vendredi 24 juillet 2015

Est-ce que je crois en Dieu ?


Question qui me surprend, mais que l'on me pose régulièrement.
Me surprend pourquoi ?
Parce que si Dieu est la conscience, la question est un peu vide. Non ?

Mais si l'on entend par là la question de savoir si le monde a été crée par Dieu, alors ça se complique. Un peu. 
Le monde est la manifestation de la conscience. Mais d'un autre côté, il n'y a pas un iota d'écart entre la conscience et le monde. Le monde est l'apparence de la conscience. la conscience est la réalité du monde. Et entre les deux...rien. Comme le vent et le mouvement. "Conscience" et "monde" sont synonymes, comme bonnet blanc et blanc bonnet. 

Bien sûr, on distingue d'abord la conscience et le monde : 
la conscience n'est ni ceci, ni cela. 
Mais cette affirmation n'a qu'une valeur pédagogique. L'océan ne se réduit pas à ses vagues. Certes. 
Mais aussi, les vagues sont le mouvement de l'océan, qui n'est rien d'autre... que ce mouvement !

C'est pourquoi tout discours non-dualiste finit par dépasser la transcendance. 
Le monde n'est pas créé par Dieu. 
Le monde n'est pas créé. 
Le monde n'est pas. 
Ou il est comme un tourbillon dans une tornade, comme de l'eau dans de l'eau.

Comme dit un anonyme du Cachemire :

Ce monde n'est la création de personne,
car il n'a pas de cause !
Sans cause, pas d'effet...
Sache que "le monde" 
est "causé" par une erreur (indéfinissable).

Dire que :
"Ce monde immense est en l'Immense
sans forme,
comme un joyau dans un coffre",
c'est là la parole d'un fou !


Alors est-ce que je crois en Dieu ?

Oui, si Dieu est la conscience. "Croire" veut dire que j'ai fois en cette Source universelle, que je m'y sens entraîné comme une brindille dans un torrent. "Moi" signifie moi en tant qu'individu, personne, corps. "Je crois en Dieu" : abandon, se laisser faire, lâcher le corps et les pensées dans l'espace de conscience insaisissable. Oui.

Non, si Dieu est conçu comme un super-architecte qui aurait tout planifié. Non.

jeudi 23 juillet 2015

C'est quoi le monde ?




Le monde, c'est tout.
Mais tout, c'est quoi ?
C'est toutes les choses, réelles ou imaginaires,
abstraites ou concrètes.
Tout.
Or,
le monde est dans la conscience,
car il ne se manifeste jamais en dehors d'elle.
Mais comment est le monde dans la conscience ?
Comme une illusion ?
Comme un fantôme ?
Oui, si le monde est perçu dans l'oubli de la conscience.
Mais non, si le monde est perçu sur fond de conscience.

Quel rapport entre la conscience et le monde ?

Le monde est l'éclat du joyaux de l'être,
sans autre cause.
Le monde est la douceur du miel de la conscience.
Le bijou de l'or de la conscience.
L'huile de l'olive de la conscience.
Le courant de la rivière de la conscience.
La fraîcheur de la glace de la conscience.
La chaleur du feu de la conscience.
Le parfum de la fleur de la conscience.
L'être du monde est l'être de la conscience.

mercredi 22 juillet 2015

Qu'est-ce qui n'est séparé de rien ?

Akka Mahadevi. Pas la démonesse ci-dessous, mais ça pourrait.

Dans la mythologie de l'Inde, le choléra est une sorte de créature vivante. Avant d'être le choléra, elle était une démone. Un jour, elle s'éveilla à sa vraie nature qui est l'essence de tout. Mais elle avait faim. Elle croisa un roi et son ministre. Miam ! Mais ce sont des gens de qualités... Que faire , Elle décida donc de la manger après leur avoir posé des questions auxquelles ils ne pouvaient répondre.
Mais voici comment cela se passa :

La démone posa alors ses questions :

"Quelle est donc cette particule qui, unique, est comptée comme multiple ?
Et en laquelle des millions d'univers reposent, comme des bulles sur l'océan ?
Qu'est-ce qui va sans aller ?
Qu'est-ce qui est présent sans se tenir (nulle part) ?
Qui, bien que conscient, est une pierre ?
Qui peint dans le vide ?
Dans quelle particule existent les mondes, comme l'arbre dans sa graine ?
Qu'est-ce qui n'est séparé de rien ?

Qu'est-ce qui n'est pas différent de la dualité (elle-même) ?"

Le ministre répondit :

Madame, c'est le Soi suprême dont vous parlez, afin de nous y éveiller. Parce qu'elle est ineffable, incompréhensible, elle est plus subtile que l'espace même. Ces bulles que sont les univers reposent en elle à cause des transformations de son potentiel.

Elle est espace, car rien n'est à l'extérieur d'elle.
Elle n'est pas espace, car elle est consciente.
On ne peut la montrer du doigt : elle n'est pas quelque chose.
Elle l'existence des choses : elle n'est donc pas rien.

Cette conscience qui est la lumière même, n'est pas connaissable à la manière d'un objet. On peut donc la comparer à une pierre. Elle peint la fresque merveilleuse de l'éclosion des mondes dans l'espace transparent, en elle-même. Parce que tout ceci n'est rien d'autre qu'elle, rien n'est séparé d'elle. Même la dualité du monde n'est que sa manifestation. La dualité elle-même est donc faite de son étoffe. Elle est omniprésente, liée à toute chose. Immobile, elle ne va nulle part. Sans point d'appui, elle n'existe pas. Et pourtant, elle existe car elle est l'essence même du réel.
Le roi ajouta 

Elle est ce qui crée et résorbe les mondes
Par ses dilatations et ses contractions.

Elle est la vérité des doctrines des Upaniṣads et pourtant elle transcende le domaine des mots. L'être pur et simple, l'immense, l'éternel : voilà ce dont tu as parlé, ma belle !"

lundi 20 juillet 2015

Comment méditer ?



Comment méditer ?

L'esprit, d'ordinaire, se concentre. Il ne fait que cela : passer de la focalisation sur un objet, à la focalisation sur un autre objet. Il se concentre, mais cette concentration est fragmentée, saccadée. Tel un singe qui saute de branche en branche en attrapant à chaque fois une branche, notre esprit ne fait que saisir une chose après l'autre. D'ailleurs, en sanskrit le mot qui désigne la concentration (dhârana), veut dire aussi "tenir" et désigne la crispation caractéristique de ce que l'on appelle "le mental".

Méditer, ce n'est pas cela.
Méditer, c'est se détendre. Laisser le mental se détendre dans l'espace, se relâcher, se relaxer, se libérer, et disparaître comme une volute de fumée. Car le mental n'est rien d'autre que cette série de crispations. Quand le mental se détend, il s'évanouit : les vagues "redeviennent" l'océan. L'océan, c'est la conscience, ce que nous sommes vraiment.
Mais d'ordinaire, nous sommes tellement pris dans l'habitude de cette manière d'être mentale que, paradoxalement, il nous faut un effort de plus pour accéder à l'absence d'effort. Chacun en a déjà fait l'expérience quand il était fatigué : parfois, on est si fatigué, qu'il semble fatiguant même de se reposer !

Méditer, c'est se reposer.
Mais comment ?

En alternant les moments de concentration avec les moments de détente. D'abord on se concentre, vif, clair, précis, comme pour entre un fil dans le chas d'une aiguille. Puis on détend peu à peu l'attention. L'effort de concentration est comme frapper un bol tibétain. Se détendre ensuite, c'est comme écouter la résonance du bol disparaître dans le silence.

Ainsi, on se retrouve dans un état vif, nu, lucide, ouvert.
Pas longtemps, mais souvent.
Le regard est limpide, le visage comme ébahi. 
Une nonchalance pleine d'ardeur, 
vif mais sans hâte, sans précipitation, 
aiguisé mais à l'aise,
transparent comme le ciel,
lâché, comme inutile, sans soucis, vague,
planant, égal, ininterrompu,
libre, relax, doux,
sans contraintes, évanescent comme le brouillard,
clair, limpide, translucide comme le cristal,
avec un éclat vibrant qui surgit de l'espace même,
vif, brillant, mais tendre,
éveillé, présent, mais transparent,
nu, frais, mais ininterrompu
en expansion, serein,
total, entier,
le regard et le corps ouverts, panoramiques,
ouvert devant derrière,
comme l'espace


Méditer, c'est s'éveiller à l'espace.

Jeux de mots, les mots du Je


Dire "l'absolu est au-delà des mots", c'est trop. Ou trop peu.
Il faut jouer avec les mots. Car si l'absolu est au-delà des mots, il en est aussi la source. Et, comme toutes les choses vraies et simples, le fait qu'on ne peut rien en dire ne doit pas nous castrer - en quelque sorte - mais au contraire nous inviter à dire cet indicible dans l'écoute de sa parole qui ne se dit d'abord que dans le silence de toute parole.
De fait, les mystiques sont, partout et de tous temps, les plus grands créateurs de mots.

L'absolu est la source de tous les mots relatifs. Des mots, nos mères à tous. De la parole, matrice véritable de chacun, homme, animal, ange ou extraterrestre.
L'anonyme du Cachemire dit :

"Être" dépend de "non-être".
Les expressions ineptes
comme "nature propre" 
n'ont donc pas cours dans l'infini.

C'est le Soi pour ceux qui connaissent le Soi.
Le non-Soi pour ceux qui pensent ainsi.
Le milieu pour les adeptes de la Voie du milieu,
et le Tout pour ceux dont le regard est égal.

La conscience, essence transparente de soi-même,
ne peut être atteinte que par l'expérience.
Elle n'est pas un objet visible,
ne peut être enseignée.
Elle n'est ni proche, ni lointaine.

Elle est le royaume sans objet,
et en même temps,
elle est tout en tout.
Elle est l'être de tout ce qui est,
et aussi elle est vide.
Ce royaume est au-delà de l'être et du non-être.

etc.etc.
Ces versets sont extraits du Yogavâsistha, qui en contient près de 30 000 !
J'ai traduit une version condensée de ces Mille et une nuits de l’émerveillement : ici.
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