jeudi 5 mai 2016

De la tentation de devenir platonicien



Voici un passage souvent cité, affiché dans les salles de classe même, mais ici dans une forme sans doute plus fidèle à l'original. Platon/Socrate explique comment la démocratie tend (inéluctablement ?) à se transformer en tyrannie :

"De quelle façon naît la tyrannie ? 


Qu'elle naisse d'une transformation de la démocratie, cela semble presque évident...


N'est-ce pas le désir insatiable de ce que la démocratie définit comme bien, qui la détruit elle aussi ? ...


Quand une cité démocratique assoiffée de liberté tombe sur des chefs qui savent mal lui servir à boire, quand elle s'enivre de liberté pure au-delà de ce qui conviendrait, et va jusqu'à châtier ses dirigeants s'ils ne sont pas tout à fait complaisants avec elle : elle les accuse d'être des misérables, à l'esprit oligarchique. Les dirigeants sont alors comme des dirigés, et les dirigés semblables à des dirigeants... 
Et cela s'insinue jusque dans les maisons, jusque chez les animaux... 



Quand, par exemple, le père s'habitue à devenir semblable à l'enfant, et à craindre ses fils, et le fils à devenir semblable au père, et à n'éprouver ni honte ni peur devant ses parents, puisque, bien sûr, il cherche à être libre. Et que le métèque s'égale à l'homme du pays, et l'homme du pays au métèque, et pareillement pour l'étranger... 


Le maître, dans un tel climat, craint ceux qui fréquentent son école, et les cajole, et ces derniers font peu de cas des maîtres ; et il en va de même pour les précepteurs. Et plus généralement les jeunes copient l'apparence des plus âgés, et rivalisent avec eux en paroles et en actes, tandis que les vieillards, s'abaissant au niveau des jeunes, ne sont plus que grâce et charme, et les imitent, pour ne pas donner l'impression d'être désagréables ni d'avoir l'esprit despotique... 


Si l'on fait la somme de tous ces faits accumulés, conçois-tu à quel point ils rendent l'âme des citoyens délicate, si bien qu'au moindre soupçon de servitude dans les relations qu'on a avec eux, ils s'irritent et ne le supportent pas ? Et tu sais sans doute qu'ils finissent par ne même plus se soucier des lois, écrites ou non ; ils veulent évidemment que personne, à aucun égard, ne soit pour eux un maître...

Eh bien donc, mon ami, tel est le point de départ, si beau et si juvénile, d'où naît la tyrannie, à ce qu'il me semble."


Platon, La République, 562b-563e, trad. Pierre Pachet

Autrement dit : Trop de liberté tue la liberté. Et à partir de là, quand les règles ne sont plus intériorisées, on s’affaiblit et l'on ne cesse d'ajouter des règles extérieures. Et l'on se met à persécuter les innocents pour faire oublier qu'on n'a plus le courage de punir les coupables. Chaque jour m'offre mille tentations de devenir platonicien, ou de me convertir à Guénon, ce Platon New Age.

mercredi 4 mai 2016

La conscience se manifeste clairement comme "je"

La feuille de nénuphar recueille l'eau, baigne dans l'eau, mais n'en goûte rien...
(nénuphar sur le lac Dal, à Shrinagar, Cachemire)


L'acte de conscience "je"  (ahamiti vimarshah) est la manifestation directe de notre véritable nature, de notre état naturel (svasvabhâva). Si elle est confondue avec le flot des pensées et des émotions, c'est parce que cet acte de conscience s'est (librement) affaibli et se multiplie par jeu ; elle se confond librement avec elle-même manifestée comme sujet limité, tout en restant sujet, sans quoi nul objet ne pourrait se faire jour :

"La conscience, absolument une est le sujet qui se manifeste clairement comme 'je'. Elle est la vérité ultime. Si elle devient le substrat des pensées...c'est parce que fait défaut une prise de conscience profonde de sa vraie nature, état (factice) engendré par le pouvoir de Mâyâ."

Râma, Spandavivriti, p. 27

Autrement dit, le "je" ou l'ego (aham) n'est pas une illusion. L'illusion, c'est de s’identifier seulement à tel corps limité, à des sensations, à une représentation, ou au vide :

"L'impureté, c'est identifier l'ego au corps, par exemple, (mais) l'ego est authentique (upapanna) (en lui-même)."

Râma, Spandavivriti, p. 39

En fait, acte de conscience et ego ne font qu'un. Pleinement connu, l'ego est la Shakti de Dieu, il est liberté. Partiellement connu seulement, il se manifeste comme source d'illusion.

Mais, comme l'a dit un inconnu :

"Même s'ils les connaissent,
les instructions secrètes ne peuvent
prendre racine dans le cœur des égarés...
Eh quoi ?
Les feuilles du nénuphar
ne s'imbibent point d'eau,
alors même qu'il n'y a rien 
entre elles et le ciel !"

samedi 30 avril 2016

La vibration de la conscience selon le Dalaï Lama



Un livre vient de sortir du Dalaï Lama sur la méditation dzogchen. 
Le point-clé est le même que dans la tradition du cœur (kula), aussi appelée "shivaïsme du cachemire" : reconnaître l'intervalle entre deux pensées, se familiariser avec cette conscience transparente, puis reconnaître que les pensées, émotions, sensations, n'existent pas en dehors d'elle, mais surgissent d'elle, en elle, comme le jeu de cette conscience.

On peut découvrir cette conscience nue suite à un choc :


"Lors d'un choc, l'activité mentale s'arrête soudain. Par 

exemple, quand un chien aboie près de vous, vous êtes

 choqué au point de ne plus pouvoir penser, atterré... vous

 êtes alors délivré des pensées...mais sans tomber dans les

 pommes. Le champs de votre conscience est au contraire 

très clair....

Entre une pensée et la suivante, la continuité de la claire 

Lumière est ininterrompue." (p. 58)


Quand une pensée disparaît, c'est comme la mort, l'endormissement, l'orgasme ou l'éternuement. La seule différence est que, durant la méditation, nous reconnaissons que cette pensée disparaît dans la conscience nue, comme une vague dans l'océan, dit le Dalaï Lama. Puis, les pensées sont reconnues comme la vibration ou le jeu de la conscience :

"Si vous pouvez reconnaître tous les phénomènes comme le jeu, la vibration, ou l'effervescence de cette conscience intime qui surgit d'elle-même, il vous sera facile de voir que les phénomènes n'existent pas en eux-mêmes. Quand vous reconnaissez la conscience intime, aussi appelée 'vérité ultime', et que vous déterminez que tous les phénomènes du samsara et du nirvana sont sa manifestation, alors de ce fait vous comprenez que tous les phénomènes n'ont qu'une existence nominale, comme disent les textes philosophiques."

Ces "textes philosophiques", ce sont les textes de Nâgârjuna. 
Donc le dzogchen, donc le shivaïsme du Cachemire, pointent vers la même compréhension : reconnaître que tout est la manifestation d'une conscience sous-jacente permanente, qui n'est pas le produit de causes et de conditions, une conscience absolue.

Deux remarques au passage : 
1 - Le Dalaï Lama congédie ainsi le bouddhisme, ou en tous les cas ceux qui, parmi les Bouddhistes, voudraient nous faire croire que "l'absence d'existence propre" est le fin mot du dharma du Bouddha, à l'encontre de tout un pan du bouddhisme que ces gens, aveuglés par leur foi, se refusent à considérer.
2 - Le Dalaï Lama est très courageux. D'une bravoure incroyable même, du moins pour un personnage chargé de ses responsabilités. Car en disant tout cela, il trahit son école, l'école Guélouk, lui préférant la vérité. Ses déclarations ont du reste entraîné la querelle de Shougden, lors de laquelle un moine fut poignardé en pleine nuit non loin de la résidence du Dalaï Lama...

La différence principale entre dzogchen et tradition du Cœur est que cette dernière explore bien davantage cette idée de "jeu", ainsi que le rapport entre la conscience et ses manifestation, dans la notion de liberté.



Quoiqu'il en soit, le Dalaï Lama est un homme admirable, et je recommande chaudement ce livre, d'une clarté qui n'a d'égale que sa profondeur.


jeudi 28 avril 2016

Le troisième œil grand ouvert

Un miracle discret, gratuit... :



Maître !

Nous sommes l'offrande à ton troisième œil,

ton œil mystérieux, indéfinissable, ineffable,

ton œil qui est pourtant l'unique signe 

qui distingue ta majesté ineffable, 

mystère qui n'est pas de ce monde ! 6


A l'exception de toi

tout être dans l'univers

regarde à travers deux yeux.

Toi seul, seigneur souverain,

vois à travers un œil unique ! 9


Traduit du sanskrit : Outpaladéva, Hymnes à Dieu, X

N'est-ce pas évident ?
Simple, limpide :







mardi 19 avril 2016

Cercle de méditation partagée du dimanche 22 mai 2016

Shiva enseigne par le silence



Tout,
Vivant ou non, 
Apparaît dans l'espace.
Tout disparaît dans l'espace.
Que l'on se repose donc
Dans l'espace !


La Lampe du yoga du Soleil et de la Lune en dix chapitres, I, 28


Chers amies et amis,

Communier en silence, savourer ensemble la joie simple d'être.

Quoi de plus beau ?
Gratuit.
Limpide.
Profond.

Sur ce chemin, nous avançons jour après jour.
Pas de technique rigide, nous marchons sans savoir, en nous abandonnant à ce je-ne-sais-quoi insaisissable mais bien réel qui s'empare de nous quand nous lâchons prise.

Je vous propose de partager un moment de calme, 
sans rien faire, juste nous laisser faire.

Entrée libre. Tous sont les bienvenus pour ce temps de partage en silence, suivi d'un moment où chacun pourra, s'il le sent, partager son expérience, en sirotant un thé chaud.

C'est aussi l'occasion de découvrir la méditation et la vie intérieure, en toute simplicité, entre amis.

L'approche proposée est celle du tantra, mais dans une tradition peu connue, celle du Cachemire.
Concrètement, on médite comme Shiva et comme Shakti, Dieu et Déesse, selon deux attitudes complémentaires : chacune a ses points-clé pour la posture, le regard, le souffle, la manière de placer l'attention. Un état d'ouverture nous envahit ainsi naturellement.

N.B. : il ne s'agit pas ici de néotantra :)
mais d'une approche traditionnelle,
celle de la tradition du Cœur (koula en sanskrit).

Dimanche 22 mai 2016
de 15h à 17H

Pour s'inscrire et connaître l'adresse exacte :

deven_fr@yahoo.fr

A bientôt !

David Dubois
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