mercredi 6 octobre 2021

Noblesse du désir


Le mouvement n'est pas un problème. Le mouvement est désir de paix, amour du centre, de l'origine et de la fin de toute chose. Le mouvement n'est pas vain. Il a sa raison d'être, la plus haute qui soit : réunir chaque être à sa source.

"Que Dieu soit immuable, cela fait que toutes choses sont en mouvement. Il y a quelque chose de si désirable, qui fait se mouvoir toutes choses pour qu'elles retournent à ce dont elles sont venue, et cela demeure pourtant immuable en soi-même, et plus une chose est noble, plus elle se meut avec désir."

Maître Eckhart

L'émotion n'est pas indigne. Elle est, comme son nom l'indique, mouvement. 

Mais mouvement vers quoi ?

Vers le Bien, vers ce qui est désirable. Non pas ce qui est désirable en vue d'autre chose, comme je désire la santé pour vivre, et non pour la santé elle-même. Mais ce qui est désirable absolument, sans autre but. 

Cela demeure immuable et immobile, mais cela met tout en mouvement. Tout ce qui bouge est à la recherche de cela. La pierre même, à sa manière, qui son poids. Et la plante, et l'animal, et l'ange. Et en moi, l'amour. "L'amour est mon poids". Ce désir au fond de tout désir, cet amour aveugle mais insatiable, qui m'entraîne vers je-ne-sais-quoi, qui est plus évident que le jour.

Le désir est ma boussole, mon guide. Le désir pur, le désir gratuit, aveugle, le désir si fort que je ne peux exprimer ce que je désire. Le désir sans second, unique pour l'unique, du plus profond vers le Sans-fond.

Le désir est noble, même quand son objet apparent ne l'est pas. Le désir de vivre, d'être, d'avoir même. Le désir de paraître, et jusqu'au désir du mal. Il n'y a, au fond, que cet élan. 

La vie intérieure, c'est remonter à la source du désir, au désir nu, où la Source se donne à nu. C'est peut-être cela, "méditer". C'est peut-être cela, "plonger".

Remonter ici, à la source de tout mouvement. A l'aube de l'émoi, quand le Moi n'est pas encore ego face aux autres. A la racine, à la souche vivante, grosse de ce qu'il y a de meilleur.

Il y a une noblesse dans le désir.

Et plus le désir est intense, plus il passe pour un repos. A l'image d'une toupie, le mouvement infini vers l'Infini semble immobile. Or, cette inaction apparente est in-action divine, action à l'intérieur, dans l'invisible intime.

Puissions-nous reconnaître la noblesse du désir.

dimanche 3 octobre 2021

Formation Tantra Traditionnel



Bonjour les amies et les amis !

L'automne est une saison de bon augure pour partager la connaissance amoureuse du Tantra. En en effet, en Inde le ciel d'automne est connu pour sa transparence et ses nuances rousses et ocres. La transparence exprime au dehors la pureté de la conscience intérieure. Les nuances de rouge manifestent la passion qui anime la Présence, passion qui se fait compassion et partage.

Il est temps de partager le trésor du Tantra. Cette tradition est populaire, mais elle reste méconnue. 

Je marche sur ses chemins depuis plusieurs décennies et j'ai la chance d'accéder aux source du Tantra. 


Je vous propose donc un parcours initiatique et de formation, basé sur les enseignement originels, mais dans un esprit de liberté. 

Le but est de nous relier au Tantra pour nous relier à l'essence, au cœur intime et universel. Pas d'érudition, pas d'ego, pas de compétences, seulement la douce méditation du flot du nectar du Tantra et la contemplation savoureuse de sa vérité en nous. Pointer vers ce qui, dans le Tantra, est universel, de tous les temps, de toutes les existences. Une approche libre, mais ancrée, lucide. Amoureuse mais pas aveugle. Intégrale, sans exclure aucun aspect de notre existence.


Concrètement ?

Des vidéos en direct sur Zoom, tous les dimanches.

Un satsang chaque mois. Un satsang est une réunion où l'on dialogue et où l'on communie en silence.

Des vidéos hors-ligne, des modules.


Au programme :

-Les deux dimensions de la vie intérieure, le masculin et le féminin, Shiva et Shakti.

-Les Quatre Yogas de la connaissance, du souffle, de l'espace et du désir, le cœur du Mandala.

-Une carte claire et précise de l'Arbre du Tantra

-Une chronologie et des repères pour s'orienter

-Le Yoga de la Vibration

-Le yoga de la beauté, du chant et de l'amour joyeux

-Les Shakti Soûtras

-Les Shiva Soûtras

-Le Cœur de la reconnaissance du sacré en soi et en tout

-L'initiation

-Les approches et les voies

-Le Secret de la Déesse et ses contes initiatiques

-La voie des Mantras

-La Lumière des tantras

-L'Essence des tantras

-Le Résumé des tantras

-La Graine des tantras

-Les 360 instructions qui pointent directement vers le Cœur

-Les Cycles de la vie intérieure

-La tradition Kaula, intégrer la Famille divine

-La discipline quotidienne, effort et grâce

-La Voie de l'union primordiale

-La tradition de Kâlî et la Voie du Temps

-La tradition de Parâ et la Voie de l'Espace

et bien d'autres trésors...


En parallèle, je propose à celles et ceux qui le souhaitent :

-La redécouverte du shamanisme : la voie du cerf et du ciel

-La redécouverte des traditions méditerranéennes à la lumière du Tantra

-Plonger au cœur des traditions païennes et chrétiennes 

-La pratique du massage de soin yogique

-La danse de la Mâtrikâ, la Matrice de tous les langages

-L'alphabet des poses et des regards divins

-La grammaire sacrée du sanskrit

-La calligraphie

-L'art de la récitation du sanskrit

-L'étude d'extraits de textes-clés

-La marche du souffle et la course de libération

et bien d'autres disciplines à découvrir ou a redécouvrir...


Les tarifs :

Pour chaque vidéo Zoom en directe : 20 e

Abonnement mensuel : 50 e

Les satsangs sont gratuits.

Cours particulier ou séance de conseil ou de pratique sur un thème spécifique : 30 e

Les paiements se font par Paypal, avec mon numéro de téléphone ou mon adresse email. Vous recevez ensuite l'invitation pour la vidéo Zoom en direct les dimanches à 11h. 

Premier cours le dimanche 10 octobre 2021 à 11h.


Par ailleurs, un weekend de méditation aura lieu à Paris près de Vincennes le 30 et le 31 octobre 2021. La participation est de 80. Samedi 10h-12h et 13h30-16h30,

Dimanche de même, avec la séance vidéo inclue. 

Au programme de ce weekend : la découverte des Quatre Yogas du shivaïsme du Cachemire et de la tradition Kaula. Conscience, souffle, espace et désir.


Inscriptions aux cours vidéo, paiement sur Paypal et inscription au weekend de méditation :

david-dubois.com

deven_fr@yahoo.fr

0603330558


A bientôt !

David Deven Dubois

lundi 27 septembre 2021

Comment garder l'attention vers le centre ?


 Le trésor se trouve ici. Au centre de mon être. Je n'ai qu'à pointer mon attention vers le centre, le cœur des choses, ici, ce cœur plus proche de moi que tout le reste.

Mais comment faire ? Comment garder l'attention centrée, alors que l'attention est sans cesse distraite, fragmentée, tiraillée de-ci de-là ?

En disant "je". 

Le centre a bien des noms. Tous les noms vont à cet espace, ce vide, cette lumière. On peut certes le comparer à tout. Une pierre, un éclair, une vague, une épée, un aigle... Mais le meilleur de ces noms est "je". C'est le nom qui pointe directement vers le centre. Or, nous sommes naturellement "égoïstes". Nous sommes naturellement égocentrés. Le mot, le mantra "je" est donc un nom précieux. Il pointe naturellement vers la Source.

Nous n'aimons par l'argent pour l'argent. Nous n'aimons pas le pouvoir pour le pouvoir. Nous aimons tout cela parce que nous nous aimons. Il y a cet amour de soi derrière tout amour. Mais cet égoïsme est le signe que notre essence, notre Moi, notre Soi, désigné par le mot "je". 

C'est donc vers "je" que j'oriente mon attention. L'ego est ce Soi, mais confus, mélangé, confondu, dispersé. Quand je plonge de toute mon attention vers moi, alors ce Moi se clarifie et ce n'est plus un ego que je trouve, mais le Soi. Un moi, oui, mais vaste, immense, spacieux. Et surtout, une joie sans forme, qui ne dépend de rien. Un Moi qui n'est plus rien, ouvert pour tout, un Moi-mystère de joie. 

Quand je me tourne vers "je", je découvre la paix et l'amour. "Je" est le premier nom du mystère. Il n'est pas le seul. Mais il est le premier. 

"Je suis je" : que se passe-t-il alors ? Quelle est mon expérience ? Quelle est votre expérience ?

Je récite, en quelque sorte mentalement "je.. je..." comme une pulsation. Puis très vite, il n'y a plus de mots. Seule une résonance d'amour et de félicité. L'ego est éclaté. Demeure un silence vibrant, un silence habité, dans lequel le corps frémit de joie.

Quel secret incroyable ! La source est ici. En amont. Pour détruire l'ego, source de tous les malheurs, il suffit de plonger en soi ! Dire mentalement "je", c'est rejoindre l'essence, se rejoindre, reconnaître ce qui a toujours été présent. C'est se réveiller.

Je dis" je". Pleinement. Doucement. Et irrésistiblement, une énergie s'éveille, qui dissout l'ego et ses mille soucis. Mais, comme c'est moi, c'est aussi moi, encore plus moi, et que je suis naturellement égocentré, eh bien l'attention est naturellement orientée vers moi, vers le Soi... Ainsi, l'attention devient continue. Pourquoi ? Parce que je suis naturellement aimanté vers moi, vers ce Moi est est en réalité pur amour, pur silence, pure joie.

S'éveiller à soi, c'est s'oublier. S'oublier, c'est se retrouver nu dans la lumière qui unit tout. Une mort et une renaissance. Perdre un rien pour un tout.

Plonger dans la sensation d'être, "je suis je", c'est faire éclater ses limites. 

Ramana dit "même si vous ne faites rien de plus que réciter sans cesse 'je...je'...' en plongeant votre attention en cela, cette pratique vous mènera à la source de l'ego illusoire..."

Oui, cela suffit. Que cela soit notre mantra, notre prière, notre méditation, notre pratique, notre vie.

jeudi 23 septembre 2021

La merveille, merveille des merveilles

David Taylor


 Il n'existe rien en dehors de la conscience. Rien de séparé de la conscience.

Mais peut-être la conscience est-elle divisée par ce qu'elle contient ? Peut-être la conscience est-elle déchirée, divisée, séparée d'elle-même ? Toute conscience, en étant "conscience de", n'implique-t-elle pas une différence indépassable ?

Abhinavagupta répond, en substance, dans sa Grande Méditation :

L'idée d'une division dans la conscience ne peut pas non plus être prouvée. En effet, dans la conscience, qui n'est que lumière/manifestation, les 'différences' engendrées par des entités autres que la conscience, c'est-à-dire des choses qui seraient plus que la seule et unique conscience, sont nécessairement autres que manifestes, puisqu'elles ne sont pas la Lumière/manifestation qu'est la conscience. Il s'ensuite fatalement que ces différences intérieures à la conscience ne sont pas conscience. Dans ce cas, comment pouvez-vous affirmer qu'elles existent ? Elles ne se manifestent pas ; ou alors, elles ne sont que des concepts dans la conscience. 

Et si ces objets, ces différences, sont bel et bien conscience, alors elles peuvent certes apparaître, et nous pouvons en parler. Mais, dans ce cas, elles ne peuvent être autre chose que conscience, l'acte même de leur manifestation. Les rayon du soleil ne sont que lumière, sans quoi ils ne seraient rayons ni soleil.

La seule explication aux différences est donc que c'est la conscience elle-même qui se manifeste comme divisée, mais sans se diviser en elle-même, sans quoi cette division elle-même ne pourrait se manifester, ni être, ni exister, ni apparaître, ni même être illusion, concept, imagination ou n'importe quoi d'autre.

La conscience n'est donc pas divisée par les objets qu'elle manifeste en son sein.

Plus encore : la conscience reste une juste dans sa manifestation de la dualité. Elle n'est pas séparée des différences, bien qu'elle englobe et dépasse ces différences. 

    ________________________________________________________

Elle se révèle jusque dans son absence et s'absente au moment même de sa pleine présence.

Voilà pourquoi la conscience est dite "libre" et source d'émerveillement, de joie et d'ivresse pour elle-même, et pour chacun des individus en qui elle multiplie son unité primordiale.

C'est en ce fond frémissant qu'il s'agit pour moi (le Moi qui dit "moi" en vous, en nous) de replonger. Encore et encore, et encore. Et encore. A jamais.

C'est comme le passage de l'écoute d'une mélodie à l'écoute de son arrière-plan. Revenir au murmure, au silence, à l'au-delà, si loin qu'il n'est plus ailleurs mais au cœur de tout bruit comme de toute parole.

La conscience est généreuse, la merveille des merveilles, l'extase à portée de chaque instant.

Les choses ne s'ajoutent pas à la conscience. Elles ne sont pas DANS la conscience. Elles SONT conscience, lumière, présence, acte d'être, extase de s'éprouver sans jamais pouvoir se prouver en rien de limité ni de définitif. 

Les choses ne cachent donc pas la lumière qu'elles sont. Et pourtant : si, comme un joyau enveloppé dans son propre éclat. Elle se révèle en se cachant, se cache dans son apparaître même. 

Nourri de ce pain de vie, il n'y a plus qu'à s'abandonner en éternelle gratitude.

L'artiste, c'est elle : la conscience, la déesse, le danseur, le maître des saveurs et des émotions, l'origine, la moelle et la fin de toutes choses. L'un qui se multiplie en unité, qui s'unifie en des multiplicités toujours plus multiples et, pourtant, à jamais plus fortes en unité. 

Elle est le plus haut et le plus bas. Nul ne peut s'élever si haut qu'il ne la découvre encore plus haute. Nul ne peut s'abaisser si bas qu'il ne la trouve encore plus humble.

Elle est avant l'avant, après l'après, au centre du centre, plus une que toute unité, plus différente encore que toute différence, plus éloignée que le plus lointain, plus intime que le plus proche.

Inépuisable, elle épuise toutes les langues en les fécondant des gouttes de son océan bouillant. Insatiable, elle n'en finit jamais de créer et d'engloutir, de donner et de reprendre, de s'oublier et de se réveiller. Son existence est un jeûne perpétuelle, une grossesse de chaque instant et une imprenable virginité.

La merveille des merveilles.

jeudi 16 septembre 2021

Le Clair de lune - 2


 Suite et fin sur un petit texte extraordinaire : Le Clair de lune (Candrāvalocana), sur la principale pratique de méditation du Tantra traditionnel, la méditation de Shiva (shâmbhavî, shiva-mudrâ).

Cet enseignement s'inscrit clairement dans la tradition du Kaula Tantra, une tradition ésotérique à l'intérieur du Tantra, une tradition qui met l'accent sur le corps, le souffle, l'expérience intérieure et la spontanéité. Elle aurait été révélée aux humains par Matsyendra, un pêcheur de l'Assam en Inde. Selon la légende, il aurait été avalé par un poisson qui l'aurait amené jusque sur une île fabuleuse où il aurait entendu l'enseignement de Shiva à propos de la liberté en cette vie même (jîvan-mukti), idéal de liberté spirituelle incarnée.

Après avoir décrit la méditation de Shiva, le dieu révèle à présent d'autres aspects de cette pratique, mais à travers le langage initiatique du Kaula Tantra. Ce texte, abîmé par le temps, n'est pas toujours clair. 

Les termes Kaula à propos desquels Matsyendra interroge le dieu sont d'abord ceux qui concernent la pratique de l'union rituelle :

- kâma-tattva, le principe du désir. C'est l'expérience du plaisir jusqu'au moment de l'orgasme.

- visha-tattva, le principe du poison. C'est l'expérience qui suit l'orgasme, pendant laquelle les variations hormonales entraînent un sentiment de paix, de repos, voire de mélancolie et d'absence de désir. C'est le "poison" de la tristesse qui suit l'orgasme ordinaire.

- niranjana-tattva, le principe du transparent. C'est l'expérience de la présence qui englobe les deux expérience précédentes du goût et du dégoût, de la passion et de la désillusion.

De manière générale, une clé du Kaula Tantra est de réaliser l'harmonie des aspects opposés ou en conflit. Ici, réaliser l'harmonie de la passion sexuelle, avec sa part d'aveuglement, et de la lucidité qui suit l'orgasme, avec sa part de désillusion. La passion n'est pas la vérité. Mais le dégoût qui conduit à un dégoût passager non plus !

Ceci est vrai pour tous les couples d'opposés : forme et sans forme, bruit et silence, activité et repos, veille et sommeil, vie et mort, élan et découragement, etc.

Le dieu révèle ce même chemin de l'harmonisation à travers un autre schéma symbolique, celui de la lune, qui s'applique ordinairement à l'écoute de la respiration.

Mais ici, ces deux schémas traditionnels, celui de l'union rituelle et celui de l'écoute du souffle, sont interprétés dans le cadre de la pratique de la méditation de Shiva. C'est donc cette pratique qui est décrite principalement ici.

"Le Grand Seigneur dit :

La nouvelle lune, la lune sombre et la pleine lune

sont cachées [de part leur sens ésotérique].

[De même], le désir, le poison et le transparent

sont le contexte de toute [la pratique].

Matsyendra demanda :

Ô Bienfaisant !

Comment donc est dévoilé le sens symbolique

et l'explication [des mots comme] la nouvelle lune, 

la lune sombre et la nouvelle lune ?

Le Grand Seigneur répondit :

La lune sombre, c'est rester les yeux grands ouverts.

La lune nouvelle, c'est garder les yeux vers le bas.

La pleine lune, c'est regarder droit devant soi.

Matsydenra demanda :

Que signifie le mot 'désir' ?

Et le mot 'poison' ?

Explique en vérité le sens du 'transparent' !

Le Seigneur répondit :

La lune sombre et la nouvelle lune

dévorent le temps.

La pleine lune stabilise [le temps ?].

Tel est l'unique voie.

Le 'désir' désigne le désir des objets des sens. 

Le 'poison' est ce en quoi le désir se résorbe.

Quand on se détache des deux, 

on s'en remet assurément au transparent.

Que l'on renonce à tout l'inférieur,

si l'on aspire à la réalisation du Soi.

Autrement, même si l'on est immortel (...).

On doit poser l'attention au centre de la Shakti,

et la Shakti au centre de l'attention.

Quand on contemple l'attention avec attention,

on contemple l'état ultime.

Matsyendra demanda :

Qu'est-ce que le germe ?

Qu'entend-on par 'cible du bindu' ?

Comment expliquer véritablement

ce qu'est le 'bindu' ?

Le Seigneur répondit :

Le germe, c'est l'attention/le mental,

cause de l'apparition et de la subsistance [des expériences].

Ce qui est engendré par l'attention/le mental,

c'est le bindu, comme le beurre est extrait du lait.

Matsyendra demanda :

Du sommet de la tête à la pointe du nez,

il n'y a que plaisir et douleur.

Comment donc trancher le lien 

de la cavité du palais et le faire fondre ?

Le Seigneur répondit :

Cela n'est pas au centre du lien 

ni relatif au mental comme cause (?).

Là où se trouve la Shakti depuis le centre de la lune,

là se trouve le lien.

L'ayant repéré, il faut percer le canal central

et aller (?) à gauche et au centre.

Il faut ensuite stopper le bindu

au-dessus de la tête.

Matesyendra demanda :

Explique-moi le principe et la nature

du bindu et révèle-moi les six chakras !

Le Seigneur répondit :

Le Support, le Fondement de soi, la Cité de joyaux,

le Son spontané, le Pur, le Commandement :

tels sont les six chakras.

Le Support est l'anus, le Fondement de soi est le sexe,

la Cité des joyaux est le nombril,

le Son spontané est le cœur, le Pur est dans la gorge

et le Commandement est dans le front.

Une fois familiarisé avec les six chakras,

que l'on entre dans le Mandala éternel.

On y pénètrera en recueillant le souffle

et en l'unissant vers le haut.

C'est ainsi que les yogis vont vers l'immortalité,

grâce à un unique samâdhi.

Le feu préexiste dans le bois.

Mais il ne s'enflamme pas si on ne le frotte.

De même, grâce à l'exercice du yoga,

la lampe de la connaissance s'allume.

C'est comme une lampe allumée dans un vase,

qui ne brille pas au dehors.

De même, le corps/vase possède cette nature [de luminosité],

il est [comme] une lampe [qui symbolise] cet état [de liberté spirituelle].

Sans l'enseignement du maître, 

cette connaissance de l'absolu ne peut être élucidée.

Le maître l'a reçue au creux de son oreille,

[car] elle est très subtile.

Ces paroles font traverser l'océan du samsâra

si on les pratique assiduement.

Matsyendra dit :

Par ta grâce, 

je suis délivré des liens de l'existence !

Tu es le salut, ô Souverain des dieux,

je n'en ai pas d'autre que toi.

- Ayant entendu ces paroles, Matsyendra s'absorba dans le seigneur Shiva.

[Shiva lui dit ensuite :]

Va, fils ! Va jusqu'aux confins de la terre, va sauver [les êtres] dans les trois mondes.

Telle est ce Clair de lune composé par le Grand Seigneur.

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Comme on voit, cet enseignement n'est pas toujours clair dans son détail. Mais l'essentiel est limpide : méditer les yeux ouverts, afin que la lumière intérieure, cachée dans le corps, se mette à briller en lui et dans le monde.


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