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samedi 24 juillet 2021

Guru Purnimâ


 En ce jour de "pleine lune du maître", la coutume veut que l'on honore les êtres plus importants (guruh<garîyâmsah), celles et ceux qui ont "plus de poids" que nous, qu'ils soient humains ou non, qu'ils soit vivants ou non.

Abhinavagupta décrit ainsi la vérité de la relation de maître à disciple :

"La cause principale (de la réalisation spirituelle) est la connaissance totale.

Qu'elle réside en soi-même ou en autrui (est secondaire).

En effet, les manifestations "soi" et "autrui"

ne sont que des constructions imaginaires."

La Lumière des tantras, I, 233

______________________________

En effet, tous les êtres sont un seul être. La transmission spirituelle (santâna, sampradâya, paramparâ, krama, anvaya, etc.) est la réalisation de ce fait. Être un maître, c'est être certain de ce fait. Être un disciple, c'est être animé par le pressentiment de cette unité. Tout maître est disciple d'un autre, tout disciple est maître d'un autre ; mais l'autre est la manifestation de l'Être qui prend conscience de soi en se divisant en "soi" et "autrui". 

Dans ces relations, depuis celle de la Conscience et de l'Être, jusqu'aux relations entre questions et réponses, tout est le jeu de l'unique, le jeu de se réaliser jusque dans les expériences les plus misérables en apparence.

Plus profondément, selon le Tantra, tout expérience est la relation de maître à disciple. Quand je regarde cette fleur, je suis disciple, elle est maître. Quand je me pose une question, je suis la Conscience qui s'éveille, en train d'éclore vers l'Être, qui est la réponse. Cela reste vrai à tous les niveau, à toutes les échelles. 

Ainsi, rendre hommage au maître, c'est chercher la vérité. La "pleine lune du maître" est la phase de l'existence où m'on en prend conscience.

vendredi 28 mai 2021

Les deux instants 04

par Ekabhûmi


Tout naît du couple de l'Être et de la Conscience, la Père de l'abyme inconnaissable et la Mère de la présence vivante.

 Ainsi, tout nait d’une relation.

Les couples le savent : il est difficile d’être à deux ! Seul, je n’existe pas encore. Mais avec l’autre, je n’existe plus, car bien souvent le face à face tourne souvent en confrontation. Un contre Un… 

Pour que la relation soit féconde, il faut un troisième terme, une reliaison qui unifie. L’Un seul est mort, stérile ; le Deux - seul lui aussi ! - est conflit, impasse. Pour que le Deux devienne couple, pour que la relation devienne communion féconde, il faut un être plus vaste. Telle est la règle de la vie : le remède vient toujours d’en haut, d’une transcendance, d’un « plus que moi et plus que nous » qui nous relie en nous reliant à lui. N’est-ce pas le sens originel de toute religion ?

Sans Conscience, l'Être ne pourrait être. Sans la Mère, le Père serait stérile.

Dans la tradition du Cachemire, il y a deux manières d’envisager ce « plus grand que nous » : comme Source universelle, ou comme Individu. 

Comme Source, ce troisième terme est l’amour, qui coule à travers nous mais qui, ne venant pas de nous, est capable de faire de nos différences une puissance. L’amour est unité-dans-la-dualité, union dans la séparation, sans conflit ni confusion. 

L’amour n’est pas un troisième être, une substance en plus du Dieu et de la Déesse, car alors il faudrait un quatrième pour relier les trois, et ainsi de suite, à l’infini… En écrivant ceci, je réalise que l’amour est insaisissable. C’est lui qui nous saisit. Libre de soi, il peut nous libérer de nous.

L’autre manière d’envisager l’Autre dans un « plus vaste que moi », c’est l’enfantement. Pour un couple, pour un groupe, ce sera un projet, une aventure, un avenir… Pour la tradition du Cachemire, c’est l’Individu (nara, « homme », « personne »), ou l'Enfant. L’un des noms de cette tradition est « triade » (trika). Tout est triple, car tout est « en relation », il n’y a de vie que dans le va-et-vient entre des pôles : Dieu, Déesse, Individu. Ces trois forment, par leurs échanges, le Triangle du Cœur ;

Dieu est ce qui est. La Déesse est l’être de Dieu, la Conscience de l'Être, car aucun être n’est nécessaire : il est toujours offert. Dieu se fait être, se désir, se ressent, s’éprouve : voilà tout son être ! Et ainsi, il se donne à soi comme individu (anu). Un presque rien, certes, mais engendré dans l’infini, rien de moins. L’Individu est le lieu de la synthèse du divin et de la divine. Nous sommes les enfants du couple divin.

jeudi 14 mai 2020

Les limites du confinement

Indra's Magnificent Jeweled Net


On se dit que l'on "sort du confinement".
Cela me rappelle la notion de confinement dans la philosophie de la Reconnaissance. 

Selon une certaine interprétation des résultats de la méthode scientifique, le monde serait fait de forces aveugles, isolées quand au sens. Trouver du sens, c'est-à-dire des rapports (ratio), serait le propre des esprits échauffés. Cela n'est pas entièrement faux : il y a, de fait, des esprits paréidoliques et le Nuage (comme n'importe quelle religion) est plein de ces figures imaginaires. Selon cette vision réductionniste ou émergentiste, l'ordre surgirait du chaos par la seule interaction d'éléments isolés, chacun étant confiné en soi. Le sens et les relations sont toujours de l'ordre (!) du construit, jamais du donné.

Il y a une philosophie qui en a fait son cheval de bataille et même sa religion : le bouddhisme. Selon le bouddhisme, tout est fait d'éléments uniques, discrets, singuliers, absolus, isolés les uns des autres. Il n'y a aucune relation réelle. Donc le sens ultime des choses, c'est l'absence de sens. Tout sens est un rapport entre les choses. S'il n'y a pas de rapport réel, alors tout sens n'est qu'une construction sans réalité. C'est une vision radicale : la paix intérieure au prix du sens. Un minimalisme censé être libérateur, comme le pyrrhonisme, mais au prix d'un jeûne absolu. Il y a une force indéniable dans cette ascèse. Mais elle débouche sur une liberté toute négative. Cela est vrai, ou plutôt c'est un moment du vrai, une facette du vrai, mais non pas son tout.

Car enfin, nous avons besoin de rapports entre les choses : et rapporter, c'est juger, c'est mettre en relation un concept avec un autre. Nous ne pouvons nous contenter de concevoir (au sens ancien : former une image corporelle ou une idée intellectuelle). Nous n'avons d'autre choix que de juger, de raisonner, d'ordonner. Il y a "la Terre". Il y "le rond". Comment s'empêcher de juger que "la Terre est ronde" ? C'est-à-dire, comment ne pas relier ? Et encore, ceci en admettant que "rond" soit bien une idée simple, et non le produit d'un jugement antérieur, ce qui est loin d'aller de soi. Toute "partie" est elle-même un "tout" composé de parties. Donc il n'y aurait même pas de "parties" sans pouvoir d'unifier, comme le montre Proclus dans le premier théorème de ses Eléments de théologie : "être une chose, c'et être une chose". Rien n'existe sans unité, pas même le néant.

Or, cette unité doit être un acte, un acte qui met les choses en relation. Donc cette unité ne peut être l'une de ces choses qu'elle met en relation. L'unité, au-delà de l'être... L'un, cause de tout, est au-delà de tout. Et cette unité qui n'est pas une chose, mais un acte, ou une activité, un pouvoir (shakti), un dynamisme, est la conscience, qui n'est ni rien, ni autre chose. 

C'est ainsi que la Pratyabhijnâ contre, de manière magistrale et avec une incroyable profondeur, le bouddhisme. 
Ce dernier affirme qu'il n'y a pas de conscience unificatrice, parce que cette hypothèse est inutile. En effet, selon le Bouddhiste Dharmakîrti, chaque élément/instant conscient est comparable à un flash qui manifeste son contenu tout en ayant conscience de soi. Autrement dit, chaque instant d'expérience, chaque atome réel de nos vies imaginaires est à la fois sujet ET objet, contenant et contenu, conscience et objet de conscience. Donc il n'est pas besoin de poser un Soi/ une conscience en plus de ce continuum d'instants, de flash conscients.

Mais la Pratyabhijnâ met en lumière (prakâsha !) la faiblesse cachée qui fait aussi la force de cette théorie minimaliste : 
Si chaque instant/conscience est capable de se manifester soi et son contenu propre, alors il s'ensuit qu'aucun de ces instant ne peut manifester un autre instant. Chaque "flash" est strictement confiné à soi (svâtmapratishhita). Il y a une raison additionnelle à cela, et forte : une conscience ne peut viser une autre conscience. Une conscience ne peut viser qu'un objet. Une cognition d'une cognition est chose impossible car, dès lors que la conscience devient objet, elle n'est plus conscience, attendu que le propre de la conscience est de "manifester" : dès que ce "pouvoir de manifester" devient objet manifesté, il n'est plus "pouvoir de manifester". Il n'est plus conscience. 

Pour ces raisons, les instants de conscience ne peuvent se mettre en relation d'eux-mêmes, de leur propre chef. Il faut admettre un pouvoir de synthèse qui les met en relation et qui les dépasse. Tout est conscience, mais tout n'est pas conscient. Et ce qui dépasse ces "flash" et qui a ainsi le pouvoir de les mettre en rapport (donc de juger, de raisonner et d'ordonner), c'est la conscience éternelle, le Soi, le Sujet véritable.

Utpaladeva exprime ainsi cette conclusion, dans le passage central de son Poème pour la reconnaissance du divin en soi (Îshvara-pratyabhijnâ) :

evam anyonyabhinnānām aparasparavedinām
jñānānām anusaṃdhānajanmā naśyej janasthitiḥ //


na ced antaḥkṛtānantaviśvarūpo maheśvaraḥ
syād ekaś cidvapur jñānasmṛtyapohanaśaktimān // IPK, I, 3, 6-7


"Et par conséquent, les cognitions [=les "flashs", les instantanés conscients] 
sont séparés les uns des autres, 
ils sont mutuellement aveugles.
De sorte que l'existence des gens,
qui est engendrée [tout entière] par des synthèses [entre ces cognitions séparées],
périrait s'il n'existait un Maître absolu,
en qui existent toutes choses, qui est [pourtant] un,
qui est conscience, et qui possède
les pouvoir de percevoir, de rappeler [ce qui a disparu]
et d'oublier [une partie de ce qui est pourtant présent]."

Chaque chose est confinée à elle-même. Or, tout notre vie repose sur un réseau de relation entre les choses. Donc il doit exister un tel pouvoir de synthèse : c'est la conscience, c'est le Soi.

Ainsi, la conscience est tout le contraire d'un confinement en soi (svâtmanishthâ). Elle est ouverture (vikasvarâ), expansion (vikâsa), transcendance de soi (svaparaishca), manifestation de soi comme étant autre, autonomie (svâtantrya), extase (visarga), ravissement (uccalattâ), paradoxe réconciliant (paramâdvaita), mouvement immobile (spanda), balancement (lolatâ), le fait de n'être pas limité à être soi (svâtmamâtrâpratishthita), d'être vide et franc de toute essence fixe (nihsvarûpa), à l'instar du miroir qui, incolore en soi, peut accueillir toutes les nuances. 

Telles sont, en bref, les limites du confinement. Et telle est l'absence de confinement que désigne le mot "conscience".

vendredi 6 mars 2020

Le bouddhisme, une philosophie de l'interdépendance ?


J'observe avec étonnement que le bouddhisme passe pour une doctrine de l'unité, via la notion d'interdépendance.

Or, le bouddhisme est, au contraire, une doctrine de l'in-dépendance, de la séparation, de l'isolation, de la fragmentation absolue.

Selon le bouddhisme, toute unité implique une identité (âtman). Or toute identité n'est une idée fausse, car rien n'est identique en réalité. Chaque chose est donc unique, chaque instant est unique, absolument singulier, absolument différent des autres. Les choses (dharma) sont "abstraites" (vivikta) les unes des autres. Elles sont donc incomparables et indicibles.

Il n'existe aucune relation (sambandha) en réalité :

sarvasya bhāvasya sambandho nāsti tattvataḥ
Dharmakîrti, Sambandhaparîkshâ, 1

"En réalité, il n'existe aucune relation entre les choses" (litt. "pour toute chose")

prakṛtibhinnānāṃ sambandho nāsti tattvataḥ
Ibid., 2

"En réalité, il n'existe aucune relation entre (les choses) qui sont naturellement séparées (les unes des autres)"

Toute relation est imaginaire (kalpitamâtra), sans rapport avec le réel, erronée (bhrânta), conventionnelle, une simple façon de parler ou de commercer (vyavahâra), un peu comme les billets de banque (exemple proposé par Berkeley, mais aussi par les Bouddhistes, ce choix étant lourd de conséquences). Il n'y a aucun Tout, pas d'essence, ni identité ni Moi. Tout cela est construit sur la base d'instants d'expérience singuliers, chaque instant étant un absolu (et non pas l'Absolu), chacun étant unique, le seul à être ce qu'il est, le seul instant, sans aucune relation spatiale, temporelle ou d'identité, avec les autres. 

Or, tout discours est fondé sur l'identité. On ne peut donc rien dire. Toute culture est erronée. La mémoire est erronée. Même la relation de cause à effet (kârya-karana-sambandha) n'est qu'une concession provisoire. En réalité, il n'y a absolument aucune relation réelle. 

Evidemment, cette philosophie a des affinités avec le matérialisme scientifique ainsi qu'avec la "deconstruction" postmoderne. Et ça n'est certes pas un hasard si les Bouddhistes aujourd'hui (ou les sympathisants) sont plutôt scientistes et de gauche. Selon eux, il faut tout déconstruire, détruire, éteindre, éclater. L'humanité (=la civilisation, la culture) est une maladie et un danger, il faut éliminer tout cela. La nature elle-même est dangereuse, puisqu'elle est cause d'imagination et de délires. Il faut rester muet, tendre au "silence du Bouddha". 

Evidemment aussi, tout ceci se contredit : dire que l'on ne peut rien dire, c'est se contredire. D'où les paradoxes sans fin de ce bouddhisme qui fait les joies des amateurs de paradoxes. 
D'où aussi de nombreuses formes de bouddhisme hétérodoxes qui ont cherché à dépasser ce paradoxe en essayant de penser autrement, comme celles qui ont imaginé (!) une "nature de Bouddha", sorte de conscience indestructible et permanente (shâshvata), ou encore comme le dzogchen et son esprit inconditionné. 
Mais cela est toujours resté précaire, quoique parfois sophistiqué, au vu de l'ADN de départ du bouddhisme. 
Cela a permis aussi au bouddhisme de développer des discours originaux, comme le zen, dont certaines branches ont exploré l'expérience de la pure conscience. 
Cela a aussi stimulé un certain dépouillement. 
Mais cela n'a jamais résolu les contradictions inhérentes aux affirmations de départ du Bouddha.

Quoi qu'il en soit, il n'y a pas d'interdépendance dans le bouddhisme orthodoxe. 
Le seul mouvement a avoir vaguement exploré cette notion est celle qui a vécu, mais de façon plutôt informelle, dans le sillage du Buddhâvatamsaka Sûtra en Chine, en étant liée au zen, du reste. 
Par ailleurs, et pour répondre d'avance à certaines objections, est-il besoin de rappeler que la thèse d'une "coproduction interdépendante" (pratîtyasamutpâda) n'est, elle aussi, qu'une concession provisoire au sens commun, et non le fin mot du bouddhisme ? Car enfin, l'idée de base du bouddhisme, c'est que toute notion qui implique une identité est erronée. Il n'existe aucune unité, sous quelque forme que ce soit. "Il n'existe en réalité aucune relation", comme dit Dharmakîrti, qui est, soi dit en passant, sans doute le plus grand des penseurs bouddhistes.

vendredi 3 janvier 2020

Fausses notes

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La vie, c'est comme le piano.
Il n'y a pas de fausses notes.
Une fausse note, 
c'est une note séparée des autres.
Toute note est fausse.
Toute note est juste.
Consonant, dissonant.
Mes doigts bougent sans savoir l'avenir.
Ils se fondent en l'avenir,
tendus vers cet horizon
qui est aussi la source de l'harmonie.
Déliés. Des velours de chat.
De fines gouttes sur l'eau calme.
Se laisser élargir par les ronds limpides.
Raccompagné au silence
par ces gouttes vibratiles.
Laisser l'écoute se mettre en place,
se retrouver elle-même,
cette écoute dans laquelle
il n'y a pas de fausses notes.
Bénies par le silence,
chacune entre en scène, unique,
majestueuse comme une reine :
des bulles avec l'assurance
de l'océan.

lundi 17 juin 2019

S'il n'y a que conscience, comment peut-il y avoir autre chose ? - Cœur de la Reconnaissance 7bis

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Comme nous l'avons vu dans le Cœur de la Reconnaissance, le monde n'est pas une création de la conscience à la manière d'un pot façonné par un potier, mais plutôt à la façon dont l'océan est la cause des vagues. Il ne s'agit pas d'une relation de cause à effet au sens matériel du terme, mais d'une relation d'identité ou de nature, organique disons, entre un tout et ses parties, ou entre une espèce et ses individus. Quand on voit Socrate, on voit l'humanité. 
Par ailleurs, le monde est conscience, mais conscience ralentie, contrainte, telle une sève cristallisée, et conscience qui se manifeste comme autre qu'elle-même, dans l'oubli d'elle-même.

Voici un autre passage sur ce sujet, tiré d'un autre texte du maître de Kshéma Râdja, et qui l'a très probablement inspiré. Il s'agit d'un commentaire à l'un des versets du Poème pour la Reconnaissance du Maître en soi (Îshvara-pratyabhijnâ-vimarshinî), le poème étant d'Outpala Déva et son commentaire, d'Abhinava Goupta, qui fut sans doute cousin et maître de Kshéma Râdja. Quoi qu'il en soit, cette stance, comme il est d'habitude dans la littérature philosophique de l'Inde, est justifiée par et présentée comme la réponse à une objection :

"Mais si le niveau de conscience (tattva) nommé "Shiva" est ainsi [pure conscience de conscience] et si ce monde n'est rien de plus que lui, alors comment peut-il y avoir un autre niveau de conscience ? Si tous les niveaux de conscience reposent en un seul niveau, qui est [pure] conscience, comment peuvent-ils se manifester l'un après l'autre, puisqu'il n'y a pas, alors de différence spatiale ou temporelle [entre eux, attendu qu'ils sont tous également conscience] ?

- C'est vrai,

Mais au commencement [de la manifestation] des niveaux de conscience, il y a le niveau nommé "l’Éternel" quand [le monde] s'esquisse à l'intérieur, puis le niveau nommé "le Seigneur" quand [la conscience] s'oriente vers une manifestation [de soi] extérieure. III, 1, 2

Même s'il est vrai que le niveau de conscience appelé "Shiva" est absolument un, cette liberté manifeste en elle-même une différenciation de soi, à la manière de reflets [dans un miroir]."


Je vous rappelle que dans le langage de la philosophie de la Reconnaissance, "intérieur à la conscience" veut dire identique à la conscience. "Extérieur" signifie "manifesté comme différencié de la conscience, tout en lui étant identique". Et cette différence, cette dualité donc, n'est pas une pure illusion, mais bien plutôt la liberté qu'est l'acte de conscience. C'est la conscience elle-même qui se réalise d'abord comme purement identique à elle-même (niveau de "Shiva"), puis comme monde différencié mais tout juste esquissé, ce monde étant alors un monde subtil (niveau de "l’Éternel") ; et enfin comme création, acte de conscience grossier (niveau du "Seigneur"). 

Notons que le monde se déploie ici sans faire oublier son fond de pleine conscience de soi, de conscience d'unité. L'unité et la dualité n'y sont pas considérés comme contradictoires, la dualité ne fait pas oublier l'unité, mais l'unité n'y supprime pas non plus la dualité, c'est-à-dire l'expérience d'un monde avec un corps, etc. C'est pourquoi ces niveaux de conscience sont considérés comme "purs", c'est-à-dire complets. Ce sont des états de pleine conscience, car la conscience s'y ressaisit à la fois comme unité et comme dualité. 

L'important est de comprendre que la conscience du monde est compatible avec la conscience du fond d'unité en lequel apparaît le monde ; et que cette doctrine, si différente de celle du Vedânta, est rendue possible par une forme particulière de relation de cause à effet formulée par le Bouddhiste Dharmakîrti, la relation de nature (svabhâva-hetu), où relation du particulier au général, intéressante pour les philosophes de la Reconnaissance, car elle est à la fois identité et différence. Elle permet de voir la cause dans l'effet, en quelque sorte sans nier ni la cause, ni l'effet. 

Cette doctrine a des conséquences très intéressantes, car elle permet de voir le monde comme de la conscience cristallisée, comme de l'absolu en mouvement, en acte, et donc d'affirmer que l'absolu est acte, action, désir, etc. Du coup, le corps, le plaisir, les apparences, l'art, la beauté, le féminin, etc., peuvent être intégrés de plein droit dans la vie de l'absolu, et donc dans la voie de l'éveil. Autrui par exemple peut-être reconnu (à la manière de la reconnaissance du Soi) comme conscience visible, à travers sa parole (qui est plus que ses mots). Ce point passionnant et riche de conséquences est analysé de façon remarquable par Isabelle Ratié dans son étude Le Soi et l'autre, que je recommande une fois de plus. Il y a aussi cet article, en anglais.

mardi 4 juin 2019

En quel sens le monde "est" conscience - Cœur de la Reconnaissance 5

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Comme nous l'avons vu dans le précédent article d'une série sur le Cœur de la Reconnaissance (Pratyabhijnâ-hridayam) de Kshéma Râdja, la conscience est au cœur de toute vie.

Cependant, d'un côté, la conscience se manifeste comme monde ; de l'autre, elle est le monde, car rien ne peut exister en dehors de la conscience, puisque rien ne se manifeste en dehors de la conscience.

Autrement dit, la relation entre la conscience et le monde n'est pas claire. S'agit-il d'une relation de cause à effet ? La conscience est-elle la cause du monde à la manière d'un potier qui façonne un pot ? Ou bien la conscience est-elle le monde ? Mais alors, pourquoi dire qu'elle est la cause du monde ? 

Si la conscience est Dieu, est elle la créatrice du monde, ou bien le monde lui-même ? La philosophie de la Reconnaissance est-elle une théologie ou un panthéisme ?

Tel est le sens de l'objection formulée à ce point du texte, texte qui ne fait toujours qu'expliquer le premier aphorisme ("La conscience, absolument libre, est la cause de la réalisation de toute chose/ de l'univers") :

"Mais on pourrait se demander : comment la conscience peut être la source du monde car, si le monde est séparé de la conscience, il n'est rien du tout ; et s'il n'est pas séparé de la conscience, comment peut-il parler d'une relation entre la conscience et le monde ?"

En effet, dire que la conscience est la cause de l'univers, c'est présupposer une certaine différence entre la conscience et l'univers. Mais alors, pourquoi avoir dit auparavant que la conscience est l'univers ?

Voici la réponse de la philosophie de la Reconnaissance :

"Je réponds que c'est la conscience elle-même, la Maîtresse, qui se manifeste clairement à travers ces mondes innombrables, car elle est libre et sans essence fixe. C'est seulement en ce sens que, finalement, on admet ici une "relation de cause à effet"".

Kshéma Râdja, philosophe de la Reconnaissance, répond en substance que le monde est la conscience en train de se manifester. Là est le point-clé subtil : la conscience n'est pas la créatrice du monde à la manière d'un potier qui façonne un pot après l'avoir désiré et conçu, car le pot est un objet séparé du potier. Dans ce cas, en effet, on peut à juste titre parler d'une relation de cause à effet entre le l'artisan et son oeuvre. 

Mais dans le cas du monde et de la conscience, il en va tout autrement. Le monde n'est pas un effet de la cause consciente, mais il est la conscience en train de se manifester. Autrement dit, le monde est bel et bien conscience, et pourtant il y a une certaine différence entre eux, puisque l'on parle bien de la conscience et du monde. Cette relation existe donc, mais c'est une relation d'identité : quand, par exemple, je dis que Socrate est un homme, et que donc il est mortel, je fonde ma conclusion ("il est mortel") sur un certain type de relation logique entre "Socrate" et "homme", une relation de genre (le genre humain) à individu (l'individu Socrate). Socrate est un cas particulier du groupe général humain. Il illustre ce genre, il en est un exemple, une manifestation donc. Et pourtant, il est bel et bien un homme. En voyant Socrate, je vois bien un homme. 

De même, le monde est une manifestation de la conscience : il en est un cas particulier, il est une cristallisation de l'acte conscient, une parmi une infinité d'autres possibles. Et donc, quand on voit le monde, on voit la conscience elle-même, même si alors on ne voit pas toute la conscience. Quand je vois telle vague, je vois bien l'océan, mais pas tout l'océan. Il y a une relation entre l'océan et les vagues, mais cette relation n'est pas une relation de cause à effet : c'est une relation organique, intérieure, entre une masse en mouvement total, et l'un de ses mouvements particuliers. Il y a donc ici à la fois relation et identité, unité et dualité. L'océan ne se réduit pas à une vague, et pourtant l'océan ne se cache pas "derrière" la vague : il se révèle en elle, sans cesser d'être ce qu'il est, car elle n'est rien d'autre que lui.

Et ceci est possible parce que la conscience, contrairement aux objets matériels, peut se manifester comme autre qu'elle n'est, sans toutefois cesser d'être elle-même. C'est ce dont nous faisons l'expérience à chaque instant. La conscience transcende les opposés, embrasse toutes les contradictions. Elle est donc libre de se manifester ainsi ou autrement, elle n'est pas "fixe". Je traduis ainsi l'adjectif sanskrit svaccha (prononcé "souattcha"), littéralement "limpide" ou "pure". Mais la conscience n'est pas pure au sens ou un cristal peu l'être, car le cristal, justement, n'a pas ce pouvoir de se manifester comme différent sans cesser d'être ce qu'il est. Il n'est pas libre. Il est ce qu'il est, et rien d'autre. Tandis que la conscience possède ce pouvoir mystérieux, mais dont nous faisons l'expérience directe à chaque instant, de pouvoir se faire autre, tout en restant soi. C'est un point capital de la philosophie de la Reconnaissance, qui vaut que l'on prenne la peine de bien l'entendre, sans quoi cette idée ne restera qu'un mot, alors que ce discours n'a d'autre but que de pointer directement l'expérience donnée ici et maintenant.

En ce sens, la Reconnaissance n'est certes pas une théologie (un discours rationnel sur Dieu), du moins pas au sens habituel. Mais elle n'est pas non plus un panthéisme, si l'on entend par là qu'elle réduirait Dieu à la totalité des choses, à l'univers. Dieu, parce qu'il est conscience, transcende toujours le monde, car la "conscience de" tel ou tel objet transcende toujours cet objet, simplement en étant la conscience qui se manifeste en manifestant cet objet. Chacun peut, dès à présent, le constater par sa propre expérience : je suis toujours "quelque chose de plus" que ce que je perçois, que ce que je pense, alors que les choses ne sont jamais rien de plus que de la conscience en train de prendre conscience, en train de se manifester, c'est-à-dire en train de se réaliser librement sous telle ou telle forme.

samedi 17 novembre 2018

Et si la relation était la Source ?

La Relation selon Rembrandt
Dans la lumière, les ténèbres ; dans les ténèbres, la lumière


Tous celles et ceux en qui s'est éveillée la vie intérieure cherchent la Source, la Racine, l’Élément simple dont tout dérive.

Au-delà des expressions employées, il apparaît tôt ou tard que l'on se retrouve face à deux éléments opposés et irréductibles :

- le sujet et l'objet : tout vient de la conscience... mais la conscience vient de la matière... mais la matière dépend de la conscience... mais la conscience dépend de la matière..., et ainsi de suite, sans conclusion définitive possible.

- l'être et le néant : l'être vient de l'être... mais l'être surgit du néant... mais le néant est un visage de l'être... mais l'être est transcendé par le néant... et ainsi de suite, sans conclusion définitive possible.

Sur le plan de l'expérience, deux états se présentent : l'état de veille et l'état de sommeil profond. On peut être tenté de poser l'un comme source de l'autre, ou l'un comme étant plus réel que l'autre. Mais au nom de quoi ? Là encore, on se retrouve dans un jeu d’emboîtement sans fin. 

Je précise que je donne ces exemples pour illustrer un peu la profondeur et la portée du problème. Mais ici, je m'intéresse surtout à la structure commune, à la forme plus qu'au contenu. On me pardonnera donc l'apparente abstraction du propos.

Mon intuition, face à ce cercle logique et existentiel, est qu'aucun des deux moment n'est ultime ou, disons, absolu. 
Car de fait, poser l'un, c'est poser son opposé. Chaque thèse appelle une antithèse. Et ce face à face exige une synthèse.

Élément premier n'est donc ni l'être, ni le néant, mais la relation.
Le fait que tout existe en relation à un opposé est alors pris en compte, sans toutefois tomber dans le relativisme.

La relation elle-même a son opposé : l'absolu.
Cette relation, qui est activité ou acte de relier, est ce que j'entends par conscience. La conscience n'est pas une lumière statique prisonnière de son propre éclat, mais elle est, au contraire, liberté et pouvoir de se transcender, de sortir de soi, de se dépasser. La conscience est extase. Ne dit-on pas, à raison, que "toute conscience est conscience de..." ? "Conscience" désigne non pas une substance statique, mais un dynamisme de mise en relation en trois temps : thèse, antithèse, synthèse.

Le philosophe cachemirien Outpala Déva y a notamment consacré un opuscule, La Réalisation de la Relation (Sambandha-siddhi, en plus, bien sûr, de son Poème pour la Reconnaissance, voir ici et ici) où il montre que la conscience est relation, sans laquelle rien ne serait possible.

La conscience est ce pouvoir de "se prendre pour", de "se réaliser comme" qui fait que la conscience, loin d'être enfermée en elle-même, est capacité de réaliser ce qui est autre que soi, comme en témoigne aussi bien l'expérience de l'état de veille (l'être du monde est perçu comme indépendant de la conscience) que l'état de sommeil profond (le néant est perçu comme transcendant la conscience). La conscience s'y pose comme s'opposant à elle-même, ce qui constitue précisément sa liberté.

Ce même mouvement se retrouve dans la liberté morale, dans la reconnaissance de l'autre. Quand je choisi l'autre à mes dépends, je nie mon être-comme-corps. Je me transcende, je passe de l'être au néant.

La haine et la peur elles-mêmes en témoignent : quand je mets ma vie, mon être, en jeu dans une lutte à mort, j'accompli ce même geste de dépassement de soi qui est l'essence même de la conscience, de l'acte conscient.

Il n'est pas jusqu'à la perception qui ne consiste dans ce mouvement de transcendance : quand une perception en remplace une autre, c'est une vie, une mort et une renaissance, un passage de l'être au néant et une transcendance. Mais comme tout chose a son opposé, cette transcendance ne fait sens qu'en relation à son opposé, l'immanence. La conscience se transcende, se jette dans l'autre, mais cet autre est en soi. Son existence, c'est son extase, son acte de se jeter dans le néant, au-delà de son être, de le viser encore et encore, mais cet Autre est aussi Soi. N'est-ce pas cela que l'on sent dans l'amour ?

Par ailleurs, cette vision dialectique permet d'intégrer les découvertes de la science en même temps qu'elle complète le fonctionnalisme d'un Dennet, mais aussi l’interdépendance bouddhiste.

j'aimerai finir ce billet en citant un texte extraordinairement profond d'un ancêtre tombé dans l'oubli, Octave Hamelin. Dans son oeuvre majeure l'Essai sur les éléments principaux de la représentation, parue en 1907, alors que son auteur trouvait la mort en tentant de porter secours à deux hommes emportés par une rivière, Hamelin expose avec rigueur et force que la Relation est la Source de tout :

"La méthode analytique [=celle qui cherche la Source de tout], en éliminant par degrés toute la complexité du monde, doit arriver, en fin de compte, à un élément simple à la rigueur.

Mais qu'on prenne pour élément ultime l'être parfaitement pur et vide ou même, si l'on veut, le néant, ni l'un ni l'autre ne présente la simplicité absolue qu'on devrait atteindre.

En effet l'être exclut le néant et le néant exclut l'être, mais il est impossible de trouver aucun sens à l'un ou à l'autre hors de cette fonction d'exclure son opposé. 

Or que faut-il induire de là ?

C'est, sans doute, que chaque chose à son opposé ; car nous venons de considérer le cas le plus favorable possible à la découverte d'un simple absolu. Nous admettrons donc comme un fait primitif, qu'on peut présenter de diverses manières, mais qui toujours, semble-t-il, s'impose avec une force singulière : que tout posé exclut un opposé, que toute thèse laisse hors d'elle une antithèse et que les deux opposés n'ont de sens qu'en tant qu'ils s'excluent réciproquement.

Mais ce fait primitif se complète par un autre qui ne l'est pas moins.

Puisque les deux opposés n'ont de sens que l'un par l'autre, il faut qu'ils soient donnés ensemble : ce sont les deux parties d'un tout...

Ainsi aux deux premiers moments que nous avons déjà trouvés dans toute notion, il faut en ajouter un troisième, la Synthèse. Thèse, antithèse et synthèse, voilà dans ses trois phases la loi la plus simple des choses.

Nous la nommerons d'un seul mot, la Relation." 
(PUF 1952, p. 1, ici en version pdf)

Magistral !
Nous avons là une présentation magnifique de la pensée inclusive, ternaire, formulée par Proclus (Ve siècle), reprise par les Chrétiens, illustrée par Charles de Bovelles jusqu'à Hegel.
Tout est acte car la relation est acte. L'acte reste insaisissable. Son objet est saisi, non l'acte lui-même, car au fond, acte est synonyme de conscience et de pur subjectivité. On pressent mieux, du même coup, le rôle essentiel du désir, de l'Amour et de la Haine et autres noms, autant de déclinaisons de la Relation primordiale.
En Inde, sa forme la plus aboutie est la philosophie de la Reconnaissance.

Pour ma part, j'entends par Relation ce mouvement d’emboîtement infini des opposés, qui mène de l'un à l'autre, qui s'enveloppent et s'embrassent tour à tour, à l'infini, et vers l'infini. A ce jour, cela me paraît être le moins mauvais concept de la Source.

mardi 18 septembre 2018

La dualité créatrice ?



Quand je regarde autour de moi, je vois le monde, si vaste. Et je vois que moi, comme conscience, j'apparais dans ce monde.
Mais je n'en reste pas là : je vois ensuite que ce monde en lequel je suis apparu, apparaît lui-même dans la conscience, dans cet espace lumineux.
Et cette espace semble être engendré par le monde, qui lui-même semble n'avoir aucune existence indépendamment de la conscience... et ainsi de suite.

Je ne dis pas que ces deux interprétations sont incompatibles, mais je constate qu'elles débouchent l'une sur l'autre. Chacune est fondée sur de solides arguments, mais souffre d'un manque de preuves. Juste au moment où l'on croyait pouvoir se reposer dans une certitude définitive, on débouche - nécessairement si l'on est honnête et lucide - sur l'interprétation opposée. 
Comme une mise en abyme infinie.
Cette situation, je l'appelle donc la Mise en Abyme ou l'Abyme.

Elle est exprimée dans la tradition du shivaïsme du Cachemire à travers un dispositif : deux miroirs qui se reflètent mutuellement, à l'infini. Ou alors, à partir de l'inversion du reflet dans le miroir : alors que tout semble apparaître dans la conscience, la conscience semble apparaître dans le monde. Alors que le reflet apparaît dans le miroir, le miroir semble apparaître dans son reflet ! Cette inversion est la définition de l'Illusion (Mâyâ), ce mystérieux pouvoir qu'a la conscience de se tromper elle-même, ou plutôt de jouer à se perdre, jusqu'à s'oublier dans ce jeu. Bien sûr, cette image vise à montrer la supériorité de la conscience (caitanya, samvit). En même temps, il y a vraiment l'idée d'un emboîtement, d'une étreinte mutuelle de Shiva (la Lumière consciente) et Shakti (le monde). La conscience, selon cette tradition, n'est pas la Lumière, ni le monde, mais la synthèse parfaite des deux. Et pour parvenir à réaliser cette synthèse (je vous épargne les termes sanskrits), il faut en passer par des moments de séparation.

La réalité n'est pas la pure Lumière, dont nous faisons l'expérience dans le sommeil profond ; ni l'existence du monde, dont nous faisons l'expérience durant l'état de veille ; la réalité absolue est la synthèse du sommeil profond et de la vie de l'état de veille ; elle est la synthèse de la vie et de la mort ; de l'inconscience (la pure Lumière de l'état de sommeil profond) et de la conscience dynamique (la conscience réflexive de l'état de veille) ; de Shiva et Shakti, mais aussi du personnel et de l'impersonnel.

Ces étreintes, ces luttes (une étreinte, même amoureuse, peut ressembler à une lutte), sont les différents moments de la relation entre Shiva et Shakti, la Grande Relation (mahâ-sambandha), l'Histoire Infinie (mahâ-kathâ) qui est la source et la réalisation de toute chose. 

La position réaliste (le monde crée la conscience) est un moment qui débouche sur la position spiritualiste (la conscience crée le monde), dans un va-et-vient perpétuel, comme les battements d'un cœur ou, tout simplement, comme la respiration.  

C'est tout simplement un mystère (rahasya), un secret d'autant plus insondable qu'il est évident (a-guhya), plus évident que tout ce que l'on pourrait dire.

dimanche 14 mai 2017

Tantra Tango Tandava !

Sans l'Un, rien.
Mais avec l'Un seul, quoi ?

Tout est relation.
Outpaladéva, le philosophe de la Reconnaissance (pratyabhijnâ)
a écrit trois petites Démonstrations/Réalisation,
en plus de son Poème sur la Reconnaissance :
- Le premier sur Dieu
- Le second sur l'âme
- et le troisième, sur la relation (sambandha),
le lien, qui unit tous les êtres, toutes choses,
et qui constitue "le monde".
Tout est relation.
Ni unité, ni dualité, mais unité-dans-la-dualité : relation

Outpaladéva l'exprime ainsi :
Je célèbre ce Dieu bienfaisant
qui par son propre désir (et non par ignorance)
façonne le cours du monde,
constitué de toutes les choses
au moyen de la relation,
laquelle est unité-et-dualité !

(cité dans la Vimarshinî, II, 2, 3)

Tout est relation.
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