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samedi 17 avril 2021

Réconciliation


Ne vivre que la dualité, ne voir partout que des différences, c'est la condition ordinaire, pleine de souffrance.

Mais ne voir que l'unité, ou aspirer à ne vivre que l'unité, c'est aussi une condition incomplète et une sorte de souffrance, la souffrance d'être amputé de sa totalité.

La cause de tous les maux est bien l'ignorance. Mais qu'est-ce que l'ignorance ? L'ignorance ne consiste pas à projeter des différences là où il n'y a qu'identité. L'ignorance consiste en un état de conscience contracté, incomplet, limité. Par exemple, la conscience des différences, sans aucune conscience de l'identité de tout, est ignorance, parce qu'il lui manque cette conscience de l'identité.

Cependant, la conscience de l'identité seule, sans aucune conscience des différences, est aussi incomplète. A ce titre, la "réalisation de l'un", d'une conscience identique qui exclue toute différence, est aussi un aspect de l'ignorance. Celle-ci, au fond, consiste à réduire le Tout à l'une de ses parties.

La connaissance vraie est donc la connaissance complète. Celle-ci est la conscience de l'identité et de la différence réconciliées. C'est une non-dualité intégrale, et non une simple exclusion de la dualité. 

La vie intérieure n'est donc pas un simple mouvement du Multiple vers l'Un, ni de l'extérieur vers l'intérieur, mais un double mouvement : d'abord découverte de l'Un, puis découverte du Multiple qui émane de l'Un sans quitter l'Un ni diviser l'Un. Conscience de l'identité et conscience des différences sont donc compatibles, comme dans l'expérience quotidienne : Quand je passe l'aspirateur, j'ai conscience d'une multiplicité de différences, de détails fins, je vois les changements ; mais pour autant, ma conscience demeure identique, tout cela, "passer l'aspirateur" demeure une seule action, identique à elle-même, comme des perles enfilées sur un seul et même élan qui est une seule et même conscience, à savoir le désir de réaliser cette action de passer l'aspirateur et de rendre cette pièce-là plus propre qu'avant. 

La vie spirituelle ne consiste pas à passer de la différence (=de la dualité) à l'identité, puis à oublier les différences. La vie spirituelle consiste à passer de la conscience des différences sans presque aucune identité (ou avec une identité minimale et non reconnue, comme quand je passe l'aspirateur), à une conscience de l'identité qui semble d'abord exclure celle des différences, pour enfin revenir aux différences, mais reconnues comme une manifestation de la conscience. 

Il n'y a donc qu'une seule conscience, libre de se manifester comme identique à elle-même, comme différente, comme une ou multiple, comme unifiée ou fragmentée, comme immuable ou changeante. Mais le but de la vie consciente est la réconciliation de ces opposés. Comment ? Par synthèse : l'identité transcende les différences, mais en les incluant. Les différences manifestent l'identité, mais en l'incluant.

Les différences sont donc inclues dans la vie spirituelle, et non pas exclues. Le monde, le corps, la pensée, l'individualité et les autres formes relatives d'identité sont donc inclues. L'exclusion elle-même n'est pas exclue. Elle est l'un des pouvoirs de la Conscience, l'un de ses aspects.

La connaissance est donc bien la cause unique de la réalisation spirituelle. Mais cette connaissance, à première vue conscience de l'unité, ne s'oppose pas absolument, mais seulement provisoirement, à la conscience de la dualité. L'émergence de la conscience de la dualité est l'action. L'action est une transformation de la connaissance. La connaissance s'oppose à l'ignorance, mais elle ne s'oppose pas à l'action, car l'action est le prolongement extérieur de la connaissance. L'action est l'état de conscience où les différences se...différencient, comme une graine qui se déploie. Et ce qui se différencie ainsi, c'est l'unité. La dualité est une manifestation à l'extérieur de la conscience de l'unité. L'unité est la dualité, mais indifférenciée. Tous ces couples d'opposés forment un jeu qui nous aide à comprendre le sens et le but de la vie spirituelle. 

Il ne s'agit pas de détruire, mais de réintégrer en réconciliant. Et cette réconciliation est amour et félicité.

jeudi 11 mars 2021

Devenir Dieu



 "Dieu s'est fait homme pour que l'homme soit fait Dieu", disaient les Irénée, les Athanase, repris par un Thomas d'Aquin. Cette spirale spirituelle de l'esprit à la chair et de la chair à l'esprit est un mouvement de synthèse, un élan vers un horizon inédit, un point oméga, si l'on veut, où l'individuel et l'universel seront pleinement réconcilier, sans que rien de beau ni de bon ne soit jamais nié.

Au XIVe siècle, Ruysbroeck écrivait :

"Dans l'unité essentielle de Dieu, tous les esprits fervents et recueillis sont un avec Dieu, par leur immersion amoureuse, leur fusion en lui ; et par la grâce ils sont ce même Un qui l'essence divine est en soi...

Saisir et comprendre Dieu au-delà de toute image, tel qu'il est en lui-même, c'est en quelque sorte être Dieu avec Dieu, sans médiation ou, pour ainsi dire, sans altérité sensible...

Quand l'esprit de l'homme s'est perdu lui-même par l'amour de fruition, il reçoit la clarté de Dieu sans médiation ; et il devient même, autant qu'il est possible à une créature, sans cesse cette clarté qu'il reçoit".

Préface au Chérubin voyageur, trad. Renouard

Dans le Tantra, de même, la Triade, Trika, proche de la Trinité chrétienne et des grandes triades platoniciennes et proclusiennes (Être, Vie, Intellect), est à la fois Manifestation, Conversion, et Individuation. 

"A" est la Manifestation, Lumière primordiale, vaste ouverture, clairière en laquelle toutes choses viennent au jour. "HA" est Conversion, ressaisissement, pensée, réalisation, ressenti de cette Lumière qui s'éprouve ainsi de mille manières. "M" est Individuation, progéniture unique de l'Un et de l'Une, de Dieu et de la Puissance, de l'Être et de la Pensée. 

Il est ainsi suggéré que l'individu est synthèse en cours, de même que toute chose est un moment du mouvement vers cette synthèse. Le minéral, le végétal, l'animal, l'humain, l'angélique, sont autant de visages de cette synthèse, de cette réalisation du Réel. 

Or, ce mouvement, pris en son total, est AHAM, "je", prise de conscience totale de soi. Cependant, en chacun même de ces degrés, il y a cette conscience totale. Présente au début et à la fin, elle est présente aussi dans l'interlude, en Mâyâ, bien que la totalité finale soit enrichie de toutes ces étapes, de toutes ces individuations partielles. 

Ainsi donc, en ce progrès, tout est en tout et rien ne se perd.

jeudi 5 novembre 2020

Le corps selon Plotin et selon le shivaïsme du Cachemire



 Chez Plotin, le plus célèbre des platoniciens après Platon, le corps est un obstacle à la vie intérieure.

C'est seulement quand "les âmes sont totalement séparées du corps" (Traité 9, 8, 15, trad. Hadot) qu'elles peuvent s'unir à leur centre, qui est le centre de tout, l'Un. Mais "maintenant", durant notre vie incarnée, "une partie de nous-mêmes est recouverte par le corps" (id.). Heureusement, une autre partie n'est pas recouverte par le corps et il est possible, en se détournant du corps, de "voir" l'Un.

Même dans la vie incarnée, "les corps empêchent les corps de communiquer entre eux" (id. 8, 30). Et, même si alors, nous ne sommes en réalité pas séparés de l'Un - car rien ne peut exister sans lui - "le corps s'insinuant en nous, nous attire vers lui", c'est-à-dire vers toujours plus d'aveuglement, vers le fond de la caverne de la célèbre Allégorie.

Dès lors, le salut consiste "à mépriser les souillures d'ici-bas" et à se purifier "des choses de ce monde" (id. 9, 35). Et alors "nous avons hâte de sortir d'ici", "nous nous irritons d'être liés au côté opposé" (9, 55), opposé à l'Un, c'est-à-dire au côté du corps, de la matière, du monde, de la femme - l'Un étant appelé juste avant "le Père" (9, 35). 

La vision du corps est donc négative chez Plotin. Il construit son discours sur une série d'oppositions qu'il n'envisage jamais de surmonter. Il ne prend de Platon que les termes négatifs à propos du corps : le "tombeau", les "scories", etc.

Pourtant, les prémisses de son enseignement, et de celui de Platon, ne semblent pas si différents des prémisses du shivaïsme du Cachemire. Alors pourquoi de telles divergences en ce qui concerne la conception du corps ?

En effet, pour Plotin, comme pour le shivaïsme du Cachemire, il existe un principe - l'Un chez Platon et la Conscience dans le SdC - qui seul peut rendre compte de l'existence et de l'efficience des choses. Plotin le rappelle au début de ce traité ( id. 1, 10 : "il n'y a de santé que dans la mesure où le corps est coordonné en une unité", etc.). Chaque chose est, parce qu'elle reçoit son unité de l'Un.

Mais la conception même de ce principe, au-delà de son pouvoir d'unifier, est très différente. 

Pour Plotin, le principe ultime ne peut être conscience ("intellect"), car toute conscience est "conscience de..." et toute intentionnalité implique une dualité entre la conscience et son objet. Pour Plotin donc, la conscience de soi est une dualité : la conscience ne peut se réaliser sans se diviser. Pour le SdC au contraire, la conscience de soi n'implique aucune séparation entre le sujet (la conscience) et l'objet (la conscience). L'acte "je suis je" n'est pas une construction mentale, car il n'y a rien en dehors de la conscience, pas d'opposé. Le "je suis je" est donc un acte non-duel, qui ne brise en rien l'unité de la conscience. Il n'y a pas d'avant ou de dehors, ou de transcendance de la conscience. Toute expérience d'un au-delà de la conscience, c'est-à-dire d'une inconscience, comme par exemple dans le sommeil profond, est une illusion due à la souveraine liberté de la conscience, qui a le pouvoir de prendre conscience d'elle-même (car il n'y a rien en dehors d'elle) sur le mode de sa propre absence, de son opposé, alors même que cet "opposé" de la conscience n'est que conscience, comme le prouve la conscience que l'on a d'avoir été inconscient. 

Dès lors que Plotin a fait ce choix, le reste s'enchaîne : l'Un ne peut être ni mouvement, ni besoin, ni désir (id. Traité 9). Il ne désir donc rien, n'a besoin de rien. Il ne nous désire pas. C'est "nous" qui tournons autour de lui, comme des cercles autour de leur centre. Donc l'Un n'a rien à faire avec la vie, avec le désir. Il n'a donc rien de commun avec le corps. Certes, tous vient de l'Un, mais Plotin est bien incapable d'expliquer comment 1) la différence peut venir de l'identité et 2) comment cette différence peut advenir sans menacer l'identité de l'Un. Il est tenté par la seule option logique qui lui reste : nier l'existence des différences, comme dans le Vedânta. 

Et c'est là que nous comprenons le fond de sa pensée : son raisonnement, inspiré de la dialectique de Platon, qui consiste à toujours diviser chaque question en deux options, comme les branches d'un arbre abstrait, est binaire. Elle ignore toute synthèse, tout dépassement des oppositions, toute réconciliation. Comme le Vedânta, comme le bouddhisme nâgârjunien, comme le Sâmkhya, comme Patanjali. C'est une pensée qui part certes d'une intuition de l'unité, mais qui fait ensuite le choix de l'exclusion des différences et qui verse donc fatalement dans le dualisme. Il ne surmonte pas en intégrant les contraires. Donc pas d'évolution, encore moins de progrès. Donc exclusion du corps, du désir, du mouvement, de la femme, du monde, de tout. 

D'ailleurs, son discours est clairement habité par un désir de mort qui, comme dit Abhinavagupta, est un aveuglement extrême, un refus obstiné de goûter l'émerveillement en ce corps, c'est-à-dire jusque dans la douleur. Sur ce point, le christianisme a incontestablement représenté un progrès, pour autant que nous puissions en juger à partir des ruines laissées par le zèle chrétien. Pourtant, un tantrisme platonicien eut été possible. Du moins, la question demeure de savoir dans quelle mesure une lecture "tantrique" du corpus platonicien (au sens le plus englobant) est possible.

A mon sens, la divergence entre le platonisme et le tantrisme non-duel vient de leur mode de penser respectif : le platonisme, comme Shankara et Nâgârjuna, ce sont des logiciens secs, qui ignorent tout élan de synthèse ; tandis que le SdC est entièrement animé par l'activité de synthèse ; d'ailleurs, le principe ultime est, selon le SdC, activité de synthèse (anusamdhâ), acte de "poser ensemble" les contraires comme le feu et l'eau.

Toutefois, Abhinavagupta fait aussi remarquer qu'une telle synthèse n'est pas un mystère abstrait accessible seulement à de rares sages, mais un fait banal de l'expérience courante, connu même "des enfants et des animaux". En effet, chacun peut imaginer une eau qui brûle ou un feu liquide. Alors, pourquoi cela est-il si difficile pour Platon, Aristote ou Plotin ? Proclus et d'autres dans son sillage, essaieront certes de s'orienter davantage vers la synthèse mais, sur des bases dualistes, cela n'aboutira jamais. Que ce soit dans l'Amour Courtois, l'alchimie ou le Monde Imaginal, le corps ne sera jamais pleinement intégré, encore moins célébré. Leur pensée reste celle du "Ou bien... ou bien..." ; elle ne devient jamais vraiment celle d'un "A la fois... et...".

A mon avis, il faut chercher des réponses à cet état de fait du côté du tempérament. Convoquer la généalogie à-la-Nietzsche peut semble facile, mais c'est pertinent. Plotin, nous dit-on, détestait son corps. Il se lavait si peu que sa peau se couvrait de pustules. Il pourrissait sur place. Quand à son disciple Porphyre était dépressif, il voulait en finir. Les ascètes chrétiens sont bien connus dans leur rage contre le corps. En Inde, Patanjali propose un suicide méthodique. Shankara, nous dit-on, fit sa première tentative de suicide à l'âge de huit ans et finit par de suicider pour de bon à l'âge de trente-deux ans. Ramana Maharshi ne voulu pas qu'on le traite pour le cancer qui l'emporta. Nisargadatta considérait son corps comme une chose sans valeur, séparée de son essence atemporelle. Il fuma jusqu'à sa mort, d'un cancer de la gorge. Et les discours dans le sens d'un mépris volontaire du corps se trouvent par centaines dans les textes patanjaliens, Vedântiques ou bouddhistes, lesquels proposent des visualisations détaillées de corps en décomposition. 

Bref, tous ces gens étaient-ils bien dans leur peau ? Je crois qu'à l'évidence, ils ne l'étaient pas. Tous ces discours seraient donc des symptômes de maladie, de mal-être. On connaît l'idée de Nietzsche : Dis-moi ta philosophie, je te dirais de quel mal tu souffres. Ces doctrines du mépris du corps sont des patho-logies. Aujourd'hui, on a tendance à le nier. Pourquoi ? Parce que, outre ce dénigrement de la chair, il faut avouer que l'on trouve dans ces enseignements de très belles et très vraies paroles sur l'Un, sur l'Âme, sur la Présence, le silence intérieur... choses que l'on ne trouve guère ailleurs dans le corpus européen, ni même mondial. Sauf dans le SdC. C'est pourquoi je me permet de suggérer que le shivaïsme du Cachemire est plus vrai, plus beau, que les autres doctrines spirituelles de notre monde, bien que l'on retrouve, ici et là, de belles graines. Mais les conditions ne leur ont jamais permis de germer, encore moins de fleurir.

Par contraste, en effet, je suis frappé par ce que disent les enseignements tantriques, mais aussi ceux de la Grèce antique ou du Veda dans ses strates les plus anciennes, tout comme par les manières de mourir de certains yogis tibétains : vieillesse oui, maladie oui, mort oui. Mais dans la dignité : sans rien rejeter, dans la joie, l'émerveillement. Tout est intégré dans les cycles de la Vie, de la conscience universelle. Pourquoi ? Parce que l'absolu est aussi mouvement, vibration, respiration, pulsation, désir, élan, curiosité, émotion. Pourquoi ? Parce que la pensée est synthétique. Oui, il y a le corps. Oui, il y a l'esprit. Mais ces deux sont réconciliés dans une Vie supérieure, ou dans une compréhension supérieure de la Vie. Oui, il y a unité. Oui, il y a dualité. Mais ces deux sont intégrés dans une plus vaste Non-dualité. Oui, il y a la conscience universelle. Oui, il y a les consciences individuelles. Mais toutes ces consciences font corps dans une Présence qui les embrasse. 

mercredi 17 juillet 2019

Le ciment des choses - miracle de l'ordinaire



Je vois cette tasse. Puis ces mots que j'écris.
Vous les voyez aussi.
Cela semble banal, n'est-ce pas ?
Et pourtant, c'est un miracle incroyable.
Cette petite chose banale engage les mystères les plus profonds.

Pourquoi ? Parce que certaines personnes n'y arrivent pas, ou plus. Quand elles voient, elles n'arrivent plus à voir que des fragments, mais plus de chose unifiée. Par exemple, la couleur de la tasse, tel motif sur elle. Mais pas de tasse. Ou des lettres, mais pas de mot. Cela s'appelle la simultanognosie, l'incapacité d'unifier les éléments de la perception. 

Ce trouble se manifeste parfois chez les gens "normaux" quand ils sentent qu'ils se perdent dans les détails. La faculté de synthèse perd soudain sa force et on ne voit plus que des lettres ou des mots, par exemple, sans plus se sentir capable de percevoir le sens global. Il n'y a plus de fil directeur, le ciment des choses semble s'être dissout.

On s'en rend également compte quand on essaie de créer des logiciels qui doivent reconnaître les formes. Pour nous, l'unité de la tasse, sa séparation d'avec le reste, semble aller de soi. Mais c'est très complexe. Où commence la tasse dans mon champ perceptif ? Où finit-elle ? Ce motif, là, en fait-il partie, ou bien est-il sur la nappe ? Comment savoir ? 

Cela ne nous demande pas d'effort parce que notre cerveau est en bon état. Il "filtre" correctement la masse gigantesque de données que les sens lui transmettent à chaque instant. Ce filtre est, selon la philosophie de la Reconnaissance, constitué de trois pouvoirs indispensables pour vivre normalement : la perception, la mémoire et l'oubli. Et il y a aussi la synthèse, le pouvoir d'unifier des des détails perçus pour en faire "une chose". Sans cela, c'est le chaos. Nous ne pouvons plus "lire" le livre du monde.

Ce pouvoir d'unifier prouve que la conscience est plus que ce qui est perçu ou pensé. Elle unifie et sépare les détails, parce qu'elle est libre.

Ainsi, même l'expérience la plus banale est l'occasion de réaliser le miracle de la conscience, ce pouvoir unique de relier les choses, ce pouvoir en lequel baigne toute chose, mais qui transcende toutes les choses. C'est un ressenti viscéral, en même temps qu'un silence vivant. C'est le miracle de l'ordinaire. Reconnaître ce miracle dans l'ordinaire, c'est la reconnaissance, "source de toutes les richesses". 

Joie de sentir ce pouvoir, ce frémissement silencieux et assourdissant à la fois.

Un article bien fait sur la simultanognosie, avec illustration : cliquer ici.
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