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vendredi 13 octobre 2023

Du cosmos au Soi, du Soi au cosmos



"Connais-toi toi-même, et tu connaîtras l'univers et les dieux".

Le célèbre précepte semble dire que la clé de la connaissance du monde est la connaissance de soi. Le chemin de la sagesse, le désir de savoir, la philosophie, va ainsi du sujet à l'objet. Ce chemin prend à contresens notre tendance à l'extraversion. La voie de la divinisation consiste à retourner son regard, car la source est en soi, non au dehors. A partir de ce dedans absolu reconnu au centre de soi, le philosophe parcoure à nouveau le chemin qui mène vers l'extérieur, mais à partir de la source divine cette fois. Il s'agirait donc de revenir à la Source en soi, pour ensuite faire l'expérience de toutes les étapes qui mènent à la manifestation du monde. 

Autrement dit, ce précepte a un sens, parce que la conscience crée le monde. Contrairement à la croyance commune, la conscience n'est pas engendrée par le monde, mais c'est bien l'univers qui est enraciné dans le centre de soi, comme les rayons d'un cercle se rejoignent en un seul et même centre.

Cependant, cet idéal n'est pas le seul. En parallèle à lui, en effet, nous trouvons la maxime inverse : "connais le monde et les dieux, et tu te connaîtras toi-même". C'est-à-dire : contemple l'ordre universel et tu comprendras quelle est ta juste place. Et tu t'y tiendras, et tu l'aimeras ou, à défaut, tu la supporteras. S'exerce à contempler l'infini du temps, revient à relativiser nos soucis, nos passions, nos obsessions, car tout cela n'est qu'un point infime au prix de l'immensité cosmique. D'une conscience égocentrée à la conscience cosmique, le mouvement est contraire à celui du précepte de Delphes. Pourtant, il est autant, voire plus, attesté. Selon Pierre Hadot, cette contemplation du cosmos est même l'essence de la sagesse antique.

En tous les cas, il est frappant de voir que l'important, dans ces deux mouvements inverses, vers l'intérieur et vers l'extérieur, est d'aller jusqu'au bout. Si je vais vers l'intérieur, mais sans aller au bout, je reste dans le psychisme et l'égocentrisme. Si je vais vers l'extérieur, mais sans aller au bout, je reste dans le monde des soucis immédiats, dans mon environnement, sans "sortir de mon trou" comme dit Kant.

Dans tous les cas donc, il importe d'aller au-delà des limites habituelles : limites intérieures de l'âme, limites extérieures du paysage familier, pour tendre vers l'un central et vers l'un qui englobe tout. Du reste, n'est-ce pas là aussi le sens de la parole "tu es cela" ou "tu es ainsi" (tat tvam asi) de l'Upanishad indienne ? La vérité de l'objet est la vérité du sujet. "La voie lactée au-dessus de moi, la conscience morale en moi". Dès lors, spiritualité (subjective) et science (objective) ne s'opposent plus. Parties en directions opposées, elles se rejoignent à l'infini. Voilà pourquoi la contemplation du cosmos est aussi un exercice spirituel, une pratique d'émancipation. En portant mon regard vers ce qui est plus vaste que moi, je m'affranchis, au moins provisoirement, des limites de mon moi habituel mais réducteur. L'essentiel est d'aller à l'infini. Les portes sont grandes ouvertes. 

Un exemple :



mercredi 12 mai 2021

Spiritualité et croyances



 La spiritualité va souvent avec des croyances, voire des superstitions. Pas seulement dans le New Age, mais aussi dans les traditions les plus authentiques. J'appelle cela l'occultisme, faute de mieux. Tout se passe comme si la poésie mystique, magie de l'intérieur, dégénérait en systèmes rigides et pointilleux, telle une lave se pétrifiant peu à peu. Et je constate avec un certain effroi que, plus ces traditions abordent les détails concrets, plus elles s'égarent. Leurs connaissances spirituelles sont remarquables. Pourtant, dans la physique, la biologie, dans l'histoire, l'éthique et la politique, on n'aperçoit plus ce même éclat. Plus les discours se veulent précis, plus ils montrent leur indigence. Le Tantra, le dzogchen, la mystique catholique, pour ne citer que des traditions qui me sont proches, n'échappent pas à cette curieuse dualité entre le spirituel et les croyances pataphysiques. Le platonisme bénéficie, quant à lui, de l'esprit scientifique des Anciens. Dans une certaine mesure.

Et donc, disais-je, tout se passe comme si la poésie mystique se solidifiait en sortes de systèmes occultes qui tombent dans le ridicule, à mesure qu'ils prétendent descendre aux détails. Il en va comme pour l'amour chrétien qui se pétrifie en institutions et en morale rigide.

Par exemple, le dzogchen est plein d'une sublime poésie et de beaux élans spéculatifs. Mais il prescrit aussi des "pratiques" occultes parfumées de paranoïa, et surtout des recettes assez pittoresques pour venir à bout des problèmes oculaires ou sexuels. Comme je disais, plus on va vers les détails concrets, plus on va vers le fumeux, voire le scabreux. Les limites apparaissent, alors que la méthode scientifique, au contraire, révèle une partie de sa puissance dans la précision qu'elle atteint dans les détails. Et cela vaut pour toutes les traditions.

Il est donc nécessaire de les approcher avec discernement. Autrement dit, ce qui est encore valable dans ces enseignements doit être distingué de ce qui est obsolète, inutile ou carrément dangereux. 

Mais comment des êtres omniscients ou en contact avec le divin peuvent-ils s'être trompé ou avoir ignoré à ce point ? 

- Eh bien, commençons par remarquer que tous les auteurs traditionnels ne sont pas censés être omniscients. En fait, cette idée que les "éveillés" sont infaillibles et savent tout sur tout est une croyance Jaïn et, spécialement, bouddhiste. Le Mahâyâna est la tradition qui a le plus insisté sur ce dogme d'une omniscience totale des Bouddhas. D'où des problèmes insolubles, des dissonances douloureuses et des conduites puériles. Mais ailleurs, dans l'hindouisme par exemple, les "éveillés" sont en contact avec le divin. Pour autant, ils ne sont pas nécessairement omniscients. Par exemple, selon le Tantra, l'union divine procure l'inspiration poétique, une intelligence singulière, une grande intuition et des facilités intellectuelles. Mais elle ne rend pas omniscient. 

Et Abhinavagupta, qui était pourtant lui-même vénéré comme un génie surnaturel, affirme explicitement que d'autres, après lui, pourront dire et diront mieux et plus vrai que lui. Il invite clairement au discernement. L'intuition spirituelle n'est pas incompatible avec l'usage de la raison. Et je crois que cette attitude est juste et cohérente, alors que la croyance en l'omniscience est source de dissonances cognitives majeures. 

Il est impossible de se sortir de ces problèmes sans intégrer l'idée d'évolution. Certes, il y a quelque chose qui n'évolue pas, il y a de l'éternel. Et c'est justement ce qui n'évolue pas qui constitue le moteur d'une évolution infinie. La simplicité radicale de l'Un est source d'une inépuisable richesse dans le Multiple et, donc, d'une évolution sans terme autre que l'horizon idéal d'une parfaite synthèse, d'une ultime réconciliation.

En outre, si l'absolu est libre, il est juste que cette liberté se retrouve, à des degrés divers, dans sa manifestation. Or, cette liberté se manifeste comme nouveauté. Donc, comme évolution qui ne se réduit pas à une répétition de cycles. Il y a des cycles, mais aussi une évolution et des évènements imprévisibles, le tout formant une spirale, plutôt qu'un mouvement circulaire et plat. Il n'y a pas de retour exact au passé, mais un perpétuel mélange d'Identique et de Différent, ce Différent étant le fait de la souveraine liberté de la Conscience universelle. 

Dès lors, les traditions, qui ne sont pas seulement des résultats immuables, mais aussi et surtout des flux de transmissions pris dans le mouvement de cette évolution universelle, sont appelées à changer. Et ce changement n'est pas nécessairement une décadence. Cela peut aussi être un progrès.

Mais, objectera-t-on, discerner et rejeter le superstitieux, n'est-ce pas tuer la magie ? n'est-ce pas oblitérer le sacré lui-même ? - Je ne le pense pas, du tout. Bien au contraire. Se livrer à ce nécessaire travail, au sens propre du terme, c'est réformer sans rationalisme, c'est revenir à la source, c'est comme élaguer un arbre ou alléger un jardin. Les bonnes choses en sortent ragaillardies et porteuses d'une sève renouvelée. Il n'y a rien à craindre de cette pratique, à condition qu'elle soit vécue de l'intérieure. S'il n'y a pas expérience mystique, s'il n'y a pas vie intérieure, alors bien sûr, tout cela est vain et sera voué à la catastrophe. 

Mais, pour revenir à la question de l'usage de la raison, je crois qu'il n'y a pas à la craindre, à vouloir la ligoter ou l'assigner à je ne sais quelle résidence surveillée. J'appartiens à une tradition "intégrale", c'est-à-dire à une transmission qui assume toutes les puissances et cultive un optimisme lucide quant à l'avenir. Je médite toujours cet exemple : Est-il besoin de croire que la Terre du Milieu existe objectivement pour en faire l'expérience ? Pensons-y. 

Comme Utpaladeva et la tradition du Tantra du Cachemire, je crois en la vie intérieure, en ses miracles qui dépassent l'entendement. Mais, comme Utpaladeva, je prône l'usage de la raison au plan ordinaire, "au plan de Mâyâ" (mâyâpade). Et donc, je m'applique à suivre ses lois et ses règles. Et donc, "une affirmation extraordinaire exige une preuve extraordinaire", et ainsi de suite. Cela n'est absolument pas incompatible avec la vie spirituelle, mystique, poétique, cela ne tue aucune magie, bien au contraire. 

De plus, cela protège des grandes folies du fanatisme, sans nous priver des divins délires et des inspirations inopinées. Je peux me laisser envahir par l'intuition, par les parfums d'outre-monde, par la magie des ressentis subtils, sans pour autant cesser d'exercer mon jugement sur ce qui se présente sur la scène occulto-pseudo-scientifique. J'admets que cela n'est pas tout à fait évident pour tous, car l'accès aux mondes invisibles semble souvent passer par un sacrifice de l'entendement, du bon sens. Mais c'est en réalité un faux dilemme. Je ne peux que vous inviter à y réfléchir. 

Finalement, je crois que tout est appelé à devenir cohérent, voire harmonieux. Être pleinement rationnel, et pleinement intuitif. Philosophique et poétique. Scientifique et mystique, sans sacrifier l'un à l'autre, mais en s'élevant par l'un et par l'autre, comme par deux ailes. Laisser tomber les superstitions, oui. Mais non pas renoncer à la magie, à la véritable magie, celle qui ne se laisse pas enfermer dans un système grossier, celle qui ne peut qu'être vécue et partagée, peut-être, dans la poésie.

dimanche 17 janvier 2021

La vaste science



bhavadbhaktimahāvidyā yeṣāmabhyāsamāgatā |
vidyā'vidyobhayasyāpita ete tattvavedinaḥ || 12 ||

"Ceux qui s'exercent en la vaste science
de l'amour de ta Présence,
ceux-là connaissent à la fois
l'essence de la science
et celle de l'ignorance !"
Utpaladeva, Hymnes à Shiva, I, 12


La science, ici, désigne l'expérience vraie, l'expérience vécue dans la science - la conscience - de la vérité. C'est la "pure science" ou "vraie science", c'est-à-dire la pleine conscience qui caractérise les plans d'expérience éveillée, par contraste avec les plans de l'expérience (ou de la conscience) incomplète, "contractée". Le shivaïsme parle aussi de "chemin pur" et de "chemin impur". Cette notion de "chemin" (adhvan) est une notion clé du shivaïsme et l'une des plus anciennes. L'idée est que les noms et les formes sont des manifestation de Dieu et peuvent, par conséquent, servir de "chemin" pour revenir à Dieu. Ce chemin commence par ses étapes "impures", c'est-à-dire, en termes non-dualistes, en des états de conscience, d'expérience, "contractés", incomplets. La conscience se contracte alors en s'identifiant à certains objets (le corps, les pensées...) au point d'oublier entièrement son essence illimitée et sa liberté créatrice. Mais, "pur" ou "impur", complet ou non, tout ceci reste l'expansion de la conscience, présente jusque dans son oubli, et oubliée jusque dans sa présence (ta Présence) la plus immédiate, la plus évidente. Cette pulsation, cette alternance de contractions et d'expansions est le jeu gratuit du Cœur, de l'absolu divin. Être amoureux de cette vibration, de ce vivant paradoxe, c'est participer à ce jeu, comme acteur et spectateur à la fois. C'est être tout et rien, à la fois sujet et objet, actif et passif, jouissant et témoin, c'est tout abandonner et laisser le seul et unique désir vivre jusqu'à son divin Terme. Cette science-là est "vaste" (mahâ, "grande"), car elle englobe à la fois la science et l'ignorance, la claire vision et l'aveuglement, le nirvâna et le samsâra. "Grand" est ce qui embrasse deux termes opposés d'un spectre. Telle est la puissance de l'amour.


jeudi 14 janvier 2021

Savant



On est bien savant, quand on sait qu’on n’est rien, et que Dieu est tout. Au contraire on ne sait rien, quand on sait toutes les sciences, et qu’on ignore sa propre ignorance, et la vanité de tout ce qu’on sait. On apprend bien plus de Dieu dans le recueillement et dans le silence, que dans les raisonnements des savants. Quelque peine et quelque traverse que vous puissiez avoir, je vous trouve bien, pourvu que vous soyez en silence dans un coin, ouvrant et délaissant votre cœur à Dieu pour porter toutes vos croix avec humilité, patience et amour. Encore un peu, et celui qui doit venir viendra. Il ne tardera guère. Cependant mon juste vit de la foi. Vivez-en donc, Madame, et non de la sagesse humaine. 

Fénelon, Lettre à Marie-Christine de Salm, 1708

samedi 5 septembre 2020

Un autre peut-il voir ce que je vois ?

A  première vue, moi seul puis voir ce que je vois. Un autre peut voir les objets que je vois, de son point de vue nécessairement différent. Ou encore, il peut voir mon cerveau pendant que je vois, voir les corrélats neuronaux de ma vision. Mais nul ne peut voir ma vision, sauf moi. Tel est le gouffre, apparemment infranchissable, entre le sujet et l'objet.

Par exemple, je peux voir cette pomme que regarde mon voisin. Mais je ne peux pas voir sa vision de cette pomme. Et réciproquement. Le seul moyen d'échanger nos visions est d'en parler. Et même ce moyen est très loin de permettre un partage fiable. Ce que le langage permet, le plus souvent, c'est de nous faire croire que nous partageons. 

Ainsi, je ne peux voir que des objets, ou la part objective des perceptions subjectives d'autrui. Je ne peux jamais voir un autre sujet à la manière d'un objet, ni la part proprement subjective de sa perception, son acte de percevoir. 

Cet acte de percevoir étant la conscience, comprise comme acte ou activité, il s'ensuit que je ne peux pas voir la conscience : du moins, je ne peux pas voir une autre conscience, à la manière d'un objet. Inversement, autrui ne peux me voir, moi, en tant que conscience. Il ne peut voir que ma part objective ou objectivable. 

Mais l'acte de voir ne peut être objet de vision. Le sujet ne peut devenir objet. Même si je pouvais voir ce que vous voyez en cet instant, je ne pourrais pour autant voir l'acte par lequel vous voyez. 

Et, plus profondément, je ne peux moi-même objectiver cet acte pour moi-même. Le sujet ne peut s'objectiver lui-même. C'est cela être sujet : être ce qui est, mais qui n'est rien d'objectif. Plus encore, c'est être ce par quoi tout est connu, mais qui n'est connu par rien. "Cela par quoi tout devient connu, mais que rien ne peut connaître".

Pourtant, des expériences tendent à prouver que les perceptions peuvent être perçues. Voici un article qui rend compte de ce genre de recherche. Un algorithme peut reconstituer en gros ce qu'un sujet voit :



On voit ainsi ce qu'un sujet voit.

Un compte-rendu de l'article : https://www.sciencemag.org/news/2018/01/mind-reading-algorithm-can-decode-pictures-your-head#

Une vidéo :



Il ne fait guère de doute que ces algorithmes pourront un jour reconstituer parfaitement ce que je vois, ce que j'entends et, même, les mots que j'articule "dans ma tête".

Mais pour autant, peut-on dire que cette IA voit ma vision elle-même ?

Non. Elle reconstitue (car, à proprement parler, elle ne "voit" rien) le contenu de ma vision, de mon expérience. Sa part objective ou objectivable. Mais elle ne perçoit pas sa part subjective - l'acte de conscience. Car le sujet ne peut devenir objet, sans quoi il n'est plus sujet ! La conscience ne peut se réduire à un objet perçu sans cesser, par là-même, d'être conscience. Elle peut certes se manifester partiellement comme objet, à la manière d'un miroir qui manifeste en effet son essence quand il reflète des objets. Mais elle ne peut elle-même devenir objet sans cesser d'être sujet.

Un autre peut donc voir "ce que je vois", mais non pas l'acte par lequel je vois, ma vision proprement dite, c'est-à-dire moi. A moins d'être moi. Peut-être sommes-nous un seul et même sujet ? Une seule conscience ?

vendredi 6 mars 2020

Explorer mes apparences jusqu'à l'infini

Je n'ai pas qu'une seule apparence. 
Vu d'un mètre de distance, je ressemble certes à un humain. Mais pourquoi se limiter à ce point de vue ? Pourquoi ne pas contempler les autres points de vue, les autres perspectives, de la plus éloignée à la plus proche ?

L'identification au corps est si forte, que nous n'explorons jamais nos autres apparences. Nous sommes comme englués dans une seule apparence, à laquelle nous vouons un culte - le culte du miroir, avec ses innombrables accessoires, depuis le maquillage jusqu'au selfie.

Pourtant, il n'y a rien à perdre, à perdre cette habitude. Et tout à gagner. A recouvrer. 

Sortir de cet egocentrisme, de cette camisole imaginaire, aller à la rencontre de nos apparences immenses, incroyables, étonnantes, vastes, de nos corps multiples : planète, étoile, galaxie, amas, univers ; cellule, molécule, atome, particule, vide quantique...

Quitte à se prendre pour quelque chose, pourquoi ne pas se prendre, se comprendre, pour l'univers, pour l'infini fait chose, pour ces mondes innombrables qui jaillissent sans fin comme une "mousse" dans le vide sans mesure ?

Avec, au centre qui englobe tout cela, le vide vraiment vide, l'immensité limpide ici. 
Voici une carte de cet ensemble, l'ensemble de tout, inspirée par celles de Douglas Harding :

Résultat de recherche d'images pour "first person map haedless"


Aussi, je conseille cet exercice spirituel :
Aller à la rencontre de nos corps multiples, du très petit au très vaste. Contemplation puissante et libératrice. Comme disaient les Anciens, contempler le divin cosmos, c'est s'unir au divin.
Voici une chaîne YT incroyable à explorer pour notre plus grande délectation, réalisée par un ingénieur retraité, David Butler. Un exemple pour moi de l'époque merveilleuse que nous vivons :

jeudi 3 octobre 2019

Non savoir ?



Quand je plonge en moi, 
quand je plonge dans ce qui est 
donc plus vaste que moi,
je suis comme ébloui.
Tout ce que je sais me semble rien.
Et alors, je suis tenté de dire que 
"je ne sais pas".
Je fais l'expérience d'un "non savoir".

De même,
je ne suis plus rien,
plongé dans l'être.
Emporté par l'acte insondable,
je n'agis plus.

Mais cet émerveillement n'est pas 
un renoncement au savoir.
Ce serait sans là une fausse humilité 
et une vraie paresse.
Car dans cet étonnement
qui est une expansion dans un mystère infini,
le désir de savoir ne faillit pas.
Il ne finit pas dans l'infini.
Mais au contraire, sa soif grand sans cesse.

Ce non-savoir est un savoir sans limite.
Ce non-ego est un ego sans limites.
Ce non-être est un être sans limites.
Ce non-agir est un agir sans limites.

Mon savoir grandit sans cesse
dans ce non-savoir.
Mon ego se dilate sans cesse
dans ce non-ego.
Mon être s'épanouit sans fin
dans ce non-être.
Mon agir grandit sans cesse
dans ce non agir
qui est un acte parfait.

Comme dit Jean de la Croix,
"ceux qui connaissent davantage Dieu,
sont ceux qui comprennent le plus distinctement
l'infini qu'il leur reste à comprendre !"

Hadewijch le dit encore mieux,
s'il était possible :

"Que nouvelle lumière vous donne nouveau zèle,
nouvelles oeuvres, plénitude de nouvelles délices,
nouveaux assauts d'amour et nouvelle faim si vaste,
qu'éternellement nouvel amour dévore ses dons nouveaux."

Tout est dit, qui ne peut certes l'être.
Une dilection, une dilatation sans fin, car toujours nouvelle.
Dans ce souvenir sans mémoire,
dans la découvert de ce repère sans marques,
dans ce "centre qui est partout 
et dont la circonférence est nulle part",
toujours toujours nouveau et,
en même temps, caché, abhinava gupta.
Une évidence obscure,
un "loin près"
qui ne cesse de nous renouveler.
Et c'est sapience aussi, 
savoureuse science,
que cette ignorance.

Mon ego meurt, 
bousculé, explosé, décentré, 
mais il renaît.
Il désire toujours plus,
car la Présence est toujours comblée,
jamais rassasiée. 

Bref, si perte il y a,
c'est gain d'un inépuisable trésor.

mardi 11 juin 2019

La bonne critique de la bonne science

Au milieu de ces hordes de charlatans qui vendent de la pseudo-science à des pseudo-spirituels, il est sain d'écouter un vrai scientifique parler des travers de la véritable méthode scientifique, qui est une véritable expérience spirituelle. Je vous laisse découvrir ses vidéos, toutes plus excellentes les unes que les autres :

jeudi 13 septembre 2018

Ce que les Éveillés ne savaient pas


Carotte-le-lapin (tout excité) : Salut Dharma !

Dharma-le-chien : Salut Carotte ! Alors, ça croque ce matin ?

C. : Oh oui !

D.: Ah ?

C. : J'ai découvert que le divin est en moi. Je suis la source de tout. Et dire que, jusqu'à maintenant, je cherchais à l'extérieur... Quelle folie, quelle aventure. Et tout cela à cause du Gros Méchant Mental. Heureusement, j'ai rencontré Gourou Swami Djidji, de la Lignée des Immortels Himalayens. Il nous a expliqué que la physique quantique, les sages anciens l'avaient comprise depuis des lustres ! Hé hé... C'est fou, n'est-ce pas ?

D. : Ah oui ? Comment cela ?

C. : Bah, ils n'étaient pas bloqués par notre mental occidental. Ils n'étaient pas malades, quoi, ils étaient connectés. Ils avaient déjà tout découvert, mais ils n'ont rien dit, car...ils étaient sages.

D. : Eh beh. Au fait, tu sais ce que ça veut dire, "quantique" ?

C. : ... ?

D. : Ouais...bref. Et donc, ils savaient tout. Mais ils n'en ont rien dit. Et à la place, ils ont raconté des salades.

C. : Ils étaient très avancés. Mais ils respectaient nos handicaps.

D.: Ben voyons... Écoutes, tout ça fait rêver. Encore que... c'est un peu la Collection Arlequin comparée à la Chartreuse de Parmes, qui elle-même... 

C. : La Char quoi ? Tu sais, moi je ne m'intéresse pas à tout ce qui est intellectuel, le mental... J'ai tout en moi !

D. : Ouais, tu t'intéresse surtout à toi. Mais n'en déplaise, les grands sages passés n'ont rien dit de la vitesse de la lumière, de la forme de l'espace, de la possibilité d’accélérer ou de ralentir le temps.

C. : Hein ? Bah oui, le temps est subjectif, tout est subjectif, créé par ton mental ! L'univers te répond, tout est en toi. C'est ce que dit Swami Djidji... 

D. : Mah... non d'une carotte, ça n'a rien à voir ! Tiens regardes cette vidéo sur la vitesse de la lumière et...bien plus
encore. C'est la meilleure que je connaisse sur ce sujet. Si tu ne tombe pas à la renverse (le fameux Satori) en comprenant un peu de quoi il retourne, c'est que tu n'as pas compris ; dans ce cas, essaie encore. Tiens :


C. : Bah j'ai écouté. J'ai rien compris. C'est mental...

D. : Tu serais pas un peu demeuré sur les rebords de tes grandes oreilles ?

C. : Non, je suis au-delà du mental.

D. : Ben tiens-donc ! Je crois plutôt que t'es une grosse flemmasse qui aime qu'on la flatte à coup de slogans sirupeux, façon KetchUp. Les sages ne savaient pas tout sur tout. Il leur manquaient même peut-être des éléments essentiels. La connaissance progresse. Le Bouddha, le Christ, Shankara ou Abhinava Goupta avaient-ils envisagés que l'espace a une forme ? Que l'on puisse voyager dans le temps ? Que le temps et l'espace soient les deux faces d'une même constante ? Que l'on ne puisse pas dépasser une certaine vitesse ? Que l'écoulement du temps soit variable ? Je ne vois rien dans ce sens. ils ne savaient pas tout. D'ailleurs, Abhinava Goupta le pressentait, qui prédisait (pas en un sens prophétique, hein) que la connaissance allait encore indéfiniment progresser. Les sages ne savaient pas tout, n'en déplaise aux charlatans et aux âme en mal de réconfort low cost.

C. : Mais on dirait que tu connais pas la Communication Non Violente, toi !

D. : La CNV ? Elle est, comment dire... même pas fausse. Oublions-là pour le moment. La Théorie de la Relativité Générale : ça, c'est de la merveille pure. Vas, Petit Scarabée, retourne voir cette vidéo ! Elle te purifiera et te rendra un peu moins sot, si seulement tu consens à un peu d'humilité. Pendant ce temps, je vais méditer sur la relation entre l'espace et le temps...

C. : Ca marche, à la prochaine !   

samedi 1 septembre 2018

Vide intime, vide ultime

Tout dépend de la conscience...
La conscience dépend de tout...
Tout dépend de la conscience...
La conscience dépend de tout...
Tout dépend de la conscience...
La conscience dépend de tout...
Tout dépend de la conscience...
La conscience dépend de tout...
...



Est-il possible de réconcilier ces deux points de vue ?

Il y a plusieurs pistes :

1 - "il n'y a que la conscience" : c'est le spiritualisme, dans lequel semble s'inscrire le Védânta et la Reconnaissance.

2 - "il n'y a que le tout" : c'est le naturalisme, avec ses variantes physicalistes, pour qui il n'y a que la matière, la conscience étant un épiphénomène.

3 - "je ne sais pas" : c'est le scepticisme, une sorte d'amputation intellectuelle qui, à mon sens, exprime une fatigue et doit donc rester provisoire. ou alors, on admet son ignorance présente et on continue de chercher.

4 - "la conscience et le tout sont issus d'une source commune". Mais c'est là cheminer sur une crête étroite et glissante. A presque tous les coups, on retombe du côté du spiritualisme ou du naturalisme.

Dans la perspective non-dualiste, on pourrait dire ceci :

La proposition non-dualiste est "tu es cela",
c'est-à-dire le Soi est l'absolu.

Qu'est-ce à dire ?

Que le plus réel en moi est le plus réel dans la nature.
Une sorte de réconciliation du spiritualisme et du naturalisme, donc.

L'essence du sujet est l'essence de l'objet.

Dans les Oupanishads, l'essence de l'objet, de la nature, de l'univers, est appelé brahman. L'essence du sujet est appelé l'âtman, le "soi-même", le plus intime, l'absolue subjectivité qui ne peut être objectivée.

Cette proposition ou cette révélation (au sens où c'est une idée inespérée d'un point de vue profane) datent. Elle figure pour la première fois dans la plus ancienne Oupanishad, la Brihad Âranyaka, que l'on date vers -800. A quelques siècles près. On pourrait dire que les Oupanishads (le Védânta) est la fine fleur de la religion védique, de même que la Reconnaissance est la fine fleur de la religion tantrique.

Est-il possible de donner un sens à cette proposition en tenant compte du Grand Récit ? Par "Grand Récit" j'entends la narration qui fait consensus sur l'histoire de l'univers, le "modèle du Big Bang" et qui décrit avec une stupéfiante précision cette histoire jusqu'à nos jours.

Voyons.

Quand je regard vers ici, vers "moi", quand je retourne mon attention de 180° exactement, je vois le vide. Ni formes, ni temps, ni espace, sauf en un sens métaphorique. 

Et quand je regarde la nature ? Eh bien, selon la vidéo ci-dessous (sous-titrée en français), excellente et passionnante, l'état de la réflexion rend plausible l'hypothèse selon laquelle l'univers (la nature, le cosmos, la matière) vient de... rien. Un état de vide (ni forme, ni temps, ni espace, pas de lois) dont tout a jaillit.

Je pense que ces deux descriptions - le vide ici et le vide quantique (on peut le nommer sérieusement ainsi) - sont étonnement semblables. Sont-ce deux "vides" identiques ? Le Soi est-il l'absolu ? 
Cela semble plausible.
Digne d'être médité en tous les cas.
Vertigineux.
Mystérieusement, ce qui est ici est là-bas.
L'intime est l'ultime.
Vraiment ?

Cette vidéo vaut la peine qu'on la regarde. Elle fait le bilan. Le tableau n'a guère changé depuis les années 70 (la "science" ne change pas tous les 10 ans, contrairement à une opinion que l'on entend souvent ; la connaissance scientifique progresse), mais il s'est précisé, complété, et renforcé. C'est fascinant, une vraie source d'émerveillement.



lundi 13 août 2018

"Cit" ne signifie pas "conscience" !


L'Inde est la source principale du non-dualisme, de la pleine conscience, de la méditation telle qu'on la comprend aujourd'hui, du tantra, du yoga, des chakras, etc.

Sans les Oupanishads, point de non-dualité. Une fois qu'on a entendu la Bonne Nouvelle, on peut bien sûr reconnaître, ici et là, ses échos. Mais sans cette révélation explicite de l'identité du Soi et de l'absolu, jamais cette idée n'aurait pu émerger de l'expérience, ni du raisonnement, car l'expérience conduit à d'autres expériences, et le raisonnement est, en grande partie, basé sur l'expérience. Shankara a raison sur ce point : l'intuition du Soi ne peut venir, en quelque sorte, que du Soi. En ce sens, c'est une révélation.
Comment cette intuition a-t-elle pu jaillir en Inde ? Je ne sais. Mais force est d'admettre que l'Inde, c'est-à-dire les Oupanishads, est la source de l'intuition non-dualiste : ekam eva, advitîyam, "une seule réalité, rien d'autre". Cette phrase sanskrite est tirée de la Brihad Âranyaka, dont on a des raisons de penser qu'elle remonte vers l'an 800 avant notre ère. Une antiquité vénérable. Peut-être le plus ancien témoignage de spiritualité. 

Or, le Soi y est mis en équation avec de nombreux synonymes, dont cit-, au milieu de dérivés et variantes : citi, caitanya, cetanâ, citta.

Ce terme, essentiel, est habituellement rendu par "conscience" ou "awereness" en anglais.

Et donc, si l'on traduit cit- par "conscience", on arrive à tout un tas de conséquences bizarres. 
Ainsi, -cit est censé être "omnisciente", tout savoir. 

Or je ne sais pas pour vous, mais pour moi, les limites de ma conscience sont des plus claires. J'ai beau vouloir, je ne connais pas le chinois, ni les prochains numéros du loto, ni ce que vous éprouvez en cet instant. Il y a infiniment plus en dehors du champ conscient qu'en son sein. Chaque seconde, mon corps, puis mon cerveau reçoivent des flots de données. Seul un infime pourcentage devient "conscient". Cette foule de stimuli est en compétition pour devenir "célèbre". Comme dit Dennet, la conscience, c'est comme le quart d'heure de célébrité. Mais il n'y a là nulle "omniscience". 

De plus, les non-dualismes indiens (Védânta, Reconnaissance) prétendent que cette omniscience peut déboucher sur un véritable savoir, détaillé, portant sur toute chose, passée ou futur, pourvu qu'on le vueille et qu'on médite. Sans parler du bouddhisme du Grand Véhicule, tout à fait grandiloquent sur ce point. Je ne sais pas pour vous, mais de fait, pour moi, je n'ai jamais acquis aucun savoir de la sorte. J'ai médité plusieurs milliers d'heures, au moins. Mais cela n'a jamais avancé mon savoir du temps qu'il ferait dans deux semaines à tel endroit (malheureusement), ni du futur, ni de rien. Cela améliore ma concentration, ma mémoire, ma pensée, et plein d'autres miracles dans ce genre, mais nulle omniscience en vue. Sans parler des miracles comme voler (léviter). Cela ne s'est jamais produit. Et je n'ai pas de données fiables en ce sens en ce qui concerne d'autres personnes.
 
Du point de vue de la Première Personne, quand j'observe le champs de "ma" conscience, je constate que je ne sais pas trop d'où, ni comment viennent les mots, les souvenirs précis. Je ne sais pas non plus pourquoi ça ne vient pas quand ça ne vient pas. Sauf en cas de fatigue ou d'alcool, bien entendu. Parfois, j'ai conscience d'un bouillonnement, d'une tension, d'une effusion, comme l'aube d'une création. Mais je n'en sais pas plus. Du moins si je me cantonne au point de vue de la Première Personne, à l'auto-observation, dont la "méditation" n'est qu'une forme particulièrement intense.

Du coup, j'aurais envie de me fier à ce que disent les traditions non-dualistes : les pensées viennent de la conscience indifférenciée, du vide lumineux, comme les vagues dans la mer. Et la sensation de bouillonnement quand je cherche un mot, par exemple, serait le jaillissement créateur de la conscience (peut-être avec une majuscule), comme une tempête.

Reste que cela ne colle pourtant pas avec les promesses non-dualistes elles-mêmes : s'il n'y a qu'une conscience, alors je doit avoir conscience de ce dont vous avez conscience. Pour moi, cela n'est jamais arrivé (l'empathie est très différente). De plus, j'insiste sur le fait que je n'ai jamais reçu de révélation extra-sensorielle, ce qui pourtant, semble souvent fort pratique (par exemple pour retrouver ses clés, choisir les meilleurs yaourts ou le meilleur régime diététique, etc.). Je sens plutôt comme des probabilités, des possibles. Mais aucun savoir, au sens propre du terme. Et même ce qui me vient, je ne sais pas comment cela vient. Ça sort comme un lapin d'un chapeau. Ou pas.

Comment expliquer ces incohérences ? Ma conscience est censée être infinie. Mais partout, j'ai conscience, justement, de ses limites. Certes la Lumière consciente n'est pas bornée. Mais elle n'est pas infinie pour autant. C'est comme allumer la lampe de mon portable dans la nuit noire : je ne vois pas de limites nettes à cette lumière. Mais cela ne veut pas dire que la lumière de ma lampe éclaire à l'infini ! Certes elle éclaire partout où je l'oriente. Mais c'est bien normal. De même, la "conscience" est toujours...consciente quand je me pose la question. Suzan Blackmore compare cela à la porte du frigo. Vous savez, cette lumière dans le frigo : est-elle allumée même quand la porte est fermée ? Petits, nous avons tous joué à ça. Aussi vite que l'on ouvre la porte (sur un frigo en bon état), la lumière est toujours allumée quand on regarde. Mais en réalité, nous le savons, c'est l'action d'ouvrir la porte qui allume la lampe du frigo. Eh bien c'est peut-être pareille pour la "conscience".

Et les neurosciences prouvent, de maintes façons passionnantes et convaincantes, que la conscience n'est qu'une fraction de l'activité cérébrale.

Mais comment concilier ces affirmations contradictoires ?
Où donc se situe l'erreur ?

Je voudrais ici simplement suggérer une possibilité qui est, à ma connaissance, rarement formulée :

Peut-être que ces contradictions partent d'une mauvaise compréhension du mot sanskrit -cit (dans sat-cit-ânanda, par exemple). On le traduit par "conscience". Or, nous venons de le voir, l'expérience à la Première Personne et la science objective contredisent l'affirmation selon laquelle la conscience serait infinie, une, omnisciente, etc.
Je propose donc d'envisager que -cit n'est PAS la conscience.
Bigre.

Il existe certes des milliers de traductions qui ont rendu -cit par "conscience".
De plus, la définition qui en est donné ressemble fort à la conscience ! -cit est "la lumière qui manifeste les choses, réelles ou non, subjectives ou objectives, intérieures ou extérieures". C'est prakâsha, la "lumière" qui éclaire les choses. Or, ne dit-on pas que la con-science est justement le "savoir" qui accompagne les choses, qui les révèle, donc, comme une lampe ? 

Oui, certes. Mais mon cerveau, qui accomplit à chaque instant un travail extraordinaire et anonyme (du moins jusqu'à ce que quelque chose cloche), n'est-il pas aussi bien "ce qui révèle" ? J'ai mentionné plus haut les mots et les souvenirs qui viennent de je-ne-sais-où. Ne viennent-ils pas du cerveau ? C'est-à-dire de l'univers ? C'est-à-dire, non pas de la conscience, mais bien de l'inconscient ?

Je n'entends pas par là l'inconscient freudien. Mais l'inconscient au sens littéral de ce qui n'est pas conscient, mais qui pourtant contribue, et pas qu'un peu, au contenu que la conscience recueil, comme un plateau télé profite du travail des coulisses.

Oui, vous avez bien lu :
je suggère que -cit n'est pas la conscience, mais bien l'inconscience, celle-là même du sommeil profond et du coma.

Mais, me direz-vous, les traditions non-dualistes définissent ce qui est inconscient ! 
- Oui certes, répondrai-je. Mais elles le définissent d'une façon tout à fait compatible avec mon hypothèse. Car selon la Reconnaissance, l'inconscient est "ce qui est privé de conscience propre" (jada) et être ainsi, c'est simplement "être délimité objectivement" (parichinna) dans le temps et l'espace : c'est être un contenu de la conscience. C'est simplement être un objet, un quelque chose. 
Cela n'a donc rien à voir avec l'inconscience au sens ou je l'entend.

Si, en revanche, je fait l'expérience (audacieuse) de remplacer le mot "conscience" dans mes textes non-dualistes traditionnels, que se passe-t-il ?
Eh bien, les contradictions et incohérences disparaissent.

Car le domaine de l'inconscient est infini, sans limites. Il n'est pas différencié. il est omniscient en ce sens qu'il est la source de tout savoir. Il est la nature, la réalité, et plus spécialement le cerveau. Non pas le cerveau dont j'ai (très vaguement) conscience, mais le cerveau doté de dizaines de milliards de connexions, capable de prouesses, en cet instant même, dont je n'ai nulle conscience. Tout cela inconsciemment. 

Faisons un pas de plus : tout cela correspond à la matière, à ce que les physiciens nomment "matière", et qui est assez éloigné de la "matière" dont nous avons conscience.

Et ainsi, nous pouvons réconcilier le Point de Vue de la Première Personne et celui de la Troisième Personne. 

Le Soi est l'inconscience, ce vaste océan indifférencié (pour la conscience) dans lequel la conscience brille comme une étoile. Mais c'est bien cette étendue mystérieuse qui est la cause de la conscience, de ce qui jaillit dans ce soleil autour duquel gravitent quelques planète (les quelques objets dont j'ai conscience en ce moment). Et tout cela est matière. Que matière. Rien d'autre. Insondable. Infinie. Sans espace. Sans temps. Car par "matière" je n'entends pas "ce qui se voit", ni même les atomes (qui ne sont pas éternels), ni même l'espace et le temps (qui apparaissent... "en même temps" que le Big Bang ou la Singularité initiale), ni même les lois de la physique, qui apparaissent elles aussi du "rien". "Ni ceci, ni cela". Voilà la matière. Au-delà de toute représentation sensible. 

Tout vient de rien. C'est ce "rien" que je désigne par "matière", "Soi", "inconscience", "lumière", "être", etc. Concrètement, c'est surtout le cerveau. Il nous est possible de le connaître par ses effets (ses shaktis). 

Voilà comment, en modifiant notre traduction d'un terme fondamental, je crois qu'il est possible de réconcilier spiritualité et science, du moins le meilleur des deux.


dimanche 12 août 2018

Bilan

méditation profonde, ou grand doute ?


Mes lecteurs fidèles l'auront remarqué : depuis une dizaine d'années, j'ai intégré dans ma philosophie une dimension affective, car je la considère comme un complément indispensable à la dimension cognitive.

Depuis le début de ma quête, il y a environ trois décennies, j'ai cherché les éléments irréductibles de la vie intérieure (par "vie intérieure", j'entends une vie qui ne se satisfait pas des biens extérieurs, tels que la richesse, la sécurité, l'argent, les plaisirs, la renommée et le pouvoir). Autrement dit, je cherche le minimum requis, sans quoi l'on passe à côté de l'essentiel. Le maximum avec le minimum. 

Depuis le début, ou presque, j'ai eu le pressentiment qu'il y avait aux moins deux dimensions. Au début de ma recherche, ces deux dimensions étaient représentées par l'hindouisme et le bouddhisme. L'hindouisme exprimait l'intuition que notre sens "naturel" d'un Soi n'est pas une totale illusion. Le bouddhisme incarnait, si j'ose dire, l'intuition contraire, le sentiment que le réel n'est pas donné, qu'il est "contre-intuitif" comme disent les scientifiques et que le monde et le Soi sont peut-être des illusions. 

Ainsi, déjà à l'époque, je découvrais cette antinomie apparemment indépassable, entre un point de vue qui fait confiance au ressenti, une approche "affective" donc, et une approche sceptique, plutôt "cognitive".

Entre temps, j'ai exploré maintes autres approches, mais le temps a révélé qu'elles n'étaient que des variantes de ces deux approches, cognitive et affective, confiante ou sceptique, intuitive ou analytique - des variantes presques toujours recouvertes de croyances et de promesses plus ou moins fumeuses. Mais là n'est pas mon propos de ce jour.

Quoi qu'il en soit, vers 2009, j'ai découvert les mystiques catholiques. J'avais déjà lu Eckhart et autres mystiques intellectualistes, mais là, je découvrais les mystiques franciscains (français en particulier), moins à la mode, mais partisans d'une approche nettement affective : selon eux, c'est le ressenti qui mène à l'absolu, même si l'absolu est au-delà de tout ressenti. Leur expression d'une richesse et d'une précision impressionnante m'ont attachés à eux. Je les ai donc souvent cité ces dernières années. Je leur ai même fait un blog.

Du coups, certains ont pu croire que j'étais devenu "croyant", voire que j'avais "trouvé la foi". On m'a même proposé de me convertir. Il est vrai que désormais, les Jean de la Croix et autres Madame Guyon font parti de mes amis. Comme d'autres qui peuplent ma bibliothèque, je les fréquente comme des personnes vivantes, je les consulte et je dialogue avec eux. 

Mais je ne suis pas croyant pour autant. Mon point de vue sur la question n'a guère évolué, au fond. Je pense toujours que l'existence du Mal est un argument décisif contre la "foi", du moins contre une foi de type religieux. En outre, je reste en profond désaccord avec certains dogmes catholiques : le statut du corps, du plaisir, de la douleur, de la femme, de l'animal, l'existence de l'enfer en sont les principaux thèmes. Je ne peux pas non plus suivre les Franciscains (dont Guyon, etc.) dans leur rejet de l'intellect. 

Ce qui m'amène à préciser que je ne suis pas, je n'ai jamais été anti-intellectuel. Si je devais m'attribuer une étiquette, celle de philosophe m'irait fort bien, si je la méritais. "Intellectuel" ne me déplairait pas non plus, quoi que je n'en voie pas clairement la signification. Pour cette raison, je ne peut m'identifier au New Age ni au développement personnel, fondés sur le rejet de l'intellect, ou sur l'acceptation des pseudo-sciences (avec le quantoc en tête). Je crois à la raison, si j'ose dire. Pour ce qui est de mes valeurs, je suis un Moderne dans l'ensemble.

Et donc, même si j'ai rencontré des idées valables dans toutes les traditions, j'en ai retenu deux : la Reconnaissance et le Védânta.

Pourquoi ?

Parce qu'elles n'exigent pas d'expériences extraordinaires, ni de croyances spéciales, ni d'obéissance absolue à un gourou.

Elles s'appuient sur un examen minutieux de l'expérience ordinaire, commune, mais envisagée dans son ensemble : veille, rêve et sommeil profond.

Cet examen rationnel aboutit à une intuition : je suis conscience, et par là j'entends le Témoin de tous les objets des trois états : perceptions, souvenirs, et néant. Cette intuition est une certitude absolue, car aucune expérience, aucun raisonnement ne peuvent la contredire. 

Pourquoi ? Parce toute perception, tout raisonnement, a besoin de la conscience pour la révéler. Je perçois un monde qui semble indépendant de la conscience que j'en ai ? Mais cette apparence apparaît dans la conscience. Je peux inférer l'existence d'un "x" inconnaissable qui est extérieur à ma conscience ? Mais ce "x" est encore un objet qui n'existe que pour moi, en tant que conscience, lumière absolument subjective qui manifeste cet objet, en l’occurrence, ces mots. Je ne suis pas d'accord ? Mais ce désaccord, ce sont des mots et des concepts qui apparaissent, qui existent et qui disparaissent dans cette Lumière qui n’apparaît pas, qui n'existe pas (objectivement, comme objet), qui ne disparaît pas. Et ainsi de suite : Le mental est agité ? Mais il l'est dans cet espace immobile. Le corps est tendu ? Mais il est tendu dans l'espace absolument détendu. 

Depuis que j'ai découvert cela grâce à la Reconnaissance et au Védânta, cela ne m'a jamais quitté. Quelques soient mes errements apparents, je suis toujours revenu à cette intuition, comme vers un roc inébranlable, toujours vérifiable, donné, accessible, simple et sans polémiques, comme à une vérité a priori, primordiale, originelle. Pour moi, c'est cela l'éveil

Je dois ajouter qu'en 1995 (ou peut-être un peu avant, mais peu importe), j'ai découvert le Vision Sans Tête, un ensemble d'expérimentations qui conduisent à cette même intuition, mais sans le bagage culturel du Védânta et de la Reconnaissance, et surtout sans la culture gourouiste et religieuse dans laquelle baignent les approches non-dualistes, même celles qui se veulent occidentales et "modernes". Donc pour moi, la Vision Sans Tête, le Védânta et la Reconnaissance sont comme mes parents spirituels, mes références et mes rencontres les plus importantes.

Comme cette intuition se ramène, en termes d'expérience, à une sorte de silence intérieur, je donne aussi beaucoup de valeur au dzogchen et à la mahâmudrâ, deux traditions bouddhistes fort peu bouddhiste, qui décrivent en détail la conscience pure, pareille à l'espace, synonyme, dans mon dictionnaire personnel, de "silence intérieur". Mais comme, par ailleurs, elles sont beaucoup moins claires et qu'elles sont bien davantage liées à des idéologies pour ainsi dire féodales et carrément obscurantistes, elles ont moins d'importance dans ma "famille" spirituelle. Ce sont des amies proches, fidèles, mais pas aussi importantes, en ce sens que je pourrais m'en passer. Elles n'ont pas fondamentalement bouleversé mon existence.

Bref, toujours est-il que, traversant maints courants, traditions, expériences et rencontres (car le partage avec des chercheurs vivants a aussi joué un grand rôle), j'en suis venu à la distinction entre les faits et leurs interprétations. Je ne retrouve plus les billets de blog où j'en parle, mais il y a déjà de nombreuses années que j'ai remarqué l'utilité de cette distinction que j'emploie régulièrement pour faire le tri et revenir à l'essentiel. Car, à côté de la non-dualité et de la mystique, j'ai rencontré la science, avec des gens comme Daniel Dennett, David Chalmers, Sam Harris ou Suzan Blackmore. Or, les preuves et indices sont très forts en faveur de la thèse qui fait actuellement consensus, selon laquelle tout n'est que matière, la vie et la conscience n'étant que des épiphénomènes dus au hasards, c'est-à-dire au jeu de forces aveugles, sans aucun dessein ni plan.

Je me retrouve donc face à une antinomie :

-D'un côté, l'intuition et la certitude que tout est "dans" la conscience, comme les corps physiques sont dans l'espace physique. 

-De l'autre, la certitude selon laquelle la conscience est "dans" le cerveau qui est "dans" l'univers, infini et sans centre absolu.

Les deux points de vue ont des arguments de force égales, semble-t-il.

Le partisan de la Première Personne (celui du Védânta, de la Reconnaissance et de la Vision Sans Tête) fera remarquer que le point de vue de la Troisième Personne (celui de la science) n'apparaît que "dans" celui de la Première. Mais le réaliste (appelons ça comme ça) rétorquera que tout cela n'est qu'une illusion possible grâce au cerveau. Et le spiritualiste (appelons-le comme ça) lui répondra que le cerveau n'est qu'une représentation qui fait partie de l'état de veille, lequel n'est qu'un état (apparent) de la conscience, un contenu de l'espace de la conscience, parmi d'autres contenus. Et ainsi de suite...

C'est une véritable tragédie grecque. Deux points de vue apparemment irréconciliables et de forces égales. Avec nous en Iphigénie(s).

Même le ressenti mystique, celui de l'unité avec toutes choses (aussi appelé "amour") peut s'expliquer par un sous-bassement neurologique, en l’occurrence le nerf vague, dont le fonctionnement n'a rien de vague.

Et sur ces questions, Shankara, le Bouddha ou Abhinava Goupta ne peuvent pas m'aider, car ils ne connaissaient rien du cerveau. La méditation et la réflexion sur la simple base de l'expérience ordinaire ne permettent pas de découvrir l'existence des neurones, ni des axones. Longchenpa a , de son côté, beaucoup médité sur la Présence-Conscience-Témoin ; mais il n'a pas découvert la Sélection Naturelle, par exemple. Et cela change tout.

Est-ce que cela réfute la non-dualité ? La mystique ?

Je n'en suis pas sûr. En revanche, je suis sûr que les découvertes scientifiques (et exclusivement scientifiques) des 200 dernières années ont des implications profondes et extraordinaires sur mon existence quotidienne, sur la façon de vivre la maladie, la vieillesse et la mort (mais pas seulement !). Les faits changent les interprétations et les valeurs, car les faits sont la base des interprétations et des valeurs. Darwin, Einstein et le Big Bang changent tout, du moins autant que le Bouddha, Shankara et Abhinava Goupta. 

Voici donc quelques idées en forme de bilan.

Je ne suis pas devenu catholique. Je ne me suis converti à aucune religion. Je ne crois pas aux balivernes New Age. Je pratique le silence intérieur, le ressenti du cœur, je crois que bien des choses sont possibles. Mais je crois surtout que la science change tout.

Et que, donc, je dois me demander ceci :

Et s'il n'y avait aucune conscience indépendante de la matière, et si le matérialisme avait raison, ma vie intérieure s'en trouverait-elle bouleversée ? Anéantie ? Rendue Impossible ? Simplement modifiée ?

Voilà à quoi je réfléchis.
Et je vous invite, cher lecteur, à faire de même.
Parce que je trouve cela merveilleux, noble et passionnant.

Belle journée à tous.
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