jeudi 26 janvier 2023

Le treizième mois


 Les mois lunaires sont plus courts que les mois solaires. Pour synchroniser les deux calendriers, il faut donc ajouter un mois solaire toutes les six années. C'est le treizième mois - sans aucun rapport avec un quelconque salaire. 

Dans le Veda, un hymne à Varouna décrit le dieu comme celui qui suit le rituel parfait. Ce rituel est le grand cycle de l'année. Varouna connait les douze mois qui apportent la prospérité. Et surtout, il connait le treizième mois qui apparaît dans l'intervalle (Rigveda, I, 25, 8) : veda māso dhṛtavrato dvādaśa prajāvataḥ | vedā ya upajāyate || "Dévoué (à ceux) qui lui sont dévoué, il connait les douze mois (et) leur fécondité, lui qui connaît (aussi le treizième mois) engendré secondairement". Ce treizième mois naît "de soi-même" (svayam evotpadyate)

Ce treizième mois est l'intervalle où se révèle le soleil véritable, source des douze soleils, des douze mois de l'année.

Dans le contexte du Tantra, Abhinava nous dit que la déesse Conscience habite aussi "au plan objectif sous la forme des mois de l'année, des signes du zodiac, etc." (Tantrâloka, IV, 146b)

Le soleil est le symbole de la lumière de la Conscience, "omnisciente", qui illumine toutes choses en s'illuminant elle-même. "Quand il brille, tout brille à sa suite". Elle est le soleil ultime, notre conscience (svasamvit paramâdityah, Cincinîmatasâra, VII, 15b).

L'enseignement du soleil au cœur du soleil est au cœur du Tantra dans sa tradition la plus ésotérique, la tradition de Kâlî (différente de la déesse populaire) : "Le soleil à l'intérieur du soleil illumine/fait apparaître le monde entier" (ib. VII, 12a).

Mais ce qui est encore plus intéressant est que cet enseignement de l'existence d'un treizième mois source des douze autres est associé à Varuna et Mitra. Or, ces deux dieux apparaissent dans le Veda des hymnes, l'un des plus anciens textes spirituels qui nous soient parvenus. Et ils sont par ailleurs nommés dans une lettre entre un roi du Mitanni et un roi Hittite vers -1380. C'est-à-dire dans l'actuelle ... Syrie ! Un peu avant le règne du pharaon Toutânkhamon. Varouna a été rapproché d'Ouranos. Les deux sont dieux du Ciel, dieux qui enveloppent (-vr comme dans vritti). Cette présence des dieux du Veda, sous leur forme sanskrite, au Moyen-Orient (royaume de Mitanni) il y a plus de trois mille ans, est un mystère fascinant. De plus, nous savons que l'une des principales célébrations des habitants de cet énigmatique royaume était le solstice, vishuva, l'intervalle entre les grandes phases des cycles temporels, dont le pendant microcosmique est l'intervalle entre les respirations. Dans le Tantra, la déesse Laksmî-Kâlî "est présente entre les mouvements de l'expir et de l'inspir" (Kulakaulinîmata, XV, 270).

Dans l'hymne à Varouna cité plus haut (Rig-veda, verset 7), son omniscience est suggérée quand il est célébré comme vedā yo vīnām padam antarikṣeṇa patatām | veda nāvaḥ samudriyaḥ || , "celui qui connait le chemin des oiseaux dans le ciel et qui connait le chemin des navires dans l'océan". Il est l'espace de la Conscience qui contient tout et qui, donc, "connait" (veda) tout. 

Tout ceci suggère une extraordinaire continuité entre le dieu indo-européen d'Asie centrale, et l'enseignement du Tantra, même dans ses traditions les plus "ésotériques", comme le Kâlî-krama. La continuité n'est jamais entièrement rompue. La théorie d'un Tantra "dravidien" opposé à un Veda "indo-européen" ne tient donc pas. 

Le treizième mois est simplement l'émerveillement à la fin de l'expir. A travers les millénaires et les lieux, la tradition se joue des ruptures. 

lundi 26 décembre 2022

Les éveils de la Koundalinî

La Koundalinî... 

Un mystère à démystifier ?

Un secret à réserver aux initiés ?

Un je-ne-sais-quoi qui est la vie ?

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Weekend à  Paris, près de Notre-Dame.

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lundi 19 décembre 2022

Où est la conscience ?


 

Comme tout le monde, j'ai tendance à réduire la conscience à la vie. Est doué de conscience ce qui est animé. "Tout est conscience", mais seuls les êtres doués de conscience ont une vie interne, capable d'évoluer en une vie intérieure. 

Or, la chose n'est peut-être pas aussi certaine. 

On dit que la transmigration, le cycle des réincarnations, ne concerne que ces êtres bien vivants, ceux du règne animal : les dieux, les démons, les humains et les autres animaux. Cela semble très ouvert. Mais certains enseignements nous invitent à élargir encore davantage.

Parmi ces esprits larges, il y a le Yoga selon Vasishta, dont j'ai traduit une version abrégée. Dans ces Mille et une nuits de la non-dualité, toute chose peut cacher un être doué de conscience. Non seulement les animaux, mais encore les plantes, et même les pierres, les montagnes et l'espace. Le vide est peuplé, il n'est pas vide. Y habitent des "monades" (anu) qui sont des êtres doués de conscience. Nous ne les voyons pas, ils ne nous voient pas. Mais ils vivent, ils sont des individus soumis à l'aveuglement dualiste. Ils peuvent donc atteindre la délivrance, l'éveil.

Certes, leur expérience est rudimentaire, comparée à la notre. Mais cela suffit, et d'autres êtres sont plus complexes que nous, sur d'autres mondes, dans d'autres dimensions. Ainsi, selon Vasishta, les étoiles sont des individus, avec leur histoire et leur personnalité. Il est possible de se réincarner en un soleil. Et il est possible d'atteindre l'éveil spirituel en tant que soleil. Il existe d'ailleurs des récits d'étoiles qui s'éveillent. 

Inversement, des dieux créateurs de mondes entiers peuvent rester soumis à l'aveuglement de l'ego, de l'imagination, de l'illusion d'une réalité, à commencer par la réalité du monde qu'il créent, et dans lequel les êtres qu'ils rêvent, rêvent à leur tour d'autres mondes, dans lesquels d'autres êtres rêvent aussi, et ainsi de suite, à l'infini... 

Vasishta le dit explicitement : il y a des éveillés parmi les insectes et il y a des imbéciles parmi les dieux. La clé a deux facettes : l'audace et l'esprit critique. Peu importe le statut et le rang, seul compte la capacité à interroger les évidences. Ce yoga de la connaissance est lui-même très audacieux, n'hésitant pas à détrôner les dieux de l'Inde.

Il raconte même l'histoire d'un virus, celui du choléra, qui atteint l'éveil. Un virus, un être a mi-chemin entre l'inerte et le vivant. Ainsi, nous baignons littéralement dans des océans d'âmes qui contiennent, chacune, d'autres océans d'âmes, à l'infini. Notre monde est lui-même le rêve d'un individu, qui lui-même est rêvé par un autre, sans fin.

La beauté de cette vision est que tout est possible. Si tout est conscience, il n'y a pas de loi absolu, pas de principe, rien de donné "avant" la conscience. Donc tout est possible. La conscience est partout. Elle peut s'individualiser, s'incarner, partout. 

Cette vision est vertigineuse, n'est-il pas ? 

lundi 5 décembre 2022

L'éveil par le souffle


"La conscience se transforme d'abord en souffle" dit la tradition.

La conscience est notre vraie nature, la plus évidente et la plus mystérieuse. 

Elle n'est pas statique, mais en mouvement, mouvement du temps, du changement, de l'impermanence.

Selon le Tantra, c'est elle qui habite dans la bouche et anime la respiration. La respiration est la base du temps et de toutes choses. L'attention au souffle est la pratique fondamentale, l'adoration naturelle de la déesse-vie.

Un tantra dit qu'elle est "à la pointe du nez" et "dans le cœur" dans l'expir et dans l'inspir. Elle va et vient entre les deux. Avec l'inspir, elle manifeste le monde, avec l'expire, elle le résorbe. 

Et si l'attention se pose sur les intervalles à la fin de l'expir, "elle dévore" inspir et expir. La respiration se calme, le mouvement devient plus subtil, la conscience "dévore le temps". Le souffle vertical s'active, la Kundalinî d'éveille. "En un instant", elle s'élance dans l'espace. L'énergie contractée rejoint l'espace de la présence originelle. 

Elle est la puissance du désir, de l'élan de vie qui devient ensuite perception, pensée et activité. 

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