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mardi 19 juillet 2022

L'élan divin au cœur de l'humain

(Arthur Prince Spear)

Plonger dans l'élan primordial est la grande pratique du Tantra. Une invitation à explorer le mystère du mouvement, n'importe quel mouvement.

 Shiva dit :

udyamo bhairavaḥ //

"L'élan est le divin.

Explication en vers par Varadarâja :

L'élan est l'acte d'émerger instantané,
un 'euréka !' en forme d'expansion de notre conscience 
qui s'écoule comme éclosion du ressenti.
L'élan est un frémissement intérieur,
la sensation 'je suis' en sa plénitude.
Il est tout de tout :
il est (la source) de tous les pouvoirs, 
la (source) indifférenciée, totale,
universelle, en plénitude, de tout choix,
de toute (perception) différenciée.
Il est donc est capable de les engloutir toutes :
tel est le sens du nom 'Bhairava, l'Effroyable".
L'intuition de cette réalité divine
a le pouvoir de dénouer les liens.
Et, une fois les sens et l'esprit à nouveau actifs,
la manifestation de la dualité est guérie."

yo 'yaṃ vimarśarūpāyāḥ prasarantyāḥ svasaṃvidaḥ | 
jhaṭity ucchalanākārapratibhonmajjanātmakaḥ || 
udyamo 'ntaḥparispandaḥ pūrṇāhambhāvanātmakaḥ | 
sa eva sarvaśaktīnāṃ sāmarasyād aśeṣataḥ ||
viśvato bharitatvena vikalpānāṃ vibhedinām |
alaṃ kavalanenāpīty anvarthād eva bhairavaḥ || 
athedṛgbhairavāpatter bandhapraśamakāraṇāt |
vyutthānaṃ ca bhavec chāntabhedābhāsam itīryate || 

Shiva-sûtra I, 5

mercredi 16 mars 2022

Le mystère de l'origine de toutes choses enfin résolu !


 Qu'y a-t-il au commencement de toutes choses ? 

Les physiciens l'ignorent ou éludent la question, laquelle nous demeure inaccessible. Trop loin, très abstrait.

Pourtant, l'origine de tout est proche. Et très concrète.

Selon le Tantra (=tantrisme, chamanisme et gnosticisme), tout est mouvement. Comme une mer parcourue de vagues. Chaque sensation, perception, pensée, mouvement physique, spirituel ou mercatique, est une vague, un mouvement.

Or, chaque mouvement, sans exception, commence dans l'Origine de toujours.

Et tout mouvement s'achève en Elle.

Comme les vagues "commencent" et "finissent" en la mer. Si l'on peut s'exprimer ainsi.

Donc, il faut et il suffit de prendre n'importe quel mouvement pour découvrir l'origine de tous les mouvements. Chaque mouvement est, en sa vérité, comme un voyage de l'infini vers l'infini, avec un interlude dans le fini, épisode qui a son sens et sa valeur, pourvu qu'il soit resitué dans son contexte : l'infini.

Cela est plus sensible pour les mouvements subjectifs : ceux, de "mon" corps, de "mon" esprit. Et ceci sera moins sensible pour les mouvements objectifs, les mouvements des autres êtres, comme le mouvement d'une belette, et encore moins pour les mouvements des choses apparemment privées de conscience propre, une pierre qui roule, par exemple.

Il suffit donc de plonger l'attention sur le début de n'importe quel mouvement subjectif - un désir, un élan, une émotion - pour découvrir, pour ressentir l'Origine de tout, le Big Bang en direct.

Mais, me demanderez-vous, s'il en va bien ainsi, alors pourquoi le Big Bang reste t-il un mystère impénétrable ? Si je suis à l'Origine à chaque origine de mouvement subjectif, pourquoi n'en n'ai-je pas conscience ? 

Premièrement, parce que je ne le sais pas. Si j'en ignore jusqu'à la possibilité théorique, comment pourrais-je en prendre conscience ? Deuxièmement, parce que, dans l'expérience ordinaire, le mouvement succède si rapidement à son Origine, qu'il la recouvre et la cache, pour ainsi dire, même si cela est une illusion, car comment la vague pourrait cacher l'océan ?

Mais enfin, pour ressentir l'Origine, il faut donc porter son attention vers les moments où l'Origine reste à nu, découverte pour ainsi dire plus longtemps qu'à l'habitude.

Comment faire ?

C'est très simple.

Expérience : je m'assoie. Je veux m'envoler, soulever mon corps au-dessus du sol. Comme cela est impossible (en temps normal), ce mouvement ne se réalise pas. Le corps ne décolle pas. Mais mon désir, ma volonté, mon élan, lui, persiste. Et, comme le mouvement grossier qui le recouvre d'ordinaire ne survient pas, cet élan se trouve mis à nu.

Cet élan est l'Origine. Le Big Bang. Ressentir cet élan, c'est ressentir l'élan  l'origine de tout, l'énergie pure. Plus je "remonte", par mon attention, vers la source du mouvement, plus je me fonds dans l'Origine, plus je savoure, ici et maintenant, le Big Bang en direct.

Sur cette voie, il se passe bien des choses. Mais, à un moment, imprévisible, il y a comme un basculement. Le Mystère, tout en gardant son mystère, se trouve "résolu", consommé. En d'autres termes, et sans vouloir effrayer personne, on tombe en amour. Intime, intense et tout ce qu'il y a de plus personnel, même si la personne peut ainsi se sentir mourir de mille morts avant de renaître autant de fois. A l'infini.

En ce sens, le mystère du Big Bang est résolu dans une expérience ineffable, indicible, mais directe et plus concrète que n'importe quelle autre. 

mercredi 10 novembre 2021

Plonger à la source de l'être



La pratique propre au Tantra n'est pas le massage ni la danse, même s'il est bon de danser et de se masser. Ces pratiques, aujourd'hui identifiées au Tantra, existent dans le Tantra traditionnel. Mais elles n'en sont pas le cœur.

Quel est le cœur du Tantra ?

La plongée dans le cœur.

Le cœur est le début de n'importe quel mouvement. 

De même, le propre du yoga, ce ne sont pas les postures, âsanas ; même si les postures, statiques ou dynamiques (karanas), font partie du yoga traditionnel. Mais le yoga, qui comporte six aspects selon la très riche tradition du Tantra, ne se limite pas aux âsanas.

Quel est le cœur du yoga ?

La plongée dans le cœur.

Le cœur est le début de n'importe quel mouvement. 

Voici un enseignement traditionnel sur ce point-clé :


sattā-saṃbhava-udyamo yogaḥ || 

"Le yoga, c'est [s'immerger dans] l'élan à la source de l'existence".

Mânasa Râma, La Lampe de la liberté


Ce maître du XIXe siècle explique lui-même son instruction :

parat-attva-samāveśa-upāyaḥ : le yoga est le moyen de s'absorber, de s'immerger dans l'être qui transcende les lieu, les moments et les formes, mais qui engendre ces formes et les fait subsister. Le yoga est la plongée dans le jaillissement de l'énergie qui engendre chaque chose, śakty-udyamaḥ et dont la nature ne meurt jamais acyuta-svabhāvaḥ.

vendredi 5 mars 2021

Mâlînîvârttika 22-24 : L'état de Puissance



tathā ca guravaḥ śaivadṛṣṭāv itthaṃ nyarūpayan /
sa yad āste cidāhlādamātrānubhavatallayaḥ //22
tad icchā tāvatī jñānaṃ tāvat tāvat kriyā hi sā /
susūkṣmaśaktitritayasāmarasyena vartate // 23
cidrūpāhlādaparamas tadābhinno bhaved iti /

"Et ainsi le Maître (Somânanda) 
a décrit (cette Triade, le Cœur, l'absolu,)
de cette manière, 
dans la Vision de Shiva :
'Quand il demeure dissout dans son expérience
de pure et simple joie qui est conscience,
alors il y a autant (Puissance) de désir, 
il y autant (Puissance) de perception,
il y a autant (Puissance) d'action.
Il est alors fusion subtile
de ces trois Puissances.
Aspirant à cette joie de conscience,
il est identique à elle."

Abhinava Goupta, Mâlinîshlokavârttika, 22-24
________________________

Abhinava cite ici le maître du maître de son maître dans la tradition de la Reconnaissance (pratyabhijnâ). Son œuvre, la Vision de Shiva, est à la fois philosophique, argumentée, polémique, et visionnaire, portée par l'élan divin qu'elle décrit. A ce titre, elle est difficile. A ma connaissance, il n'en n'existe pas encore de traduction complète. Du temps d'Abhinava, ce texte était sans doute déjà considéré comme très difficile, car ce sont toujours les mêmes passages qui sont cités.

Quoiqu'il en soit, l'idée est ici que l'absolu est désir. Toujours la même Idée, au fond. L'Immuable est changement. Il devient autre sans en être altéré. Il se transforme à l'infini et devient toutes choses. Tout est Dieu. Telle est le message radical de ce sage peu connu. Shiva et Shakti, la conscience et le monde, sont inséparables. Tout est en tout. 

Dieu est "aspirant" à la Déesse, parama : elle est son ultime, son absolu, marquant ainsi qu'il n'y a rien au-delà de la Puissance de conscience. Ce mot d'amour, parama en fin de composé, "avoir pour absolu...", "faire de x son ultime", "avoir x pour refuge suprême", "être dévoué à...", suggère que Dieu et Déesse sont inséparables, que le monde et la conscience sont inséparables. Non-dualité. Le monde est la religion de la conscience. La Déesse est la religion de Dieu.

dimanche 12 avril 2020

L'élan est le divin même

J'adore les profondeurs de l'océan... telle une sirène....

Shiva dit :

udyamo bhairavaḥ //

yo 'yaṃ vimarśarūpāyāḥ prasarantyāḥ svasaṃvidaḥ | 
jhaṭity ucchalanākārapratibhonmajjanātmakaḥ || 
udyamo 'ntaḥparispandaḥ pūrṇāhambhāvanātmakaḥ | 
sa eva sarvaśaktīnāṃ sāmarasyād aśeṣataḥ ||
viśvato bharitatvena vikalpānāṃ vibhedinām |
alaṃ kavalanenāpīty anvarthād eva bhairavaḥ || 
athedṛgbhairavāpatter bandhapraśamakāraṇāt |
vyutthānaṃ ca bhavec chāntabhedābhāsam itīryate || 

"L'élan est le divin.

Explication en vers par Varadarâja :

L'élan est l'acte d'émerger instantané,
un 'euréka !' en forme d'expansion de notre conscience 
qui s'écoule comme éclosion du ressenti.
L'élan est un frémissement intérieur,
la sensation 'je suis' en sa plénitude.
Il est tout de tout :
il est (la source) de tous les pouvoirs, 
la (source) indifférenciée, totale,
universelle, en plénitude, de tout choix,
de toute (perception) différenciée.
Il est donc est capable de les engloutir toutes :
tel est le sens du nom 'Bhairava, l'Effroyable".
L'intuition de cette réalité divine
a le pouvoir de dénouer les liens.
Et, une fois les sens et l'esprit à nouveau actifs,
la manifestation de la dualité est guérie.

Shiva-sûtra I, 5

vendredi 15 février 2019

Comment méditer sur l'énergie ?

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L'énergie. Voilà un mot bien vague.
Dans le langage du milieu New Age au sens large, il est employé un peu comme le mot "schtroumph" chez les Schtroumphs.

Ici, le mot "énergie" désigne le mouvement sous jacent à tous les mouvements particuliers de la vie. Par exemple, j'écris à ce clavier, il y a des mouvements nombreux et rapides. Mais à la racine de ces mouvements, il y a un élan constant, un jaillissement invariable, une sorte d'ébullition interne, une vibration, un mouvement immobile, une énergie.
C'est la sensation globale de vivre. La sensation d'ensemble du corps ressenti, mais plus spécialement la sensation de légère démangeaison dans le dos ou la poitrine. Ou celle que l'on sent "au centre de soi" quand on ferme les yeux. Ou quand on sent qu'on va éternuer. Ou juste avant l'orgasme. Ou quand la moutarde nous monte au nez. Ou à l'occasion de n 'importe quel choc émotionnel ou vital, une claque, un oubli, une surprise, un poteau mal approché...

La tradition du shivaïsme du Cachemire nomme cela la Conscience (vimarsha), c'est-à-dire la conscience au sens propre, la conscience réflexive, le pouvoir conscient de revenir sur soi. C'est la source de la dualité et de la souffrance. Mâyâ, le mental, l'ego, l'agitation, la compulsion, l'inconscience, sont des dérivés de cette élan primordial. Quand la Conscience se perd dans son mouvement comme un chat après sa queue, elle devient le mental, au sens d'une énergie fragmentée, inerte, dominée par des schémas répétitifs et inconscients. 

C'est donc la Conscience réfléchie par opposition avec la conscience au sens faible, la conscience spontanée, comme lumière manifestante et manifestée, Shiva. Cet aspect de la conscience est la lumière qui éclaire les objets en les manifestant, en se manifestant comme ces objets.

Abhinava Goupta dit que dans l'état de veille, la Conscience réfléchie domine sous la forme du mental, du bavardage intérieur. A l'opposé, dans le Sommeil profond, la Lumière conscience prédomine, presque sans aucune réflexion, sans aucun retour sur soi, sans aucune "conscience de ".

La vie intérieure est l'harmonisation de ces deux aspects. La réconciliation de Shiva et Shakti. En contemplation, l'aspect Shiva est savouré dans la méditation de l'espace, du silence, de la vision sans pensées. L'aspect Shakti est savouré dans la méditation du cœur, de la vibration, du ressenti, du désir. Ce sont deux aspects de la Présence (smara), inséparables mais bien distincts et complémentaires. Vide et plénitude.

Pour méditer sur l'énergie donc, il suffit que l'attention plonge à la source de n'importe quel mouvement, de n'importe quel désir ou activité. Cela peut être la respiration (en particulier à la fin de l'inspir), la parole, la course à pied... Plus c'est intense et rapide, mieux c'est. Plus le stress est important, plus le feu de la Conscience brûlera fort. J'ai déjà donné maints exemples d'instructions secrètes (upadesha) à ce sujet. En voici un autre, un verset tiré d'un tantra de la tradition Shrî Vidyâ, récent en plus, ce qui montre au passage que la tradition du shivaïsme du Cachemire a existé jusque récemment hors du Cachemire, dans le Sud de l'Inde en l’occurrence :

Ô Déesse !
Médite sans interruption
cet élan qui est à la source
de tout ce que tu fais.
Tu atteindras la plénitude.

Tantra de la Félicité suprême, XXIV, 118

Et n'oubliez pas cette clé : tout ce qui est dit dans le shivaïsme du Cachemire se rapporte à l'expérience, ici et maintenant.

Pour méditer sur l'énergie donc, il suffit de plonger à la source de n'importe quelle activité, mental ou corporelle. L'attention doit épouser cette source, s'y baigner et en inonder tout l'être, tout le corps. C'est alors l'expérience de la "félicité suprême".


mercredi 28 novembre 2018

Comment se connecter à la source intérieure ?


Sans plaisir, il y a belle lurette que j'aurai laissé tomber la spiritualité !

C'est cette sensation de plaisir, d'amour et d'unité à la fois qui nourrit tout le reste.

Mais comment la trouver ?

En soi.
Oui, mais comment précisément ?

Un truc simple et efficace est de cesser de bouger.
Puis faire naître l'intention de lever les deux mains.
Mais sans les lever.

Vous restez juste dans le jaillissement de cette énergie de l'intention de lever les mains. Vous sentez cette énergie s'accumuler, devenir de plus en plus vivante, concrète.

Ensuite, vous vous laissez aller quelques minutes, une heure ou quelques heures dans ce courant.

Comment est-ce possible ?
Parce qu'il n'y a qu'une seule source de tous les mouvements. Les mouvements corporels sont rapidement récupérés par l'ego. Mais en leur source est bien la Source. Rien d'autre. La Vie. Dieu. L'amour. 

Une fois cette sensation unique repérée, plongez-y de plus en plus souvent. Plus besoin de truc. C'est une plongée intérieure, un acte invisible.

Un instant, un moment, une minute... Cela suffit pour se reconnecter. C'est un délice, mais aussi très difficile, pour des raisons souvent obscures, une sorte de résistance viscérale, un genre de timidité. Des croyances.

Le shivaïsme du Cachemire reconnaît la valeur de cette félicité. C'est la Koundalinî, différente de la Koundalinî du Hatha Yoga. 

Voici ce qu'en a révélé Shiva, expliqué par Bhâskara :

Le jaillissement est Dieu

Dieu est notre Soi de conscience, essence qui ne manque de rien et qui déborde de plénitude. 
"Jaillissement", "élan" et "éclosion" désignent (notre) état (c'est-à-dire l'état de de Dieu) quand il désire engendrer la création sans pour autant perdre son essence. 
C'est aussi le monde, le Tout, Dieu. En ce monde, la claire manifestation du frémissement de soi est Dieu.

(Shiva-sûtra-vârttika, I, 5)

vendredi 26 janvier 2018

Un rien de temps suffit

La vie intérieure se nourrit de touches brèves, mais répétées.
Ce sont des actes purement intérieurs de silence,
où simultanément l'âme se jette dans la mer divine
comme une onde qui aspire à la parcourir
à l'infini, sans jamais n'être rien autre que cette mer.


La brièveté de cet acte est décrite chez plusieurs mystiques.

Ainsi le Nuage d'inconnaissance :

"Un rien de temps, aussi petit soit-il, et le ciel peut être gagné et perdu....
Aussi donne toute ton attention à cette oeuvre, et à sa merveilleuse manière,
intérieurement, dans ton âme.
Car pourvu qu'elle soit bien conçue,
ce n'est qu'un brusque mouvement,
et comme inattendu,
qui s'élance vivement vers Dieu,
de même qu'une étincelle du charbon.
Et merveilleux est-il de compter les mouvements qui peuvent,
en une heure,
se faire dans une âme qui a été disposée à ce travail.
Et pourtant il suffit d'un seul mouvement entre tous ceux-là,
pour qu'elle ait,
soudain et complètement,
oublié toutes choses créées?"

(Nuage, chapitre IV)

Et Catherine de Gênes :

"L'amour qui est Dieu même,
instantanément et sans intermédiaire 
découvre sa fin et son repos suprême."

(Vie de C. de Gênes chap. III)

L'ermite Jeanne de Cambry décrit la jouissance de Dieu
jusque dans les œuvres extérieures :

"Or ceci se fait par une nudité et un délaissement
de toutes ses propres opérations et recherches trop actives...
[L'âme] vient à s'écouler 
jusqu'au plus profond abîme de son néant. 
Et lors au moment que l'âme et ses puissances sont anéanties,
par cette profonde humilité,
cet esprit, partie suprême de l'âme,
vient à s'envoler plus vite
qu'un éclair,
ou plus que le rayon du soleil,
jetant sa brillante lumière en quelque lieu
lorsque les obstacles en sont ôtés.
Ainsi donc cet esprit vient à s'envoler à l'union de son Dieu,
retournant à lui comme à son centre.
Car Dieu est vraiment le centre de notre âme..."

(Traité de la ruine de l'âme, livre III, chap. XVIII, éd. de 1645)

Enfin, Bernardino de Laredo :

"Surmontant le créé et sortant de lui,
l'âme va à Dieu par une élévation d'esprit subite et instantanée ;
elle ne demeure en chemin pas plus longtemps
que la paupière de l’œil ne prend à cligner,
à la façon d'un rayon du soleil,
lequel à l'instant qu'il naît à l'orient
arrive e, occident.
Ainsi doit faire l'âme qui en un instant
élève l'esprit par la voie de l’aspiration,
laquelle est plus légère et momentanée 
que le rayon même du soleil."

(Ascension du mont Sion, traduit par D. Tronc, Expériences mystiques, vol. II, p. 252)

Ainsi l'âme plonge en ce geste,
à la fois actif et passif.
Puis elle se laisse emporter par son écho,
comme le regard, qui suit la ride sur une eau calme,
va se perdre là où
cette onde se perd.

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