jeudi 5 mars 2015

Le monde est une perle



Nous saluons ce Dieu de liberté et d'indépendance
Dont la chair est faite de Lumière transcendante,
Cause de la création 
Et de la destruction (cyclique) des univers,
Soi des univers,
Essence unique des univers !

Nous rendons hommage 
A l'océan de la divinité,
Au trésor de toutes les perfections,
Jeu habile des vagues des mondes,
Expansion de (son) pouvoir.

Gloire à lui seul,
Océan de conscience,
En qui brille le monde entier
Pareil à une perle,
Éclatante dans la nacre de (sa) puissance !

Son simple souvenir suffit
A éradiquer les maux nés de l'ignorance.
Dans les trois mondes,
Gloire à cette immensité vivante,
Cette bonne fortune qu'est la bonne parole
Du maître !

Kshemarâja, Élucidation du Tantra de Bhairava en sa Liberté (Svacchandoddyota)

mercredi 4 mars 2015

L'Arbre qui exauce les désirs

La Triade, mystère de la Trinité du tantra non-duel


Om
Ô suprême Shiva,
Sublime seigneur, 
Roi des rois
Qui règne au côté
De la souveraineté
- Ta Puissance suprême -
Qui se manifeste encore et encore !
Tu es la vibration (entre la dualité et l'unité),
Tu es l'être universel,
Sans-second,
Tu es la félicité ultime, infuse et innée,
Accompagnée du déploiement
Du sujet et de l'objet,
Absolue maîtrise
Qui est à la fois manifestation et conscience (de cette manifestation),
Souveraineté qui se divise elle-même
En liberté d'agir et en indépendance inactive.

Om
Nous rendons hommage
Au Grand Seigneur,
A cette liberté absolue,
Cette indépendance ultime
Douée d'une singulière adresse,
D'une habileté sans pareille
Dans l'art de se manifester
A l'intérieur de soi-même,
Transcendance qui se manifeste
En Sois et en Autruis,
Et qui est le Soi 
De soi et d'autrui !

Sâhib Kaula, L'Arbre qui exauces les désirs (Kalpavriksha)

Dans ce texte du Cachemire du XVIIe siècle, le maître Sâhib Kaula veut, dit-il, montrer "la grande non-dualité entre la non-dualité de l'Immense (=le Vedânta de Shankara) et la non-dualité de Shiva (=la Pratyabhijnâ d'Utpaladeva)". L'englobement est ainsi un processus sans fin ni terme.

lundi 2 mars 2015

Les Arcanes de la plénitude

Les Arcanes de la plénitude - Siddhamaharahasya

Voici un texte traduit du sanskrit, un poème composé par un maître du tantra du XXe siècle, inconnu en Occident mais auteur d'une oeuvre abondante et fondateur de plusieurs ashrams dans le Nord de l'Inde.


L'auteur, Amritavâgbhava



C'est une initiation simple, poétique et directe à la voie du tantra non-duel, dont le cœur est la méditation de Shiva ou yoga de l'Homme-lion.

Extrait :


Par pure liberté,
par la perfection même de ma plénitude,
je m'actualise dans la Lumière-Manifestation,
espace qui est le Soi.
Faite d'un seul instant,
faite d'une seule substance, éternelle,
voilà la majesté que je suis.

Je suis capable d'action, de connaissance
et de désir grâce à l'Acte parfait du Soi.
Prenant mon repos
à la fois dans la Manifestation
et dans la Conscience,
je scintille de manière égale.

J'agis, je connais et je résonne par moi-même
parfaitement établi dans le Soi.
Aussi suis-je ravis, à la fois comblé et enchanté,
me révélant et me cachant à moi-même.

Le Grand secret des Parfaits (Srisiddhamaharahasya)

samedi 28 février 2015

L'invisible visible

Peu de maîtres de méditation ont le talent de transmettre par leurs expressions. Et je ne parle pas ici de charisme. Outre feu Nyoshul Khenpo, Tulku Urgyen et Dudjom Rinpoche, Khenpo Tsultrim Gyamtso est le plus remarquable en cet art :









Dissolution de l'ego ou élargissement de l'ego ?

L'énergie danse dans l'espace
Rien n'est supprimé, tout est transmuté


Le tantra non-duel est la synthèse la plus juste et la plus complète que je connaisse. 

Par synthèse, j'entends une philosophie qui accueille, sans les confondre, toutes les voies intérieures et leurs expériences. Par tantra non-duel, je désigne un ensemble de traditions ésotériques autour du Kula, la divine Famille de Shiva et Shakti, ainsi que les philosophies inspirées par ces traditions. 

Cela recoupe en partie le "shivaïsme du Cachemire", mais en partie seulement, car le tantra non-duel est plus vaste, il a existé avant et après l'âge d'or du Cachemire, et ailleurs qu'au Cachemire, même si les plus importants maîtres du tantra non-duel (Abhinavagupta et Utpaladeva) on bien vécu au Cachemire. 

Comme dit Michel Hulin, dans le tantra non-duel "une certaine intuition upanishadique de la positivité mystique (et non pas empirique !) de l'ego, demeurée inexploitée dans les darshanas classiques, réapparaît et s'y avère féconde". Il pointe "l'originalité d'une d'une conception de l'ego dans laquelle celui-ci n'aurait plus à se renier pour s'accomplir, ne se rendrait pas homogène à la conscience absolue au prix d'un dépouillement systématique de toutes ses appartenances concrètes, mais se laisserait magnifier par l'élan même de ses attachements et aversions passionnés." (Le Principe de l'ego..., p. 283)

On ne saurait mieux dire. 
Et dire aussi la différence entre cette non-dualité par inclusion proposée par le tantra et la non-dualité par exclusion de Shankara. Hulin résume ainsi cette différence :

"D'un côté, un absolu inerte (shântabrahman ou "nuit où toutes les vaches sont noires") englobant toutes les manifestations finies, tous les "modes", mais ne se ressaisissant pas lui-même et ne prenant pas conscience de son propre caractère d'Englobant. De l'autre, un absolu capable de se nier, de se déchirer, mais se reconstituant lui-même au-delà de cette scission.

D'un côté, la shânti, la paix des profondeurs, immuable, indifférente à l'agitation de surface. De l'autre, une véritable inquiétude de l'absolu, un "délire bachique où il n'y a aucun membre qui ne soit ivre, mais qui est en même temps le repos translucide et calme".

D'un côté, une manifestation cosmique ne reposant que sur l'illusion, de l'autre un libre engagement de Shiva (ou de l'Esprit Absolu) dans le déploiement cosmique. 

D'un côté enfin, un ascétisme social, physique et intellectuel rigoureux, l'extinction systématique des affects, l'exténuation progressive de toute expérience liée au sensible. Et de l'autre, le refus de tourner le dos à la vie, la valorisation de l'affectivité et de sa sublimation à travers la perception esthétique, l'effort pour saisir l'absolu en acte à l'intérieur du plus humble des vécus.

Nous détiendrions ainsi avec l'Advaita la version indienne de la conception la plus restrictive, ou négative, de l'individualité : omnis determinatio est negatio. Le seul "sens" possible de l'existence individuelle serait de travailler à sa propre dissolution, de faire cesser l'espèce de scandale métaphysique qu'elle constitue. Dans la perspective tantrique, au contraire, le sens de l'existence individuelle serait son propre élargissement : faire "sauter" les verrouillages, les ancrages dans les habitus corporels et mentaux, réinjecter le sentiment du Je dans toutes les zones de l'être devenues comme mortes sous l'effet de l'inertie" (p. 357).

Voici l'hommage d'un commentateur anonyme de l'Îshvarapratyabhijnâvimarshinî d'Abhinavagupta, texte retrouvé dans le Sud de l'Inde :

Hommage à ce Shiva,
A cette Lumière consciente
Accompagnée de réflexion,
A lui dont le corps
Est cet univers
De noms et de formes
Qui est son divertissement gratuit !


Bonne journée !
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...