Bienvenue dans les pâturages de la Vache cosmique.
Philosophie et mystique, voie de la connaissance et de l'amour. Philo-sophia, amour de la sagesse, désir de vérité, expérience et réflexion. Yoga ou union du cœur et de la tête. La philosophie comme yoga, la philosophie comme pratique, éclairée et nourrie par la tradition du Tantra et autres sources que nous ont léguées nos ancêtres. Cours Tantra traditionnel.
Il n'y a pas de fin au progrès spirituel. En vaste largeur, en vertigineuse hauteur, en profondeur sans fond, il n'y a pas d'arrêt à l'expansion, bien que notre essence soit déjà infiniment répandue en toutes choses, elle qui est la Source de toutes choses.
Quand une pierre coule dans un océan sans fond, elle ne cesse jamais de couler. Son mouvement n'a pas de terme.
"Comme ce qui est cherché ne comporte pas en soi de limite, ce qui a été découvert devient chaque fois pour celui qui monte le point de départ de découvertes plus hautes. Ainsi celui qui s'élève ne cesse jamais d'aller de commencement en commencement, par des commencements qui n'ont jamais de fin."
Grégoire de Nysse, VIIIe homélie sur le Cantique des cantiques
Ces "commencements" sont les plongées dans le Désir pur, la vibration cordiale, la sensation viscérale d'amour et de félicité, le "je suis" vivant.
Ainsi tout est toujours déjà donné, et pourtant tout n'est jamais vécu en son total.
"Les pays du yoga sont étonnement". Les demeures et pièces du Château sont innombrables. Quoi que nous ayons senti, goûté et connu, il reste toujours et à jamais infiniment davantage à sentir, goûter et connaître.
Il y a bien des consommations et des consumations au contact de la vive flamme. Mais le phénix ne cesse de renaître pour mieux être ravi par la douce brûlure.
Dans un article précédent, j'évoquais l'idée de dialectique comme loi de la vie - thèse antithèse synthèse, "dépasser en intégrant". Mais cette sorte de tension entre des opposés doit être distinguée de la complémentarité.
En effet, l'opposition dialectique se joue entre des termes qui ne sont pas égaux. Ainsi, le mental n'est pas l'égal de la pure présence. Il semble s'opposer à elle, mais ils ne sont pas sur le même plan. Le mental tend à être objectif (des pensées que l'on peut pointer du doigt de l'attention), tandis que la présence est subjective. Elle se sent elle-même, mais on ne peut la désigner comme on désigne une chose. Et c'est justement cette inégalité qui est une hiérarchie, laquelle s'enracine dans du sacré. Et c'est justement cette disproportion entre les deux plans qui permet la progression dialectique. La tension engendrée par l'inégalité est à la fois l'obstacle et le moyen de le surmonter, comme le vent qui freine le voilier peut le faire avancer.
Alors que les complémentaires sont égaux. L'homme et la femme sont égaux.
En outre, la dialectique ne vise pas un équilibre ni la production d'un effet que l'un des termes seuls ne saurait produire, à l'image du cul-de-jatte et de l'aveugle. La dialectique vise une réconciliation d'un effet avec sa cause, comme les vagues avec l'océan. Il y a 1 les vagues 2 l'océan 3 les vagues dans l'océan, comme manifestation de l'océan. Mais les vagues et l'océan sont sont ni égaux, ni complémentaires.
La progression par intégration de la personne, du mental, de la dualité, dans l'unité, tout cela doit être distingué du problème de l'équilibre entre les forces opposées qui s'affrontent dans l'âme. Equilibrer mon masculin et mon féminin, mon cœur et ma tête, et ainsi de suite, ça n'est pas le même mouvement que les cycles d'intégration du mental dans la présence, car la présence n'a pas besoin du mental, de même que l'océan n'a pas besoin des vagues. Certes, les vagues sont une manifestation du mouvement total de l'océan, mais les vagues ne viennent pas compléter ou équilibrer l'océan.
Dans la vie intérieure, je découvre un absolu qui, d'abord, semble nier tout le reste. C'est l'antithèse et c'est l'impasse dans laquelle on se sent bien souvent bloqué. Mais ensuite, on revient vers "tout le reste", qu'on le veuille ou non, par lucidité, par sagesse ou, le plus souvent, poussé par les forces de la vie elle-même. Et puis on revient vers l'absolu, ou l'absolu revient vers nous. C'est un mouvement en spirale, car on ne revient jamais exactement au même point : il y a progression.
Mais à côté de cette progression, il y a aussi la tension entre les forces opposées et complémentaires en notre âme. On réalise peu à peu cette complémentarité. Il y a alors comme le mouvement d'un balancier, un mouvement qui tend vers un équilibre. Par exemple, entre la veille et le sommeil, entre l'activité et le repos, entre la connaissance et l'amour, entre la raison et l'intuition, entre les recettes et les dépenses, etc.
Je crois qu'il faut distinguer clairement ces deux types de tension, même si les tensions entre complémentaires se reflètent souvent dans l'opposition entre l'absolu et le relatif, entre le divin et l'humain, entre l'impersonnel et le personnel. Intégration et équilibre restent cependant deux mouvement distincts, quoique liés. La tension entre des forces psychiques ou vitales opposées interfère en effet avec la quête de l'intégration du corps-mental dans la présence. D'où les confusions. D'où le besoin de clarté.
Souvent, nous avons le sentiment que la spiritualité est une négation de la vie.
Pourquoi ?
Parce que ces spiritualités s'inscrivent dans un schéma binaire, thèse/antithèse. Ce que l'on appelle parfois des antinomies, des "lois" qui s'opposent.
Ainsi :
1 - Je suis mon corps VS 2 - Je ne suis pas mon corps
1 - Je suis une personne VS 2 - Je ne suis personne
1 - Je suis le mental VS 2 - Je ne suis pas le mental
D'où une sensation de conflit, de déchirement, et des hauts et des bas en conséquence. Ces variations ne sont pas un mal en elle-même, mais dans ce contexte elles sont mal vécues, car elles sont interprétées comme des retour en arrière, des chutes. On a donc le sentiment de perdre son temps, et on se décourage, ou on culpabilise, ou on cherche d'autres méthodes, etc. On essaie la méditation, l'ascèse, la diététique, on a le sentiment d'en faire trop ou pas assez, d'être balloté entre des vents contraires, d'être instable, pas fait pour la spiritualité, etc. Ainsi, ce schéma binaire est une impasse. C'est pourtant celui de la plupart des spiritualités : pas éveillé/ éveillé, profane/sacré, bas/haut, impur/pur, échec/réussite... Encore une fois, ce schéma conduit à des impasses, car sa logique du "tout ou rien" et du "ou bien... ou bien" engendre des tensions insupportables. On a le sentiment de retomber au point de départ, de stagner, de "perdre l'éveil", de redevenir décentré, d'être repris par l'agitation, le mental, et ainsi de suite.
En réalité, il n'y a pas de retour au point de départ. Pourquoi ?
Parce qu'en réalité, le schéma de la vie dans tous les domaines, et pas seulement dans la spiritualité, n'est pas binaire, mais ternaire.
Ainsi :
1 - Je suis mon corps 2 - Je ne suis pas mon corps 3 - Je suis plus que le corps et j'intègre je corps
1 - Je suis une personne 2 - Je ne suis pas une personne 3 - Je suis plus qu'une personne et j'englobe cette peronne
1 - Je suis le mental 2 - Je ne suis pas le mental 3 - Je suis plus que le mental et j'embrasse le mental
Je suis "à la fois x et non-x" : thèse, antithèse, synthèse.
Le troisième temps, qui est le plus important, est celui de la synthèse. C'est lui que je peux, à tord, prendre pour un retour en arrière. Le mouvement de la vie n'est pas une oscillation de haut en pas, sur place. C'est un mouvement en spirale. Je reviens au-dessus de mon point de départ (le corps, la personne, le mental), mais pas au même point. En effet, je suis désormais plus haut, c'est-à-dire que, oui, j'ai un corps et je suis ce corps, mais je suis plus que lui. Mais ce dépassement inclut le corps, il ne l'exclu pas. La formule de la vie - spirituelle ou non - est donc "dépasser et inclure". Mieux : "dépasser en incluant".
Il n'y a donc pas de chute. "Perdre l'éveil", c'est en réalité revenir vers le corps, vers la personne, vers le mental, pour les intégrer, afin de réaliser qu'ils sont inclus dans la conscience infinie que je suis, dans le silence que je suis. Et cela est vari pour tout, pour tous les couples de contraires. C'est d'ailleurs la tension entre eux qui anime le mouvement vital, comme dans la respiration. Le vide appelle le plein, le plein a besoin de vide pour s'étendre. Quand j'e "perds l'éveil", il ne faut surtout pas nier ces opposés en prétendant les dépasser sans aucune synthèse : il faut comprendre que l'un des termes est inclus dans l'autre.
Par exemple, 1 - je suis perdu dans mon bavardage 2 - Je découvre le silence
Ensuite, j'ai l'impression d'être repris par le bavardage, un état d'hypnose.
Pour sortir de cette impasse, je dois réaliser que les pensées nourrissent mon expérience du silence, un peu comme des mantras ou comme des bols tibétains. Et que les pensées sont des manifestations de la conscience silencieuse, comme les vagues mettent en valeur l'océan en dehors de laquelle elles n'existent pourtant pas.
Ainsi, il n'y a pas de retour en arrière, seulement des cycles d'intégration. Je vais du mental à l'au-delà du mental, dans un mouvement d'intégration, de synthèse, de réconciliation toujours plus complet. Et donc je ne me décourage pas. J'acquière cette sagesse de comprendre que la vie est dialogue, va-et-vient, oscillation, vibration, cycles. Aller d'un extrême à l'autre est naturel : c'est la naissance et la mort, le jour et la nuit, l'expir et l'inspir. Et je ne cherche pas non plus un "juste milieu" en étouffant les extrêmes. Non, j'essaie d'intégrer un extrême dans l'autre, et vice-versa. C'est tout le secret de la vie intérieure. Pas de régression, seulement des mouvements d'intégration. Nous le savons tous, au fond. Alors prenons-en acte.
On croit parfois que l'idée d'innovation est purement occidentale et moderne, et donc décadente. Cette opinion a été propagée principalement par René Guénon, elle est reprise depuis et on l'entend même de la bouche de ceux qui ne connaissent pas Guénon ni le traditionalisme. Quoiqu'il en soit, "occidental" et "moderne" sont devenus péjoratifs. Et l'ancienneté est devenu un argument positif. Ainsi par exemple, à propos du "Tantra" on entend souvent l'affirmation, jamais étayée, selon laquelle "le Tantra remonte à 5000 ans". Ou 10 000... Bref, n'importe quel chiffre, du moment que cela paraît ancien, exotique et mystérieux. Pour ce qui est de l'idée de nouveauté, est-elle vraiment absente des traditions orientales ? Je prends juste deux exemples. Le premier dans un enseignement qui combine yoga sexuel et contemplation dans la Présence éveillée. A la fin, l'auteur, un Tibétain mort en 1919, déclare fièrement : "Il existe des méthodes de yoga sexuel dans toutes les traditions tantriques bouddhistes, mais toutes ces méthodes reposent sur l'effort. Personne n'a jusqu'à présent été capable de proclamer un enseignement comme le mien, totalement dépourvu d'effort et qui découle de la présence éveillée éternellement pure qui transcende les concepts. Unique et suprême, cette voie du Grand Secret est le Roi des Yogas de notre tradition du tantrisme bouddhique, destiné aux générations futures. Nul autre n'aura le droit de la pratiquer." L'auteur est Tokden Shâkya Shrî. la source est The Yoga of Bliss, p. 302, je traduit de l'anglais ce texte tibétain. Ce yogi qui avait plusieurs centaines de disciples dans son ermitage, présente bien cet enseignement, qui combine yoga sexuel tantrique et dzogchen, comme une nouveauté et un progrès. Le second vient du shivaïsme du Cachemire. Dans la tradition du shivaïsme du Cachemire, l'idée de nouveauté et d'amélioration est aussi présente. A la fin de son Poème pour reconnaître le Maître en soi (Îshvara-pratyabhijnâ), Outapala Déva, un maître du Xe siècle, déclare clairement que la voie de la Reconnaissance est nouvelle et facile : "J'ai ainsi exposé cette voie nouvelle et facile" (iti prakaṭito mayā sughaṭa eṣa mārgo navah, IV, 16), "afin que les gens atteignent sans effort la réalisation spirituelle" (janasya ayatna-siddhy-artham, IV, 18). Ceux qui affirment que l'idée de nouveauté est absente des traditions non-dualistes se trompent donc. Bien sûr, il ne faut pas pour autant tomber dans l'extrême inverse et mépriser les traditions en croyant que l'on a la science infuse, à l'instar de certains adeptes du New Age, sans parler des margoulins du marché du bien-être. Dans tous les cas, il est bon de se cultiver et d'exercer son discernement. La tradition, c'est simplement la transmission. Pourquoi cette transmission ne pourrait-elle progresser ? Pourquoi serait-elle vouée à la décadence ? Je ne crois pas au Destin. L'évolution dépend de nous. Et le fait d'être occidental n'est en rien une tare. L'exemple le plus frappant est la Vision Sans Tête, formulée au XXe siècle par Douglas Harding et qui propose une voie plus directe et dépouillée que ses équivalents traditionnels, tout en étant aussi profonde.
Utopie : lieu de nulle part. Les alternatives prétendues se pressent à nos oreilles. Mais où sont les utopies ? Nulle part, bien à leur place. Une première utopie, dit-on, naquit il y a un peu plus de cinq siècles, durant la Renaissance. Qu'est-ce qui renaissait ? La vision cosmique des Anciens.
Thomas More, dans son Utopie, dénonce l'injustice de gagner plus d'argent qu'on en a besoin : "Y a-t-il justice quand le premier noble venu ou un orfèvre, ou un usurier, ou n'importe lequel de ces gens qui ne produisent rien, ou seulement des choses dont la communauté se passerait aisément, mènent une vie large et heureuse dans la paresse ou dans une occupation inutile, tandis que le manœuvre, le charretier, l'artisan, le laboureur, par un travaille si lourd, si continuel qu'à peine une bête de somme pourrait le soutenir, si indispensable que sans lui un Etat ne durerait pas une année, ne peuvent s'accorder qu'un pain chichement mesuré, et vivent dans la misère ? (...) Quand je considère ou que j'observe les Etats d'aujourd'hui florissants, je n'y vois, Dieu me pardonne, qu'une sorte de conspiration des riches pour soigner leurs intérêts personnels sous couleur de gérer l'Etat. Il n'est pas de moyen, pas de machination qu'ils n'inventent pour conserver d'abord et mettre en sûreté ce qu'ils ont acquis par leurs vilains procédés, et ensuite pour user et abuser de la peine des pauvres en la payant le moins possible. Dès que les riches ont une fois décidé de faire adopter ces pratiques par l'Etat - qui comprend les pauvres aussi bien qu'eux-mêmes - elles prennent du coup force de loi." (GF, p. 230) Le propos parait actuel, certes. Mais cinq siècles plus tard, le problème a évolué. Bien entendu, il y a encore des employés ou des exploités (ce qui revient presque toujours au même). Cependant, l'arrivée des intelligences artificielles change la situation. Désormais, le chômage est devenu une menace plus grave que les souffrances au travail. C'est d'ailleurs le moteur de ces souffrances. Ce qui offre un exemple de l'histoire. Elle ne se réduit pas à une répétition, elle offre de l'inédit, de l'imprévu. Les sages ne savaient pas tout. Quelles sont les conséquences pour les spiritualités auxquelles nous adhérons ?
Dharma-le-chien : Salut Carotte ! Alors, ça croque ce matin ?
C. : Oh oui !
D.: Ah ?
C. : J'ai découvert que le divin est en moi. Je suis la source de tout. Et dire que, jusqu'à maintenant, je cherchais à l'extérieur... Quelle folie, quelle aventure. Et tout cela à cause du Gros Méchant Mental. Heureusement, j'ai rencontré Gourou Swami Djidji, de la Lignée des Immortels Himalayens. Il nous a expliqué que la physique quantique, les sages anciens l'avaient comprise depuis des lustres ! Hé hé... C'est fou, n'est-ce pas ?
D. : Ah oui ? Comment cela ?
C. : Bah, ils n'étaient pas bloqués par notre mental occidental. Ils n'étaient pas malades, quoi, ils étaient connectés. Ils avaient déjà tout découvert, mais ils n'ont rien dit, car...ils étaient sages.
D. : Eh beh. Au fait, tu sais ce que ça veut dire, "quantique" ?
C. : ... ?
D. : Ouais...bref. Et donc, ils savaient tout. Mais ils n'en ont rien dit. Et à la place, ils ont raconté des salades.
C. : Ils étaient très avancés. Mais ils respectaient nos handicaps.
D.: Ben voyons... Écoutes, tout ça fait rêver. Encore que... c'est un peu la Collection Arlequin comparée à la Chartreuse de Parmes, qui elle-même...
C. : La Char quoi ? Tu sais, moi je ne m'intéresse pas à tout ce qui est intellectuel, le mental... J'ai tout en moi !
D. : Ouais, tu t'intéresse surtout à toi. Mais n'en déplaise, les grands sages passés n'ont rien dit de la vitesse de la lumière, de la forme de l'espace, de la possibilité d’accélérer ou de ralentir le temps.
C. : Hein ? Bah oui, le temps est subjectif, tout est subjectif, créé par ton mental ! L'univers te répond, tout est en toi. C'est ce que dit Swami Djidji...
D. : Mah... non d'une carotte, ça n'a rien à voir ! Tiens regardes cette vidéo sur la vitesse de la lumière et...bien plus
encore. C'est la meilleure que je connaisse sur ce sujet. Si tu ne tombe pas à la renverse (le fameux Satori) en comprenant un peu de quoi il retourne, c'est que tu n'as pas compris ; dans ce cas, essaie encore. Tiens :
C. : Bah j'ai écouté. J'ai rien compris. C'est mental...
D. : Tu serais pas un peu demeuré sur les rebords de tes grandes oreilles ?
C. : Non, je suis au-delà du mental.
D. : Ben tiens-donc ! Je crois plutôt que t'es une grosse flemmasse qui aime qu'on la flatte à coup de slogans sirupeux, façon KetchUp. Les sages ne savaient pas tout sur tout. Il leur manquaient même peut-être des éléments essentiels. La connaissance progresse. Le Bouddha, le Christ, Shankara ou Abhinava Goupta avaient-ils envisagés que l'espace a une forme ? Que l'on puisse voyager dans le temps ? Que le temps et l'espace soient les deux faces d'une même constante ? Que l'on ne puisse pas dépasser une certaine vitesse ? Que l'écoulement du temps soit variable ? Je ne vois rien dans ce sens. ils ne savaient pas tout. D'ailleurs, Abhinava Goupta le pressentait, qui prédisait (pas en un sens prophétique, hein) que la connaissance allait encore indéfiniment progresser. Les sages ne savaient pas tout, n'en déplaise aux charlatans et aux âme en mal de réconfort low cost.
C. : Mais on dirait que tu connais pas la Communication Non Violente, toi !
D. : La CNV ? Elle est, comment dire... même pas fausse. Oublions-là pour le moment. La Théorie de la Relativité Générale : ça, c'est de la merveille pure. Vas, Petit Scarabée, retourne voir cette vidéo ! Elle te purifiera et te rendra un peu moins sot, si seulement tu consens à un peu d'humilité. Pendant ce temps, je vais méditer sur la relation entre l'espace et le temps...
Ces jours-ci, je réfléchis à la question du Kali-yuga.
Selon cette croyance indienne comparable à l'Âge d'or des Grecs, le temps serait cyclique et en perpétuelle décadence.
Chaque Kali-yuga ou "âge de la malchance" s'achèverait dans un cataclysme, celui-ci débouchant sur un nouvel Âge d'or, une sorte de "reset" cosmique. Comme s'il fallait le pire pour retrouver le meilleur. Le Mal agirait comme un facteur auto-purifiant ("le mal par le mal"), au service du Bien.
En tout état de cause, il y a deux visions sur ce sujet :
- soit l'on place le Bien souverain dans le passé ;
- soit on le situe dans l'avenir.
C'est ce qui distingue le traditionalisme du modernisme.
Mais bien évidement, une synthèse est possible :
on pourrait concevoir des cycles où chaque retour à la perfection initiale intégrerait, à chaque nouvelle répétition, un peu davantage cette perfection initiale dans son évolution ultérieur. Nous aurions alors un cosmos capable d'apprendre de ces erreurs. De progresser, tout en évoluant de manière cyclique, avec des périodes de décadence inéluctable. Selon une autre image, le mouvement du temps ne serait pas parfaitement circulaire (le point d'arrivée serait identique au point de départ), mais spiralé : le point d'arrivé serait aux mêmes coordonnées horizontales, mais à un pont d’élévation verticale différent. Ainsi, il y aurait à la fois retour et progrès. Le devenir réaliserait la synthèse du Même et du Différents, ce qui, me semble, est l'idée profonde de la tradition platonicienne sur la question.
Il y a des raisons de penser qu'en effet, la répétition (ou itération) est au cœur du changement dans le cosmos. Mais il reste à y intégrer l'énigme humaine : de fait, l'homme peut aller contre la nature. Comment en rendre compte ? Faut-il considérer ce pouvoir comme un pur et simple accident ? Ou bien cette capacité, qui est aussi celle du progrès, s'intègre t-elle à une perspective plus vaste, plus inclusive ?
Prenons l'exemple de la musique.
On entend souvent dire que la musique est de moins en moins bonne ; mais aussi, que c'est du à un vieillissement générationnel. Quand vous vieillissez, vous êtes condamné, par quelque mécanisme naturel, à ressentir les musiques nouvelles comme autant de douleurs.
Cependant, il existe des faits, des indices objectifs pour aguer que la musique de ces cinquantes dernières années est en décadence.
Par exemple, le timbre s'appauvri, de même que l'harmonie.
Les morceaux sont plus forts.
Les phrases d'accroche arrivent plus tôt, et plus souvent.
Les paroles des chansons s’appauvrissent, en terme de variété, de vocabulaire et de syntaxe. Les scènes affligeantes de la dernière "fête de la musique" sur le perron de l'Elysée, nous en ont fourni une bien triste démonstration.
Les mélodies sont plus grossières.
Bien entendu, je parle ici des musiques populaires. Je sais bien qu'il y a, à côté de ces produits industriels, une foule impressionnante de groupe et de chanteurs créatifs et originaux. Mais le temps des Beatles a passé.
Regardez cette vidéo qui montre, sur un ton doux-amer, que la plupart des tubes roulent sur les mêmes accords :
On parle aussi de "la combine du millénaire" (Millenial Whoop en anglais, je n'ai rien trouvé en français ; pensez à activer les sous-titres) :
Mais pourquoi cela arrive-t-il ?
L'auteur de cette excellente vidéo (encore en anglais), en découvre quelques unes :
En gros, il s'agit d'un problème d'attention. La technologie contemporaine, post-internet, nous rend impatients, blasés, instables, incapables d'écoute. Des moutons déracinés, voilà ce que nous devenons, à force de zapper et de nous voir offrir à chaque instant le monde sur un plateau. Sans parler des effets politiques... Je veux parler de l'impression de décadence due à l'oubli des progrès réalisés. Il y a de passionnantes recherches sur ce sujet ô combien vital, mais ce sera pour une autre fois. Je pourrais aussi parler du QI et de l'art contemporain... mais à chaque jour suffit sa peine.
Dans le cas présent, il y a vraiment décadence. Baisse de qualité.
Mais alors, dans ce cas, que devient l'idée dont j'ai parlé plus haut, c'est d'une intégration du Mal dans le Bien, celle d'une synthèse donc, et d'un progrès ?
Dans le cas de cette histoire de baisse de qualité de la musique, qui a raison ? Les traditionalistes nostalgiques partisans du "c'était mieux avant" ? ou les idéalistes du progrès ?
La tendance à laver le cerveau des mélomanes est-elle une vraie tendance à la baisse ? ou bien est-elle partie d'un mouvement plus vaste, qui se révélerait finalement être un progrès ? Échapperons-nous au charme des Quatre Accords Magiques (sans parler des Accords Aztèques, ou Toltèques enfin bref) ?
Le progrès est-il une illusion ? Ou un fait ?
Inutile de rappeler que tout cela peut et doit être transposé au domaine spirituel.