vendredi 6 novembre 2009

Tout est conscience

Le Bienfaisant et la Bienfaisante, Musée de Pattan



Il y a une conscience qui d'elle-même est toujours présente,

Limpide, pure, absolument souveraine.

C'est elle la parfaite science,

Incarnée dans l'émotion suprême - "je". 366


Cette Formule sacrée, parfaite,

Manifeste le monde entier.

Adorée ici et maintenant, cette ambroisie

Révèle notre vraie nature. 367


Adorée parce qu'elle est notre vraie nature,

Elle fait don de l'absolue liberté.

Sans jamais se dérober,

Elle ôte tout chagrin et offre l'accomplissement suprême. 368


Il n'y a ni accomplissements, ni rien à accomplir.

Elle est elle-même le seul accomplissement, naturellement, spontanément.

Il n'y a ni réalisation ni rien à réaliser,

Car voici celle qui réalise toutes choses. 369


Quand elle ne se voit pas elle-même,

Elle (croit) voir un Autre.

Ainsi va la confusion,

Face détournée de l'adoration du maître. 370


La conscience souveraine n'a pas à être réalisée.

Il n'y a aucun moyen de la réaliser.

De par sa nature, elle est évidente en ce moment même,

Car elle se manifeste elle-même sous la forme de toutes (les choses). 371


La conscience incomparable est spontanément présente,

Sans présence ni absence.

Veille, rêve et sommeil profond apparaissent en elle,

spontanément. 372


Cette conscience brille d'elle-même, ici et maintenant.

Elle se manifeste, indivise.

(Mais) là , (en elle), ces perceptions apparaissent

Plus ou moins séparées (de soi). 373


Comblé, je suis toujours Śiva par nature.

Comblé, je suis toujours conscience.

Comblé, je suis toujours sans corps.

Comblé, je suis toujours éveillé par nature. 374


La forme de ce qui n'a pas de forme,

C'est de se présenter sous toutes les formes !

Je salue cet être insondable, bienfaisant,

Soi-même, sans pensée. 375


"Je" est la Puissance du Soi.

Elle est prise de conscience de notre vraie nature : on la nomme "science".

Elle manifeste des corps innombrables : on la nomme "magie". 376


Ce monde, extérieur et intérieur,

(Se manifeste) au centre de soi.

Il consiste donc en conscience.

Notre vraie nature est pure conscience,

L'extérieur n'est donc rien ! 377


La conscience est sans pensée,

Présente elle-même par elle-même.

En elle et nulle part ailleurs

Apparaissent l'intérieur, l'extérieur,

Le Seigneur (conçu comme) séparé ( de soi),

L'action et les parties (du temps). 378


Rien, absolument rien n'est séparé de la conscience.

Ce qui se manifeste, c'est l'essence de la conscience avec tous ses aspects.

L'homme qui s'ancre sans interruption dans la conscience

Atteint spontanément tout ce qu'il désire. 379


Saluons la mère du monde,

La Puissance du Soi,

Elle qui fait s'épanouir toutes les réalisations,

Elle qui fait don de l'existence prospère conforme aux rêves (de l'homme),

Elle qui est la liberté et la jouissance en personne. 380


A celle qui consiste en action,

Qui donne à l'existence sa lumière,

A la Puissance des puissances

Qui révèle la lumière de notre vraie nature,

A celle qui est le maître,

Qui sauve des peurs de l'existence,

Qui est magie,

Qui donne au corps sa lumière, hommage,

Hommage à la bienfaisante,

Hommage à l'incomparable incarnation de la compassion,

Hommage, hommage à cette Puissance inséparable de soi,

Hommage à cette Suprême qui dit toutes choses,

Elle dont le corps infini est la lumière qui d'elle-même brille. 381-382


En voyant, en touchant,

En ressentant ce qui semble extérieur

(Alors que cela) repose à l'intérieur,

Je suis confirmé en moi-même,

Evident ici et maintenant. 383


Râmeshvar Jhâ, La Liberté de la conscience (Samvitsvâtantryam), Bénares 2003.

vendredi 30 octobre 2009

Il y a une conscience sans fond




L'état de simple existence doit être connu,

Existence éternellement établie en Śiva.

L'existence de Śiva est l'existence du monde.

L'existence du monde est l'existence de Śiva. 359


Je suis toujours impersonnel.

Je suis toujours indivis par essence.

Je suis toujours Manifestation ininterrompue.

Mon essence est un corps de félicité. 360


En Śiva, en soi-même - "je" pur -

Il n'y a pas même un cheveux de dualité.

La séparation créée par le corps n'y existe pas.

En réalité, il n'y a pas de corps. 361


De même que dans un rêve

On voit de nombreux corps tout en restant en un seul,

De même que plusieurs fils ont un seul père,

Ainsi voit celui qui est présent comme Śiva. 362


Par la parole, je salue celui qui est au-delà de la parole,

Le Seigneur impérissable.

Voyant cet (être) indéfinissable à travers toutes les formes,

Je deviens identique à lui. 363


Le Seigneur est un et fait de tout.

Puisque tout surgit seulement de toi, je suis toi.

Tu te dis "je", je dis "je".

Tu t'incarnes, je m'incarne. 364


Il y a une conscience sans fond,

Lumineuse par elle-même, incolore,

Qui se manifeste elle-même d'elle-même.

Différenciée par les significations de la parole, elle paraît multiple. 365


Râmeshvar Jhâ, La Liberté de conscience (Samvitsvâtantrya) Bénares 2003.

lundi 26 octobre 2009

Vijnâna Bhairava Tantra

Sarasvati, Bhaktapur


Rencontres autour du Vijnâna Bhairava Tantra

Lectures de textes du shivaïsme du Cachemire animées par David Dubois



Ce tantra est le plus célèbre et le plus commenté depuis la redécouverte du shivaïsme cachemirien au début du XX ème siècle. Extrêmement original par rapport aux autres tantras, il se présente comme un extraordinaire catalogue d'expériences spirituelles allant des techniques yogiques les plus sophistiquées jusqu'aux circonstances de la vie quotidienne la plus banale. Nous lirons ensemble le tantra en sanskrit et ses commentaires traditionnels, ainsi que plusieurs textes apparentés. Le but de ces lectures est de partager nos interprétations dans une ambiance conviviale.

Chaque séance a lieu le dimanche de 14 à 16 heures à Nogent sur Marne, non loin de Vincennes. La prochaine séance aura lieu le dimanche 1er novembre 2009. Aucune connaissance du sanskrit n'est requise. Des photocopies du texte translittéré sont distribuées.

Si vous souhaitez venir, nous vous demandons juste d'écrire à l'auteur du blog afin de recevoir l'adresse où se tiendront ces rencontres.

vendredi 23 octobre 2009

Sans samsâra, point d'éveil

Linga à cinq face, Bhaktapur


Je suis l’essence du grand infini,
Je suis la lumière du grand espace,
Je suis plus subtil que le plus subtil,
Et, en vérité, je suis sans forme. 349

Tout ce qui existe, existe en moi.
Rien n’est séparé de moi.
Je suis la terre suprême,
L’unique possesseur de toutes les Puissances. 350

Celui qui sait n’a pas besoin d’examiner le Soi,
Car il n’entretient aucun doute.
A quoi bon une preuve
Pour ce qui est toujours déjà prouvé ? 351

Ou bien, si l’on devait examiner le Soi séparé, qui en serait l’examinateur ?
Car la Puissance de ce possesseur de la parfaite Puissance,
Brille en plénitude. 352

Dans l’éclosion,
Je brille partout.
Dans la fermeture, je ne suis jamais enfermé.
Dans l’éclosion, je deviens Śiva.
Dans la fermeture, un être incarné. 353

Dans l’éclosion, je suis toutes les formes.
Dans la fermeture, j’ai un corps.
Dans l’action, je me rapetisse.
Établis en moi-même, j’atteins la grandeur. 354

Enveloppé par l’Ignorance, je m’efforce d’atteindre ou de devenir.
Doué de connaissance, sans rien faire je brille comme agent des actes. 355

L’absence de pensée est éternelle, absolument pure, incolore.
La pensée est colorée, elle est saisie des objets des sens. 356

Sans l’univers, pour qui Śiva existerait-il ?
L’univers n’est pas autre chose que Śiva.
Śiva ne nous apparaît que quand l’univers,
Manifesté par notre propre conscience,
Apparaît.
Voilà pourquoi je dis que sans dévot,
Il n’y a pas d’état de Śiva.
Grâce au saṃsāra, le dévot peut exister,
Et, grâce à lui, l’état de Śiva. 357-358

Râmeshva Jhâ, La Liberté de la conscience (Samvitsvâtantryam), Varanasi 2003.

dimanche 18 octobre 2009

Le sans pensée est la source de toutes les pensées




Le sans-pensées est la source

De toutes les pensées,

Leur élément, et leur point de dissolution.

Voilà ce que, toi et moi, nous sommes. 342


Tout cet univers n’est qu’une construction imaginaire !

Il brille, ô dieu, en moi comme en toi.

L’univers n’apparaît pas durant la dissolution (cosmique),

Ni durant le sommeil profond.

En eux, ni toi ni moi n’apparaissons. 343


Ainsi, il n’y a aucune sorte de différence entre nous qui sommes conscience,

Même si cette différence existe bel et bien.

De fait, tu es libre du corps,

Source des phénomènes,

Alors que j’apparais dans un corps,

Éphémère et temporel. 344


Quand apparaît une différence entre les mots « toi » et « moi »,

Alors apparaissent aussi la petitesse et la grandeur, l’éternité et l’impermanence.

Lorsque toi seul apparaît, un,

Ou bien lorsque j’apparais, un,

Alors le nom même de « différence » est invisible, en toi comme en moi. 345-346


Je suis comblé par la Puissance en sa plénitude,

Débordant de la parfaite félicité,

Doué de désir, de connaissance et d’action,

Lumière du temps et de l’espace. 347


Je suis Śiva,

Masse de félicité innée.

Faisant apparaître ce corps et cet univers,

Je suis sans commencement ni fin.

Bien que je ne sois jamais que d’une seule forme,

Je brille dans d’innombrables corps. 348


Râmeshvar Jhâ, La Liberté de la conscience (Samvitsvâtantryam), Varanasi 2003.

vendredi 9 octobre 2009

Vijnâna Bhairava Tantra


Sarasvatî, Bhaktapur



Rencontres autour du Vijnâna Bhairava Tantra
Lectures de textes du shivaïsme du Cachemire animées par David Dubois



Ce tantra est le plus célèbre et le plus commenté depuis la redécouverte du shivaïsme cachemirien au début du XX ème siècle. Extrêmement original par rapport aux autres tantras, il se présente comme un extraordinaire catalogue d'expériences spirituelles allant des techniques yogiques les plus sophistiquées jusqu'aux circonstances de la vie quotidienne la plus banale. Nous lirons ensemble le tantra en sanskrit et ses commentaires traditionnels, ainsi que plusieurs textes apparentés. Le but de ces lectures est de partager nos interprétations dans une ambiance conviviale.

Chaque séance a lieu le dimanche de 14 à 16 heures à Nogent sur Marne, non loin de Vincennes. La prochaine séance aura lieu le dimanche 18 octobre 2009. Aucune connaissance du sanskrit n'est requise. Des photocopies du texte translittéré sont distribuées.

Si vous souhaitez venir, nous vous demandons juste d'écrire à l'auteur du blog afin de recevoir l'adresse où se tiendront ces rencontres.

Un yogi quelconque

Durgâ (?), Bhaktapur



Immobile, je frémis.

Frémissant, je brille d’une lumière immobile.

Et, libre de mouvement comme d’immobilité,

Je brille comme essence des deux. 334


Je ne souffre pas même un soupçon de dilatation ou de contraction.

Eveil et oubli sont mes Puissances.

Unique, j’apparais pourtant comme toutes choses.

Bien que je sois pure Lumière, rien ne peut m’éclairer. 335


Celui que tu t’efforces sans trêve de voir et de comprendre,

C’est toi ! Sans forme, pur, limpide, incolore. 336


Orné de la grande pulsation,

Sa félicité naît de la Reconnaissance du Soi.

Ce yogi ordinaire inonde le monde,

Il brille tel un océan de conscience.

Sa vie est une pulsation naturelle,

Lui dont la joie surgit de la Reconnaissance du Soi.

Etabli en l’essence illimitée, il brille en manifestant (les limites du) temps. 337


Habitant du domaine qui transcende toutes choses,

Le yogi va sans venir.

Il ne connaît ni extase, ni saṃsāra, ni délivrance. 338


Grâce à la Reconnaissance du Soi,

Il est présent en lui-même,

Et sa respiration est une pulsation omniprésente.

Libre du corps, il habite un corps,

Contemplant l’univers en lui-même. 339


Le yogi accompli contemple et décrit son essence.

Il se livre à des actions variées.

Mais pas un seul instant il ne chute dans la dualité.340


Râmeshvar Jhâ, La Liberté de la conscience (Samvisvâtantryam), Bénarès, 2003.