vendredi 11 avril 2014

La piété ?

  

 La piété ce n’est point se recouvrir d’un voile,
    Tourné vers une pierre ou courant les autels,
    Ni se mettre à genoux, ni s’allonger par terre,
    Mains tendues ; ce n’est pas inonder les autels
    Du sang des animaux, ni faire vœux sur vœux :
    C’est pouvoir, l’âme en paix, contempler toutes choses !

Lucrèce, La Nature des choses, 5, 1198

Pas de méthode pour être


En réalité,
aucun moyen ne peut servir à obtenir la connaissance libératrice.
Celle-ci n'est pas quelque chose que l'on puisse,
à proprement parler, obtenir car, par nature, elle est toujours "déjà là".
Elle n'est pas autre chose, en effet,
que la simple conscience elle-même
et celle-ci est en permanence autorévélée.
A quoi bon des moyens pour révéler
ce qui ne cesse de se manifester par soi-même ?

Doctrine secrète de la déesse Tripurâ, trad. M. Hulin, p. 176

lundi 7 avril 2014

Qu'est-ce qui est réel ?


 Peut-on sortir de l'espace ?


En vérité est réel ce qui jamais n'entretient le moindre rapport avec l'inexistence. 
A son tour, l'inexistence se détermine à partir de l'absence de manifestation.
Or, celle-ci  n'atteint jamais la simple conscience,
alors qu'en maintes occasions les choses étrangères à la conscience
ne se manifestent pas.
Le unes ne se manifestent (à un moment donné)
que moyennant la non-manifestation des autres.
Considère qu'en aucune circonstance 
cela ne peut se produire 
pour la conscience.
Si, à un moment quelconque, 
la conscience ne se manifestait pas,
comment l'"alors" particulier de ce moment
serait-il lui-même manifesté ?
Et comment - vu la non-manifestation et de l'"alors" et de la conscience elle-même -
pourrait-on justement s'assurer de l'absence de la conscience
à ce moment-là ?
La conscience est donc par définition toujours manifestée
et c'est elle qui constitue la réalité !
Laisse-moi te résumer encore une fois 
la différence du réel et de l'irréel :
le réel est ce qui ne dépend que de lui-même
pour sa manifestation.
Tout le reste constitue l'irréel.
...
Si la conscience n'était pas manifeste,
rien ne le serait !
En vain quelque subtil raisonneur viendra-t-il objecter 
qu'en ce cas la conscience
sera simplement aussi inexistante que le reste.
En jugeant ainsi il admettrait (tacitement)
que lui-même n'existe pas...
Dès lors, à quoi bon lui répondre ?

Doctrine secrète de la déesse Tripurâ, trad. M. Hulin, p. 171


vendredi 4 avril 2014

Faut-il pratiquer pour être libre ?



"Il existe quatre sortes de pratiques (: produire, atteindre, préparer et transformer). Aucune d'entre elles ne peut s'appliquer à la liberté. La liberté n'a donc aucun rapport avec une pratique".

Sureshvara, La Réalisation de ce qui ne dépend pas d'une pratique, ad 1, 23

Note : "pratique" traduit ici karman "pratique", "action", "rituel", ou karma-kâryatva, "fait de dépendre d'une relation de cause (=la pratique) à effet (=la liberté)".

samedi 29 mars 2014

Pratiquer comme un âne ou comprendre ?


Tout ce que peut enseigner un maître, 
juste ou non,
demeure stérile aussi longtemps qu'on ne fait pas 
retour sur soi-même
pour en scruter le sens
car la signification
de ce que seule l'oreille perçoit 
est encore scellée.
C'est pouruoi il te faut examiner en toi-même,
à l'aide de la droite raison,
le sens de mes paroles...
Aussi longtemps qu'on n'a pas rejeté
cette illusion d'une servitude réelle
on ne peut accéder
- aussi intelligent soit-on 
et quelque soient les efforts déployés -
à la liberté dans le devenir.
Qu'est-ce donc que la servitude
et comment pourrait-elle concerner la conscience immaculée du Soi ?
Si les choses sensibles,
qui ne sont que des images apparaissant
dans le miroir intérieur du Soi,
pouvaient déclencher un réel état de servitude,
alors un feu reflété dans une glace
pourrait tout aussi bien vous brûler !
En dehors de ces deux facteurs :
la croyance en la réalité de la servitude
et celle en l'existence du mental,
il n'existe de servitude
pour quiconque en aucune circonstance.
Celui chez qui ces deux souillures
n'ont pas été lavées par les grandes eaux du sain raisonnement,
personne n'est en mesure de l'arracher au devenir,
ni moi-même, ni Brahmâ, ni Vishnou, ni Shiva, 
ni la déesse Tripurâ,
elle-même pourtant véritable incarnation de la sagesse.

Doctrine secrète de la déesse Tripurâ, trad. Hulin, p. 169

Qu'est-ce que la liberté ?


Le développement personnel...
Oui. Mais... il n'y a personne à développer !
Personne à libérer, juste clarifier une confusion.
Comment ?
En voyant, ici et maintenant,
que personne ne voit.
Aucune séparation.
Évidence.

La liberté ne se trouve pas quelque part sur terre,
ni au fond du ciel 
ni dans les régions infernales.
Elle est, pour chacun, le simple déploiement de sa vraie nature,
une fois suspendue (la fascination pour) l'activité mentale.
Et puisqu'elle constitue notre vraie nature,
elle est présente à tout instant.
Nous pouvons à tout instant "atteindre notre but"
simplement en mettant un terme à notre propre confusion.
Toute autre conception de la liberté, 
qui en ferait le résultat d'une activité, est impossible car la délivrance serait alors chose périssable.
Si elle était autre chose que notre vraie nature
elle serait aussi irréelle que les cornes d'un lapin !
Quelle autre liberté
que notre vraie nature en sa plénitude ?

Doctrine secrète de la déesse Tripurâ, trad. Hulin modifiée, p. 160

mercredi 26 mars 2014

Comme le charme d'une femme...

Yoginî vînâdhârî

Cette intuition de l'absolu,
Suggérée par tous les discours (non-duels),
Est réalisée uniquement par soi,
Par notre propre expérience,
Tout comme on réalise la splendeur du printemps
Quand elle s'épanouit !
Cette intuition de l'absolu,
Qui dépasse tout sens,
Est présente dans l'enseignement
Comme le charme limpide d'une femme,
Comme ce charme qui dépasse tout compréhension.

Le Yoga selon Vasistha, 6-2, 198, 16-17


dimanche 23 mars 2014

Quand tout est hommage...




Le Yoga de l'absorption

L'esprit inquiet ne connaît pas
Le bien être de la quiétude.
Pour s'en apercevoir,
Ceux qui sont silencieux montrent l'absorption (laya). 1

Śiva a expliqué à la Déesse
D'innombrables méthodes d'absorption.
Comment les connaître ? Comment les décrire ?
Cependant, je vais en décrire quelques unes. 2

Au début du sommeil et à la fin de la veille,
A la fin du sommeil et au début de la veille
Une absorption de l'esprit se produit (naturellement).
C'est à ce moment que l'on doit méditer sur le Soi. 3

Quand un porteur laisse tomber son fardeau,
Il se détend.
C'est à ce moment qu'il faut rendre hommage à Śiva
En regardant le Soi. 4

A chaque fois que l'esprit
Se détend
Il faut méditer le Grand Seigneur.
C'est cela, rendre hommage à Śiva. 5

Quand on cultive l'amour
Pour toutes choses, qu'elles soient désirées ou non,
L'esprit est sans désir ni haine.
C'est cela, rendre hommage à Śiva. 6

La souffrance est le plus grand hommage,
Par exemple la souffrance d'une conduite droite[1].
Le mal être est l'hommage suprême,
Par exemple le mal être suscité par la méchanceté. 7

La dépression elle-même est le plus grand hommage.
Déprimé, l'esprit se résorbe.
La peur est l'adoration ultime
Car la Révélation dit que "Le (Soi a crée tout cela)  parce qu'il avait peur (d'être seul). 8

Donner est un hommage sublime
Quand on donne au Soi suprême.
Ne pas donner est l'hommage ultime,
Si cela apaise l'esprit. 9

La maladie est l'hommage suprême,
Car les maladies détruisent les péchés.
La santé est hommage suprême
Pour autant qu'elle est un moyen de réaliser la délivrance. 10

L'action est un hommage sublime
Si l'on n'agit seulement pour Śiva.
L'inaction est la dévotion suprême
Quand elle est contemplation immobile. 11

Tenir compagnie aux sages et l'hommage souverain
Car c'est le moyen d'atteindre la liberté.
Tenir compagnie aux menteurs est un hommage distingué
Puisqu'on y examine la (vraie nature) de la confusion[2]. 12

La fermeté est l'hommage le plus haut
Car l'homme coriace atteint l'immortalité.
Etre velléitaire est un hommage absolu,
Car on s'affranchi ainsi sans tarder des taches entreprises. 13

Célébrer, c'est l'incomparable hommage !
Car Dieu est agréé par la louange.
Mépriser est l'hommage final,
Comme par exemple dire du mal de ceux qui (vous) sont chers[3]. 14

La soif, c'est l'hommage divin
Quand on a grand soif de Dieu.
Le contentement est un hommage omnipotent
Puisque le contentement caractérise Dieu. 15

Voyager est un hommage sans égal
(Si) l'on circombule ainsi Dieu.
Rester assis est hommage sans pareil :
S'asseoir en soi est le meilleur des yogas. 16

Manger est le plus bel hommage
Car on nourrit Dieu.
Jeûner est un hommage excellent
Car Dieu aime les abstinences. 17

Se tenir debout est l'hommage ultime
Car c'est se tenir près du Soi.
S'écrouler est l'hommage le plus haut,
Car c'est, en essence, rendre hommage[4]. 18

Parler est le meilleur des hommages,
Car c'est louer Dieu.
Mais le silence est (aussi) un hommage sans équivalent,
Car être en silence, c'est expliquer Cela. 19

Bouger est l'hommage absolu
Car bouger, c'est manifester Cela.
Ne pas bouger, c'est rendre un hommage parfait :
"Reste tranquille" est la parole du Veda. 20

Naître est l'adoration suprême,
C'est l'incarnation de Dieu[5].
Vivre est une offrande divine,
Car on réalise ainsi les buts de la vie. 21

Vivre longtemps est un hommage extraordinaire
Car les yogins vivent une longue vie.
Vivre peu de temps est un hommage extraordinaire
Car ainsi nous sommes délivrés sans tarder. 22

Mourir est le terme ultime de l'adoration
Car c'est laisser là les restes d'une offrande (désormais inutile)[6].
La tristesse est un hommage sans égal,
La tristesse est un moyen d'accomplir le détachement. 23

Se hérisser de joie est un hommage éminent
Car Dieu est toujours cette joie.
La plénitude est hommage suprême,
Car l'esprit de celui qui est comblé est établi dans le Soi. 24

La maigreur est le plus grand hommage,
Car les yogins sont maigres.
Le profit est un excellent hommage :
Car faire du profit rend content. 25

Perdre (son bien) est une adoration spéciale,
Car on en est par là délivré.
La vertu est l'hommage supérieur :
Les hommes droits respectent les vertueux. 26

Les défauts sont l'hommage le plus haut,
Car ils anéantissent l'ego.
Être reconnu est un hommage excellent,
Car ainsi le Seigneur suprême est reconnu. 27

Être méprisé est un hommage incomparable,
Car un yogin devient parfait grâce au mépris.
La richesse est un hommage sublime,
Car la richesse est un moyen de réaliser l'ordre naturel des choses. 28

La pauvreté est le plus grand hommage,
Car rien ne peut acheter l'Immense.
La vigilance est le plus grand hommage
Car la réalisation vient à qui est vigilant. 29

Être distrait est le plus grand hommage
Car on oublie ainsi ce que l'on (croit) devoir faire.
Dormir à poings fermés est le plus grand hommage
Car c'est la méditation profonde[7] des yogins. 30

Le yoga de l'action est le plus grand hommage
Car l'action est offerte à dieu, l'Immense.
Le yoga de l'amour divin est le plus grand hommage
Car "Celui qui m'aime, je l'aime"[8]. 31

Le yoga de la connaissance est le plus grand hommage
Car grâce à la connaissance on goûte à l'indépendance[9].
Le Quatrième est le plus grand hommage
Car il est expérience directe. 32

L'écoute est le plus grand hommage
Car on écoute le Seigneur Suprême.
La réflexion est le plus grand hommage
Car la réflexion est le moyen de contempler (le Soi). 33

Si notre oreille vient à rencontrer les instructions
De n'importe quel maître pareil à mon maître,
Alors tout, absolument tout,
Deviendra hommage à Dieu et absorption (en lui). 34

La source de toutes ces absorptions,
C'est l'oubli universel.
Dès lors, la concentration sur le Son[10]
Est le meilleur (moyen de tout oublier),
Car le Son est l'absorption ultime. 35

Tout comme une abeille qui boit
Le nectar des fleurs ne désire pas leur parfum,
De même l'esprit qui s'attache au Son
Ne désire pas les objets des sens. 36

Narahari, L'Essence de la conscience (Bodhasâra), 12


[1] caraṇam. Désigne aussi la pratique de l'ascèse.
[2] parīkṣyate : examiner, observer à fond, sous toutes les coutures. L'A. reprend ici une idée chère au Yogavasiṣṭha - l'une de ses principales sources d'inspiration - selon laquelle l'illusion ne saurait résister à un examen poussé. Se demander de quoi est faite l'eau du mirage, c'est du même coup découvrir sa vraie nature.
[3] C'est un moyen de se débarrasser des proches, donc de réaliser un certain détachement.
[4] Se prosterner (namaskāra).
[5] avaratāraḥ hareḥ.
[6] Le terme nirmālya désigne les restes des offrandes faites à Dieu (en particulier les fleurs offertes à Śiva). Il faut s'en débarrasser au plus vite.
[7] samādhi.
[8] Parle célèbre de Kṛṣṇa dans la Bhagavadgītā.
[9] kaivalya.
[10] nāda : selon Divākara, le disciple et commentateur de Narahari, il s'agit du son entendu dans l'oreille droite. Pour preuve de l'efficacité de cette pratique, il la compare au pouvoir qu'a la musique de nous faire oublier les soucis quotidiens. En outre, toujours selon Divākara, le son est lié à l'élément espace, lui-même proche de "l'espace de la conscience". Cette méthode, empruntée au Haṭhayoga, est toutefois mise au service du but principal visé par le Yogavasiṣṭha : l'oubli universel.
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