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lundi 17 février 2025

Le souffle : clé de l'éveil



Le souffle, c'est la vie. Que ce soit dans le Tantra, le yoga ou toute autre pratique spirituelle, la respiration et l'énergie vitale sont au centre de toute pratique. Mais pourquoi ?

Selon la tradition du Tantra et une maxime souvent citée par les maîtres, "d'abord, la conscience se transforme en souffle". Cela signifie que la toute première manifestation, la première étape de l'évolution de la conscience, est le souffle. La conscience est l'essence et la substance de toute chose. C'est cette lumière qui éclaire tous les contenus de notre expérience, grâce à laquelle toutes les choses existent et grâce à laquelle, en ce moment même, vous voyez et entendez.

Cette conscience n'est pas immobile ; elle est vibration, ou "spanda" en sanscrit. Cette vibration est un mouvement, mais un mouvement immobile, car la conscience n'est pas limitée dans l'espace. Elle n'a pas besoin d'aller quelque part. En même temps, la conscience n'est pas inerte. Elle n'est pas comme l'espace, qui est infini mais dépourvu de conscience. La conscience vibre, c'est-à-dire qu'elle bouge sur place.

Au fur et à mesure que la conscience évolue vers sa propre manifestation, qui devient le monde, cette vibration ralentit. En ralentissant, elle devient les rythmes de l'énergie vitale, notamment la respiration.

Pourquoi est-ce important ? Parce que le Tantra nous dit que la connaissance du cycle de la conscience, la connaissance de son rythme, est la clé de l'éveil spirituel.

Concrètement, il existe une pratique fondamentale dans le Tantra : la pratique du souffle de l'éveil. Voici comment elle se déroule :

1 Prenez conscience de votre corps : Asseyez-vous ou restez debout, et continuez ce que vous faisiez, comme la vaisselle ou marcher dans la rue.

2 Ramenez votre attention vers le corps : Laissez cette attention, ce rayon de lumière, se poser sur le mouvement de la respiration. Si c'est trop abstrait, concentrez-vous sur le nombril.

3 Observez le mouvement cyclique : Remarquez que le nombril avance et recule, en un mouvement de va-et-vient. Ce mouvement est une vibration, la vibration de la conscience.

4 Goûtez la fin de l'expiration : Sans chercher à modifier votre respiration, ressentez particulièrement la fin de l'expiration. Remarquez le moment de suspension avant que le nombril ne reprenne son mouvement vers l'avant.

Ressentir ce moment de suspension est la clé de l'éveil spirituel. La tradition nous promet que si nous nous donnons entièrement à ce ressenti, toute notre vie en sera transformée.

Le mouvement du souffle est cyclique, mais il y a deux moments clés : à la fin de l'expiration et à la fin de l'inspiration. Ce sont des moments en dehors du cycle, où le souffle-conscience revient à la conscience pure, à l'énergie pure, à la vibration primordiale.

En déposant simplement notre attention sur ces moments d'intervalle, peu à peu, notre souffle, notre énergie vitale et toute notre vie seront transformés.

Voilà le secret du souffle selon le Tantra. Si vous êtes curieux d'en savoir plus et d'expérimenter davantage, je vous invite à consulter les liens dans la description pour découvrir des cours et des stages. Je vous souhaite de très belles explorations !

Stages, livres et cours en ligne :

www.david-dubois.fr

lundi 5 décembre 2022

L'éveil par le souffle


"La conscience se transforme d'abord en souffle" dit la tradition.

La conscience est notre vraie nature, la plus évidente et la plus mystérieuse. 

Elle n'est pas statique, mais en mouvement, mouvement du temps, du changement, de l'impermanence.

Selon le Tantra, c'est elle qui habite dans la bouche et anime la respiration. La respiration est la base du temps et de toutes choses. L'attention au souffle est la pratique fondamentale, l'adoration naturelle de la déesse-vie.

Un tantra dit qu'elle est "à la pointe du nez" et "dans le cœur" dans l'expir et dans l'inspir. Elle va et vient entre les deux. Avec l'inspir, elle manifeste le monde, avec l'expire, elle le résorbe. 

Et si l'attention se pose sur les intervalles à la fin de l'expir, "elle dévore" inspir et expir. La respiration se calme, le mouvement devient plus subtil, la conscience "dévore le temps". Le souffle vertical s'active, la Kundalinî d'éveille. "En un instant", elle s'élance dans l'espace. L'énergie contractée rejoint l'espace de la présence originelle. 

Elle est la puissance du désir, de l'élan de vie qui devient ensuite perception, pensée et activité. 

lundi 23 août 2021

Mystère du son


En Inde, la flûte de Krishna. En Europe, les roseaux de Pan. En Chine et au Japon, le Shakuhachi du "moine du vide" (komusô). Cette méditation par le son aurait été transmise de la Chine au Japon au XIIIe siècle. L'Ordre komusô a été interdit à l'ère impériale, mais la pratique s'est transmise jusqu'à nos jours.

Plus d'infos.








dimanche 9 mai 2021

L'anniversaire de Svâmî Lakshmana Jû

 Aujourd'hui est l'anniversaire de Svâmî Lakshmana Jû, l'un des grands maîtres du shivaïsme du Cachemire au XXe siècle. 

Voici l'un de ses enseignements, à propos de la méditation sur le souffle :


Il est aussi l'auteur d'un texte bref, mais profond, sur la Kundalinî, que j'ai traduit :


Le voici, jeune, à droite, avec Ramana Maharshi :


Une traduction des oeuvres sanskrites de Ramana va paraître chez Almora le 3 juin 2021 :

lundi 12 avril 2021

Rayon


 

A chaque expir,

laisser la sensation s'étendre,

comme un regard lancé.


samedi 3 avril 2021

La respiration de l'Esprit



La tradition Kaula est la tradition au cœur du Tantra. Kaula vient de kula "totalité, groupe, assemblée, famille", et donc univers et corps, car l'univers et le corps sont "faits de tous les dieux" selon le Tantra de la Triade essentielle (Trika-sâra). 

La pratique Kaula est le Yoga de la Vibration. Elle part de la respiration. Shiva la décrit dans le Tantra de l'Œil. Elle est "la méditation suprême" qui permet de transmuter le corps en un "corps divin" :

yatsvarūpaṃ svasaṃvedyaṃ svasthaṃ svavyāptisaṃbhavam |

svoditā tu parā śaktistatsthā tadgarbhagā śivā || 7-6 ||

tāṃ vahenmadhyamaprāṇe prāṇāpānāntare dhruve |

ahaṃ bhūtvā tato mantraṃ tatsthaṃ tadgarbhagaṃ dhruvam || 7-7 || 

svoditena varārohe spandanaṃ spandanena tu |

kṛtvā tamabhimānaṃ tu janmasthāne nidhāpayet || 7-8 ||

L'Energie suprême est la Bienfaitrice

qui s'éveille d'elle-même, par elle-même, en elle-même.

Elle est notre essence, notre expérience,

dont on ne peut faire l'expérience que par soi,

elle se tient debout en soi, elle est santé, 

notre état naturel.

Elle est expansion de soi.

Elle est présente en tout cela 

et elle est la matrice de tout cela.

On doit la rendre fluide

dans le souffle, au centre de l'expir et de l'inspir,

intervalle infaillible.

Une fois devenu "je",

s'ensuit le Mantra infaillible,

présent en cela, 

matrice de cela.

Par cette énergie qui s'élève d'elle-même

et qui est vibration,

surgit la Vibration, ô ma belle !

On s'identifie à elle

dans le chakra de la naissance.

_______________________

En plongeant dans l'intervalle entre l'expir et l'inspir,

on "devient Je", ahaṃ bhūtvā. Autrement dit, cet intervalle devient vivant,

devient puissant, il devient Mantra efficace, énergie de transmutation spirituelle,

et non plus énergie dans laquelle on s'endort et on s'égare.

Par cette "vibration" (spanda) de la respiration éveillées par l'attention, 

on atteint la Vibration, la Conscience universelle.

Ainsi, la Kundalinî, c'est-à-dire la vie, l'énergie vitale, endormie dans 

le mouvement mécanique du souffle, se réveille peu à peu et s'élève d'elle-même,

car l'attention est aussi la Kundalinî, la Conscience.

vendredi 16 octobre 2020

Yoga de l'ascension



 "Parce qu'elle cherche la vérité ultime

en (se) révélant comme contenant et contenu, 

(la conscience) examine/erre dans le monde entier

- dieux, démons, humains.

Par ce yoga de l'arrêt (à la fin de l'expir),

par cette expansion de son essence, 

le yogî devient cette essence intime,

doué de la quintessence de la réalisation.

Le yoga - individuel, de la Shakti ou de Shiva -

est expliqué à travers cette intuition de l'identité

(du Soi et de la conscience universelle).

C'est cela qui élucide la vérité du maître. "

Tantra du char de victoire, quatrième partie, XX, 59-59

Ainsi, le yoga tantrique peut s'exprimer dans des postures (karana), mais il n'en dépend pas. Le yoga est la recherche de l'union au divin, et aussi cette union même. Le reste, ce sont des techniques inventées par des ascètes misogynes.

samedi 19 septembre 2020

Un secret





śrīmadvīrāvalau coktaṃ bodhamātre śivātmake |
cittapralayabandhena pralīne śaśibhāskare || IV-89 ||
prāpte ca dvādaśe bhāge jīvāditye svabodhake |
mokṣaḥ sa eva kathitaḥ prāṇāyāmo nirarthakaḥ || IV-90 ||
prāṇāyāmo na kartavyaḥ śarīraṃ yena pīḍyate |
rahasyaṃ vetti yo yatra sa muktaḥ sa ca mocakaḥ|| IV-91 ||


"Dans le Tantra de la Lignée des héros, il est dit :


'Quand le Soleil et la Lune se sont couchés
dans la simple présence qui est Dieu
parce que l'attention y est cachée,
et que le Soleil de la vie,
qui est ma conscience,
a atteint l'espace au-dessus de la tête :
c'est cela, la 'délivrance' dont on parle.
Le contrôle du souffle ne sert à rien.
Il ne faut pas pratiquer le contrôle du souffle,
(car) il tourmente le corps.
Qui connaît ce secret
est libre et libérateur."


Abhinavagupta, Tantrâloka, IV

mercredi 16 septembre 2020

L'éveil de Shiva















 







Dans le passage suivant d'un tantra inédit, appelé par Abhinavagupta "le Roi des tantras", Shiva raconte son éveil :


"Envahi par une puissante méditation,

je me retrouvais dans l'état suprême.

Alors, mon énergie suprême s'éveilla dans le 'hara' ["la roue du bulbe"]

/ s'éveilla pour moi dans le 'hara'.

Elle est la conscience puissante, joie de la félicité et de la conscience

présente dans l'être de l'intervalle, dans le fondement

qui est l'intervalle où a lieu l'étreinte (de l'inspir et de l'expir).

Ô fille de la montagne ! 

Là, au centre, il y a une lumière transcendante,

entre l'être et le non-être,

Elle est présente, inséparable de moi,

Kâlî, source du temps, cause de l'imagination.

Alors, cette suprême déesse qui dévore le Temps

jaillit, (comme) cachée dans la félicité de sa propre félicité, 

débordante de la réalisation de sa nature,

embrassant à la fois le conscient et l'inerte,

présente entre le conscient et l'inerte,

espace infini, déesse au-delà du mental,

qui dévore le Temps, qui engendre le Temps,

source du déploiement du Quatrième (état), etc.

Parce qu'elle dévore (âkarshayet) tout le Temps (kâla),

Elle est "Celle qui absorbe" (samkarshanî).

Elle absorbe le lieu suprême dans le vide à partir de (son) corps.

Elle s'éveille quand on la stimule :

on l'appelle donc 'Celle qui absorbe'.

Elle opère dans l'espace d'où elle

fait s'écouler inspir et expir.

Elle est présente dans l'espace au-dessus de la tête (à la fin de l'expir) :

elle est donc appelée 'surprême Kâlî'.

Comme elle engendre le Temps, Kâlî est la divinité".

Jayadrathayâmala Tantra IV, 19, 183b-192a, cité par M; Dyczkowski dans The Manthâna Bhairava Tantra, vol. 1, p. 399

Ce tantra, et en particulier cette quatrième section dont est extrait ce texte, est la source principale de la tradition Kâlîkrama, la tradition qui se situe tout au sommet de la hiérarchie des révélations tantriques. Kâlî est la conscience comme source du devenir, au-delà du devenir.

"Elle absorbe le lieu suprême dans le vide à partir de (son) corps.

Elle s'éveille quand on la stimule :

on l'appelle donc 'Celle qui absorbe'."

Ce passage est à connotation sexuelle. Le "lieu suprême" est le linga, etc. Âkarshayet signifie aussi "attirer", "séduire" et "extraire", ici, les fluides sexuels. Le reste est clair.

mardi 15 septembre 2020

L'éveil de la Kundalinî et la Lune












Mark Dyczkowski, dans sa traduction monumentale, cite de nombreux tantras inédits, restés à l'état de manuscrits.

Voici un extrait d'un commentaire sanskrit, anonyme, à la Collection en six mille versets :

"Il y a quinze phases lunaires depuis le début de la Quinzaine sombre [=Lune décroissante] jusqu'à la Nouvelle Lune [=quand la Lune recommence à croître]. 'Les sages disent que la Nouvelle Lune est destruction', c'est-à-dire résorption. [Puis, le lien de ces cycles macrocosmiques avec le cycle microcosmique de la respiration :] Le mouvement du Soleil de l'expir est dans le (canal) de droite (par rapport au canal central). 'Il va du lotus du coeur jusqu'au (niveau subtil appelé) 'shakti', à (environ) 20 centimètres au-dessus (de la tête). A gauche se trouve le flot de la Lune qui entre - c'est l'inspir." (Shatsahasrasamhitâvyâkhyâ, ad X, 50a, cité dans le Manthâna, vol. I, p. 368)

Ce commentaire, comme la plupart des textes de la tradition de Kubjikâ conservés dans la vallée de Kathmandou, ne montrent aucune connaissance des exégèses cachemiriennes. Cela montre que la pratique du souffle est bel et bien au coeur de la pratique du yoga Kaula. Elle n'est pas du tout propre au "shivaïsme du Cachemire". 

Un autre passage, tiré d'un autre tantra de la tradition Kaula de la Déesse Kubjikâ, décrit en détails cette même pratique, dans le contexte de la divinisation du corps, avant l'adoration du panthéon :

"On expire, on inspire puis on retient le souffle dans le corps. Quand (la sensation de l'inspire) pénètre la région de l'anus ("de la roue-racine"), il faut le bloquer par en bas et par en haut (simultanément). La (Kundalinî) en forme de serpent endormi et de boucle d'oreille, s'éveille et s'élance rapidement vers la fontanelle par le canal central. Elle perce/révèle les niveaux du corps subtil et entre dans le domaine ultimen la limite suprême à la fin (du corps, la conscience) Non-mentale (unmanâ).  Là est l'union de Shiva et Shakti dont l'étreinte/le barattement est émerveillement." (Shrîmatottara, XXIII, 16-19)

Ce même texte décrit ensuite comment la Kundalinî se "verticalise" par l'attention portée aux intervalles entre les respirations. La 'Lune' de la pleine conscience inonde alors le corps. C'est le 'yoga de l'immortalité, de l'ambroisie' (amritayoga).  

C'est encore et toujours la même pratique qui est décrite dans des contextes différents. Mais si l'on en ignore les clés pratiques, ces textes restent des énigmes.

samedi 5 septembre 2020

La Parole intime

Bhakti movement - Wikiwand


L'absolu (brahman), expansion sans fin (brimhati, "s'accroître", mais aussi barhati "parler, rugir, briller"), nous le croyons éloigné. 
En réalité, cette expansion est la texture même (tantra) de l'expérience. L'absolu intime est la vie, comme souffle, comme parole, comme son intérieur, comme mouvement.

Abhinavagupta dit :

boddhavyo layabhedena vindurvimalatārakaḥ /
yo'sau nādātmakaḥ śabdaḥ sarvaprāṇiṣvavasthitaḥ // 113
adhaurdhvavibhāgena niṣkriyeṇāvatiṣṭhate /
Tantrāloka, III, 113-114a

"Que l'on s'éveille au Point ( = la pleine conscience), ce Sauveur immaculé
à travers (ses) différents niveaux de résorption (laya-bheda)/ grâce à la révélation (qui a lieu) dans la résorption.
Il est cette Parole qui est résonance (intime),
présente en tous les êtres vivants.
Il habite (en nous), sans effort (nishkriyâ)
allant (à la fois) vers le bas (dans l'inspir)
et vers le haut (dans l'expir)."

La vie intérieure c'est reconnaître en soi ce que l'on cherchait hors de soi. C'est s'immerger dans la sensation "je suis".

vendredi 21 août 2020

Vijnâna Bhairava Tantra 155 156 deuxième partie

Pin by Srikanth on Chakra | Asian sculptures, Indian sculpture ...


Suite vidéo (en-bas) et fin du commentaire de Shivopâdhyâya sur les verset 155 et 156 du Vijnâna Bhairava Tantra qui forment, avec le verset 154, les "sûtras du Mantra Hamsa" :

vrajet prāṇo viśej jīva icchayā kuṭilākṛtiḥ |
dīrghātmā sā mahādevī parakṣetram parāparā || 154 ||

asyām anucaran tiṣṭhan mahānandamaye 'dhvare |
tayā devyā samāviṣṭaḥ param bhairavam āpnuyāt || 155 ||

ṣaṭśatāni divā rātrau sahasrāṇyekaviṃśatiḥ |
japo devyāḥ samuddiṣṭaḥ sulabho durlabho jaḍaiḥ || 156 ||

Lien vers la première partie sur ces trois versets :
https://youtu.be/xtiNHzbLq08


L'éveil de la Kundalinî à la fin d'un expir

Trident Eastern India, probably Bengal Pala period, circa 11th ...


tadūrdhve tu śikhā sūkṣmā cidrūpā paramākalā |
tathā sahitamātmānamekībhūtaṃ vicintayet ||
"Au-dessus de la (fontanelle)
il y a 'la mèche', subtile, 
conscience, énergie ultime.
Qu'on la contemple ainsi, identifiée au Soi."

gacchantī * hma (ûdhva ?)mārgeṇa liṅgabhedakrameṇa tu |
sūryakoṭipratīkāśaṃ candrakoṭi suśītalam ||
"Elle s'élance vers le haut
en traversant le Linga,
éclatante comme des millions de soleils,
fraîche comme des millions de lunes."

amṛtaṃ yadvisargasthaṃ paramānandalakṣaṇam |
dṛtaraktasutejāḍhyadhārāpāta pravarṣiṇam ||
pītvā kulāmṛtaṃ divyaṃ punareva viśetkulam |
punarevākulaṃ gacchenmātrāyogena nānyathā ||
"Que l'on s'abreuve de l'ambroisie divine Kaula 
qui habite l'extase (visarga), qui est félicité absolue,
averse des eaux abondantes d'un noble sang  
et à l'éclat puissant.
Puis, que l'on entre à nouveau dans le corps/ dans le tout (kula).
Puis encore, que l'on aille vers la (conscience) transcendante (akula)
au moyen de ce yoga des (deux) moments
- mais pas autrement !"

sā ca prāṇāḥ samākhyātā tantre'smin parameśvari |
udghātaḥ procyate so'pi prāṇāntaṃ spṛśate yadā ||
"Et cette (énergie qui s'élève) est appelée
'souffle expiré' dans ce Tantra, Ô Suprême Souveraine !
Quand on sent la fin de l'expir,
cela s'appelle une 'élévation'."

extrait de La Lampe de la (tradition) Kaula, Kuladîpikâ, II, 1-5

Je suppose que les "moments" (mâtrâ) sont la transcendance dans le corps et le retour dans le corps. Avec chaque expir, l'attention s'élève au-dessus du corps (jusqu'à la 'Mèche', shikhâ), puis avec l'inspir, elle retourne dans le corps. Se réalise ainsi l'union de l'expir et de l'inspir, de Shiva et Shakti, etc.

Comme toujours dans la tradition Kaula, il s'agit de se recueillir sur la fin de l'expir. C'est le coeur de la pratique.

Pourquoi la Déesse Tripurâ s'appelle-t-elle Tripurâ ?

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Pourquoi la Déesse Tripurâ s'appelle t-elle Tripurâ ?
Voici, selon le Tantra fondamental de cette tradition, aussi appelée 'Shrîvidyâ" :

tripurā paramā śaktirādyā jñānāditaḥ priye | 
sthūlasūkṣmavibhedena trailokyotpattimātṛkā || IV, 4
"La (Déesse) Tripurâ est la Puissance originelle (Âdyâ=Ambikâ), 
à l'orée de toute expérience (jnâna), Ô toi qui m'est chère !
Elle est la matrice de la création des trois mondes,
grâce à ses phases grossières et subtiles."

paro hi śaktirahitaḥ śaktaḥ kartuṃ na kiṃcana |
śaktastu parameśāni śaktyā yukto yadā bhavet || IV, 6
"Car le Puissant (=Dieu) ne peut rien faire
sans la Puissance suprême.
Alors que, uni à la Puissance,
il devient Puissant, Ô Suprême Souverain !"
Tripurâ signifie "Triple cité". Mais pourquoi ?

kavalīkṛtaniḥśeṣabījāṅkuratayā sthitā |
vāmā śivā tathā jyeṣṭhā śṛṅgāṭākāratāṃ gatā || IV, 9
raudrī tu parameśāni jagadgrasanarūpiṇī | IV, 10a
"Elle est présente (dans le corps subtil)
en tant que source des lettres-germes
qu'elle porte en elle :
elle devient ensuite le triangle
(formé par les trois énergies)
Vâmâ, la Sinistre/ Belle (et) Bonne (Shivâ)  et Jyesthâ.
Quant à Raudrî, elle et le triangle (au complet),
elle est dévoration du monde, Ô Suprême Souveraine."

Au-dessus de la fontanelle, il y a un triangle, qui se trouve aussi au centre de la plupart des Mandalas de la Déesse, et qui est inversé, la pointe vers le bas : Vâmâ/ Shivâ est la conscience créatrice, le côté gauche du triangle. Jyesthâ est la ligne horizontale, l'énergie "de subsistance". Raudrî est le côté droit du triangle et aussi la totalité du triangle.

Ces trois aspects sont l'expansion de la félicité qu'est la conscience (cidânanda), c'est-à-dire du Point (bindu), c'est-à-dire du Linga de la Déesse.

Tripurâ désigne donc l'expérience en tant qu'elle est triple : création, subsistance et destruction, veille, rêve et sommeil profond, Brahmâ, Vishnu et Rudra, l'élan précognitif (selon la traduction du prof. Sanderson), la percetion et l'action extérieure, etc. En bref, "Tripurâ" nomme ce triangle et tout ce qu'il symbolise, triangle qui est à la fois Linga (le Point) et Yoni, ce mouvement d'expansion-contraction étant la Vibration (spanda) subtile qui caractérise la conscience. 

Toutes les lettres de l'alphabet sanskrit sont inscrites dans ce triangle, en allant dans le sens contraires des aiguilles. Et cela fait trois tours et demi. D'où l'expression à propos de la Kundalinî, car cette dernière n'est autre que la conscience-parole, "matrice" (mâtrikâ), c'est-à-dire alphabet, source de tous les Mantras et de toutes les langues.

mardi 18 août 2020

L'éveil de la Kundalini par l'écoute du souffle

Seated Shaivite Saint Karaikkal Ammaiyar | South asian art ...
La yoginî Karaikkal



La pratique du souffle est au cœur des traditions Kaula.

Dans le tantra fondamental de l'une de ces traditions, le Kubjikâmata, une profonde description de cette profondissime pratique est révélée. Comme dit le Dieu, elle est "cachée dans les tantras antérieurs", c'est-à-dire dans les tantras Kaulas antérieurs, c'est-à-dire dans les tantras des traditions de Parâ (Trika) et Kâlî (Krama). La tradition de Kubjikâ se présente comme "la tradition ultérieure", "nouvelle" ou "finale" (pashchima). En fait, nous la connaissons tous un peu, car c'est d'elle, avec la Shrîvidyâ, que proviennent les sept cakras et une partie du Hatha Yoga.

C'est Mark Dycskowski qui attiré mon attention sur ce passage extraordinaire, qui mériterait un livre à lui tout seul. A cette occasion, je rappelle que Markji a publié une oeuvre incroyable sur le Manthânabhairavatantra, en 14 volumes. Un trésor. Avec ceux de Sanderson et de Wallis, les livres et vidéos de Mark sont une référence pour le shivaïsme du Cachemire et le tantrisme.

Voici cet extrait, d'une incroyable densité :

yad etat paramaṃ bījaṃ haṃsākhyaṃ hṛdi saṃsthitam /
vinā tenopalabdhiṃ ca na jānāti kadācana // 12.54 //
"Cet ultime (Mantra-)Germe, appelé 'Hamsa' (Oie migratrice),
est présent tout entier (sam-) dans le (chakra du) Cœur.
Or, sans ce (Mantra), il n'y a pas d'expérience,
on ne connaît rien !"

[Ce Mantra est la Conscience universelle, divine, absolue, telle qu'elle est présente 'dans' corps ; sans elle, pas de corps, rien ; sans conscience, aucune expérience, aucune connaissance ; le Hamsa est donc la Conscience universelle du point de vue de sa libre incarnation ; elle semble alors 'transmigrer' de corps en corps, à l'image d'une oie migratrice, d'où son nom]

tasya rūpatrayaṃ bhadre nādaṃ saṃyogam eva ca /
viyogaṃ ceti suśroṇi lakṣaṇīyaṃ prayatnataḥ // 12.55 //
"Ce (Mantra) a trois aspects, ô toi qui m'es chère ! :
Résonance, Union, et Séparation,
ô toi qui a de belles hanches.
Il faut les repérer avec zèle."

[Ces trois aspects du Hamsa sont l'Union (=l'inspir, le souffle redescend dans le Coeur), la Séparation (=l'expir, le souffle quitte le Coeur vers le haut) et la Résonance (=la fin de l'expir, au-dessus de la tête)] 

caitanyatritayaṃ cātra ātmaśaktiśivātmakam /
avinābhāvayogena caitanyatritayasthitam // 12.56 //
"C'est là que se trouve la triple conscience,
qui est Dieu et qui est la Puissance (shakti) du Soi.
(Ce Hamsa) est présent à travers cette triple conscience,
dans une continuelle union (de l'inspir et de l'expir, donc de Shiva et Shakti)."

tenopacaryate bhadre haṃsadevaḥ parāparaḥ /
saṅkoce tu parā śaktir vikāse bhairavaḥ smṛtaḥ // 12.57 //
madhye ātmā sadā tiṣṭhet pūryaṣṭakasamanvitaḥ /
vikāsaś cordhvanāḍis tu saṅkoco'dhaḥ prakīrtitaḥ // 12.58 //
"Voilà pourquoi, ô toi qui est belle,
Dieu est métaphoriquement 'Hamsa', (car) il est (à la fois) transcendant et immanent.
Or, selon la tradition (smritah), la Puissance suprême est contraction ;
Dieu est expansion.
Entre (eux) se tient toujours le Soi,
orné de l'Octuple cité."

[Dieu est 'Hamsa', l'oie migratrice, non seulement parce que la conscience 'transmigre' et se 'contracte' ainsi aux dimensions du corps, mais aussi parce qu'il va et vient 'dans' le corps en tant que souffle de la respiration ; l'esprit est respiration. "L'Octuple cité" est l'âme, le psychisme (citta) constitué des cinq sens, du mental, de l'ego, de l'intellect et des habitudes de tous ces organes. Le Coeur aux huit 'pétales' est le siège particulier de l'âme]

madhye nābhir iti proktas trayam etat sudurlabham /
ūrdhvanāḍīnirodhena adhonāḍīnikuñcanāt // 12.59 //
"Au centre (de ce va-et-vient se trouve) le (chakra du) Nombril, dit-on.
Ces trois (aspects) sont à la fois faciles et difficiles à repérer (sudurlabham).
(Comment ?) - En bloquant le canal (central) vers le haut
et en contractant le canal (central) vers le bas."

[Ici, le centre du va-et-vient n'est plus le Coeur, mais le Nombril. Bizarrement. "Facile et difficile à obtenir" (su-dur-labha) : on retrouve la même expression à propos du Hamsa à la fin du Vijnâna Bhairava Tantra, 156. Normalement, sudurlabham signifie "très (su) difficile (dur) à obtenir (labha) ; mais je crois qu'ici l'expression est quelque peu ironique, comme dans le Vijnâna, vu que le Hamsa est simplement la respiration]

madhye cittaṃ samādāya mathanaṃ tatra kārayet /
yonimadhyagataṃ liṅgaṃ yonyodarapuṭīkṛtam // 12.60 //
"D'abord, on pose l'attention au centre.
Et là, on baratte.
Le Linga est au centre du Yoni,
enveloppé en son sein."

[Le Mandala est un Triangle dans lequel se trouve un Point, le Linga ; ce Point est ici la fin de l'expir : le va-et-vient du souffle est le Yoni, le Triangle - sachant que le Linga est lui-même Yoni et que le Yoni n'est que l'expansion du Linga : leur 'vibration' , unité-dans-la-dualité, est l'absolu]

tanmadhye cātmano rūpaṃ lakṣayeta punaḥ punaḥ /
mathanaṃ hy etad ākhyātam ajñānamalanāśanam // 12.61 //
"Et au centre (du Linga) se trouve l'essence du Soi/ de soi,
qu'il faut reconnaître encore et encore,
car c'est là ce que l'on nomme 'barattage/copulation'
qui détruit la souillure de l'ignorance."

[le 'barattage' (mathana/manthâna) désigne aussi la copulation et le va-et-vient de la respiration : c'est de ce barattage que proviennent toutes choses, à commencer par le Mandala des Six Roues, de même que le nectar, le poison, etc. ont émergé du barattage de l'océan de lait par les dieux et les titans]

madhyamanthānayogena jñānāgnir jvalate kila /
jvalite tu tadā vahnau jyotir evaṃ pravardhate // 12.62 //
"Au moyen de ce barattage du centre/ grâce à ce yoga du barattage du centre,
le Feu de la Conscience s'allume vraiment.
Or quand ce Feu brûle, 
la Lumière s'intensifie."

[quand on se met à l'écoute de la fin de l'expir, c'est-à-dire à l'écoute du souffle 'égal' (samâna), le souffle 'vertical' (udâna) s'éveille, s'allume : c'est l'éveil de la Kundalinî, laquelle n'est qu'un autre nom de la Conscience]

pravardhanān mahājyoter ānandam upajāyate /
mathanād bhagaliṅgābhyāṃ yathānandaḥ prajāyate // 12.63 //
"Grâce à l'intensification de cette Lumière absolue,
la félicité naît à sa suite.
Par le barattage/ la copulation du Yoni et du Linga, 
la félicité naît de la même manière."

mathanāc chivaśaktyos tu tathānandaḥ prajāyate /
niścayatvaṃ bhaved devi śivaśaktyor abhedataḥ // 12.64 //
mathanaṃ hy etad evoktam amṛtotpādakaṃ priye /
tenāmṛtena cātmānaṃ plāvyamānaṃ vicintayet // 12.65 //
"Or, la félicité naît (aussi) de la copulation
de Shiva et Shakti.
L'état de certitude (inébranlable) adviendra (de même)
de l'union de Shiva et Shakti, ô Déesse !
En effet, on dit que cette même copulation/ barattage
est source de l'ambroisie/ du nectar d'immortalité,
ô toi qui es belle.
Que l'on médite le Soi/ soi-même
inondé de cette ambroisie."

eṣā sā paramā vṛttiḥ paratattvam idaṃ smṛtam /
etat tat paramaṃ brahma paramānandalakṣaṇam // 12.66 //
"Telle est l'opération/ la pratique (vritti) ultime,
tel est le principe suprême, selon la tradition.
Tel est l'absolu suprême
qui se reconnaît à la félicité (qu'on éprouve) !"

tad ānandaparānandaṃ śaktityāgam iti smṛtam /
eṣa te maṇipūras tu sarahasyaṃ prakāśitam // 12.67 //
"Telle est la félicité suprême de la félicité (de la copulation).
Tel est, selon la tradition, le Sacrifice (offert) à la Shakti.
Voilà, le secret du Chakra du Nombril t'a été révélé !"

[je lis shakti-yâga à la place de shakti-tyâga, qui ne me paraît pas faire sens. Le rattachement au Nombril me semble quelque peu forcé ; d'ordinaire, cette pratique centrale, dans tous les sens du terme, est centrée sur le centre du Coeur, comme c'est d'ailleurs le cas au début de ce passage. Enfin, la place de tad ânanda-, on pourrait aussi lire sadânanda : "la félicité de toujours/ la vraie félicité"]

samedi 8 août 2020

Pourquoi forme et sans-forme ?

A bronze figure of Shiva and Parvati, Northeast India, Chola ...

Quand je me réveille le matin, la conscience de l'unité, sans forme, semble disparaître.
Quand je m'endors, le soir, la conscience de la dualité, avec formes, semble disparaître.

Ainsi, comme dans un jeu de cache-cache, un état de conscience apparaît quand l'autre disparaît.

Mais pourquoi ?

Ce jeu est personnifié par le mythe de Shiva et Shakti : Dieu et la Déesse se cherchent et se fuient mutuellement ou tour à tour. Quand Dieu apparaît, la Déesse disparaît et Dieu part à sa recherche ; quand la Déesse réapparaît, Dieu disparaît ou s'évanouit ou se cache.

Ces deux états de conscience semblent incompatibles, car opposés.
Pourtant, leur union, leur yoga, est le but de la vie. 
Le yoga est le mariage, consommé éternellement, de Dieu et de la Déesse.

Bien sûr, il existe la tentation de ne vivre qu'un seul état.
Mais sans unité, la dualité n'est même pas une dualité.
Sans dualité, l'unité n'est que néant inerte.

L'éveil est cette réalisation : un seul acte, souverain, se manifeste comme unité et comme dualité.

Si la Déesse disparaît en Dieu et Dieu en la Déesse, c'est parce qu'ils sont inséparables. 
Ils l'ont oublié, mais il sont une seule essence.

D'où leur danse d'amour et de hasard. La Déesse va ainsi parcourir tout le "Pays de Bharata", l'Inde, triangle pointe vers le bas. Ce triangle - notre corps - est celui de la Déesse, son Linga aux trois facettes de désir, conscience et mouvement. Quand elle se cache en elle-même, indifférenciée, ce triangle apparaît comme point et Linga. L'extase de la Déesse est la vibration infiniment rapide entre ces deux états, triangle et point.

Ce faisant, Dieu doit apprendre qu'il n'est pas supérieur à la Déesse : Shiva sans Shakti, sans le "i" de icchâ, le désir, est shava, un simple cadavre. L'Être n'est rien, sans l'Acte qui l'anime. Mais cet Acte, quintessence de toutes les essences, n'est pas une entité. C'est pourquoi rien n'est, ni n'est pas, sans conscience. La conscience n'est pas un état, mais l'acte libre qui se donne en tous les états et en leur négation. Sans désir, le divin n'est pas même rien. Ce désir est à jamais vierge, car il ne se réduit jamais à un objet, à un état définit. Il est l'élan créateur qui ne se confine jamais dans aucune chose créée. Si la Déesse est "être", alors il s'agit de l'acte libre d'être, de se faire être (bhavana-kartritâ). 

Dieu le reconnaît : 

"Je ne suis jamais sans toi, ô Déesse, et tu n'es jamais sans moi"
(Shrîmatottara, II, 108)

C'est ainsi que forme et sans-forme sont destinés à s'égaliser.

Je peut en faire l'expérience dès maintenant avec ma respiration : inspir et expir semblent se fuir, comme Shiva et Shakti. Mais si je plonge mon attention dans leur jonction, à l'équinoxe du souffle, alors une égalisation se fait. Inspir et expir s'unissent autrement et engendrent un monde nouveau. C'est le yoga. Les expériences de yoga sont émerveillement, promet Shiva.

Voilà pourquoi il y a unité et dualité. 

vendredi 7 août 2020

Vijnâna Bhairava Tantra 155 156 Le Coeur de la pratique du Tantra

Rod hillen art — Hamsa Soham Sanskrit Calligraphy
source

Le Dieu poursuit son évocation de l'Arcane : la quintessence de la pratique du Tantra, la "récitation" spontanée du Mantra So'ham, la Reconnaissance, l'éveil :

asyām anucaran tiṣṭhan mahānandamaye 'dhvare |
tayā devyā samāviṣṭaḥ param bhairavam āpnuyāt || 155 ||
"Récitant/Ascensionnant en cette (Déesse du Souffle),
on vit dans le Sacrifice qui est félicité infinie.
Envahi par cette Déesse,
on atteint le divin en sa plénitude."

ṣaṭśatāni divā rātrau sahasrāṇyekaviṃśatiḥ |
japo devyāḥ samuddiṣṭaḥ sulabho durlabho jaḍaiḥ / (variante :) praṇasyānte sudurlabhaḥ || 156 ||
"La récitation de la Déesse est prescrite,
21600 fois par jour et nuit :
facile, (mais) difficile pour les êtres inertes / 
à la fin de (chaque) expir, facile et difficile (à la fois)."

Cachée entre l'expir et l'inspir

The Heritagist: India


kharaṇḍadaṇḍamadhyasthā aṇucitkalayāpinī //
prāṇāpānāntare līnā ānandaśaktirucyate /
kālavelāvicitrāṅgī tanvī tattvaprabodhakī //
nirānandapade līnā bhīṣaṇī paramāvyayā /

"Cachée entre l'expir et l'inspir,
on dit qu'elle est l'Energie de Félicité.
Elle habite au centre du canal de l'espace,
infuse dans le dynamisme conscient de l'âme.
Fine, ses membres ornés des temps et des moments,
elle est Celle Qui Éveille à ce qui est.
Elle repose dans la félicité de la paix,
terrible, suprême et immortelle."

Manthâna Bhairava Tantra, Kumârikâkhanda, II, 4b-6a

Ceci est la réponse de la Déesse à Dieu, le début de l'explication du Soûtra en Trois Versets Et Demi, la quintessence du Tantra (ce mot étant ici pris en son sens traditionnel de "gnose divine", la conscience que la conscience universelle a d'elle-même).

Dans la culture, les tantras (livres) Shaivas sont la quintessence. Leur quintessence est le Kaula, l'intime gnose échangée entre Dieu et la Déesse. Sur cet arbre ancien, quatre branches puissantes : la tradition primordiale (pûrva) de la Triade (Trika) ; la tradition secrétissime de Kâlî (Krama, à ne pas confondre avec la personne du même nom bien connue dans les purânas, etc.) ; la tradition érotique de Tripurâ ; et enfin la tradition ultime de Kubjikâ. 

De profondes arcanes sont cachées dans les relations entre les branches de ce Mandala de la Réalisation (samvitti). Ainsi, Trika et Krama se complètent : Éros et Thanatos. Tripurâ et Kubjikâ ont été révélées un peu plus tard. Ces deux traditions sont à l'origine du système à sept chakras bien connue aujourd'hui. Enfin, dans la Triade et Tripurâ, Dieu enseigne la Déesse. Alors que dans Kâlî et Kubjikâ, la Déesse répond au questions de Dieu, comme dans le passage ci-dessus.

Dans cette révélation de la Déesse Lovée (kundalinî, vakrâ) elle-même, la Déesse se révèle et se réalise dans l'Intervalle, c'est-à-dire sur le Chemin du Temps ; puis, elle s'épanouit sur la voie du Centre (madhyanâdî), c'est-à-dire sur le Chemin de l'Espace. 

Elle est l'intime Présence en chacun, le dynamisme de la Présence, source de toutes les présences et de toutes les absences, au-delà de l'absence comme de la présence, acte infini à la racine de toutes les actions, mouvement total dont tous les mouvements sont comme les ornements. 

Et cela se révèle dans l'Intervalle. L'alchimie commence ainsi, là, dans cet Équinoxe. Le souffle Égal s'éveille alors, devient le Vertical qui consume tout ce qui doit l'être, jusqu'à l'Omniprésent, origine du mental, par-delà le mental. Et tout cela est félicité.

Ce passage transmet ainsi, en bref, tout l'enseignement du Tantra.

mercredi 5 août 2020

Vijnâna Bhairava Tantra 154 Le souffle au coeur de la vie éveillée

manasataramgini on Twitter: "kubjikA bhairavI of pashchimAMnAya ...

Le souffle comme Mantra, âme de la vie intérieure :

vrajet prāṇo viśej jīva icchayā kuṭilākṛtiḥ |
dīrghātmā sā mahādevī parakṣetram parāparā || 154 ||
"La Grande Déesse est le souffle qui sort
et la vie qui entre, assumant selon (son) désir une forme cyclique.
Affinée, elle est le sanctuaire ultime, le tout au-delà du tour."

Stage d'une semaine dans le Jura dès ce dimanche 9 août : 
infos@acielouvert.org

lundi 1 juin 2020

Vijnâna Bhairava Tantra 63 64 65 66 67

Chola - Shiva Vinadharadaksinamurti Maître de la musique - LANKAART

L'expérience que "tout est conscience" :


sarvaṃ dehaṃ cinmayaṃ hi jagad vā paribhāvayet |

yugapan nirvikalpena manasā paramodayaḥ || 63 ||

"Que l'on réalise à fond que tout notre corps
ou bien le monde entiers sont 'faits de conscience',
avec une attention entière, sans rien laisser :
c'est l'aube ultime."

L'expérience de la fusion par le souffle :


vāyudvayasya saṃghaṭṭād antar vā bahir antataḥ |
yogī samatvavijñānasamudgamanabhājanam || 64 ||

"A travers le frottement du couple des souffles
vers le dehors ou vers le dedans, 
le yogî jouit de la claire manifestation
de l'expérience décisive de l'égalité."

L'expérience de la félicité spontanée :


sarvaṃ jagat svadehaṃ vā svānandabharitaṃ smaret |
yugapat svāmṛtenaiva parānandamayo bhavet || 65 ||

"Que l'on évoque le monde entier ou bien notre corps
comme débordant de notre félicité/ de la félicité du Soi,
d'un seul coup, sans rien d'autre que le nectar du Soi :
on deviendra débordant de la suprême félicité."

L'expérience de la félicité spontanée :



kuhanena prayogeṇa sadya eva mṛgekṣaṇe |
samudeti mahānando yena tattvaṃ prakāśate || 66 ||

"Par la pratique de la contraction (de l'anus),
ô belle aux yeux de gazelle !
la félicité infinie surgit d'un seul coup,
à travers laquelle l'être se manifeste/ brille."

L'expérience du toucher subtil :


sarvasrotonibandhena prāṇaśaktyordhvayā śanaiḥ |
pipīlasparśavelāyām prathate paramaṃ sukham || 67 ||

"En bloquant le cours naturel des (cinq sens),
l'énergie du souffle s'élève peu à peu.
Quand (on ressent comme) la caresse d'une fourmis,
le plaisir ultime se déploie."


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