lundi 27 avril 2015

Les arbres du tantra

Le tantra non-duel affirme l'égalité de l'homme et de la femme tout en reconnaissant leur différence. 
Ils incarnent, respectivement, Dieu et la Déesse. 

Ce n'est pas du New Age, c'est un fait. D'ailleurs, le New Age est une incroyable résurgence du tantra non-duel et de ses équivalents dans toutes les cultures. On peut pointer ses défauts (relativisme, mercantilisme, sophismes, anti-intellectualisme, nombrilisme, consumérisme, etc.), mais il ne faut pas pour autant oublier ses qualités : liberté de conscience absolue, liberté de croire ou ne pas croire (laïcité !), valorisation du féminin, du corps, de l'intuition, dépassement des cloisons traditionnelles, extraordinaire inventivité, tentatives souvent justes pour transposer une sagesse d'une culture à une autre, individualisme, etc. 
Et aussi le souci de l’environnement.

Or, ce souci se retrouve dans le tantra non-duel. Le tantra non-duel, c'est le Kula, la tradition ésotérique des yogis et des yoginis. Les images végétales y sont omniprésentes. Par exemple, dans la Liturgie de Parashurâma (Parashurâmakalpasûtra), un aphorisme sur les devoirs de l'initié du Kula enjoint :

Il ne faut pas couper les dix arbres du Kula (X, 65)

Les commentaires de ce texte, composé dans le Sud de l'Inde vers le XVIe siècle, et sources de la plupart des manuels de cette tradition pratiqués aujourd'hui, précisent quels sont ces dix sortes d'arbres sacrés du Kula, arbre des yoginis, des déesse-mères, des matrices sacrées (mâtrikâ), dont le manguier, le margousier (neem), le kadamba, le bilva, le banyan, le figuier (udumvara) et le pîpal


Le banyan, image de la conscience qui prolifère


le Neem, arbre aux multiples remèdes
La feuille du pîpal, emblèmatique de l'Inde

Et puis, n'oublions pas les bishnoïs. A ma connaissance, ils n'ont rien à voir avec le tantra, mais eux aussi ont développé une vision de l'arbre sacrés. Certain d'entre eux sont connus pour avoir donné leur vie pour empêcher que l'on coupe des arbres.

Mais dans le tantra non-duel, l'arbre est partout. Arbre de la Déesse, il est l'image de la manifestation de la conscience. Les nervures de ses feuilles illustrent la forme du corps subtil. 

Alex_Grey_Vision_Tree


Voici un extrait d'un commentaire du un verset qui explique la Déesse comme arbre.

Dans les traditions de l'Inde, la déesse est souvent adorée 

comme arbre. Même dans sa version la plus raffinée, la 

Danse de Kâlî, la déesse est évoquée comme un arbre dont
partent d'innombrables lianes, une prolifération (prapanca)

sans limites. Voici un extrait d'un texte de cette tradition, que 

j'avais déjà mis en ligne. 


Il s'agit de la première stance et de son auto-commentaire 

qui, comme toujours, résument l'enseignement tout entier. 

Cet enseignement est présenté à travers le schéma des 

quatre étapes de la conscience comme parole.



La Lumière de la Grande Doctrine,

composée par le maître Śithikaṇṭha.


Stances augurales :

"La conscience est la divine terre de l’ébranlement (de la

 manifestation, et) sereine condition (tout à la fois).

Désireuse de faire apparaître des portions (de Śiva),

Puisse ce flot désigné par les mots 'Śiva' et 'Brahman'

Apparaître en sa vérité. 1

Elle qui se cristallise en portant en son sein le quadruple 

univers et les six chemins,

Elle a pourtant la taille fine ! -

(Car) elle est l’égalité de la prolifération (des phénomènes)

et de leur extinction. 2

Puisse la Puissance de Rudra vaincre la masse des nuages 

qui l’entravent

Grâce aux multiples moyens lumineux (enseignés ici)

Pour s’unir au cœur du Grand Seigneur. 3

En ce sanctuaire d’Uḍḍiyāna accompagné de ses

 sanctuaires secondaires nommés Kula et Akula

Se trouve la gnose la plus haute, pleine de puissance 

- la pratique féroce !

De même, multiple est l’éclat des sanctuaires qui 

resplendissent les uns après les autres.

Mais cette Entière Vérité est (pourtant) éternelle (, sa 

révélation est instantanée).

Ce royaume resplendissant, par sa grandeur souveraine,

Se trouve en tête des sanctuaires et règne sur eux. 4

Je vais dire tout ce qu’il y a à savoir sur

L’énumération des chemins avec leurs mantras,

Leurs mots et leurs phonèmes. 5

Première stance :


Puisse ce fruit qu’est

Le repos en notre essence être notre.

Ce fruit est celui de la Déesse primordiale,

Incompréhensible.

Elle est ce roulement de tonnerre des mots et des 

choses

Ce grand flot du courant divin,

Energie sans-caractéristiques à l’origine des vagues de 

la Māyā //1//


Le vaste déploiement de la Déesse primordiale, ce grand flot 

qui précède le courant divin, est ce roulement de tonnerre 

des mots et des choses, incompréhensible énergie, origine 

de la vague de la Māyā : puisse ce fruit du repos en notre 

essence être notre.

Tel est le sens (de ce vers) selon (son) ordre en prose.

Mais voici maintenant le sens implicite :

Ce roulement de tonnerre des mots et des choses est le 

déploiement de la (Parole) Médiane colorée par les objets 

pensés, proclamation ininterrompue provenant de 

l’apparition 

du grand flot en forme de Voyante dont la nature est la 

vibration de la Résonance (de la conscience manifestée 

comme mantra), consistant en des signifiants et 

des signifiés indifférenciés.  (Ce grand flot) provient du 

courant divin dont 

l’essence est le Soi, Parole Suprême gouvernée par la 

Déesse primordiale qui est l’essence, le Soi Suprême.

Le mot et la chose, c’est le nom et la forme, le signifiant et le 

signifié. Leur grondement roule comme le tonnerre (à travers 

toute la manifestation).

C’est lui ce cycle inférieur qu’est le déploiement de l’univers 

en forme d’énergie des vagues de la Māyā accompagné de 

la (Parole) Articulée avec ses objets signifiés (clairement 

distincts les uns des autres).

Son origine, son lieu d’origine, est caractérisé comme sans-

caractéristiques. Il est le déploiement complet de la Parole 

jusqu’à l’Articulée, apparaissant sous la forme de leur 

signifiés respectifs. Il est gouverné par la Parole Suprême.

Tel est cette quadruple apparition de la Parole qui s’achève 

par l’Articulée, gouverné par la Parole Suprême. Il a pour 

essence la conscience, c'est-à-dire le fait d’être actuellement 

conscient.

De même ce déploiement de la conscience est de deux 

natures : phénoménal et non-phénoménal. Il est la « Totalité 

des sons », objets empiriques de la parole articulée que l’on 

se représente actuellement.

Ce (déploiement) a pour origine la conscience, il existe dans 

la conscience, il est fait de conscience, il repose dans la 

pure conscience.

Ainsi ce déploiement de l’univers a pour fruit le repos en 

notre essence. Puisse (ce fruit) être notre. Puisse t-il 

s’achever par l’expérience de la Grande Vérité qui est 

présente pour tous toujours et partout.

Voilà ce que veut dire ce vers de salutation. 1"

dimanche 26 avril 2015

Tout est-il pur pour qui est pur ?


Une idée centrale du tantra non-duel est que les choses sont ce que nous jugeons qu'elles sont. 

Ainsi, '"il n'y a pas de phénomènes moraux, mais seulement des interprétations morales des phénomènes", comme dit Nietzsche. J'avais cité Abhinavagupta allant dans ce sens, qui faisait allusion à la croyance selon laquelle on peut neutraliser un poison en s'imaginant être un aigle, un garouda en sanskrit. 
Cette idée est fort courante. On la retrouve dans de nombreux textes bouddhistes, et elle est la base de tout un ensemble de tantras destiné à neutraliser les venins de serpent, cause de mortalité toujours importante en Inde. 
Voici un autre extrait qui fait allusion à cette croyance à la toute-puissance de l'imagination, un extrait de la Pureté de l'âme (Citta-vishuddhi, 30-31), texte tantrique bouddhiste qui défend l'idée que tout est imaginaire :

Pour le yogi dont les intentions sont pures,
(Même si son esprit) est subjugué
Par ce poison qu’est le feu de la passion,
Le désir qu’il nourrit
Envers les femmes désirables
Est de fait un désir
Qui le conduit à être délivré des désirs.

De même, si on s’imagine être un garouda
Ce garouda peut ingérer le poison
(Sans en souffrir).
On a alors neutralisé le poison.
On ne sera donc pas terrassé par lui.



Seulement, si tout est imagination et construction mentale, qui construit ? Le "grand moi" ou le "petit moi" ?

Ce texte, comme d'ailleurs le New Age (loi d'attraction, pensée positive, transurfing et autres machins quantiques...), laisse planer une ambiguïté : est-ce que c'est l'individu qui imagine, ou une source transpersonnelle, pour ne pas dire Dieu ?

S'il n'y a que l'individu, si c'est lui seulement qui imagine, qui imagine le monde et qui s'imagine lui-même en une sorte de monologue perpétuel, alors "il n'y a que moi qui existe", c'est le solipsisme
Et le résultat n'est pas beau à voir. Chacun se renferme sur soi-même en répétant ces mantras : "à chacun sa vérité", "tout est croyance", "la réalité est ce que je ressens dans l'instant", etc. Il n'y a alors plus de distinction entre l'objectif et le subjectif - tout est subjectif. Il n'y a plus de vrai, ni de beau, ni de bien, ni de juste. Il n'y a plus que ce qui arrive dans l'instant, neutre, impersonnel, malléable. Mais, comme les désirs de la personne demeurent... l'individu qui adhère à ces slogans adopte généralement un comportement égoïste, immature, tel une sorte d'adolescent attardé. Et il souffre. Cette voie-là est une impasse.

Mais comment distinguer rêve et réalité si "tout est imaginaire" ? Comment ne pas croire que "tout est croyance" si il n'existe pas de réalité séparée de moi ?

La réponse est qu'il faut distinguer entre ce qui est imaginé par Dieu, c'est-à-dire le monde, et ce qui est imaginé par Dieu identifié à tel individu, c'est-à-dire "son" monde à lui. 

Ce monde personnel est privé. Il est imaginé sur la base du monde objectif, qui est imaginé par Dieu. 

Mais ces deux sortes d'imagination doivent être soigneusement distinguées !

Dieu et un individu, ce n'est pas pareil. 
Le rêve de Dieu est notre réalité. Mais les réalités que nous imaginons ne deviennent pas LA réalité. Et même, le peu que nous pouvons imaginer est fondé sur la puissance de la Source. A chaque fois que nous imaginons, que nous agissons ou que nous pensons, nous nous identifions inconsciemment à Dieu. Plus nous nous identifions à cette Source, plus nos rêves deviennent réalité. Ou plutôt, la réalité correspond de plus en plus à nos rêves. Non pas que nous devenions résignés, passifs devant les imperfections et les injustices du monde (ce qui est une autre forme d'égoïsme, courante dans la spiritualité), mais nous sommes plus en paix, plus libres et joyeux. Ce qui, paradoxalement, nous rend plus disponibles et efficaces pour agir et changer ce monde.

Donc non, tout n'est pas imaginaire au sens ou tout serait imaginé par l'individu. Mais tout est bel et bien imaginé par cela qui, en moi, m'imagine et imagine tout le reste. Et cela est le Soi, plus moi que moi, le Soi de tout et de tous, la Source universelle. Il suffit de se retourner pour qu'elle se contemple elle-même par elle-même, sans intermédiaire ni croyance.

Or, comme il existe ainsi une différence entre mes rêves et la réalité, entre ce qui est subjectif et ce qui relève de l'objectivité, il s'ensuit que le Bien et le Mal ne sont pas toujours subjectifs. De même pour le Beau, le Vrai et le Juste. Si tel fait me semble injuste ou mauvais, cela ne correspond pas nécessairement à une croyance subjective. Cela peut être l'effet d'un sens inné du Bien et du Mal tel que la Source l'a décidé. Bien entendu, ce rêve de la Source est aussi un rêve, une création imaginaire. De fait, le Bien est relatif au Mal : ce sont des constructions. Mais qui ne dépendent pas de mon "petit moi" ! Le Bien et le Mal s'imposent à moi comme des faits. Du reste, ceux qui écoutent leur conscience savent bien que sa voix ne va pas toujours dans le sens de notre avantage égoïste ! Et c'est pourquoi on choisi bien souvent de ne pas écouter cette voix.

De plus, et même si la Source, substance de tout et de tous, est par-delà Bien et Mal qui sont des constructions relatives, cela n'implique pas que la Source, ou Dieu, ou la Déesse, soit neutre, indifférente. 
Non, car, même s'ils sont relatifs, Bien et Mal ne sont pas égaux, ils ne relèvent pas des même causes : le Bien est la Source elle-même, la Lumière. Le Mal est son absence, son ombre. 
Ou alors, disons que le Mal est la manifestation déformée du Bien, ou la Lumière incomplète. 
Ou bien, disons que le Bien est toute action ou parole dérivés d'une claire conscience de ne faire qu'un avec la Source, tandis que le Mal est le fruit d'une conscience confuse, qui s'identifie à un fragment du tout. 
De sorte que la Source est le Bien absolu qui transcende le Bien relatif.

En tous les cas, Bien et Mal ne sont pas simplement des inventions de l'individu ou d'un groupe.

samedi 25 avril 2015

D'où vient la dualité ?

Arunâchala, Dieu fait montagne, la conscience se manifeste comme inconscience

Pour le Vedânta, la réalité est une, et la dualité n'est qu'une illusion due à l'ignorance ou aveuglement (avidyâ). 
Mais d'où vient cette ignorance ? A qui appartient-elle ? En général, le partisan du Vedânta répond par une pirouette : Demander d'où vient l'ignorance, c'est cela, l'ignorance !

Pour la philosophie de la Reconnaissance (pratyabhijnâ), en revanche, la dualité est la libre manifestation du Soi. Jouer à se manifester à soi comme autre que soi, tel est son désir, sa liberté, son cœur, son âme. 

Là où le Vedânta parle d'être (sat), la Reconnaissance parle d'acte (kartritâ) ou d'acte d'être. 
Pour le Vedânta, la vérité est du côté de l'absolument immuable, du transcendant. 
Pour la Reconnaissance, la vérité est du côté du mouvement, de l'initiative, de l'élan, de la création, de l’illusion, de la magie. 
Vertigineux renversement.

Ce passage d'Utapaldeva le montre bien, qui critique le Vedânta et sa théorie de l'illusion :

"Même si la réalité, la conscience, est une (seulement, comme le prétend le Vedânta), la dualité entre les phénomènes n'est pas possible, car elle reste sans cause (et inexplicable. Pourtant, elle se manifeste bien !). De plus, l'action est impossible pour cette conscience (ainsi conçue par le Vedânta comme une pure unité).
Mais si le Soi, la conscience, manifeste comme séparé (de soi ce qui est Soi), parce qu'il prend conscience de soi en un désir d'agir ainsi fait (qu'il est à la fois unité et dualité, identité et altérité), alors (la dualité) s'explique ! 
Même dans l'acte d'être, ou d'exister, comme dans "il est", ou "il existe", une chose privée de conscience propre est incapable d'agir, car elle est privée de liberté, en ce sens qu'elle n'a pas le désir d'exister.
Dès lors, la vérité ultime de la (dualité), c'est que c'est le sujet conscient lui-même qui fait exister la (dualité), ou (on peut dire que) c'est le sujet conscient lui-même qui existe sous telle ou telle forme, sous la forme de l'Himâlaya par exemple."

Utpaladeva, Autocommentaire au poème pour la Reconnaissance, II, 4, 20

Autrement dit, l'Himâlaya n'est pas une illusion inexplicable, mais Dieu qui se fait montagne, le Soi qui se fait autre, parce que tel est son désir, parce qu'il est libre, parce que c'est cela, être conscient. Le désir est l'essence de la conscience, ce qui la distingue de la matière, des choses privées de conscience propre. 
Si illusion il y a, c'est alors celle qui consiste à oublier que la dualité est une manifestation de l'unité, de la conscience. Donc, le Vedânta est dans l'illusion. Mais cette illusion magique fait partie du jeu de la conscience, qui joue ainsi tous ces personnages, qui assume ces points de vue, jusqu'à se reconnaître elle-même en sa plénitude.

Dieu se manifeste comme montagne. Tel est le cas de la (petite) montagne du Sud de l'Inde, Arunâchala, la montagne rouge, manifestation de Dieu sur terre selon Ramana et d'autres croyants. Ramana a composé en tamoul un hymne à cette montagne de la dualité, libre manifestation de la conscience destinée à rappeler à ses amoureux que toute chose et tout être sont des manifestations de la conscience :

"Je suis je" ?



Dans un billet précédent, je mentionnais l'enseignement si simple et profond de Ramana :

Qui suis-je ? 
- Je suis je !

En sanskrit, Ramana dit : 
ko'ham ? 
- Aham aham !
Et pareil en tamoul : 
Nân yâr ? 
- Nân nân !

Dans la plupart des livres, aham aham est traduit par "je je". Mais c'est une traduction erronée. Aham aham veut dire "je suis je". Comme dans beaucoup de langues, la copule n'est pas exprimée.

Mais que veut dire "je suis je" ?

A ma connaissance, cette expression certes singulière n'a qu'un seul précédent dans toute la littérature sanskrite : dans la philosophie de la Reconnaissance (pratyabhijnâ). Celle-ci décrit l'état de conscience ultime comme un "je suis je". Ce qui signifie simplement que le Soi est conscient du Soi, comme Soi. Non-dualité. 
Et toutes autres expériences - "je suis Untel", "ceci est une voiture", "les chiens ne font pas des chats", etc. - ne sont que des inflexions de cette pleine conscience, de cet acte parfait, de ce plein ressaisissement de soi. Tout est le même, qui joue à être différent. Tout est soi, qui se diverti en se prenant pour un autre.

Tel est le message de Ramana. Et aussi le message de la philosophie de la Reconnaissance, que Ramana connaissait, notamment à travers des œuvres comme Le Secret de la Déesse Tripurâ (Tripurârahasya) ou Les Jubilations de l'esprit (Mânasollâsa, traduction à paraître aux éditions Nataraj), textes de la philosophie de la Reconnaissance telle qu'elle continua de s'élaborer dans le Sud de l'Inde, après être née au Cachemire un peu avant l'An mille. La Reconnaissance est ainsi la philosophie du tantra non-duel et celle de la tradition de Tripurâ, même si ses adeptes aujourd'hui n'ont plus guère d'intérêt pour cette sagesse extraordinaire et lui substituent plutôt (mais sans savoir, car ils s'en fichent) le monisme aride de Shankara. 
Soit dit, au passage, que Ramana connaissait mieux la Reconnaissance que le Vedânta selon Shankara : il ne cite jamais ou presque jamais les œuvres de Shankara, alors qu'il cite le Tripurârahasya et d'autres textes de la Reconnaissance, ainsi que le Yoga selon Vasishta, texte non-tantrique, mais composé lui aussi au Cachemire à la même époque que les premiers textes de la Reconnaissance. Enfin, Ramana fit bâtir un temple autour de la tombe de sa mère et y installa le palais de la Déesse, le mandala de la Reine des univers, le Secret des secrets.


Bref. 
"Je suis je". 
Comme le disent ces beaux versets à la fin de La Grande méditation d'Abhinavagupta :

Dieu donne.
Dieu reçoit.
Dieu est tout ceci,
Dieu est ce monde.
Dieu offre et il est l'offrande.
Car je suis ce Dieu !

Que tout aille bien
pour le monde entier !
Que tous les êtres fassent 
le bien de leurs semblables !
Que les maladies guérissent !
Que tous les êtres
soient partout et toujours heureux !

L’égoïsme, voie vers le Soi ?


L' amour de soi est amour de la Source de tout et de tous. 
L'amour de soi est différent de l'amour-propre, en ce que ce dernier est amour d'une image de soi dans le regard d'autrui. L'amour de soi, en revanche, est directe. Il est amour du Soi. 
Cela étant, même l'amour propre, l'égoïsme et autres narcissismes sont des reflets plus ou moins déformés de l'amour du Soi, amour de Dieu et amour de tout et de tous en Dieu. 
Cet amour est la Déesse. 



Maître !
Tu es le Soi de tous.
Or, tous aiment leur Soi.
L'amour pour toi
est donc naturellement réalisé !
Sachant cela, tous deviennent capables
de vaincre (leur misère).

Utpaladeva, Guirlande des hymnes, I, 7



Krishna, la lumineuse ténèbre :


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