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mardi 15 octobre 2024

La conscience individuelle, un malheur ?

 La spiritualité non dualiste 

du "il n'y a personne"

n'est-elle pas un matérialisme

qui ne dit pas son nom ?

une forme de nihilisme ?

un symptôme de baisse de l'énergie vitale ?

Qu'en pensez-vous ?

La conscience et l'individualité sont-ils des accidents malheureux ?

Mais si la conscience est un malheur, pour qui est-elle un malheur ? Pour elle-même ? 

Autrement dit : Si la conscience est une illusion, qui est victime de cette illusion ?


lundi 19 décembre 2022

Où est la conscience ?


 

Comme tout le monde, j'ai tendance à réduire la conscience à la vie. Est doué de conscience ce qui est animé. "Tout est conscience", mais seuls les êtres doués de conscience ont une vie interne, capable d'évoluer en une vie intérieure. 

Or, la chose n'est peut-être pas aussi certaine. 

On dit que la transmigration, le cycle des réincarnations, ne concerne que ces êtres bien vivants, ceux du règne animal : les dieux, les démons, les humains et les autres animaux. Cela semble très ouvert. Mais certains enseignements nous invitent à élargir encore davantage.

Parmi ces esprits larges, il y a le Yoga selon Vasishta, dont j'ai traduit une version abrégée. Dans ces Mille et une nuits de la non-dualité, toute chose peut cacher un être doué de conscience. Non seulement les animaux, mais encore les plantes, et même les pierres, les montagnes et l'espace. Le vide est peuplé, il n'est pas vide. Y habitent des "monades" (anu) qui sont des êtres doués de conscience. Nous ne les voyons pas, ils ne nous voient pas. Mais ils vivent, ils sont des individus soumis à l'aveuglement dualiste. Ils peuvent donc atteindre la délivrance, l'éveil.

Certes, leur expérience est rudimentaire, comparée à la notre. Mais cela suffit, et d'autres êtres sont plus complexes que nous, sur d'autres mondes, dans d'autres dimensions. Ainsi, selon Vasishta, les étoiles sont des individus, avec leur histoire et leur personnalité. Il est possible de se réincarner en un soleil. Et il est possible d'atteindre l'éveil spirituel en tant que soleil. Il existe d'ailleurs des récits d'étoiles qui s'éveillent. 

Inversement, des dieux créateurs de mondes entiers peuvent rester soumis à l'aveuglement de l'ego, de l'imagination, de l'illusion d'une réalité, à commencer par la réalité du monde qu'il créent, et dans lequel les êtres qu'ils rêvent, rêvent à leur tour d'autres mondes, dans lesquels d'autres êtres rêvent aussi, et ainsi de suite, à l'infini... 

Vasishta le dit explicitement : il y a des éveillés parmi les insectes et il y a des imbéciles parmi les dieux. La clé a deux facettes : l'audace et l'esprit critique. Peu importe le statut et le rang, seul compte la capacité à interroger les évidences. Ce yoga de la connaissance est lui-même très audacieux, n'hésitant pas à détrôner les dieux de l'Inde.

Il raconte même l'histoire d'un virus, celui du choléra, qui atteint l'éveil. Un virus, un être a mi-chemin entre l'inerte et le vivant. Ainsi, nous baignons littéralement dans des océans d'âmes qui contiennent, chacune, d'autres océans d'âmes, à l'infini. Notre monde est lui-même le rêve d'un individu, qui lui-même est rêvé par un autre, sans fin.

La beauté de cette vision est que tout est possible. Si tout est conscience, il n'y a pas de loi absolu, pas de principe, rien de donné "avant" la conscience. Donc tout est possible. La conscience est partout. Elle peut s'individualiser, s'incarner, partout. 

Cette vision est vertigineuse, n'est-il pas ? 

dimanche 30 mai 2021

Les deux instants 05 - Le Cercle du Tantra



Selon le Tantra, tout dérive des deux premiers instants, Shiva et Shakti. 

Mais tout ceci est expérience :

Dans une approche, Dieu est « a ». Bouche bée, silence, son qui n’en est pas encore un, inarticulé, jailli du tréfonds de la gorge, indifférencié, simple. Dites « a » : unité, ouverture ressentie comme ouverture de la bouche qui se prolonge en ouverture du cou, de la poitrine, jusque dans les jambes et dans le sol. 

C'est le Bindu ".", Lumière totale. Silence simple.

Dans cette transparence émerveillée, l’étonnement devient soupir : la Déesse. Je laisse le « a » devenir « hhh… », sourd et subtil. Un souffle muet, gros de tous les mots, de tous les cris. Mais comme ce Souffle de Vie n’est pas séparé du mystère de Dieu, il redevient vibration, « a ». Un « aha », long comme la caresse d’un archet sur le corps du violoncelle, lourd, « gras », comme dit un tantra. 

C'est le Visarga ":", extase à la racine de tout. Vibration du coeur.

Et voici que cette étreinte du sonore et du sourd, de l’espace et du vent, engendre. Il engendre dans la félicité, car c’est dans l’extase que l’on crée, nous enseigne Diotime, car « être » est plaisir, nous dit encore la Triade. La bouche se referme doucement. A-ha-m : "Je suis".

Mais la « contraction » de l’individu est une ouverture, une promesse d’éveil : après « aha » vient la résonance « mmm… » qui se fait de plus en plus subtile (anu, « individu », veut aussi dire « subtil »), jusqu’au silence conscient, retour au « a » originel. Ma-ha-a : grand, vaste, infini.

C'est Nara, l'Individu, issu de l'union du Père et de la Mère, enfant androgyne. 

Ainsi la boucle, « terrible et mystérieuse » selon l’expression de Maître Eckhart parlant de la Trinité chrétienne, se retrouve dans une reconnaissance pleine de gratitude, se referme, mais sans jamais s’arrêter. Ce mouvement circulaire, d’ici à ici, de l’infini à l’infini, immobile, est l’individu, mystère de la personne. L’espace se fait point pour que le point s’étale ensuite, se dilate, ce que l’on ressent dans l’amenuisement du « mm… ». 

Et voici que la boucle est bouclée, « sphère infinie dont le centre est partout et la circonférence, nulle part », selon la belle énigme du Livre des Vingt-quatre philosophes

Elle révèle alors son secret, son « grand non-secret » dit Abhinava : Dieu (« a », l’Indifférencié) étreint la Déesse (« ha », le Souffle sacré), qui enfantent ainsi l’Individu (« m », le point), qui s’en retournent à l’Indifférencié. Or, « aham » signifie, en sanskrit, « je ». Cette atemporelle valse à trois temps est réalisation de soi, déploiement, comme un éventail de possibles, comme le sondage de l’abyme de soi, affranchi de toute définition d’un « soi ». Tout ceci, ces milles expériences de vie, sont une seule mélodie, le chant de l’étonnement d’être. 

Union, séparation, contraction, éclosion… Ainsi, aham, à l’envers, devient mahâ, l’immensité, la totalité et l’acte de grandir à l’infini, d’englober toujours davantage les contraires. Le jeu de la Triade est ainsi une expansion sans fin.

Mais l’essentiel est que ce mouvement d’éclosion passe nécessairement par l’individu. Pourquoi ? Je ne sais pas. Gratuitement, parce que l’amour est gratuit, sans doute. Pourquoi l’Un et l’Autre enfantent-ils ? Par amour. Cela devrait suffire. Je suis, vous êtes, nous sommes cet enfant de l’amour. Abhinava est très clair à ce sujet : « La conscience divine est une mer [une mère ?], or il n’y a pas de mer sans vagues ». Chaque individu est une vague unique, fille et fils de la palpitation océane.

Ce jeu d’amour, disais-je, la tradition du Cachemire le désigne comme « triangle du cœur ». 

A l’origine, l’Un. Mais l’Un solitaire n’est pas même encore « un » tant qu'il ne sait pas sa solitude. Il prend conscience : « je suis ». Et voici le Deux. Et emporté par son élan, il se dit « je suis cela ». Voici les trois pôles de l’extase créatrice.  Ils forment le Triangle du Cœur, âme et substance de toute chose, vraie vie à laquelle nous aspirons tous. Dans la voie spirituelle nous retrouverons donc, à chaque moment, les deux instants symbolisés par le Dieu et la Déesse, notre âme s’en trouvant à chaque fois régénérée à un degré supérieur, comme en un mouvement spiralé et sans fin.

vendredi 28 mai 2021

Les deux instants 04

par Ekabhûmi


Tout naît du couple de l'Être et de la Conscience, la Père de l'abyme inconnaissable et la Mère de la présence vivante.

 Ainsi, tout nait d’une relation.

Les couples le savent : il est difficile d’être à deux ! Seul, je n’existe pas encore. Mais avec l’autre, je n’existe plus, car bien souvent le face à face tourne souvent en confrontation. Un contre Un… 

Pour que la relation soit féconde, il faut un troisième terme, une reliaison qui unifie. L’Un seul est mort, stérile ; le Deux - seul lui aussi ! - est conflit, impasse. Pour que le Deux devienne couple, pour que la relation devienne communion féconde, il faut un être plus vaste. Telle est la règle de la vie : le remède vient toujours d’en haut, d’une transcendance, d’un « plus que moi et plus que nous » qui nous relie en nous reliant à lui. N’est-ce pas le sens originel de toute religion ?

Sans Conscience, l'Être ne pourrait être. Sans la Mère, le Père serait stérile.

Dans la tradition du Cachemire, il y a deux manières d’envisager ce « plus grand que nous » : comme Source universelle, ou comme Individu. 

Comme Source, ce troisième terme est l’amour, qui coule à travers nous mais qui, ne venant pas de nous, est capable de faire de nos différences une puissance. L’amour est unité-dans-la-dualité, union dans la séparation, sans conflit ni confusion. 

L’amour n’est pas un troisième être, une substance en plus du Dieu et de la Déesse, car alors il faudrait un quatrième pour relier les trois, et ainsi de suite, à l’infini… En écrivant ceci, je réalise que l’amour est insaisissable. C’est lui qui nous saisit. Libre de soi, il peut nous libérer de nous.

L’autre manière d’envisager l’Autre dans un « plus vaste que moi », c’est l’enfantement. Pour un couple, pour un groupe, ce sera un projet, une aventure, un avenir… Pour la tradition du Cachemire, c’est l’Individu (nara, « homme », « personne »), ou l'Enfant. L’un des noms de cette tradition est « triade » (trika). Tout est triple, car tout est « en relation », il n’y a de vie que dans le va-et-vient entre des pôles : Dieu, Déesse, Individu. Ces trois forment, par leurs échanges, le Triangle du Cœur ;

Dieu est ce qui est. La Déesse est l’être de Dieu, la Conscience de l'Être, car aucun être n’est nécessaire : il est toujours offert. Dieu se fait être, se désir, se ressent, s’éprouve : voilà tout son être ! Et ainsi, il se donne à soi comme individu (anu). Un presque rien, certes, mais engendré dans l’infini, rien de moins. L’Individu est le lieu de la synthèse du divin et de la divine. Nous sommes les enfants du couple divin.

lundi 7 décembre 2020

C'est en n'étant personne que l'on incarne sa personne


 Je ne suis personne - aucun masque ne m'enferme, nul visage ne me confine. Vide, je m'ébat dans le vide. De longues et salutaires coulées, des gorgées de silence qui nourrissent jusqu'à me rendre au désir des choses, acides et pimentées. Le yogi, dit Maheshvara Ânanda, désire ce sel après les océans de vacuité.

L'impersonnel n'est pas la fin de la personne. Bien au contraire, c'est dans ces morts répétées que les noms et les formes reprennent de la vigueurs. Je ne suis jamais plus singulier que quand je me laisse à l'universel. Voyez un miroir : un coup de chiffons pour en ôter les couleurs et les couleurs s'y reflètent comme jamais. Voyez l'œil : retirez-en les poussières et les humeurs teintées, et les monde brillera d'indicibles nuances.

La mort de l'individu est condition de sa naissance véritable. Nous naissons de la nature, de la culture, puis du rien. Ce rien n'est pas fin en soi mais, comme la sieste digestive, comme le profond sommeil, comme le coma artificiel, ce rien nous sauve. Sans cette amnésie, nous serions bien vite saturés de noms et de formes. Je ne veux pas vivre absolument vide, sans rien. Mais j'ai absolument besoin de vide pour savourer. De jeûner pour saliver. De fermer les yeux pour m'émerveiller. De partir pour revenir. C'est une respiration, non un aller simple. C'est la veillée avant Noël, l'épaisse neige avant les chants de mars. 

C'est en n'étant personne que l'on incarne sa personne.

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