dimanche 21 décembre 2014

Qu'est-ce qu'un yogi de Shiva ?

Akka Mahadevi, amoureuse de Shiva

Un maître vîrashaiva explique le nom "shivayogi" :

Parce qu'il est uni
A l'expérience de Shiva
Qui est l'espace transcendant,
Félicité et conscience,
Il est "un yogi de Shiva".
Il porte donc un nom
Qui correspond à la réalité.

La Lampe qui illumine de joyau de la doctrine, 21

Ceci traduit de la langue des dieux par votre humble dévoué (aidé par Dharma-le-chien), etc.
"Conscience et félicité" : Shiva et Shakti
Dans ce verset, il y a aussi une allusion subtile
A la doctrine typiquement shaiva selon laquelle
le couple Shiva/Shakti correspond
Au couple des mots et de leur sens.
Encore la parole...
Le yogi est unit à Shiva comme un mot à sa signification.
Notons, enfin, que "yoga" n'est pas défini ici comme "arrêt du mental", mais comme union de l'âme avec le divin.


La Lumière est parole


Il y a beaucoup de choses qu'on a du mal à comprendre sur les traditions spirituelles. Mais on peut progresser. 

L'une de ces choses est l'importance qu'elles donnent à la parole. Aujourd'hui nous vivons à l'ère du nihilisme (pas de valeurs), du relativisme (pas d'absolu) et du consumérisme (quand c'est simple, c'est vrai). Et quand nous tombons sur des propos traditionnels qui rejettent les mots, les concepts, la raison, la morale, nous jubilons : "Vous voyez, les sages de tous les temps pensent comme moi ! Hourra !" Pourtant, même les traditions qui semblent rejeter la pensée, les concepts, etc. mettent en valeur la parole, la pensée, la raison, etc. Le bouddhisme en est l'exemple le plus extrême. Mais de manière générale, les spiritualités de l'Inde sont centrées sur la parole. En Inde, la Kundalini, c'est la parole, c'est la conscience, c'est le souffle, c'est la vie. L'importance de la parole est éclatante dans les traditions indiennes qu'elle est même parvenue, déformée certes, jusque dans ces propos d'un romain du second siècle (?) extraits de La Réfutation de toutes les hérésies, I, 21 :

"Il y a des philosophes parmi les brahmanes... Ils s'abstiennent de manger des êtres vivants ou de la nourriture cuite, et se contentent de fruits. Et encore, ils ne les cueillent pas, mais prennent juste ceux qui tombent des arbres... Ils vivent nus... Ils affirment que Dieu est lumière, non pas celle que l'on voit dans le soleil et le feu. Mais pour eux, Dieu est parole, non pas celle qui s'articule, mais celle qui est connaissance, par laquelle le sage perçoit les secrets de la nature. Et ils disent donc que cette lumière est parole. Elle est leur Dieu..."

Cette parole est, en particulier, le Veda, le Savoir atemporel qui devient peu à peu parole articulée. La Parole est la clef de voûte du tantra non-duel (le "shivaïsme du Cachemire").

Soit dit en passant, il y a eu des Indiens jusqu'à Rome et des Grecs jusqu'à Ceylan, du moins jusqu'à l'arrivée des terroristes barbus à partir du VIIe siècle. On a retrouvé des tombes bouddhistes à Alexandrie d'Egypte. Certains ont rapproché la mystérieuse confrérie des Thérapeutes des bouddhistes du Theravâda. Ashoka, le grand empereur indien, fit graver vers -250 cette stèle, en Afghanistan (à Kandahar, non loin de Purushapura, "la Cité de l'Homme", où naquirent et grandirent les deux grands philosophes bouddhistes Asanga et Vasubandhu, et où aujourd'hui des enthousiastes du Coran exécutent des enfants dans leurs écoles - bien sûr cela n'a rien à voir avec l'islam, c'est notre faute à nous vilains Occidentaux !), écrite en grec et en araméen, la langue de Jésus :

File:AsokaKandahar.jpg

Témoignages du Cachemire


"C'est la volonté du Seigneur suprême qui se manifeste ainsi. Que m'arrive-t-il à moi (puisque je suis lui) ?"

"Je suis tout"

"Je suis tout cela"

"Un, je rayonne tout cela"

"Tout cela est l'absolue liberté de la manifestation de notre Soi"

"Tout est l'Immense"

"Je suis tout, je suis l'Immense"

"Toujours et partout, je suis la vérité ultime, l'unique réalité : la conscience"

"Tout cela est ma gloire"

"Tout cela est mon Soi"

"Je deviens tout"

"Je prends refuge en Shiva, la divinité de mon propre Soi, et non pas en un Dieu qui vit dans le royaume de l'illusion, séparé (de mon Soi)"

Yogarâja, vers 1050 

samedi 20 décembre 2014

Peut-on vivre à la fois dans la Source et dans le monde ?

MereMarieGuyart

"Mais que faire quand le quotidien nous emporte ?" Grande question que tout le monde se pose. Voici encore un témoignage à ce propos, par une femme du XVIIe siècle, Marie de l'Incarnation. Dans une lettre de 1627, elle décrit l'état de vie en Dieu, sans volonté propre, où l'on se laisse comme porter, à la fois toujours vide et toujours plein :

"L'âme étant parvenue à cet état, il lui importe fort peu d'être dans l'embarras des affaires ou dans le repos de la solitude. Tout lui est égal, parce que tout ce qui la touche, tout ce qui l'environne, tout ce qui lui frappe les sens n'empêche point la jouissance de l'amour actuel [le "ressenti du cœur"]. Dans la conversation et parmi le bruit du monde elle est en solitude dans le cabinet de l’Epoux, c'est-à-dire, dans son propre fond où elle le caresse et l'entretient, sans que rien puisse troubler ce divin commerce. Il ne s'entend aucun bruit, tout est dans le repos : et je ne puis dire si, l'âme étant ainsi possédée, il lui serait possible de se délivrer de ce qu'elle souffre. Car alors il semble qu'elle n'ait aucun pouvoir d'agir, ni même de vouloir, non plus que si elle n'avait point de libre-arbitre. Il semble que l'Amour se soit emparé de tout : lorsqu'elle lui en a fait la donation par acquiescement dans la partie supérieure de l'esprit, où ce Dieu d'amour s'est donné à elle, et elle réciproquement à Dieu. Elle voit seulement ce que Dieu veut, et que Dieu la veut en cet état. Elle est comme un ciel, dans lequel elle jouit de Dieu, et il lui serait impossible d'exprimer ce qui se passe là-dedans. C'est un concert et une harmonie qui ne peut être goûtée ni entendue que de ceux qui en ont l'expérience et qui en jouissent." 

Je ne saurais mieux décrire l'expérience du cœur fondue en celle du silence et continuée parmi les activités quotidiennes. Evidemment, le langage est un peu désuet, le vocabulaire est religieux et en rebutera sans doute plusieurs. Mais le sens onctueux et juste. Quelle joie de pouvoir partager ainsi par-delà temps et lieux, avec une française en plus !
En tous les cas, elle témoigne clairement de la compatibilité de l'absorption dans le cœur avec la vie de tous les jours. On peut parler et faire ce qui se présente, sans perdre cette onction du cœur.

vendredi 19 décembre 2014

Expérience d'un yogi du Cachemire


"Tout cet univers est seulement le déploiement de mes pouvoirs" : Quand je me reconnais comme conscience, je participe à la créativité de cette conscience qui est "plus moi que moi".

Mais :
"(Si) je suis seul je n'ai pas de joie" : l'Autre fait peur. Mais sans Autre, point de joie.

De plus :
"Tout ceci n'est pas à moi, mais à lui", à Dieu, à la Source, à la conscience, seule et unique existence, seule vérité, seule réalité. Le personnage que nous portons est factice. Entièrement créé. Notre "moi", comme conscience, est vrai, entièrement incréé. Entre les deux, le mystère de l'individu...

Et :
"Je suis pas l'agent : c'est la souveraine suprême, l'absolu pouvoir de liberté, qui agit ainsi" : Ce n'est pas l'individu qui agit par lui-même. Il n'agit qu'en s'identifiant à la Source, même un bref instant, même s'il n'en a pas une claire conscience. 
Ainsi, il y a une infinité de points sur la circonférence, mais il n'y a qu'un seul Agent, un seul centre.

C'est pourquoi :
"Je suis félicité de la conscience, non-duelle, ultime et tout d'un bloc".
"Je suis tout".

P.S.: ce yogi est Yogarâja, vers 1050. Traduit du sanskrit par le dernier des disciples du grand, de l'immense, du sublime Dharma-le-chien

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