ceci n'interdit pas de pratiquer le yoga ou la méditation, ou la danse ou de se faire nonne, si cela coule de source. Mais le point est de donner la priorité à l'intérieur. Je ne vis pas, je ne décide pas. Je laisse vivre à travers moi, je me fais vitrail limpide pour la lumière. Je la laisse me purifier, me guider. D'instant en instant, je vis sans savoir ce que sera le prochain instant. Je ne me contente pas d'une croyance générale "tout est parfait". Non, je m'abandonne du fond de l'être au fond de l'être. Je ne suis plus. Autre chose est. Qui a toujours veillé, mais qui désormais passe au premier plan. Tout dépend de cette hiérarchie.

D'ordinaire, je décide quoi faire. Et du coup, tout tourne mal. Désormais, je laisse cette source décider, sans savoir ce qui va en sortir. Et je constate que le mal tourne en bien. Je me tourne simplement vers cette source. Et je laisse le reste suivre. 

L'inversion des valeurs cesse. Le Moi ne disparaît pas, mais il s'abandonne au Moi véritable. Telle est la pratique centrale, la seule véritable. Et la meilleure préparation à cette pratique est cette pratique même. Le moyen est divin. Et toutes les voies convergent dans cet acte simple de se tourner vers cette vibration intime, vers cette parole simple : "je suis". 

Toutefois, il n'y a pas à se forcer. Si je peux donner toute mon énergie à faire des séries de postures ou des rituels, alors je ne suis pas amoureux. Ca n'est pas une question de préparation. Ce sont juste les jeux de l'amour. Si je peux encore pratiquer autre chose que la plongée en silence, c'est que l'amour ne s'est pas encore éveillé. Je ne peux rien forcer. Le jour où l'amour se réveillera, je ne pourrai plus réciter d'autre mantra que "je suis". Je ne pourrai plus faire de posture par moi, par ma seule volonté, car toute ma volonté sera absorbée dans sa source, dans le pur élan d'être. Juste, ne pas résister, s'ouvrir à ce possible, à ce miracle.

Le meilleur moyen est la fin.

mardi 23 février 2016

Nul moyen pour parvenir à Dieu, que Dieu



La mystique, c'est-à-dire la vie intérieure, est universelle. Non qu'elle soit présente partout et en tous temps également. Mais quand elle est présente, elle présente les mêmes traits. Les mystiques nous donnent les mêmes conseils de vie.

Voici un exemple clair.
Il n'y a pas d'autre moyen pour atteindre Dieu, que Dieu. Et, comme Dieu est amour, l'amour est le moyen d'atteindre Dieu.

D'abord, un moine français du XVIIème siècle, célèbre en ce temps du côté de Montmartre :

"Il semble nécessaire que je montre le moyen de parvenir [à Dieu], moyen, dis-je, sans moyen.
Car soyez assuré que nul acte, méditation, pensée, aspiration ou opération profitent ici. De même, aucun discours, nul exercice ou enseignement, ni nul moyen doit ici moyenner entre l'âme et cette volonté essentielle ou essence de Dieu, mais cette seule fin [à savoir, Dieu] sans aucun moyen nous doit attirer à elle et nous élever à l'heureuse vision et contemplation d'elle."
Benoit de Canfield, La Règle de perfection, p. 30

Le message est clair : le seul moyen d'arriver à Dieu, c'est Dieu. 

Lisons maintenant ce que dit un mystique du Cachemire du XIème siècle, quand il explique le vers d'un autre mystique qui "Salue l'être plein d'amour divin à qui Dieu se manifeste sans aucun moyen" :

"Je salue celui à qui Dieu se manifeste sans aucun moyen" relevant du plan de la dualité, je salue celui pour qui se déploie son propre Soi qui est Dieu. Lui seul est "plein d'amour", riche, parce qu'il est possédé par l'amour, et par lui seul, et parce qu'il n'est point sali par l'espoir de quelque chose de plus que l'amour. Je salue cet amoureux, cet être doué de l'amour inséparable de Dieu, lequel est révélé par la force du miracle de l'amour. Et "je le salue" dans un état de pleine conscience, un état de possession en Dieu qui n'est pas différent du sien. Dieu se manifeste "ainsi", parce qu'il se manifeste d'une manière qui n'est pas de ce monde, il se manifeste "sans image ni prière". En effet, images sacrées et prières apparaissent aux autres comme leur propre essence qu'ils doivent contempler et prier en une forme limitée séparée d'eux-mêmes. A "L'être plein d'amour", par contre, sa propre essence divine se manifeste clairement et en toute circonstance sans aucun moyen, sans forme limitée, douée de toutes les formes, masse de conscience ininterrompue. C'est pourquoi l'auteur dit que Dieu se manifeste à lui "sans moyen". Un moyen, c'est ce qui se pratique en récitant d'abord des louanges, etc. et qui est une cause. Dès lors, attendu que toutes les pratiques sont "contractées", elles ne peuvent servir de moyen pour atteindre notre essence qui n'est pas "contractée". Cette essence n'est atteinte, par la grâce de l'intelligence divine, que par ceux qui ont la bonne fortune de se laisser posséder par l'essentiel. "

Kshemarâdja, Explication des Hymnes à Shiva, I, 1 

Nous retrouvons ici le même conseil : l'amour est Dieu, et l'amour ramène à Dieu. Pas d'autre moyen.

De la même région et de la même époque, on pourrait citer un anonyme (bien que ce poème soit souvent attribué à Abhinavagoupta, mais je crois que c'est une erreur) :

"Ici, ni transmission, ni exercice,
Ni révélation, ni raison,
Ni quête, ni méditation,
Ni concentration,
Ni effort, ni pratique, ni répétition.
- Alors dis, parle en vérité !
Écoutes cela,
Entends cette vérité souveraine,
Très certaine :
Ne lâche rien,
Ne prends rien.
Savoure toute chose
A ton aise,
Tel que tu es."

 Hymne à l'Insurpassable, 1

Ici, pas d'amour, mais une invitation au lâcher-prise. A mon sens et selon mon expérience, il s'agit, au fond, du même ressenti, même si on peut discuter de ce point.

J'en retiens que la mystique, comme science de l'intérieur, est universelle, et qu'elle est la vie bonne, la voie du salut pour nous, malgré nos limites.

dimanche 31 janvier 2016

La vie intérieure est inaction



Nous sommes habitués à progresser par nos efforts.
Mais dans la vie intérieure, tout notre effort doit être de nous laisser agir par l'énergie divine. 
C'est l'in-action, ou action intérieure.
Comme le conseille un Carme :

"les âmes ne sont pas encore accoutumées à ce genre de vie, elle ont de la peine...à s'empêcher de tendre à force de voiles et de rames...dans cet océan de la Divinité.
Mais à présent qu'elles n'ont pour motif que l'unique plénitude...il ne faut plus qu'elles usent d'autres industries ni effort que d'un simple écoulement de cœur en lui."

Mais pourquoi "vie intérieure" ?
"On appelle cet exercice vie, parce que l'âme n'en doit jamais être privée, autrement on pourrait dire qu'elle serait morte, comme l'on dit d'un corps mort, qu'il n'a plus d'âme. Et aussi...on l'appelle vie simple... Il est impossible que l'esprit qui a goûté Dieu simplement, par habitude et non en passant seulement, puisse jamais trouver goût ni s'appliquer à le cherche autrement."

Il n'y a pas de rémission :
"Quand Dieu s'est fait goûter au fond de l'âme, il laisse une impression quasi éternelle, et qui rappelle à soi tous les mouvements d'esprit avec une telle force qu'il ne peut jouir d'aucune satisfaction ailleurs que dans ce fonds qui est son centre et sa vraie demeure."

Maur de l'Enfant Jésus, Théologie chrétienne et mystique, pp. 71-73

vendredi 22 janvier 2016

Comment la religion entrave l'intérieur

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Les religions se prétendent gardiennes des moyens de parvenir à l'accomplissement intérieur. Mais en réalité, elles sont un obstacle à cet accomplissement. 
Non seulement parce qu'elles sont corrompues par leur pouvoir, mais encore parce qu'elle cachent la vérité simple sous une multitude de rites et d'obligation qui sont censées assurer une forme de sécurité : "Purifiez-vous ! Préparez-vous ! Faites ! Pratiquez ! Obéissez ! Ne réfléchissez pas !" Tel est le message de tous les prêtres, de tous les gourous, lamas et autres bergers. Ils cherchent à effrayer leurs ouailles, plutôt que de les encourager à faire usage de leur liberté. Sous couvert de leur assurer la survie, ils les empêchent de grandir.
Le doigt, censé pointer vers la lune, la cache bien plutôt.
C'est ce que dit ici un moine Carme, mais mystique :

"Je ne puis m’empêcher de croire que toutes les grandes méthodes qu'on a inventée pour conduire à la dévotion, ne soient cause que si peu de personnes trouvent et cherchent Dieu purement et en vérité, ou bien c'est après un si long temps que la plus grande partie de la vie se passe à les apprendre ; et, après les avoir bien routinées, le plus souvent on voit ces pauvres âmes autant attachées à leur propre intérêt et au service de leurs appétits et passions, qu'elles aient jamais été."

Tout est dit. Parti à la recherche de Dieu, on revient avec un nouvel ego, spirituel ou religieux ou autre. On devient expert en yoga, en méditation, en tantra, en thérapie-ceci, thérapie-cela, on a fait de milliers de prosternations, récité des millions de mantras, visité tant de sanctuaires... Et l'on est d'autant plus attaché à soi, à ce faux Soi, à cette image de soi, qui ne vit que pour le regard des autres; C'est la religion. Comme dit Longchenpa, "une chaîne dorée entrave autant qu'une chaîne de fer".

Notre Carme poursuit :

"La raison, à mon avis, de leur défaut est qu'elles s'étudient plus à se rendre parfaites dans leurs artifices et méthodes qu'en Dieu et pour Dieu.... C'est ainsi que les hommes s'aveuglent dans la lumière, et qu'ils se bâtissent des cachots de servitude dans le palais de la vraie liberté, et s'attachant plus fortement à leur propre dévotion qu'à Dieu même, ils s'empêchent de parvenir à la jouissance par les mêmes moyens qui les y devraient conduire."

Maur de l'Enfant Jésus, Théologie chrétienne et mystique, p. 49

Alors détournons notre attention de ces prétendus moyens, tout "traditionnels" soient-ils, et retournons-là vers notre centre, simplement et sans fioriture. Non pour y trouver le bonheur, la paix ou autre chose, mais parce que c'est la vérité. Que le doigt accomplisse enfin sa fin !


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