mardi 2 septembre 2014

Terres de lumière


Dans toute tradition comme dans toute vie intérieure, il y a des mondes subtils. 
La question de leur sens est peut-être plus importante que celle de leur existence. Ou disons que leur existence ne fait justement qu'un avec leur signification. C'est ce qui les définit. Ces mondes sont l’expression imagée de ce qui transcende toute image. Ou plutôt, ils sont le monde, notre monde en fait, mais vu à la lumière de la vérité. Le monde ordinaire, le monde sensible, est celui des vaines opinions et des passions (au sens originel de "maladie") parce qu'il est un regard aveugle. Et ce regard qui ne voit rien voit des choses obscures, absurdes, lourdes, embarrassées, éphémères, dissonantes.
Les mondes subtils sont donc l'expression imagée, assurément conditionnées en partie par l'environnement, d'une vision juste. Entre les formes et le Sans-formes, ils forment plus qu'un pont : une synthèse. 
Juste une remarque au passage : dans le bouddhisme ancien, pour ne prendre que cet exemple, l'idéal à atteindre est situé au sommet de l'échelle des êtres et des mondes, en dehors même de cette échelle, dans une absolue transcendance, au-delà du monde de la forme matérielle, au-delà des mondes de la forme pure (nos mondes subtils) et même au-delà des mondes sans formes. Mais dans le bouddhisme du Grand Véhicule apparaissent des "Terres pures", des lieux où les formes ne trompent plus, où elles ne sont plus obstacles ni pièges mais bien signes limpides et invitations irrésistibles à l'Eveil. 
Et où sont ces Terres ? Non pas loin au-dessus des mondes sans formes, mais au cœur même de l'échelle des mondes, dans le samsâra, plus précisément dans les mondes de la forme pure, c'est-à-dire dans les terres faites de lumière immatérielle, lesquelles sont aussi ben omniprésentes. Comment pourrait-on mieux suggérer que le but, dans ce bouddhisme-là, n'est plus la transcendance pure et simple, mais bien la réconciliation ou la synthèse des formes et du Sans formes, de la transcendance et de l'immanence ?

Or, tout est dans la conscience, d'elle et vers elle. Telle est la juste vision. Comme tout est dans la conscience, la conscience est en chaque chose, sans même un atome séparé. Et comme la conscience est indivisible, elle est non seulement présente en chaque chose, mais encore elle est présente tout entière en chaque chose. Et comme nous avons constaté que tout est dans la conscience, il en découle nécessairement que chaque chose contient toutes choses. 

"Tout est en tout".

On retrouve cette maxime et ses variantes dans toutes les traditions. Dans le platonisme et ses branches nombreuses. Dans les religions de Shiva et dans les religions des Bouddhas.

En contexte platonisant, voici comme le persan Mollâ Sadrâ décrit le monde subtil, celui que Corbin a qualifié d'imaginal :

"Le corps et les volumes de l'autre monde sont infinis, parce qu'ils ont pour origine les imaginations et les perceptions des âmes et que les unes et les autres sont infinies. Les preuves établissant que les dimensions sont nécessairement finies ne valent pas pour l'outremonde ; elles ne valent que pour les dimensions et spatialisations matérielles de ce monde-ci. Cependant, il n'y a là-bas ni entassement ni gêne ; aucun corps n'est ni à l'extérieur de l'autre, ni à l'intérieur de l'autre. Chaque être humain, bienheureux ou réprouvé, possède un univers complet, plus vaste à lui seul que ce monde-ci, et qui ne forme jamais par rapport à l'univers d'un autre, comme un autre rang d'une même série, car chacun des bienheureux possède de la série tout entière toute la proportion qu'il désire."

Mollâ Sadrâ, cité dans Corps spirituel et terre céleste, p. 196

Evidement ce passage évoque avec une précision étonnante ce qui est dit ailleurs sur "l'unité sans confusion" de Proclos et Denys : notamment dans Le Soûtra de l'Ornementation fleurie ou dans le Yoga de Vasishtha, texte immense, fabuleux et pourtant vérace, partiellement traduit en persan du reste.  Comme dit Abhinavagupta, lui dont le nom évoque les pouvoirs de la conscience "à la fois évidente et cachée, cachée par son évidence même" : "Le trait propre de ce qui est privé de conscience, c'est que sa manifestation est délimitée. La conscience est différente, car elle n'est pas délimitée" (Poème pour l'éveil, 7), elle n'est pas mesurée ni mesurable. 
Et pourtant, dans l'outremonde, elle est images, formes et sensations à profusion. 
Les formes sont limitées, c'est là l'ordinaire. La conscience n'est pas délimitée, c'est l'extraordinaire. Mais quand les formes sont sans limites, n'est-ce pas l'extraordinaire de l'ordinaire ? N'est-ce pas là justement l'évocation de la réconciliation des opposés, de la synthèse achevée, de l'adéquation du potentiel et de l'actuel, de l'apparence et de sa réalité, de l'existence et son essence ?

Il y aurait beaucoup à dire sur ces sujets. J'en ai parlé dans mes livres et dans plusieurs billets de ce blog déjà, mais bien sûr ce ne sont que des reflets fugaces.

Hildegarde :

dimanche 31 août 2014

Faut-il des intermédiaires ?

Il y a deux sortes de doctrines spirituelles : 
1 - Celles qui mettent l'absolu d'un côté, le reste de l'autre.
2 - Celles qui posent l'absolu et deux sortes de mondes : l'un pur, manifestation adéquate de l'absolu. L'autre impur.

On retrouve cette distinction dans toutes les grandes aires cultures, les trois principales étant la Chine, l'Inde et la Grèce.
Ainsi en Inde, parmi les non-dualismes on observe ces deux approches. 

D'un côté, pour le Vedânta de Shankara, il y a l'absolu, et il y a l'illusion. Toute expérience est rejetée du côté de l'illusion, même les expériences qui transcendent la matière. Il en va de même dans des doctrines dualistes comme le Sâmkhya : face à la pure conscience, tout est jeté dans la même catégorie, celle de la matière privée de conscience. Que cette matière soit grossière ou subtile importe peu au yeux du partisan du Sâmkhya. C'est une logique du "tout ou rien". De même enfin, dans le bouddhisme ancien, le Nirvâna est opposé à toutes les autres formes d'expérience ou de monde, rejetés d'un bloc dans le cycle douloureux des renaissances. En effet même si tel paradis est supérieur en "confort" à notre monde matériel, il est tout entier dans le cycle des renaissances et donc imbibé de mal-être. De même enfin, dans maintes doctrines protestantes ou même certains non-dualismes contemporains, tout intermédiaire entre l'absolu et la matière est rejeté. Dès lors que toute expérience est fausse, toute la valeur spirituelle est investie dans la compréhension.

D'un autre côté, pour le tantra en général, y-compris le tantra non-duel, il convient d'admettre qu'entre l'absolu et le monde de la forme matérielle, il existe un monde de formes immatérielles, un monde de formes pures. C'est le "monde imaginal" d'Henry Corbin, le monde des visions pures du bouddhisme du Grand Véhicule et le monde de la Grande Magie (mahâmâyâ) de la religion de Shiva. Ce monde - ou ce nuancier infini de mondes - est le lieu de toutes les communications, des illuminations, des révélations. De plus, cette approche permet de parler d'une expérience de l'absolu, ou d'un monde de l'absolu, d'un lieu ou le Sans-formes se fait forme sans trahir son essence. Un monde ou l'existence est parfaitement conforme à l'essence, une expérience ou toute apparence est vraie. Il y a donc deux mondes dans ce genre de doctrine : un monde faux, manifestation de l'absolu déformée par l'ignorance ; et un monde vrai, manifestation conforme de l'absolu, manifestation donc selon la connaissance. 


Corbin a pu, à juste titre, qualifier la première approche de dualiste, car elle sépare absolument forme et sans-forme, abstrait et concret. Nous aurions alors le choix entre des expériences plus ou moins heureuses mais toujours illusoires ; et un absolu abstrait, sans expérience ni contenu, sans formes ni couleurs. Il est vrai que ce choix est au fondement de l'enseignement non-dualiste du Vedânta de Shankara. Ce dernier oppose sans cesse l'expérience - la magie (mâyâ) - à la compréhension de l'absolu qui est l'absolu (brahman) et qui est la seule et véritable libération. 
Corbin croyait que cette vision était la seule prévalente en Inde. Selon sa géographie symbolique, il pensait que l'Occident correspondait à la matière, l'Orient (l'Inde) à l'absolu sans formes et la Perse au monde intermédiaire des formes pures immatérielles. C'est sans doute qu'il ignorait le tantra, incarné dans les religions de Shiva, de Vishnu, du Bouddha et du Jîna, religions et philosophies qui constituent à elles seules la quasi totalité des pensées de l'Inde. Or dans ces pensées il y a bel et bien des "mondes purs". Et même, me semble t-il, ces pensées vont plus loin que le platonisme (source principale des théosophies d'Occident et du Moyen-Orient), car elles admettent que tous les mondes de forme pure ne sont pas libres. Il y a ainsi des paradis, des mondes qui expriment des actes et des intentions bonnes, et qui pourtant ne permettent pas de transcender l'ignorance et n'empêchent pas de rechuter, tôt ou tard, dans les mondes de la matière. 

Quoi qu'il en soit, il existe une troisième approche, celle du tantra non-duel, qui réconcilie non seulement la matière et l'esprit, mais encore qui réconcilier compréhension et expérience. Quel est son avantage par rapport aux approches dualistes, du type que l'on rencontre dans les religions ésotériques de Shiva et dans les platonismes ? C'est que, dans ces dernières approches, l'absolu est conçu comme absolument transcendant, même s'il est notre centre. Comme si nous ne pouvions jamais coïncider pleinement avec notre Soi, avec ce centre. Corbin voit dans cet échec une richesse inépuisable et une valorisation de l'individu. C'est intéressant. L'individu ne se perdrait pas dans un absolu sans formes, mais son individualité serait conservée sous une forme purifiée, adéquate, quoique capable d'un progrès potentiellement infini. Or le tantra non-duel reprend cette thèse à son compte. 
Mais il y a cette différence : dans le tantra non-duel, l'absolu est toujours aussi immédiatement accessible. Il est plus proche et évident que tout - que toute forme, fut-elle pure ou impure, ou que toute abstraction. Car l'absolu n'est rien d'autre que la conscience. Inconnaissable objectivement, elle est pourtant toujours déjà présente à titre de condition de possibilité de l'expérience ou de la compréhension. 
Dans le tantra non-duel, l'absolu est donc à la fois immédiat, et médiatisé par une infinité de formes plus ou moins adéquates. D'où la valeur, par exemple, de l'art.
Corbin se méfiait de l'immédiat, d'où son rejet de la non-dualité. Il est vrai qu'un certain non-dualisme rejette les formes et donc l'individualité au nom d'un absolu abstrait.
Mais le tantra non-duel est justement au fait de ce défaut. Il adresse précisément ce reproche au Vedânta non-dualiste, aux partisans d'un "absolu inerte" (shânta-brahman). L'absolu s'incarne, car il n'est pas stérile, mais bien puissant et fécond. D'où une progression infinie, tant il est vraie qu'il faut une infinité d'intermédiaires entre le fini et l'infini. C'est le monde imaginal, le monde des réalités pures et de la "pure science" (shuddha-vidyâ) des religions de Shiva. Mais l'absolu est aussi immédiat, comme conscience en arrière-plan de toutes ces formes, concrètes ou abstraites, pures ou impures, libres ou aliénées.
Le tantra non-duel réconcilie donc l'expérience et la compréhension, la forme et le sans-forme, l'intellect et l'imagination, le corps et l'esprit, la science et l'art, mais aussi le médiat et l'immédiat, c'est-à-dire voie directe et voie graduelle. 

Le Cachemire - terre natale du tantra non-duel - est donc le véritable centre, le nexus, la clairière, le carrefour entre les mondes, situé justement au cœur de l'ancienne route de la soie. 
Au reste, son martyr actuel n'incarne t-il pas la séparation entre l'Orient et l'Occident, séparation causée par une religion de l'unité mal comprise, un culte de l'unité par exclusion du multiple, je veux dire par l'islam ? 

En effet, l'islam ne "typifie" t-il pas tragiquement cette compréhension partielle et partiale de l'unité dont parle Corbin lui-même, en l'opposant à la dualité, redoublant ainsi la dualité d'une dualité seconde encore plus terrible ? L'iconoclasme, qui est littéralement l'acte fondateur de la "soumission" islamique n'est-il pas le symptôme achevé de la fascination pour un absolu sans forme, pour un absolu délimité et défini par un rejet de toute forme ? Quoi de plus violent et contraire à la non-dualité que ce Mahomet qui entre dans la Ka'aba pour y détruire les trois cent soixante cinq dieux et déesses qui symbolisaient justement la richesse de l'absolu ? Comment, dès lors, s'étonner de la violence islamique ? Et que l'on ne vienne pas m'opposer le cas d'Ibn Arabi et consort, car tous ceux qui sont honnêtes et informés admettront que tout ce qui est bon en lui et ses semblables vient du platonisme, et tout ce qui est mauvais dans leurs écrits vient de l'islam. Les Musulmans orthodoxes ont raison : le soufisme est un rejeton du platonisme, du christianisme, du bouddhisme et de l'hindouisme. Il n'est pas un fruit de l'islam, mais une manière pour l'ancienne sagesse de survivre au milieu de cette folie furieuse. Le soufisme n'est pas né grâce à l’islam, mais bien malgré l'islam.

Cette question du rapport entre l'un et le multiple, entre unité et dualité, entre absolu et individu, est donc cruciale. vitale même. En elle se joue l'avenir de l'humanité.

Voici, en un second tableau, la vision de l'approche trinitaire ou dialectique du réel, par opposition ou complémentarité à l'approche binaire :





Dernière question sur ce débat si important et nécessaire :
Que devons-nous gardez aujourd'hui de ce "monde imaginal" ? 
Car les objections ne manquent pas pour s'en débarrasser. 
Pour commencer, s'il a une réalité indépendante de la matière, du cerveau et des contingences historiques et même culturelles, comment expliquer que les bouddhistes ne voient jamais Jésus ? Le bouddhisme tantrique contient moultes descriptions du monde imaginal (sambhoga-kâya, shuddha-buddha-kshetra, mandala, etc.). Aucune ne parle de Jésus, pour ne mentionner que cet exemple. Il me semble que l'Inde, ici encore, est mieux armée pour faire face à ces objections. Ce n'est pas un hasard, je crois, si l'hindouisme est plus vivant que jamais, tandis que le platonisme survit dans l'ésotérisme.
De plus, ce monde imaginal ouvre la porte à maints abus, dérives et manipulations, comme on dit. Presque tous les gourous qui ont mis l'accent sur le monde imaginal on été emporté par la folie des grandeurs ou l'une de ses variantes.
Mais je ne veux pas répondre maintenant. je souhaitais juste soulever ce problème.

vendredi 29 août 2014

Expérience décisive V - L'éveil est-il une question de regard ?

Chez tous les mammifères le regard est important. Fixer un autre être vivant est souvent considéré comme une menace. Ce que l'on retrouve dans maintes cultures tribales comme on peut le constater dans le 93 et ailleurs... 
Les Anciens considéraient d'ailleurs que le regard était une sorte de rayonnement sortant des yeux et allant se saisir de son objet, à la manière des tentacules d'une pieuvre. Aujourd'hui encore, des gens comme Rupert Sheldrake tentent de valider cette croyance par des expérimentations un peu farfelues, comme de fixer son chat quand il vous tourne le dos et observer s'il réagit. Le regard aurait donc une sorte de puissance physique :


Quoi qu'il en soit, cette croyance a bien une base physique : le regard est quelque chose de troublant, perturbant. Les yeux ne sont ils pas les portes de l'âme ? Le regard matérialise l'attention. Et dans maintes traditions magiques, le regard a un pouvoir ou participe à la manifestation d'un pouvoir. Dans le tantra, le regard sert à immobiliser, à pétrifier un ennemi. Le fait qu'un maître vous regarde est censé matérialiser la compassion du maître. Dans la méditation, le regard est un point-clef.
Il n'est donc pas étonnant que les gens croient pouvoir percevoir dans le regard d'une personne si elle est éveillée, son degré de réalisation, etc. Osho était censé ne jamais cligner des yeux, tout comme U. G. Krishnamurti et d'autres.
Dans le milieu de la non-dualité, les échanges de regard sont importants. Un "satsang" ou réunion non-duelle se résume parfois à des regards.

Le mentaliste Derren Brown se livre à un concours de regard, sur le modèle du "je te tiens, tu me tiens par la barbichette" :


Il existe des compétitions dans ce domaine :


Certains éveillés proposent de vous regarder via internet et moyennant une participation. Ou pas :





Le champion en ce domaine semble être John de Ruiter, un canadien (?). Il fascine des foules pendant des heures avec son regard de suédois fou tout droit sorti d'une pub Krisp Roll.

En réalité, où est la Source ?
Dans les yeux ? Dans telle personne ? Dans tel lieu ? 
Vérifions. 
La seule et unique conscience n'est-elle pas évidente ? Regardez :




mercredi 27 août 2014

Expérience décisive IV - Un éveillé peut-il être une créature ordinaire ?

Dans les milieux spirituels règne le Mythe de l'Eveil. L'un de ses épisodes raconte que l’Éveillé est un être moralement parfait : tout ce qu'il fait est pour notre bien, même si les apparences montrent le contraire. Il agit ainsi par-delà Bien et Mal, au-delà du mental (le Grand Méchant Malin), pour purifier notre karma, pour briser nos "concepts", débloquer notre "énergie", et casser notre "égo" (sic). 

En réalité, l'éveillé n'est souvent pas éveillé du tout. D'ailleurs, l'éveil est une métaphore qui peut s'appliquer à toutes les sauces. Mais si l'on entend par "éveillé" un être parfait, alors cet être n'existe pas. Un être humain a un ego. Un corps sans ego, c'est impossible dit Totaka dans La Mise à nu de la quintessence de la tradition (versets 16 à 20), texte traditionnel de la non-dualité la plus radicale.

De plus, cette croyance au mythe de l'homme/femme parfait(e) est dangereuse. Elle mène certes à des extases temporaires, mais elle justifie aussi des crimes. Comme en témoigne l'expérience de cette famille crédule, disciples d'un homme qui prétendit construire un hôpital en utilisant en fait l'argent du boss des Hard Rock Cafe's : Sathya Saï Baba. Qu'il fut homosexuel, comment lui en tenir rigueur ? Mais qu'il employât son statut d’Éveillé incomparable, d'Être Suprême, pour assouvir des fantasmes pédophiles, cela est plus discutable. Non ?

Voici :


Dès qu'il y a croyance en des super-pouvoirs, le "maître" peut aussi en abuser pour vivre un vie de prédateur sexuel. Que l'on me comprenne bien : je n'ai rien contre des relations entre adultes consentants. Mais là il s'agit de mineurs ou de personnes fragiles à qui l'on fait miroiter des miracles en échange de quelques minutes de plaisir vulgaire. 
Voici le cas de Sogyal. On pourrait rétorquer que ce sont là des rumeurs ou des cabales. Mais, comme pour Saï Baba, cela fait des décennies que j'entends des histoires au sujet de Sogyal. Déjà quand il vivait à Paris dans le XVIIIe, sa réputation était déjà faite. Il y a trop de témoignages pour que tout ceci soit considéré comme sans fondement. 
Autre chose : l'intérêt de ces témoignages est de montrer que ce n'est pas le "maître" qui est entièrement responsable de ses crimes - quoi qu'il doive aussi en répondre -, mais que c'est bien un système de croyance qui rend tout cela possible. 
De même que les crimes de l'islam ne sont pas le fait de quelques Musulmans dérangés, mais sont bien l'expression d'un système de croyances nommé "islam", de même les délits et abus de toutes sortes dans les milieux spirituels sont l'expression de mécanismes psychologiques et sociologiques qu'il convient d'étudier. Voici donc sur Sogyal :


Mais la situation est bien pire dans les grandes religions que certains voudraient nous vendre comme des valeurs sures et des "voies qui ont fait leurs preuves"...

Quand on sait ce que Dieu veut, tout est permis... Mise en pratique :


Etc. etc.

Expérience décisive III - Comment le gourou peut-il me connaître ?

Souvent les gens confondent spiritualité et surnaturel. 
Ou du moins, le surnaturel est un ingrédient jugé indispensable pour ajouter une touche de mystère. C'est que nous avons comme honte d'être raisonnables. Être spirituel, c'est montrer que l'on méprise la raison. Pour montrer ce mépris (parfois appelé "misologie"), on raconte des anecdotes. Qui n'a entendu ce genre d'histoire ? J'en ai entendu des centaines. Littéralement. Dans un groupe spirituel, on trouve toujours une dame ou un type plus que ravis de vous déballer les miracles dont ils auraient été témoins et bénéficiaires. Une bonne partie de ces histoires vise en effet à montrer que telle personne est un "maître", une personne spéciale, qui dépasse l'entendement, la raison, que l'on ne peut juger. Or, c'est bien entendu une façon de se mettre en valeur : "Eh, regardez, j'ai trouvé un truc trop cool !" ; "Je ne suis qu'un humble chercheur, mais mon maître..." L'une des histoires que l'on entend partout est celle du maître qui nous connaît avant même que nous le connaissions. Comme s'il savait lire en nous.
On retrouve cette impression avec les médiums et les horoscopes. Ils semblent lire en nous comme dans un livre ouvert. Ils disent des choses si précises ! "Et pourtant, je ne lui avait rien dit !", etc., etc.
Derren Brown, un magicien anglais, se livre ici à une expérience pour tester cette croyance. 

C'est en anglais, mais pas difficile à suivre, avec trois groupes de cobayes. Anglais, américains et espagnols. Voici :


Cela s'appelle l'effet barnum.

Le seul rôle du maître est de pointer notre vraie nature. Peu importe de qui il s'agit. Cela peut même être... un livre ! Eh oui. Le reste relève de la religion, de la famille, de la société. De l'illusion.

mardi 26 août 2014

Expérience décisive II - L'argent fait-il l'éveil ?

Dans les années 50, en Inde, un petit secrétaire médiocre, un certain Mahesh Srivastava, eut une bonne idée commerciale : vendre des mantras, des formules sacrées. Comme il avait été secrétaire aux côtés d'un authentique connaisseur des mantras, Karapâtrî Svâmî, il essaya de se rappeler ce qu'il avait entendu et se mit à vendre ces pseudo-formules magiques à quiconque était prêt à payer. Les Beatles le rencontrèrent. Il émigra. Aux USA, il créa des business pour une valeur de plusieurs centaines de millions de dollars. Comme les gens voulaient ses mantras de pacotille, il créa un business-plan très efficace qui connu un grand succès. Il se paya même les services de pseudo-scientifique - car dans la populace personne ne sait au juste ce que veut dire "scientifique" - pour prouver que ses mantras étaient vraiment efficaces et pouvaient résoudre tous les problèmes du monde. Puis il créa un gouvernement d'opérette en Suisse. Pour y siéger, il fallait débourser un million de dollars. A ce prix, on avait le droit à une couronne en plastique. Le parlement se remplit rapidement.
Srivastava a finit par mourir. Mais son empire commercial perdure. Il se nomme Méditation Transcendantale.

Il a des disciples connus, comme David Lynch. D'autres moins. Dans le doc suivant, un jeune cinéaste allemand se livre à une enquête, une expérience vivante : les pseudo-mantras de Srivastava peuvent-ils rendre heureux et créatif ? La vraie question est : Que se passe-t-il quand on mélange spiritualité, argent, soif de pouvoir et crédulité ? Je vous laisse découvrir :

dimanche 24 août 2014

Quelque part entre l'ordre et le chaos....


Je ne désire être
Ni indifférent, ni libre d'agir à ma guise,
Ni même être un adorateur aspirant à la liberté...
Non, je désire être ivre
Du vin de ton amour démesuré !

Maître !
Celui qui t'adore
Prend l'extérieur et
Le dépose à l'intérieur du cœur.
Parce qu'il t'adore ainsi
Avec le nectar immortel
Débordant de ton amour,
Je le salue.

Merveille !
Quelque part
Entre l'ordre et le chaos,
Entre la théorie et la pratique,
Entre le bien être et le mal être,
Tes amoureux se délectent
D'une ineffable manière !

Utpaladeva, Hymnes à Shiva, XV, 4-6

vendredi 22 août 2014

Qu'ils pleurent ou qu'ils rient


Il existe bien des livres
Purs de la triple (croyance au destin, à la dualité et à l'individualité),
Livres certes maîtrisés par
Les adeptes du yoga et par les lettrés.
Mais en vérité
Seuls tes amoureux
Sont sains, indépendants et confiants.

Maître !
Tes amoureux se promènent,
A l'aise,
Sur les rives du monde
Parce qu'ils t'ont rassasié
En t'offrant la croyance en la dualité,
La croyance au temps, 
En la nécessité, au désir...

Qu'ils pleurent ou qu'ils rient
Tes amoureux n'expriment que toi !
Tes amoureux qui t'aiment
Par des louanges, des poèmes et des métaphores
Sont vraiment à part !

Utpaladeva, Hymnes à Shiva, XV, 1-3

mardi 19 août 2014

Le monde est l'ivresse de l'absolu


Quand tu te manifestes
Tu manifestes tout.
Quand tu savoures ton corps
Tu savoures toute chose.
Ivre de ton propre nectar
Tu manifestes le mandala
Des expériences !

Maître !
Celui qui perçoit sans aucun doute
Ton corps
En ce mandala des choses
Au complet,
Comment pourrait-il connaître la peur,
Lui qui est toujours à son aise
Dans un monde
Débordant de la vision
De la manifestation de soi-même ?

Utpaladeva, Hymnes à Shiva, XIII, 15-16

dimanche 17 août 2014

Regarder là-bas... ou regarder ici

Un maître de la tradition de la Grande complétude, un homme qui vit actuellement à l'Est du Tibet, nous dit ceci :

"Avant d'être (instruit), vous étiez sous le contrôle (de vos pensées) à cause de la confusion engendrée par le fait de regarder vers l'extérieur et de ne pas voir la réalité telle qu'elle est. Mais à présent, vous regardez vers l'intérieur, vers l'esprit vacant de la claire vision qui, libéré de l'objectivité, est libre de centre et de directions, est limpide et nu. Il est manifeste est c'est lui le "la claire vision du Corps absolu". Mipham a dit :

Comparé aux centaines d'enseignements
Que l'on regarde vers là-bas,
L'enseignement unique de l'esprit
Que l'on regarde vers ici
Est suprême.
Toi, être puéril
Qui adore regarder là-bas,
Sache qu'à présent
Il serait bon
De regarder ici !

Cette sorte de vision claire, nue, limpide, immaculée, dépourvue de tout voile, cette transparence parfaite qui ne peut être exprimée verbalement ou mentalement est la grande conscience originelle qui surgie d’elle-même. Les objets des six sens qui apparaissent d'elle sont le jeu de sa créativité et sa parure."

Ontul Tenpai Wangchouk, Les Reliques du Corps absolu, traduit de la traduction anglaise de Tony Duff, pp. 25-26

Voici une vidéo de l'auteur des Reliques. Il donne ici un enseignement sur la géographie sacrée du Golok, une région du Tibet oriental. Il nous a quitté le 14 avril dernier :

samedi 16 août 2014

Conscience et volonté

Tout apparaît et disparaît dans la conscience.
Même un enfant peut comprendre cela.

En revanche, si je suis conscience omniprésente, pourquoi  tout ne se manifeste t-il pas selon ma volonté ?
En tant que conscience qui inclut tout, je devrais pouvoir tout manifester à ma guise...

Bien sûr, il est aisé de répondre par des déductions ou des réponses indirectes - "intellectuelles" - comme le fait Francis Lucille dans cette vidéo :



Je me souviens que quand je lui avait posé la question il a vingt ans, il avait répondu "Ici on ne fait pas de philosophie !" Comme j'étais revenu à la charge, il avait proposé cette autre réponse : "Qu'est-ce qui te fais croire que ce n'est pas toi qui fait pleuvoir ces nuages ?" Ce qui se rapproche de la réponse qu'il donne dans cette vidéo. Il y présuppose que celui qui pose la question la pose du point de vue de l'individu, d'une entité séparée. Ce qui ne me semble pas être le cas. Le jeune Indien pose sa question clairement, mais Lucille fait mine de ne pas l'entendre. Autrement dit, il ne répond pas. Il botte en touche, comme on dit encore.
Quand j'avais demandé à Douglas Harding "Si nous sommes la même conscience, pourquoi est-ce que je ne ressens pas tout ce que les autres ressentent et pensent ?", il avait admit qu'il n'avait pas vraiment de réponse, mais il avait ajouté : "Ce qui est sur, c'est que quand on vit à partir de cette conscience unique, on ne devient pas automatiquement télépathe, mais cela facilite grandement les relations !" Ce qui n'est pas non plus une réponse directe, pas une réponse par l'expérience même de la volonté.

Pour répondre de façon satisfaisante, il faudrait pointer une expérience dans laquelle je ferais l'expérience que ma volonté veut tout ce qui est. Ou manifeste ce que je veux.
Douglas Harding a proposé quelques expérimentations. Mais elles sont plutôt symboliques. Douglas Harding explique ici sa position, limpide comme toujours et en accord avec les traditions du monde :



Donc, en bref, s'il est aisé de reconnaître le Soi par la conscience, il est plus délicat de le reconnaître par la volonté.

La seule réponse qui pointe l'expérience même de la volonté est celle du tantra non-duel.

Dans le premier instant de n'importe quelle expérience, nous faisons l'expérience directe que notre volonté est la Source de ce qui va se manifester ensuite dans cette expérience. Je ne parle pas d'une déduction ou d'une vague intuition, mais d'une vision globale et d'un pur élan où il n'y pas encore de séparation entre la volonté et son objet, pas encore de séparation entre la volonté et la conscience. On peut comparer ce premier instant avec le premier instant du Big Bang. Les physiciens disent qu'en ce premier instant les différentes forces physiques (comme la gravité ou l'électromagnétisme) n'en faisaient qu'une. Le tantra non-duel compare ce moment d'élan initial à la vision panoramique d'une ville depuis une hauteur. Ce n'est plus l'être pur indifférencié. Ce n'est pas encore la dualité. C'est le frémissement de la toute-possibilité. C'est l'être qui prends conscience de soi comme toute possibilité. Et donc avec joie. En cet instant, on fait l'expérience directe de la volonté universelle de la conscience universelle.
Cela peut être le premier instant de n'importe quelle expérience, mais plus particulièrement des expériences fortes, comme la douleur, le plaisir ou la confusion. Par exemple, si je me retrouve nez-à-nez avec un ennemi. Si j'éternue. Si je coure pour sauver ma peau. Si je me réveille sans savoir où ni quoi ni qu'est-ce. Et ainsi de suite.
Cette reconnaissance est cruciale. Si je me reconnais comme volonté universelle à la source de tout ce qui arrive, le mouvement est intégré. Si je ne reconnais que l'aspect de conscience, je risque de concevoir la conscience comme un Témoin passif et du coup de vivre en retrait, ou seulement en retrait.

vendredi 15 août 2014

L'essentiel de la non-dualité


L'Essence de la vérité ultime - Paramarthasara

Voici la traduction d'un enseignement intemporel sur la connaissance de soi. Simple et clair, accessible à tous.

Qui suis-je ? Telle est la question cruciale. La plupart des gens s'identifient à leur corps ou à une âme, à leurs pensées ou leurs émotions. Comme ces choses sont limitées et soumises à des conditions, nous éprouvons alors un mal être difficile à surmonter. Mais l'enseignement non-dualiste de l'Inde nous apprend une bonne nouvelle : nous ne sommes ni le corps ni l'esprit, mais la conscience pure et simple, identique à la Source de tout et de tous. Il suffit de le reconnaître dans l'expérience ici et maintenant.
Tel est le message radical de ce texte sanskrit ancien ici traduit pour la première fois en français. 
Deux versions de la traduction sont proposées : la première s'adresse à tous les lecteurs et est accompagnée d'un commentaire simple et bref qui cherche à aller droit à l'essentiel. La seconde version, plus littérale, s'accompagne de notes plus précises.

Cette publication est la première d'une série de traductions de textes de la tradition non-dualiste.

jeudi 14 août 2014

Expériences décisives - I - Le vrai faux gourou


On se pose plein de questions. La plupart des gens hésitent, paresseux, craintifs, ils s'en tiennent à un "chacun sa vérité" qui leur permet de fuir tout en sauvant la face.
Pourtant, il existe un outil merveilleux qui permet d'avancer.
 Il se nomme expérimentation
Il est constitué d'un mixe d'expérience et d'intelligence, de théorie et de pratique. 
L'expérience seule est aveugle (c'est pourquoi l'adoration du ressenti ne mène à rien). La pensée seule est creuse (c'est pourquoi l'intellectualisme ne mène à rien). 
Mais le dialogue des deux est d'une puissance proprement hallucinante.
Une expérimentation, quand elle est réussie, permet de changer notre vision du monde.
Un exemple célèbre est l'expérience de Milgram.

Mais dans le domaine spirituel ?

Prenons la question du gourou. Est-il/elle indispensable ? Existe t-il des gourous, des êtres parfaits ? Les "éveillés" ont-ils quelque chose de plus que nous ? Chacun peut avancer des exemples pour et contre. Mais il faudrait une expérimentation.


Le jeune réalisateur américain d'origine indienne Vikram Gandhi a eu cette idée. Sous le nom de Kumâré, symbole de l'"enfant intérieur", il s'est fait passer pour un gourou. Il a déblatéré pendant plusieurs mois en Arizona. Avec robe safran, accent inimitable, manières d'Indien sorti de sa campagne, quelques postures, des schémas improbables, du charabia et beaucoup de culot. 
Et ça a marché. Kumâré a rassemblé des disciples. Une médium a "vu" en lui quelque chose qu'elle n'avait jamais vu. Et plein d'autres ont "senti" en lui une énergie, une aura incroyable. Ils étaient prêts à tout quitter pour lui. 
J'ai adoré la séquence où il se fait rendre un culte par un rasta prof de sociologie (!), avec sa photo entourée des photos d'Obama et d'un Ben Laden au sourire mielleux. Un grand moment !


Bref. Je vous laisse découvrir par vous-mêmes. C'est en anglais, mais ça vaut le détour. Drôle et décapant. Explosif. Mortel... pour certaines illusions.
Une expérience décisive. 
Le gourou est en nous. 
Il/elle s'appelle... intelligence.



Adoré de tes propres mains

A chaque fois que tu te manifeste
Dans un objet à l'extérieur ou à l'intérieur,
Accompagné de la suprême souveraine (la conscience),
Je veux toujours te voir,
Toi qui déborde dans les trois mondes,
Adoré de tes propres mains !


C'est un miracle et une merveille
Qui arrive par ton toucher
Lors de l'expérience de n'importe quelle chose
- car tout est bon (en toi) -
Et c'est par cet émerveillement
Que je rend un culte à ton corps de beauté :
C'est ainsi tes amoureux éperdus
T'honorent !

Utpaladeva, Hymnes à Shiva, XIII, 14-15

mardi 12 août 2014

Une science mystique ?


Il a existé en France une véritable tradition mystique, un art d'expérimenter Dieu. Au XVIIIe siècle, siècle des Lumières, l'Eglise aura anéanti sa propre tradition mystique, contribuant ainsi au sens moderne de ce terme : "mystique" devient synonyme de phénomène surnaturel, voire de croyance fumeuse, de mystification.

pourtant, dans la tradition qui atteint son zénith au Grand Siècle, "théologie mystique" désigne simplement la connaissance expérimentale de Dieu par diverses sortes de contemplation. Mais plus les années passent, plus cette tradition est attaquée, comme en témoigne l'exemple tragique de Madame Guyon, vraie mystique persécutée par Bossuet et d'autres, enfermée à la Bastille et finalement relâchée. Elle meurt en 1715, en même temps que la tradition mystique. Mais en 1708 paraît encore une défense rigoureuse de la mystique par le Carme Honoré de Sainte Marie. Il entreprend dans un livre en trois gros tomes de définir précisément les termes de la mystique, ses effets et ses degrés en citant les auteurs de la tradition, depuis Jésus, le premier mystique. Un livre extraordinaire qui tente l'ébauche d'une véritable science de la méditation. Voici un extrait :

"Les mystiques "donnent le nom de sommeil spirituel à ce repos et à cette paix dont l'âme jouit dans la contemplation lorsque, par une grâce particulière du Saint Esprit, ayant suspendu tous les actes empressés de ses puissances et considérant Dieu d'un regard tranquille et débarrassé des images sensibles, elle s'endort doucement en Dieu : parce qu'alors étant séparée de toutes choses, s'oubliant elle-même et presque dans l'inaction de tous ses sens, elle n'est occupée qu'à contempler avec paix son bien-aimé et à jouir avec douceur de son amour.
Mais lorsque la douceur de l'amour est grande, la paix et la tranquillité qu'il produit est fort profonde. ils l'appellent oraison de quiétude laquelle on possède Dieu avec un amour très pur et très délicieux, de sorte qu'il semble s'écouler dans l'âme. Dans cette contemplation, l'esprit est éclairé et comme inondé d'un torrent de lumière et de douceur. Dieu est avec lui et il est avec Dieu, ils sont unis ensemble par un esprit plein de suavité qui comble l'âme d'une grande joie.
Lorsque l'esprit est débarrassé de toutes les choses créées et qu'il s’élève au-dessus des images corporelles et sensibles pour être plus attentif à Dieu, c'est une oraison de recueillement surnaturel dans le langage de ces spirituels. Mais ils donnent le nom de silence mystique à cette contemplation qui n'est point obscurcie par les fantômes de l'imagination. Ou lorsque l’âme produit des actes dans cet état avec tant de paix et de tranquillité, qu'ils la rendent attentive à la vérité divine qui parle."

Honoré de Sainte Marie, Tradition des Pères... tome I, Paris, 1708, pp. 28-29



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