mardi 31 mars 2015

Le Monde est-il indépendant de la conscience qui le perçoit ?


Rien n'existe en dehors de la conscience. Tout ce que l'on sent, c'est la conscience se manifestant en elle-même, par jeu gratuit. L'objet est le sujet : non-dualité. 

C'est ce que dit Abhinavagupta dans ses stances augurales au chapitre cinq des Stances pour la reconnaissance du Soi comme étant le Seigneur (Îshvarapratyabhijnâkârikâ), chapitre consacré à montrer que la perception ne contredit pas la non-dualité, car tout se manifeste en nous, dans la conscience toujours présente. Et cela ne se manifeste pas comme un défaut projeté sur la conscience immaculée, mais comme l'expression d'un désir potentiellement infini, désir dont la source et le but est l'absolu :

Nous chantons ce Shiva
qui, avec sa lampe
- la Puissance de connaissance -
illumine sans interruption
la totalité des objets
qui reposent en lui
comme dans une immense caverne. 1

Puissions-nous célébrer ce royaume :
le Seigneur, la plénitude,
beauté d'un torrent de nectar
qui s'écoule perpétuellement,
tel un désir de félicité
se dilatant sans limites,
dont la source est un éveil total
qui enveloppe tout. 1

Chanson sur une princesse qui, dégoûtée du monde, aspire à partir vivre en yogini dans les étendues sauvages. Goût et dégoût sont les deux mouvements de la respiration du Cœur, mouvement inné, naturel comme la respiration :

dimanche 29 mars 2015

Comment échapper au dogmatisme et au scepticisme ?

Homo vitruviano

Comment échapper au pouvoir destructeur du relativisme ? Comment assumer la relativité néanmoins ? Comment montrer les limites du savoir, sans détruire le savoir ? 

C'est le défi de la mondialisation. Il faut changer, s'adapter sans cesse. Mais cela est-il possible sans boussole ? Sans but ? Sans valeurs ? Mais comment poser des valeurs sans retomber dans le dogmatisme prémoderne ?

Comment éviter à la fois le scepticisme qui ravage notre civilisation, et le dogmatisme qui nourrit les fanatiques ?

Tournés vers le passé ou vers l'avenir, nous avons besoin d'un but. Nous devons être capables de transmettre tout en sachant que notre savoir sera dépassé. Nous devons avoir la foi, tout en sachant assumer la relativité.

Je crois que la modernité l'a expliqué. Bien et fort bien. Mais, tombés que nous sommes dans les marécages de la postmodernité et de son poison mental, le relativisme culturel, nous l'avons oublié. La modernité, c'est le juste milieu entre l'ethnocentrisme prémoderne et le relativisme postmoderne qui, chacun à leur manière, nous rapprochent chaque jour un peu plus du gouffre. Il faut une nouvelle modernité, un salut parce cette magnifique media tempestas que fut le siècle des Lumières.

L'un des fondateurs est ici Nicolas de Cues (1401-1464).
Il reprend la définition de Dieu que l'on entend dans la bouche de l'un des vingt-quatre philosophes du Livre des vingt-quatre philosophes, recueil platonicien de vingt-quatre définitions de Dieu, dont la dernière est le silence, et la seconde, celle-ci :

"Dieu est une sphère infinie dont le centre est partout, et la circonférence, nulle part"

Nicolas l'applique à l'univers. Non sans distinguer Dieu et l'univers, car s'il est vrai que seul un univers infini peut convenir à l'oeuvre d'un Dieu infini, il reste que ce dernier seul est infini en acte, tandis que l'univers l'est en puissance. Mais l'univers est ainsi indéfiniment perfectible, de même que sa connaissance, laquelle a son temple en tous les êtres doués de conscience. Dieu est le maximum en acte. L'univers est le maximum en puissance, toujours minimum, explication jamais achevée de l'infini . L'Homme - ou tout être conscient, car Nicolas entrevoyait la pluralité des mondes et l'égalité de tous les êtres conscients - est le lieu de la réalisation de la coïncidence des opposés, concorde dont le Christ est l'incarnation parfaite. 

Ainsi, il y a toujours plus à savoir. Mais cela ne ruine certes pas l'entreprise de savoir. Car le savoir progresse, même s'il n'égalera jamais le savoir infini en acte de Dieu. Rousseau dira que l'Homme est "indéfiniment perfectible". C'est la clé. La panacée. Ainsi nous pouvons dépasser sans cesse nos limites, progresser, sans nous décourager. Telle est la Voie, le salut.

Et donc, c'est ainsi que tout est relatif, sauf Dieu. Tout maximum est relatif à un minimum et coïncide avec lui. Mais le maximum et le minimum relatifs convergent dans la simplicité du Maximum absolu, Dieu, à qui tout est relatif et qui n'est relatif à rien. Tout est donc relatif, mais relatif à l'Essence, à l'Unité, à la Trinité, à l'Acte, au Bien, au Beau, au Juste, au Vrai.

Ce qui fait que Nicolas pouvait dire tranquillement :
"Et c'est pour cette raison que chacun, qu'il se trouve sur la Terre, sur le Soleil ou sur une autre étoile, aura toujours l'impression de se tenir en un centre quasi immobile pendant que toutes les autres choses lui sembleront en mouvement, si bien qu'à coup sûr les pôles qu'il se fixera seront invariablement autres selon qu'il sera sur le Soleil, sur la Terre, sur la Lune, sur Mars, etc. De là vient que la machine du monde aura, pour ainsi dire, son centre partout et sa circonférence nulle part, puisque son centre et sa circonférence sont Dieu, qui est partout et nulle part" (La Docte Ignorance, II, 12)

Je vous le dit chers amis, telles est l'Idée salvatrice, que l'Inde avait médité depuis longtemps, mais qui étaient aussi présente en germe dans la pensée de certains sages d'Occident. C'est d'ailleurs peut-être la raison pour laquelle la Chine et l'Inde résistent si bien aux défis de la mondialisation, quand nous en sommes encore à nous chercher, quoi que nous n'ayons nul motifs d'avoir honte. Mais la clef est là ! La solution existe. Tout est relatif, mais relatif à un absolu. Ainsi, nous aurons à la fois la souplesse d'esprit pour accueillir l'autre, et la confiance en soi pour ne pas le laisser nous détruire.

Comment vulgariser sans être vulgaire ?

"Une place pour chacun, chacun à sa place" : telle est la maxime de tout ordre social traditionnel. En Inde, on l'appelle "dharma". Le dharma des hommes est le ciment qui les tient ensemble de façon harmonieuse, comme l'âme d'un corps. Mais cette sécurité a un prix : les libertés individuelles, très limitées dans ce contexte.

En Inde, on a toujours été tolérant. Pour que l'ordre se maintienne, il faut accepter un certain degré de désordre. Mais il faut aussi protéger l'ordre pour que l'ordre nous protège. Et cet ordre est tolérant : il y a un ordre universel, mais cet ordre commun enveloppe des sous-ordres particuliers, jusqu'à envelopper la morale de tel et tel individu. On peut ainsi être né dans une famille vishnouïte et adorer Ganesh ou Shiva à titre individuel. De plus, il y a en Inde cette idée, fort ancienne, que "la vérité est une, mais que ceux qui la contemplent la décrivent de différentes manières". D'où une immense ouverture d'esprit chez les hindous, une ouverture que l'on retrouve uniquement chez les anciens grecs et autres religions dites "païennes", Egypte, Perse et autres civilisations ravagées par l'intolérance abrahamique. 

Mais une religion tolérante peut-elle tout tolérer ? Ne risque t-elle pas ainsi de se faire détruire par ceux qui veulent la détruire ? N'est ce pas qui est arrivé à la Grèce, à Rome, à l'Egypte, et à l'Inde dans une mesure moindre ?

Ce problème a resurgi récemment en Inde suite à une polémique : le Premier Ministre, Narendra Modi, est allé rendre un culte à Shirdi Sai Baba. Il est l'idole d'une secte très populaire en Inde, avec de nombreux temples, sans parler des millions de gens qui ont un autocollant de Saï dans leur voiture ou ailleurs. Saï Baba de Shirdi est un personnage singulièrement populaire.

Mais il est sans doute musulman de naissance. De plus, il était un homme, pas un dieu. L'inflation exponentielle des avatars en Inde depuis un demi-siècle en fait jaser certains, d'autant plus que la religion traditionnelle est en plein déclin.  Comment se réjouir du succès des cultes populaires et populistes quand on assiste à l'extinction des trésors millénaires de l'Inde sanskrite ? On comprend alors que le Shankarâchârya Svarûpânanda (successeur du guru de Daniélou) de Bénarès ai protesté. D'accord Saï Baba, mais il y a quand même des limites ! N'est-ce pas accorder trop d'honneur à un personnage, populaire sans doute, mais qui cristallise autour le lui bien des tendances grégaires et vulgaires qui augurent mal de l'avenir de la civilisation indienne ? Shankara n'est-il pas plus digne que Saï Baba ? Jusqu'où faut-il tolérer l'égalitarisme prôné par les masse incultes ?

Le Shankarâchârya du VIIIe siècle

Shirdi Saï Baba (1838-1918)



La controverse en Hindi, organisée par un populiste :



Depuis, il y a des débats, des manifestations. Les adeptes de Saï brûlent des effigies de Shankarâchârya (celui du VIIIe siècle) et demandent pourquoi les Shankarâchâryas (sortes de papes de la non-dualité, il y en a quatre principaux et de nombreux autres, secondaires) sont toujours des brahmanes, la caste supérieure.

Pour ma part, je pense que les deux partis ont de bons arguments.

D'un côté, les brahmanes, gardiens de la Tradition, ont souvent tendance à se replier sur leur prestige et à montrer un certain mépris pour les autres castes et les autres religions. Mais pas toujours, loin de là. L'hindouisme n'existerait pas sans les brahmanes. Le bouddhisme non plus. De plus, les brahmanes sont loin d'être toujours riches, et sont parfois victimes de la haines des autres castes.


Ils sont souvent pauvres, ou du moins vivent dans une grande simplicité, dans une vie vouée à la connaissance, sans recherche de profit. 


J'ai pu le vérifier bien des fois. Les savoirs traditionnels que j'ai pratiqué en Inde étaient gratuits quand ils venaient de brahmanes, et payant ailleurs. Par exemple, si vous voulez apprendre le sanskrit en Inde de manière traditionnelle, ou le Védânta, c'est gratuit ou presque. Certes, les conditions sont spartiates, mais c'est abordable. Et les brahmanes authentiques sont toujours désireux de partager leur savoir. Il faut aussi rappeler que les brahmanes sont très peu nombreux. Il n'y a pas de chiffres exactes, mais la plupart des "brahmanes" appartiennent en réalité à des castes de brahmanes très inférieurs, ceux qui officient comme prêtres dans des temples et ceux qui font les funérailles. Un vrai brahmane est quelqu'un qui vit d'aumônes et se consacre entièrement à la connaissance. Il ne met jamais les pieds dans un temple.


Mais il est vrai aussi que les brahmanes et les partisans du Védânta sont parfois méprisants. J'en avais déjà parlé.

Les partisans de Saï s’inscrivent dans un mouvement populaire plus vaste, celui des Sants, ou "saints". Ce mouvement est né après les grandes invasions musulmanes et il prône l'égalité de tous devant Dieu. Mais il est également fortement misogyne, ascétique et exclut le culte des images divines, ce qui va à l'encontre du tempérament traditionnel. Les adeptes des Sants sont souvent de basse extraction, nombreux, et parfois sympathiques. J'ai écrit plusieurs billet pour faire découvrir l'une de leur figure, Kabir. Ils ont de beaux poèmes et il souffle parfois sur eux un vent de liberté rafraîchissent quand on a passé du temps dans le système brahmanique. Mais d'un autre côté, ils sont souvent populistes, remplis de haine pour l'hindouisme, ils détestent les brahmanes et crachent sur les livres. Leur anti-intellectualisme n'est pas sans rappeler celui de certains gauchistes prêts à tous les autodafés. Brefs, ils sont populistes et détestent les brahmanes. De plus, ils ont leurs propres hiérarchies et sont souvent plus durs que les brahmanes avec les intouchables. 

Un bon documentaire, d'une excellente série :


La controverses oppose donc élitisme et populisme. 

Je comprend les revendications de la plèbe, revendications qui ont nourri les religions de masse, le bouddhisme, le christianisme et l'islam. mais je comprend aussi les préoccupations de l'élite. La populace est violente, ignorante, aveugle, manipulable, grégaire. Pour élaborer une culture digne de ce nom, il faut se protéger de la foule. Je crois que c'est le sens des règles stipulées par les brahmanes : créer un environnement privilégié, une "bulle" à l'abri du grand nombre et de sa bêtise. Une sorte de réserve naturelle pour préserver la diversité intellectuelle. En ce sens, je comprends les brahmanes. Ils doivent enseigner sans se faire détruire par leurs élèves (la plèbe). Un exemple tragique est le sort des brahmanes du Cachemire, massacrés dans la plus grande indifférence. On les accuse même d'avoir méprisé les musulmans, un peu comme en France certains accusent la France dès qu'il y a un attentat...

On peut alors reformuler la question initiale ainsi : Jusqu'à quel point le maître doit-il s'abaisser pour communiquer avec ses élèves ? 

Un problème que tout pédagogue a rencontré.

Faut-il jouer la symétrie au risque de banaliser la connaissance ? Ou bien faut-il souligner la distance, au risque de bloquer la transmission ? Pour enseigner, il faut être tolérant avec une certaine stupidité. Mais jusqu'où ? 

On voit par là que cette controverse indienne, qui peut sembler exotique et fort éloignée de nos préoccupations, soulève en réalité un problème qui est aussi le notre.

Une démocratie n'est pas une démagogie... à condition que les citoyens soient capables de penser par eux-mêmes, ce qui suppose une certaine culture. Mais pour transmettre le jugement et la culture, il faut s'ouvrir à l'ignorance, vulgariser, accepter des compromis. 

Or, où situer la limite de ce qui est acceptable ?

Comment vulgariser sans sombrer dans le vulgaire ?



samedi 28 mars 2015

Peut-on connaître par l'inconnaissance ?

Quand un cercle s'élargi à l'infini, sa circonférence courbe tend à coïncider avec la droite infinie. 
Ainsi, au maximum, la droit, le triangle, le cercle et la sphère ne font qu'un et sont les symboles géométriques respectifs de l'essence, de la trinité, de l'unité et de l'existence en acte. 

A l'infini, tout coïncide.

Le maximum de la droiture est le minimum de la courbure. De même, le maximum de la connaissance coïncide avec le minimum de l'inconnaissance. La connaissance maximum est, en effet, vierge de toute connaissance finie. De sorte que l'intellect ne peut la saisir. Il est alors inconnaissant.

Tout ceci, et bien plus encore, est développé par Nicolas de Cues dans La Docte ignorance et ses autres œuvres, à la suite d'une illumination qu'il connut sur un navire en pleine mer.

Si le Réel est figuré par l'image du cercle, unité parfaite ou coïncident le centre, le diamètre et la circonférence, alors la connaissance humaine est figurée par un carré inscrit en lui. Plus on multiplie les points de vue, les conjecture, plus les côtés s'ajoutent aux côté - sans jamais atteindre à l'identité avec la circonférence. La connaissance humaine tend ainsi vers la Vérité sans jamais l’atteindre, mais en s'en approchant toujours davantage.

la connaissance augmente, sans jamais atteindre le Réel lui-même, le "maximum", qui est aussi le minimum.
De plus, il est aisé de voir que toutes les figures particulières sont en puissance dans le maximum qui est l'existence en acte. Tout ce qui est fini est dans l'infini, comme les formes dans une matière sans limites.

"L'intellect peut assurément grandement progresser par l'analogie de la ligne infinie, au-delà de toute intellection, dans une sainte ignorance, vers le maximum dans sa simplicité. Car ici, nous voyons maintenant clairement comment trouver Dieu en supprimant la participation des étants. En effet, tous les étants participent à l'entité. Une fois supprimée la participation de tous les étants à l'entité, reste l'entité elle-même parfaitement simple, qui est l'essence de toutes les choses. Et nous ne pouvons la contempler, puisque, une fois ôte de mon esprit tout ce qui participe de l'entité, il semble ne rien rester. Et c'est pourquoi Denys le Grand affirme que l'intellection de Dieu conduit "au rien plutôt qu'à quelque chose". mais la sainte ignorance m'a appris que ce qui semble à l'intellect néant est en réalité le maximum inconnaissable". Source

Le maximum de l'inconnaissance est ainsi le maximum de la connaissance.

Un petit film clair en anglais sur le cercle et le carré : 

jeudi 26 mars 2015

La mémoire, pierre philosophale ?



Dans la spiritualité contemporaine, la mémoire est souvent décriée. On nous enjoint de quitter le passer, de vivre l'instant présent, sans plus de précision sur ce qu'est cet instant. En général, on se contente de nous dire qu'il faut revenir aux sensations. La mémoire est accusée de tous les maux, et l'amnésie passe pour le summum du détachement. On valorise ainsi le percept contre le concept. Tout ceci n'est pas sans une part de vérité.

Pourtant, dans les traditions spirituelles, il n'en va pas de même. La mémoire est partout valorisée comme ce qu'il faut éveiller, cultiver, étendre. Mémorisation des textes sacrés, confessions, récapitulations du jour, examens de conscience, voire souvenirs des vies passées : la mémoire est la mesure du sage. 
Pourquoi ? Sans doute parce que cette mémoire porte d'abord sur un savoir sacré, dont la valeur absolue n'est jamais relativisée. Mais aussi parce que la mémoire est dévalorisée dans un univers - le notre - où la mémoire est fixée sur des supports externes. Et surtout, nous vivons dans une société de consommation, de spectacle. Le culte de l'instant présent rejoint celui de la consommation sans mémoire, sans lendemain non plus, sans recul ni vision d'ensemble. 
Pourtant, suffit-il de vivre sans Histoire pour être sans histoires ? Je ne le crois pas. Comme je l'avait expliqué dans un précédent billet, je crois, comme Bergson, que la conscience est mémoire. Et je crois qu'il y a, à ce sujet, une grave confusion entre conscience atemporelle et conscience au présent, laquelle n'est, le plus souvent, qu'un état de conscience appauvri, endormi, rétréci à la sensation du moment. La conscience du moment présent et la conscience intemporelle se ressemblent. C'est vrai. Mais elles, entre elles, il y a l'éternité.

Le tantra non-duel ou philosophie de la reconnaissance (pratyabhijnâ) voit, elle aussi, dans la mémoire un outil spirituel. Se souvenir c'est, en effet, sortir du temps. C'est replonger dans la conscience en sa liberté, son pouvoir de se manifester en différents points du temps, et de faire la synthèse de ces moments. De plus, ce pouvoir de mémoire est le fondement de toute existence. Sans mémoire, impossible de dire que "la mémoire n'est qu'une illusion". Au fond, la mémoire est un autre nom de la conscience, de Dieu, de la Déesse. Ce que dit, à sa manière, Abhinavagupta, dans les stances augurales au quatrième chapitre des Stances pour la reconnaissance du Soi comme étant Dieu (Isvarapratyabhijnakarika) :

Nous célébrons ce Shiva
qui ordonne infailliblement
les choses - joyaux qui reposent
dans le trésor de son Cœur -
et qui les dispose sur le fil intérieur
de la mémoire. 1

Petite méditation

Louange perpétuelle au Seigneur,
pluie de nectar qui guérit
toutes les souffrances,
ambroisie jaillie du sommet de sa tête,
paix en expansion
du repos en sa volonté
qui va, se dilatant sans cesse,

sans entraves ! 1

Grande méditation

"Ambroisie jaillie du sommet de sa tête" : allusion au croissant de lune que porte Shiva dans sa chevelure, dont s'écoule également la voie lactée, le Gange purificateur, la pure présence entre deux pensées.
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