dimanche 5 juillet 2015

Retenir le souffle

Yukteshvar, un adepte célèbre de Bénares. L'un des rares clichés de yogi indien qui présente un parfum d'authenticité, même si le Kriyâ a, par la suite, sombré dans la bouffonnerie kitsch

Quand on fait silence à l'intérieur, il se produit souvent une légère rétention du souffle. 
Comme une suspension involontaire. 
Comme lors de n’importe quelle concentration. 
D'ordinaire, ça passe inaperçu.
A l'inverse, une rétention du souffle - retenir sa respiration en gros - peut induire une suspension du bavardage intérieur.
Le souffle est le lien entre le corps et l'esprit.
C'est pourquoi, dans toutes les traditions contemplatives, on arrête l'esprit par le souffle, ou le souffle par l'esprit.

Pour arrêter l'esprit par le souffle, il existe deux méthode : l'une douce, l'autre forte (hatha).

La méthode douce est la voie royale : se donner pleinement à l'écoute du silence qui suit chaque expiration.

Mais la méthode forte n'est pas sans beauté, et pas si compliquée qu'on le croit : principalement, on retient la respiration à plein. 
Dans cette suspension, le corps est comme un vase (d'où le mot sanskrit pour la rétention, kumbhaka "faire le vase") et on peut légèrement comprimer le souffle et contracter les muscles autour du coccyx. 
La conscience s'éveille à elle-même dans cet intervalle. L'attention s'ouvre à l'espace, comme une fleur après une longue nuit froide. 
Le silence, la présence, le conscience, s’appelle "résonance" en sanskrit (nâda). 
Et l'écoute de ce silence est la porte vers l'au-delà du mental. La rétention du souffle est donc un intermédiaire entre l'identification au corps et au mental, et l'éveil à soi par-delà toute pensée. 
Comme dit la Lampe de l'union du soleil et de la lune, l'ordre des pratiques du yoga est : postures, rétentions, attitudes contemplatives (mudrâs) et écoute de la résonance.

"Assis en lotus,
le yogi doit inspirer par les deux narines
et retenir le souffle.
Il est délivré, sans aucun doute.

Tant que le souffle est tenu dans le corps,
le mental reste transparent.
Tant que le regard est fixe,
Comment aurait-on peur du Temps/ de la Mort ?

Quand le souffle vit dans l'intervalle,
le mental se stabilise.
Cet état de stabilité mentale
est l'état non-mental". 

Lampe du soleil et de la lune (Hathapradîpikâ), IV, 8, 28, 30

P.S. : le verset 30 dit, littéralement, "tant que le regard est entre les sourcils". Mais il ne s'agit pas de loucher vers le haut comme sur les clichés ridicules qui empoisonnent les imaginations depuis des décennies. Bien plutôt, il faut poser le regard droit dans l'espace, comme Yukteshvar sur la photo. De même, le regard "sur la pointe du nez" (nâsâgre) ne consiste pas à loucher vers la pointe du nez, mais à poser le regard, sans la moindre trace de tension, sur le sol, dans la direction de l'arrête du nez, à 45° en gros.

samedi 4 juillet 2015

Puissance de la posture

Marpa the Translator
Marpa avec sa ceinture de méditation. Source

Le corps et l'esprit sont interdépendants. C'est un fait d'expérience bien connu. Quand je suis stressé, je m'assoie le dos voûté. Cette posture va, en retour, bloquer le souffle et comprimer les organes. 

Pour méditer, il existe des postures qui induisent d'elles-mêmes l'ouverture d'esprit, une attention sans attache. 
Ce n'est pas seulement moi qui le dit. 
Marpa, l’irascible maître de Milarépa le grand yogi tibétain, enseignait une posture en cinq points : 

1. Être droit comme une flèche
2. Le cou crocheté un peu comme au garde-à-vous
3. Les jambes croisées
4. Le corps entouré d'une ceinture de méditation
5. Un coussin sous les fesses

On remarquera : 
a) L'absence de position spécifique des mains. Marpa est toujours représenté les mains flottantes, comme dans la posture dzogchen du "repos de l'esprit" (citta-vishrânti-âsana). 
b) La présence de la ceinture de méditation. Elle est toujours employée de nos jours, comme par ce fils de Milarépa qui pratique au Tibet actuellement :



En outre, les lèvres sont légèrement entrouvertes, et le regard est grand ouvert.
Marpa vante ainsi la puissance de cette posture :

"Mes cinq points du corps sont un enseignement encore plus grand que tous les enseignements du Tibet réunis ! 
Si vous vous demandez pourquoi, c'est parce qu'en les (pratiquant), les souffles vitaux entrent spontanément dans le canal central. Cela allume la Candalî (Kundalinî) dans le nombril, faisant tomber des gouttes de semence vitale depuis la tête. Ce qui engendre naturellement la félicité. Vous n'aurez pas besoin de bloquer délibérément les pensées - l'absence de pensées surgira sans effort. 
De là, la sagesse de la réalisation surviendra automatiquement."

Ocean of Definitive Meaning, p. 99

Que l'on ne néglige ni ne méprise donc point cette posture !

jeudi 2 juillet 2015

L'espace comme maître


"Tout surgit de l'espace,
Le monde entier, 
Tout ce qui vit ou non.
Et tout disparaît dans l'espace...
Que l'on prenne donc refuge en l'espace !"

La Lampe de l'union du soleil et de la lune (Hathapradîpikâ), I, 28

Tout apparaît dans l'espace de la conscience,
mais l'espace n'apparaît ni ne disparaît.
Toujours présent, toujours proche, doux, transparent, gratuit, accueillant, ouvert, sans défenses. Il est pourtant l'absolue sécurité, l'ultime refuge.


Libre-arbitre ou déterminisme ?


Sommes-nous déterminés par les lois de la nature au même titre qu'un caillou, ou bien sommes-nous doués de libre-arbitre, c'est-à-dire d'une volonté libre, capable de se déterminer elle-même selon sa conscience ?

D'un côté, les traditions spiritualistes affirment que l'homme est doué de libre-arbitre. Ce postulat est indispensable à toute morale. 

Mais de l'autre, le progrès des connaissances scientifiques a apporté de plus en plus d’éléments qui viennent réfuter le libre-arbitre.

Or, quelque soit la force de ces arguments, il reste que l'on se ressent comme libre. Le libre-arbitre est impossible à prouver, mais le déterminisme est contredit par notre expérience la plus intime.

Comment alors réconcilier ces deux points de vue apparemment opposés ?

Il existe une solution dualiste, classique tant en Occident qu'en Inde, qui consiste à dire que la conscience est autre chose que la matière, et donc qu'elle n'est pas déterminée par elle. Mais alors, comment expliquer leurs interactions ? Comment, par exemple, fait-on pour bouger un doigt ? Cette solution débouche donc sur le problème de l'interaction du corps et de l'esprit.

Il existe une autre solution, très populaire actuellement dans les milieux non-dualistes d'inspiration védântique ou bouddhiste, et qui consiste à dire que le "moi" n'étant qu'une illusion, le libre-arbitre n'existe pas, et que donc le (faux) problème est résolu. L'arrière-plan de cette solution est clairement matérialiste. Dans cette solution en effet, la conscience ne joue aucun rôle. Du coup, le défenseur de cette solution en vient à se réfuter en affirmant qu'il n'existe aucun libre-arbitre, aucun moi, nulle conscience. Il affirme qu'il n'existe pas et, dans ce geste, il confirme qu'il existe ! C'est le problème du bouddhisme depuis le début.

Une autre solution est celle de la non-dualité intégrale, la non-dualité qui n’exclut ni l'unité, ni la dualité.
Elle consiste à reconnaître que

La liberté de la conscience universelle 
est 
la nécessité de la nature.

Ce qui apparaît comme nécessité à l'individu est la libre créativité de la conscience universelle. Mais il n'y a qu'une conscience qui assume librement ces différents rôles. Un peu comme dans un jeu où j'invente librement les personnages avant de me soumettre aux déterminismes liés à leur condition. Il en va de même pour les lois de la nature. Cet ensemble est le corps ou la personnalité librement assumée par la conscience universelle. Elle est donc à la fois libre et soumise, libre même soumise, car soumise librement à ses propres décrets. 
De sorte que liberté et déterminisme sont les deux faces d'une même conscience. 

Et nous pouvons faire l'expérience directe de cette unité du libre-arbitre et de la nécessité quand nous faisons un choix, ou même au premier instant de n'importe quelle émotion. En ce premier élan, en effet, liberté et nécessité ne sont pas encore séparées. 
De plus, l'individu est doué de libre-arbitre parce qu'en sa réalité profonde, il est conscience universelle absolument libre. Si je peux lever le petit doigt, c'est parce qu'à cet instant, je prend conscience de moi comme conscience universelle, même si d'ordinaire cette plongée dans le Soi profond passe inaperçue.

Donc liberté et nécessité sont deux versants de la même chose.
Le déterminisme existe.
Le libre-arbitre existe.

Mais plus je me reconnais comme conscience et source de ces deux versants, plus je me ressens comme vraiment libre.

mercredi 1 juillet 2015

OM ? Pourquoi OM ?



OM est toute les expériences possibles : le mental, etc. 
La disparition de Om est la disparition du mental. 
OM est n'importe quelle pensée, son, sensation... 
La disparition de OM, comme la résonance d'une cloche, est la disparition du mental.


"Qui désire tout
doit unir OM
(au silence) paisible (dans lequel il disparaît),
comme la résonance d'une cloche
disparaît dans un paisible (silence).

Le son OM disparaît
dans l'Immense, transcendant.
Oui, l'intelligence disparaît en l'Immense,
et on atteint l'immortalité."

L’enseignement secret, la science de l'Immense (Brahmavidyâ, 12)
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