Bienvenue dans les pâturages de la Vache cosmique.
Philosophie et mystique, voie de la connaissance et de l'amour. Philo-sophia, amour de la sagesse, désir de vérité, expérience et réflexion. Yoga ou union du cœur et de la tête. La philosophie comme yoga, la philosophie comme pratique, éclairée et nourrie par la tradition du Tantra et autres sources que nous ont léguées nos ancêtres. Cours Tantra traditionnel.
Pour Durkheim, la religion est ce qui relie les hommes entre eux en les reliant à ce qui les dépasse.
Or, ce qui me dépasse, c'est... presque tout, en vérité. Mais c'est aussi la source de tout :
Tout est engendré par l'union du dieu et de la déesse.
La déesse est l'âme de dieu.
Leur union est la fusion sans faille et sans confusion de toutes choses : kaula, en sanskrit, non-dualité du tout (kula) et de ce qui transcende le tout (akula). Non-dualité du corps (kula) et de la conscience (akula). Harmonie de toutes les facettes de l'existence en l'espace de la conscience, limpide, évident, toujours déjà présent, infus en toute sensation, en toute expérience.
Un hymne à cette non-dualité (déjà présenté ici) :
Je célèbre le Kaula, qui est adoré par la Famille (kula) :
Sans taches, lumineux,
Pur, sans bavardage, omniprésent,
Affranchi des (extrêmes) de l'être et du non-être. 1
Je célèbre le Kaula, qui est toujours présent,
Sans nature propre (niḥsvabhāva) ni maître,
Affranchi du (dilemme entre) ce qui est juste et ce qui ne l'est pas,
Sans lien ni délivrance. 2
Je célèbre le Kaula transcendant et immanent,
Non dualité qui imprègne tout, permanente,
Qui n'a ni commencement, ni milieu, ni fin,
Nature de pure conscience. 3
Je célèbre le Kaula subtil et sans point de référence,
Parfaite pureté libre de limites comme de l'absence de limites,
Sans émanation ni résorption. 4
Je célèbre le Kaula à la fois multiple et au delà de (tout) dénombrement,
Ininterrompu, libre des sensations tactiles et des sons,
Sans rien à adopter ni à rejeter, 5
Libre à la fois du "il y a" et du "il n'y a pas",
Grande totalité sans nom,
Libéré des (contraintes) de la récitation (de mantras) et du culte,
Sans visualisation ni concentration. 6
Je célèbre le Kaula sans violence,
Délivré du (besoin) d'énoncer le mantra,
Délivré du (dieu) en neuf parties,
Subtil, qui fait éclore le sujet et l'objet. 7
Je célèbre le Kaula insondable
Délivré de la (nécessité) de se concentrer sur les roues (du corps subtil),
Qui n'est pas un agent,
Mais qui transmet (le Commandement)
et finit par éveiller à ce qui dépasse (tout) progrès. 8
Là où il n'y a plus (de différence entre) initié et initiateur,
Voilà ce qu'on appelle le Grand Kaula. 9
Mallikarjun Mansur chante à 81 ans, après une opération des reins. Quel souffle !
Extrait d'un film turque rigolo qui était passé sur Arte. Un shaykh confie les finances de la confrérie à un homme dont la vie va s'en trouver bouleversée. Dans cette scène, on voit un zikr comme j'ai pu en voir partout, depuis l'Inde jusqu'à Montreuil. Beau et très impressionnant, au reste sans doute plus que dans ces images. Mais où sont les femmes ? Derrière un paravent, séparées, discriminées, stigmatisées. Il y a unité (les hommes en cercle autour du shaykh), mais une unité exclusive du féminin, de la déesse. C'est le cas dans la plupart des religions, et singulièrement dans l'islam :
Balajinnātha Paṇḍita, Le Miroir de la liberté (Svātantrya-darpaṇaḥ), Munshiram Manoharlal, Delhi, 1993
[1] "Liberté" traduit svatantratā, svatantratva ou svātantrya, qui désigne littéralement "l'indépendance", le fait d'être à soit même l'instrument de son action. Il ne dépend de rien, pas même de lui-même.
[2] na kimapi param : la liberté est le fait de pouvoir agir sans dépendre de rien. L'expression fait aussi allusion à la thèse de la Pratyabhijñā selon laquelle la liberté absolue de la conscience est la seule explication des phénomènes qui vaille.
[3] Les cinq actes qui définissent l'activité cosmique de Śiva : émanation (des phénomènes), subsistance, résorption, voilement (du Soi) et grâce.
[4] Les conséquences des actes passés (bouddhisme et théisme dualiste).
[5] vāsanā, les "parfums" laissés par les actes antérieurs qui, selon l'idéalisme bouddhique (cittamātra) sont la cause de tout.
[6] L'une des trois modalités de la nature selon le Sāṃkhya. Rajas est cette agitation au sein de la substance originelle qui instaure un déséquilibre, à la faveur duquel surgissent les mondes.
[8] Le naïf (bāla, l'enfant) est celui qui croit que le monde a une cause objective qu'il peut pointer du doigt, que cette cause objective (dans la mesure où l'on peut la connaître sur le mode du "cela") soit extérieure (comme la nature ou les atomes) ou bien intérieure (comme les traces inconscientes ou l'ignorance). La liberté de la conscience est absolue précisément parce qu'elle ne dépend d'aucune cause, externe (la réalité "objective") ou interne (l'esprit, les souvenirs, le passé, un état psychologique).
[9] Point essentiel : le Soi n'est pas comme un miroir qui reflète les choses sans s'en trouver affecté, ni comme un espace impassible. Il réagit, sent, éprouve... autant de formes de prise de conscience se ramenant, selon la Pratyabhijñā, à l'émerveillement (camatkāra).
[10] Notons la distinction entre l'imagination du Seigneur, créatrice et réalisatrice, et celle de l'homme ordinaire, imagination vaine, sans réel pouvoir créateur.
J'avais lu, il y a déjà quelques années, une sympathique thèse sur l'art du vol yogique (khecarîvidyâ) par un distingué Sir (s'il vous plaît) James Mallinson. Et voilà que je retrouve le même en parapentiste tentant d'accéder à un temple isolé de la vallée de la Kangra (à côté de Dharamsala). Sa thèse est là. Et voici son documentaire :
Le maître doit répondre : "Tu ne mérites pas de voir les choses ainsi, ô toi qui es plein de vertus ! Car parler ainsi est défendu. Pourquoi cette vision dualiste n'est-elle pas permise (par la Tradition) ? Le maître doit alors citer (ces passages) :
"Il est différent. Je suis différent : celui qui dit cela ne sait pas"
"L'absolu abandonne celui qui voit l'absolu ailleurs qu'en lui-même"
"Celui qui ne voit que la dualité[1] en ce monde va de la mort à la mort"
27.
Ces passages de la Révélation suffisent à montrer que le cycle des renaissances vient de la croyance en la dualité.
28.
Par ailleurs, des milliers (de passages) montrent que la délivrance nait de la vision de la non-dualité : ainsi, après avoir révélé que le Soi est le Soi suprême
"Ce Soi immédiatement présent : c'est cela que tu es"
et avoir déclaré que
"Celui qui a un guide connaît l'Esprit",
ils montrent la délivrance simplement en faisant prendre conscience de la non-dualité:
"Pour celui qui (a un guide), la distance qui le sépare (de l'absolu) n'est que la distance (crée par la croyance en la dualité)". L'inexistence du cycle des renaissances est illustrée par l'exemple de l'ordalie dont l'innocent sort indemne et sans brûlure, alors que l'irruption du cycle des renaissances est illustrée par l'exemple du voleur qui est brûlé par la hache chauffée au rouge[2].
29.
Le passage qui commence par "En ce monde, que l'on soit un tigre ou bien (n'importe quelle créature, on est seulement l'absolu)", montre la non-dualité. Puis, ayant déclaré que "(celui qui voit la non-dualité) devient le souverain (de tout)", ils montrent en chacune de leurs branches qu'au contraire, la vision dualiste est la cause du cycle des renaissances : "Ceux qui voient autrement ont un autre souverain, dans des mondes périssables". Par conséquent, tu as tort de dire que tu es un fils de brahmane de tel lignage, renaissant sans cesse, différent du Soi suprême.
Shankara, Méthode pour éveiller un disciple, c. 800
[2] L'Inde a pratiqué l'ordalie, c'est-à-dire que quand un individu est soupçonné d'un crime, comme ici le vol, il doit saisir à mains nues une hache chauffée à blanc. S'il n'est pas brûlé, cela prouve son innocence. De même, celui qui est "innocent" de la croyance en la dualité n'est pas "brûlé" par le feu de la souffrance qui caractérise pourtant le saṃsāra.
Rencontres autour du Vijnâna Bhairava TantraLectures de textes du shivaïsme du Cachemire animées par David Dubois
Ce tantra est le plus célèbre et le plus commenté depuis la redécouverte du shivaïsme cachemirien au début du XX ème siècle. Extrêmement original par rapport aux autres tantras, il se présente comme un extraordinaire catalogue d'expériences spirituelles allant des techniques yogiques les plus sophistiquées jusqu'aux circonstances de la vie quotidienne la plus banale. Nous lirons ensemble le tantra en sanskrit et ses commentaires, ainsi que plusieurs textes apparentés. Le but de ces lectures est de partager nos interprétations dans une ambiance conviviale.
La prochaine séance a lieu le dimanche 11 avril 2010 de 14 à 16 heures à Nogent sur Marne, non loin de Vincennes. Les séances ont lieu tous les quinze jours (consultez les billets les plus récents pour connaître la prochaine date, ou bien écrivez à l'auteur). Aucune connaissance du sanskrit n'est requise. Des photocopies du texte translittéré sont distribuées.
Si vous souhaitez venir, nous vous demandons juste d'écrire à l'auteur du blog afin de recevoir l'adresse où se tiendront ces rencontres.
Nous vivons une période difficile pour les maîtres (guru) plus ou moins tantriques. On les accuse de tous les crimes en Inde : proxénètes, dépravés, manipulateurs, assassins, margoulins ...
Mais que dit le tantrisme au sujet de l'éthique ? D'ailleurs, y a-t-il quelque chose comme une morale tantrique, ou bien le "Tantra" est-il simplement a-moral, au-dessus de la morale, "par-delà le Bien et le Mal", comme aiment à le penser certains ?
En fait, les textes prescrivent des règles (samaya, vrata, cârya, vidhi/pratishedha, etc.). Mais des règles ne font pas une morale. Il faut pour cela une réflexion sur l'acte (karman), sur l'intention (cetana) et ses conséquences, ce qui suppose une prise de recul par rapport à la pratique. Or, force est de constater qu'en général les textes tantriques sont peu réflexifs. Mais il y a quelques exceptions : d'une part, Abhinavagupta du côté hindou; et d'autre part le bouddhisme tantrique (vajrayâna). Je propose la lecture d'un texte passionnant à cet égard, un texte bouddhiste attribué à Aryadeva, disciple de Nâgârjuna. Ce choix s'impose par la densité du texte, qui aborde de front les questions qu'on se pose, dans un format accessible (134 versets). Il se rattache d'autre part à la tradition d'un des plus anciens cycles tantriques bouddhistes à proposer des pratiques sexuelles, le Guhya-samâja. Ce texte, même s'il n'est guère lu par les Tibétains d'aujourd'hui, a eu un impact considérable. Voici le début, sur le principe de l'éthique qui préside à la pratique du bouddhisme tantrique :
[7] Tout est pareil à un rêve, donc tout est possible.
[8] Litt. "à rétribution immédiate", c'est à dire la sorte d'acte la plus grave, qui mène directement aux Enfers. L'idée est que seule compte l'intention d'un acte, et non ses conséquences.
[9][9] Un Arhat, un homme délivré du saṃsāra selon le Chemin Etroit (hīnayāna).
[10] Vinaya : les textes qui stipulent les règles du code monastique.
[12] A côté des cinq actes inexpiables, il y en a cinq autres, "quasiment" (upa-) inexpiables.
[13] Verset compliqué en apparence, mais fort simple en fait. Supposons un homme pieux qui aperçoit une statue du Bouddha prenant la pluie. Sa piété le poussera peut-être à le couvrir d'une paire de bottes, s'il n'a que cela sous la main. Puis, la pluie passée, survient un autre homme qui, voyant cette image du Bienheureux ainsi souillée, retire les chaussures. Eh bien, dans la perspective d'une morale des intentions, ces deux actes sont également vertueux, quand bien même tout les oppose en apparence.