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jeudi 27 mars 2025

Le Yoga de la Vitalité du Mantra selon le Tantra


D’où les mantras tirent-ils leur efficacité et, au fond, à quoi servent-ils ?

Selon l’enseignement du Spanda, la vibration, les mantras peuvent prendre plusieurs formes : une seule syllabe, plusieurs syllabes, ou bien même des mots. La syllabe unique la plus connue est "Om". Les mantras constitués de plusieurs syllabes ou de mots, comme Om Namah Shivaya, sont également courants.

Dans la tradition tantrique, le mantra se définit par manana et trāṇa, c’est-à-dire "réflexion, pensée" et "transcendance, protection". Un mantra est donc une pensée qui transcende. Pourquoi transcende-t-il ? Parce qu’il est rendu puissant par la résonance naturelle qu’est la conscience elle-même. Cette résonance est aham—"Je", ou plus exactement "Je suis"—, une pulsation cardiaque subtile qui constitue l’âme de toutes nos pensées, de tous nos mouvements, de toutes les vibrations, ondulations et palpitations qui font notre vie.

C’est parce qu’ils sont animés par cette énergie fondamentale, par l’âme de notre âme, que les mantras sont puissants. Lorsque l’on récite un mantra avec ardeur, attention et révérence, comme l’enseigne le Tantra, alors il devient efficace. Il accomplit sa fonction, à l’image des organes des êtres vivants. Le secret des mantras réside dans cette dynamique naturelle : un mantra peut permettre de guérir ou d’apaiser un mal, tout comme l’œil permet de voir ou l’oreille d’entendre.

L’œil voit parce qu’au moment où je désire voir quelque chose—par exemple, une personne qui s’approche mais que je ne perçois pas encore—il y a une plongée spontanée de mon attention dans sa source : la conscience universelle. Cette source, pleine de puissance et d’énergie, est l’origine de toute chose. C’est de là que je puise l’énergie qui me permet de voir. De la même manière, un mantra tire son efficacité du fait que, lorsqu’on le récite, on s’immerge dans cette source toute-puissante, dans la vibration naturelle de la conscience.

La tradition parle de sahajā-nāda, la résonance innée, qui est la conscience véritable, le mantra fondamental dont tous les autres découlent. C’est pourquoi un mantra est une pensée, mais pas une pensée ordinaire tournée vers l’extérieur. Il s’agit d’une pensée qui se retourne vers sa propre source, à l’écoute de cette vibration toujours présente.

Ainsi, l’efficacité d’un mantra repose sur le même principe que l’efficacité de la vie elle-même. Voir, entendre, parler, marcher, bouger—toutes ces actions impliquent une plongée spontanée vers la source de l’énergie vitale. De même, un mantra est efficace parce qu’il existe un mantra naturel, un mantra inné, qui n’est autre que la vibration de la conscience.

Comme le dit un Tantra :

"Lorsqu’un yogi réalise la Réalité suprême, sans forme, qui transcende les sons, alors tous les mantras deviennent efficaces. Autrement, même avec des efforts, s’il ne touche pas cet arrière-plan vibrant, alors les mantras ne sont que des sons, de simples vibrations physiques, sans efficacité réelle."

Un mantra récité sans connexion à cette source est comme une marionnette inerte, un simple assemblage de sons sans pouvoir. Un texte ancien aujourd’hui perdu disait :

"Les mantras récités dans l’état ordinaire, dans la contraction de l’identification au corps, ne sont que des sons articulés comme n’importe quelle parole. Mais ceux qui sont récités dans le canal central deviennent tout-puissants et confèrent la maîtrise, c’est-à-dire la liberté."

Le "canal central" (madhyanāḍī) symbolise ici la conscience de cette réalité sous-jacente, l’arrière-plan infini de la conscience. C’est cette connexion qui rend les mantras efficaces.

Ainsi, il n’est pas nécessaire de se demander quel mantra est efficace pour quel objectif précis. En réalité, tout mantra devient efficace pour atteindre n’importe quel but, car la source dont il provient est toute-puissante. Cette source est l’origine de tous les mouvements, pensées et émotions. Lorsqu’on prononce un mantra avec une intention précise tout en s’immergeant dans cette source infinie, on obtient le résultat escompté.

En somme, un mantra n’est efficace que s’il est un acte d’éveil. Sinon, il n’est qu’une pensée ordinaire parmi d’autres.

C’est là le principe fondamental de l’efficacité des mantras, selon la tradition. Leur but ultime n’est pas seulement d’atteindre tel ou tel objectif matériel, mais de rendre hommage à la source créatrice de toute chose, en nous y reconnectant profondément.

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lundi 28 octobre 2024

Le Mantra de l'espace

 Le Mantra de l'espace, Vyomavyāpī, en sanskrit d'abord, puis en traduction.



dimanche 2 juin 2024

Le Quatrième

Sarasvatî, forme exotérique de Parâ et de Gâyatrî, Déesse-soleil qui n'est autre que Kâlî
Elle tient la vînâ qui fait résonner les douze notes de la gamme, comme les douze soleils de l'année, comme les douze Kâlîs de la conscience

 

Le Mantra le plus célèbre, après OM est sans doute la Gâyatrî, la Chanteuse ou "celle qui fait chanter".

En védique mais sans les accents :

Om bhūr bhuvaḥ svaḥ / 

tat savitur vareṇyaṃ / 

bhargo devasya dhīmahi / 

dhíyo yo naḥ pracodayāt

Om terre, ciel, espace !

Cette splendeur du Soleil,

ce rayon de Dieu, nous le contemplons.

Puisse-t-il faire croître notre intelligence !

_______

Après la première ligne, les trois vers du Mantra à proprement parler, commencent. Trois vers de vingt-quatre pieds chacun. Chaque vers est appelé un "pied", pada, mot qui signifie aussi "état" de conscience ou plan ou niveau.

Il correspondent à 

1) la Terre - le monde matériel

2) le Ciel - le monde de l'âme

3) l'Espace - le monde spirituel

Ces trois vers ou "pieds" font écho à la triple exclamation initiale : "Terre, ciel, espace !" L'attention parcourt ainsi la totalité de l'être - matériel, psychique, spirituel, ou corps, âme et esprit. La tradition fait correspondre cette triade, ce trépied, à bien d'autre triades, à commencer par celle du monde physique, du monde de l'énergie vitale et du plan spirituel. 

Chacune des trois lignes est elle-même divisée en trois :

Le plan matériel est Terre, Ciel et Espace.

Le plan vital, du souffle, est Inspir, Expir et Souffle spatial

Le plan spirituel est la Triple Science, les trois Savoirs, Veda : parole, rituel et chant.

Mais l'important est ailleurs : au-delà de ces trois fois trois plans ou étapes, habite l'Incréé, le Non-né "a un seul pied" (aja-eka-pada), sans pieds, c'est-à-dire qui n'est ni ceci ni cela, aussi nommé le Quatrième.

Selon le Vedânta de Shankara, les trois pieds (pada) sont les trois états (aussi pada) de veille, rêve ou sommeil profond. A noter que la tradition Kaula offre un enseignement très détaillé sur ces trois états, enseignement transmis pas Abhinavagupta. 

Le "Quatrième" est, selon Shankara, l'état sans état, le non-état, arrière-plan des trois états : la pure et simple conscience en tant que spectatrice. La Gâyatrî serait alors la Parole sacrée qui nous emporte vers l'intuition, à la fois primordiale et ultime, de cette conscience, qui est le Soi de tous les êtres.

Cependant, l'interprétation védique donnée par le Vedânta (=les dix Upanishads, à distinguer du Vedânta de Shankara) était la suivante : les trois lignes nous font réaliser le corps, l'âme et l'esprit, jusqu'au coeur, qui est le Soi. En parallèle et à l'échelle de l'univers, ces mêmes trois lignes nous font réaliser les trois plans du monde matériel Terre, Ciel et Espace, jusqu'au Soleil.

Or, l'enseignement de l'union du Coeur et du Soleil, ou plutôt la reconnaissance de l'un en l'autre, est le véritable sens et la vraie efficience du Mantra. Le soleil dans le coeur. Le divin en soi. Je suis cela. Cela qui est l'essence de tout, cela est aussi mon essence. Source de tout, essence et vie du tout, au-delà de tout. 

La lumière du soleil est la lumière que je suis. La lumière qui éclaire ce monde est "la lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde". Identité de la lumière extérieure et de la lumière intérieure.

Et le pont entre les deux ? - le Feu, divinité adorée en premier et en dernier. Le Feu est en effet adorée dans le premier Mantra du Veda de la Parole, et aussi dans son dernier Mantra. Le Feu est l'intermédiaire entre les pôles, entre l'humain et le divin, entre le corps et l'esprit, entre le conscient et l'inconscient. 

Or, dans l'enseignement atemporel transmis par Platon dans le Banquet, c'est Eros qui tient ce rôle de messager. Or, Eros, c'est le Désir. Il est l'élan infini vers l'infini.

Donc, le Feu symbolise le Désir, le mouvement qui vient du divin et qui va vers le divin, en une vaste boucle qui embrasse toutes choses. 

Or, le Feu est le symbole de l'énergie ascendante (udâna) selon le Tantra. Le Tantra qui reprend à son compte la Gâyatrî, en héritier qu'il est assurément du Veda, du Savoir atemporel. 

Mais dans le Tantra et, en particulier, dans son ésotérisme Kaula, on met l'accent sur trois "moments" plutôt que sur trois états, bien que l'enseignement sur les états soient aussi transmis, quoiqu'avec des nuances. Les trois moments sont donc : création, subsistance et destruction. Ou émanation, existence et résorption. 

Le Quatrième devient féminin : LA Quatrième. Le Quatrième moment est en effet la Déesse, la conscience. Elle ne se contente pas, toutefois, d'éclairer chacun des moments qui se succèdent : ils sont sa manifestation. Elle est à la fois "affamée" ou "vide" (krishâ) car elle les transcende, en même temps qu'elle est "comblée" ou "pleine" (pûrnâ) car elle est l'âme et comme la substance de ces moments.

Le symbolisme du soleil est aussi présent : la Déesse est le soleil, le soleil intérieur, le soleil dans lequel se résorbent les douze soleils des douze mois. Douze : trois fois quatre. 

Comme nous voyons, les structures symboliques évoluent, mais perdurent. Les schémas 3+1 et 3x4 se développent de façon organique. Apparaît ainsi la majestueuse unité de l'organisme vivant qu'est le Veda-Tantra, Savoir et Trame dont toutes choses ne sont que l'expansion, car tout cela est la Parole. Tout cela est l'Absolu-au-corps-de-parole, shabda-brahman. 

Notons aussi que la Gâyatrî a évolué en tant que Mantra même. Chaque divinité a sa Gâyatrî, car chaque parole est enfant de la Parole. Qu'il me soit seulement permis de dire ici qu'il existe des sâdhanâ entièrement dédiée à la Gâyatrî. Et je mentionnerai le nom de l'un de mes maîtres, Radheshyâma Chaturvedî (le bien nommé !) qui avait consacré toute sa vie à l'adoration de la Gâyatrî.

A l'image du OM ou de n'importe quel Mantra "germe" qui nous emporte vers le haut en nous faisant traverser tous les plans de l'être (qui sont aussi, selon la tradition, au nombre de douze), la Gâyatrî est le guide, la divinité en forme de parole qui nous ravit jusqu'en son sein. 

Ainsi, en peu de mots, ce Mantra contient tout.

mardi 2 novembre 2021

La méditation de toujours et de partout


 La conscience est l'essence de tout. Elle est à tout ce que le cœur est au corps. Or, elle n'a pas de forme, âkâra en sanskrit. A première vue, il est donc vain de chercher à la visualiser. Transparente, elle n'a nulle couleur. Limpide, elle n'a pas de figure propre. Sans visage, comment pourrais-je m'adresser à elle ? Partout et nulle part, elle est présente sur le mode de l'absence.

Néanmoins, la conscience se manifeste. Cela est certain, car tout cela est manifestation (prakâsha) animée par la conscience (vimarsha). Or, la conscience se manifeste selon nos désirs qui sont comme le prolongement contracté de son désir. Ainsi, j'écris en ce moment. Je peux imaginer. Et projeter des actions qui se réaliseront en partie. De même, la conscience apparaît divine selon nos désirs. Si l'on désire la richesse, elle incarnera la richesse. A cet égard, il y a bien quelque chose comme une "loi d'attraction" : a mes désirs répond le dynamisme bienveillant de la conscience que je suis réellement, même si je n'y crois pas, ou pas clairement.

La conscience revêt donc d'innombrables visages, dans chaque religion, dans chaque tradition, comme autant de réponses aux questions en forme de désirs, qui surgissent dans le cœur des humains. Ainsi les dieux et les déesses, avec les mantras qui les invoquent, sont des cristallisations de la conscience immaculée, afin de gagner tel ou tel résultat particulier.

D'un autre côté, toutes les formes sont les formes de la conscience sans forme. Et donc, si je contemple toutes ces formes, sans choisir, en plongeant en moi à la source vivante de tous les désirs, je réaliserai cela. Et le fruit en sera sans limites. Le résultat de l'infini est l'infini. Si je ne m'arrête à aucune image désirable, mais si, à l'occasion de tel ou telle image, je plonge à la racine du désir, là où le désir n'est pas encore un désir particulier, mais désir universel, sans forme ni figure, désir pur, alors je réalise l'infini, infiniment. La joie de cet éveil est sans commune mesure. Tout le reste, si vaste soit-il, n'est qu'une goutte de cet océan sans rivages.

Abhinava Gupta conseille donc :

yas tu saṃpūrṇacidvṛttir na phalaṃ nāma vāñchati /

tasya viśvākṛti dhyānaṃ sarvadaiva vijṛmbhate // Mâlînîvârttika, 2.138

"Mais celui qui jouit du mouvement de la conscience en sa plénitude

ne désire aucun résultat [particulier].

Pour lui, c'est la méditation/visualisation de toutes les formes

qui se déploie à chaque instant !"

Telle est la méditation divine, shiva-mudrâ. Ainsi, tout ce qui apparaît, instant après instant, en cet instant présent de pure et simple présence concrète, est le visage de la divinité. C'est le mandala naturel, la visualisation spontanée. Le flot du souffle est le mantra inné, les gestes du corps sont la mudrâ authentique. Et ainsi, la vie même devient célébration de la liberté. Je suis tout et tous. Il n'y a pas cessation du désir, mais expansion infinie du désir. Un seul désir pour un seul être manifesté en toutes choses.

Comment le ressentir ? En plongeant dans le "je suis", qui n'est pas un concept, ni une image, ni une vague sensation, ni une abstraction, mais la réalité la plus concrète en comparaison de laquelle tout le reste n'est qu'un songe. Ramana dit 

Aham ahantayâ brahmâtrena bhâti 

"Il brille en tant qu'absolu : je... je..."

Ou bien : "je suis je". 

Non pas "je suis cela", ni "je suis", mais "je suis je", car ce Cœur universel est vibration, balancement et pulsation qui va du dedans au dehors, de soi aux autres, puis vers soi. Il est relation, union, communion parfois, réconciliation du corps et du monde, guérison et richesse inépuisable.

Plonger, âvesha, encore et encore et encore. Un instant, deux instants, un jour, une année, une vie et une éternité. A jamais.

Tel est le chemin du Tantra que je vous invite à explorer :

https://david-dubois.com/index.php/poesie/

mardi 7 septembre 2021

Le mantra le plus efficace ?

aham

 Comme je parle du tantra traditionnel et du shivaïsme du Cachemire, on me demande parfois quel est "le mantra le plus efficace ?"

Pour réponse, voici celle de Ramana Maharshi, extraite de son Qui suis-je ?, traduite du sanskrit et publiée dans un livre paru récemment :

"9. Une fois examinée l'essence du mental, quelle est la voie pour reconnaître [le Soi] ?

- Le mental, c'est le "je" qui se manifeste dans ce corps. Si l'on cherche où donc ce "je" et cette "pensée" apparaissent dans le corps, on verra qu'elles apparaissent subjectivement dans le Cœur. Il est le lieu de naissance du mental. Il suffit même de répéter "je... je..." pour atteindre ce lieu à l'intérieur, le Cœur lui-même. De toutes les pensées, de tous les mouvements qui naissent du mental, "je" est la première. Il suffit que naisse cette première pensée, ce premier élan, pour que toutes les autres se déploient. On observera en effet que la seconde et la troisième personne viennent après l'apparition de la première personne, la personne suprême, "je". Sans cette première personne, la seconde et la troisième ne peuvent apparaître."

Les Œuvres sanskrites de Ramana Maharshi, Almora

Cette réponse aurait pu être faite par Abhinavagupta, ce qui montre encore une fois la proximité profonde de l'enseignement de Ramana avec la philosophie tantrique de la Reconnaissance (pratyabhijnâ).

Le mantra le plus efficace est donc "je". Vous pouvez le réciter mentalement en français ou dans la langue qu'il vous plaira, voire en sanskrit. Auquel cas, ce sera aham. En tous les cas, c'est un excellent moyen de garder l'attention vers la source de toute attention, qui est aussi la source de tout. Pour encore plus d'efficacité, on plongera au tout début de l'intention d'énoncer mentalement "je". C'est l'enseignement du yoga tantrique traditionnel et c'est aussi le conseil donné par Ramana à Ganapati Muni en 1903 : "Si un mantra est récité avec l'attention dirigée vers la source du mantra, l'attention sera absorbé en elle."

mercredi 25 août 2021

Ajikan

Voici une pièce de flûte japonaise intitulée "ajikan" : "la contemplation du A primordial". Dans le bouddhisme tantrique tel qu'il a été transmis au Japon, il existe une pratique de méditation où l'on récite le son A, ou bien on contemple un disque blanc sur fond noir en énonçant mentalement le A, ou encore on médite sur ce disque, avec le A calligraphié en son sein. Ceci est donc une œuvre musicale inspirée par cette pratique, à laquelle j'ai été initié à l'âge de quinze ans :

Dans le Tantra, le A symbolise la Conscience, l'insaisissable présence à la source de toutes choses. Enoncer le Mantra A est une pratique que l'on retrouve dans diverses traditions.

Le son A est le son indifférencié.



mercredi 23 juin 2021

Le corps est Mantra



 La pratique principale du Tantra est l'initiation (dîkshâ). Elle n'est pas seulement un commencement ou une autorisation de pratiquer ; elle détruit les liens et unit l'âme au divin, yoga.

Contrairement à d'autre tradition, le Shaiva Dharma (le Tantra) ne prône pas la disparition de l'individu. L'âme délivrée des liens et de la souffrance n'est pas une âme disparue ou fondue dans l'absolu, mais une âme pleinement accomplie, douée de toutes ses puissances : connaissance et action. L'action n'est pas une illusion destinée à disparaître, mais un pouvoir divin. 

Autrement dit, la délivrance spirituelle (moksha) est à la fois négative et positive. Il n'est comme question, comme dans le Vaisheshika, de tout perdre, jusqu'à la conscience, afin de perdre toute souffrance. Il ne s'agit pas non plus de perdre tout pouvoir d'agir, comme dans le Sâmkhya et le Vedânta. La délivrance est omniscience et omnipotence, au moins dans le sens d'une participation à l'activité divine. Mais l'action, l'activité, l'acte, sont au cœur de la vie intérieure selon le Tantra.

Et l'instrument de cette vie nouvelle est le Mantra.

Shiva explique :

"Tous les niveaux de conscience et les éléments du réel

reposent dans la lettre 'a', ô toi qui es pleine de gloire !

Elle unit et brûle : elle est le Seigneur suprême.

Toutes les lettres sont dans la lettre 'a',

et la lettre 'a' est présente en chacune.

C'est ainsi que toutes les lettres

sont tenues pour être capables de brûler les liens." 

Nishvâsatattvasamhitâ, Nayasûtra, I, 3-4

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Les Mantras sont faits de lettres, ou de phonèmes (a-kshara, "ce qui ne meurt pas"). Or, aucun phonème ne peut exister sans 'a', la première lettre dans l'alphabet sanskrit, comme dans notre alphabet latin. Tous les son dérivent de 'a', le son primordial, le moins différencié, le plus proche du cœur, de la poitrine d'où s'élève le souffle, support des phonèmes. De même que la Conscience est d'abord indifférenciée, puis semble se différencier peu à peu selon les objets qu'elle manifeste, de même le souffle-parole est d'abord indifférencié, puis il se différencie en venant "frapper" les différents points d'articulation dans la poitrine, la gorge, la bouche...

Shiva explique ensuite que l'âme (jîva), l'individu, n'est pas détruit quand ses liens sont détruits par le Mantra. Le poisson, par exemple, est capturé dans le filet, mais l'eau reste libre. L'orfèvre détruit les impureté de l'or, mais pas l'or. Le choses se décomposent, mais pas l'espace (Id. I, 7-10).

La lettre 'a' est l'Impérissable, toutes les lettres de l'alphabet sont en elle. Elle est donc le Mantra primordial, l'être (tattva) de tous les Mantras et de toutes choses. L'adepte est appelé à contempler que tous les mots existent en 'a', de même que tous les corps physiques sont dans l'espace et que tout est dans la Conscience. 

Et aussi, tous les états de conscience sont dans le corps, de même que les différents phonèmes sont différentes manières pour le corps de faire vibrer le son primordial 'a'. L'adepte prend ainsi la 'posture de la lettre a', posture 'incarnation du sans-forme', simplement debout, le corps droit, les bras le long des jambes, comme dans la célèbre posture samasthiti ou wuji. 

Ensuite, le yogi réalise une série de postures qui incarnent les lettres de l'alphabet, le Corps de tous les Mantras. Le corps est présent dans tous les Mantras, tout Mantra est une vibration du corps, et le Mantra est présent dans tous les corps, il est la chair elle-même. L'aspect visuel des Mantra est important, leur forme incarnée est cruciale. Le corps est tous les sons. La tête incarne la résonance nasale, anusvara, que l'on retrouve par exemple à la fin de 'om'. Le visarga, écrit avec deux points et symbole très important, s'incarne dans le deux testicules... Et ainsi de suite. Le corps est vibration et Mantra, car le Mantra est vibration au corps de conscience. Le Mantra, dans ce cas, ne désigne pas une formule ou même un poème (comme dans le cas de la Gâyatrî), mais un "phonème-germe" (bîja), une syllabe unique avec laquelle on va jouer à l'infini, un peu comme avec un bol tibétain :

"Qui trouve la forme des lettres

dans son corps, comme la lettre A,

est délivré du cycle des renaissance,

(tout en restant) en ce monde." (Id. I, 75-76)

dimanche 20 juin 2021

Ce qui est vraiment efficace dans le Tantra, selon le Tantra



 Que propose le Tantra lui-même ?

Un verset, que l'on retrouve avec des variantes dans plusieurs tantras : 

nāsti dīkṣasamo mokṣo, na vidyā mātṛkāparā

na prakriyāparaṃ jñānaṃ, nāsti yogas tv alakṣyakaḥ

"Il n'y a pas de délivrance égale à l'initiation,

pas de Mantra supérieur à l'alphabet,

pas de  connaissance supérieure à celle du cosmos,

par de yoga (supérieur) à l'absence de visée."

Ce verset est extrait du Svacchanda Tantra XI, 199, mais il se retrouve à l'identique dans l'Uttarasûtra IV, 51 de la Nishvâsatattvasamhitâ, qui semble plus ancienne.

Il affirme d'abord que l'initiation (dîkshâ) est le rituel le plus important. Ensuite, l'alphabet (sanskrit) est la "matrice" de tous les mots, et des Mantras. Elle est donc la manifestation sonore de la Conscience universelle, elle est cette Conscience sous forme verbale. Et dans cette Matrice, "a" est le phonème le plus important, symbole de Shiva qui infuse tout, sans qui rien n'est possible.

Je traduis prakriyâ par "connaissance du cosmos", comme dans la traduction de Goodall. Ce terme est en effet un abrégé de l'expression shad-adhvâ-prakriyâ, "la pratique des six cheminements". Il s'agit d'une sorte de "grille" qui permet de décrire la totalité de la manifestation, donc du cosmos, au sens où l'entendaient les Anciens. Elle inclut les 36 tattvas, qui sont à la fois des niveaux de conscience et des éléments de toute expérience. 

Le yoga suprême est le yoga de "l'absence de visée" (alakshyaka), l'attitude où l'attention ne se fixe sur aucun objet, intérieur ou extérieur. C'est la méditation de Shiva, les cinq sens grands ouverts, muet à l'intérieur.

Voilà donc ce que le Tantra propose : un rituel, un Mantra, une gnose et un yoga.

Cela étant, dans le Tantra ésotérique, il y a quatre autres aspects essentiels, que je décris sous forme de quatre yogas dans mon livre Les Quatre yogas, avec l'Anthologie qui l'accompagne.

mardi 8 juin 2021

Pas de Shiva sans Shakti


 La Nishvâsatattvasamhitâ est un tantra fondamental, et l'un des plus anciens, d'un point de vue historique. Il comprend quatre parties. la dernière est faite des Kârikâ (les stances).

Dans le passage suivant, transcription d'un manuscrit de l'Institut Français de Pondichéry, Shiva révèle le Tattva, le Mantra essentiel, et célèbre sa puissance. Le yogî qui vit sans cesse dans ce Mantra... 

niścalaṃ dṛśyate devi māno hlādakaraṃ nṛṇām |

lakṣayeta mahālakṣaṃ sarvasiddhipradāyakam || I-95 ||

"On le voit immobile, ô Déesse.

Honoré, il est source de joie pour les hommes.

Il fait reconnaître le Souverain Bien,

il procure toutes les perfections."


trailokye yatpravarteta pratyakṣaṃ tasya jāyate |

agnivajjvalate yogī jarāmṛtyuvivarjitaḥ || I-96 ||

"Il perçoit directement

tout ce qui arrive dans le triple monde.

Ce yogî resplendit comme le feu,

sans vieillesse ni mort."


yaṃ yaṃ spṛśati hastena yaṃ yaṃ paśyati cakṣuṣā |

agnivat jvalate sarvaṃ dusparśaṃ tridaśairapi || I-97 ||

"Tout ce qu'il touche,

tout ce qu'il regarde,

tout cela se met à briller comme le feu,

quand bien même cela serait laid aux dieux."

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Telle est donc la puissance du Mantra, au cœur de la Voie du Mantra, c'est-à-dire au cœur du Tantra.

Cette puissance est la Shakti, la résonance consciente, source du Tantra, du Mantra et de tous les mots. L'alphabet est la Matrice des Mantras et des langues, elle est le Mantra suprême. 

Dans un autre tantra, le Parâtantra, la Déesse demande quel est le secret de la puissance divine. Shiva répond qu'elle est elle-même ce secret, car elle est la Shakti, la Puissance :

tava snehātpravakṣyāmi rahasyaṃ kaulikānvayaṃ |

oṃ iti namaskṛtya pravakṣyāmi viṣṇumāyāṃ jaganmayīṃ || I-24 ||

"Par amour pour toi, 

je vais dire le secret, la lignée de la Famille (Kula) divine.

Après avoir énoncé le 'om',

je dis la Magie de l'Omniprésent, substance du monde."

nārāyaṇīṃ mahāmāyāṃ prakṛtiṃ viśvarūpiṇīm |

ekā parāparā śaktiḥ prakṛtirviśvamohinī || 25 ||

"Celle qui habite en tout homme,

l'infini magie, la nature, en forme de toutes choses.

Une, à la fois transcendante et immanente,

la Puissance Nature est l'enchanteresse universelle."

viśvasaṃmohanātsā ca vaiṣṇavīti prakīrtitā |

dhāraṇāddhātrimityāhaḥ pālanātparameśvarī || 26 ||

"Parce qu'elle enchante l'univers, 

on la célèbre comme Omniprésente.

Parce qu'elle fonde, elle est la Fondatrice.

Parce qu'elle protège, elle est la Maîtresse suprême."

trailokyamohanātmāyā bhāvanātprakṛti smṛtā |

viśvasaṃdhāraṇātsā tu viśveśvarīti prakīrtitā || 27 ||

"Parce qu'elle ensorcelle les trois mondes,

elle est la Magie.

Parce qu'elle engendre, elle est la Nature.

Parce qu'elle porte tout, elle est la Souveraine universelle."

kaivalyamokṣadā bhūtā māyā nārāyaṇī smṛtā |

īśvaropi vaśe yasyā sūtre bāhuśakuntavat || 28 ||

"Elle est la source de la jouissance et de la délivrance,

elle est la Magie, l'Immanente.

Même le Seigneur est en son pouvoir,

comme comme un grand oiseau tenu par un fil à la patte."

yāṃ vinā parameśopi śava ityabhidhīyate |

jīvituṃ naiva śaknoti vinā tāṃ parameśvaraḥ || 29 ||

"Sans elle, même le Seigneur suprême

n'est qu'un cadavre.

Le Seigneur suprême

ne peut même pas vivre

sans elle."

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Shiva sans Shakti est un shava, un cadavre. Shakti est le "i" dans le Mantra. 

jeudi 6 mai 2021

Deux rencontres au mois de juillet 2021

  


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PLONGÉE DANS L'AMOUR DIVIN - LES HYMNES D'OUTPALA DÉVA

- avec David Dubois -

Du 11/07/2021 au 16/07/2021 - 

à la Chartreuse de Pierre Chatel



S'asseoir et plonger, se laisser guider, sans savoir, par l'éblouissant mystère du Je Suis. Le temps de quelque jours, se donner à cette vie d'abandon au courant de vie, nourris par les Hymnes à Shiva, d'Outpala Déva, un maître tantrique du shivaïsme du Cachemire. Il nous a laissé une magnifique collection de poèmes sanskrits où résonne la joie ineffable dans tous les aspects de la vie : méditation, yoga, vieillesse, mort, sensualité, émerveillement, agitation du quotidien... Une semaine sans pourquoi, disponibles au chant obscur du silence vivant.

Cette retraite est basée sur les Hymnes à Shiva : Commander le livre 


Après avoir découvert le shivaïsme du Cachemire en 1990, David Dubois a longtemps vécu en Inde où il a été initié dans plusieurs traditions tantriques. Auteur d'une quinzaine de livres sur cette tradition, il aspire aujourd'hui à la partager en la respectant, tout en la transposant dans l'esprit moderne de liberté ouvert à l'universel, et en restant sensible à un enracinement dans notre culture.


S'inscrire

Contacter le lieu :

03 85 60 09 89

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LE YOGA DE LA VIBRATION - INITIATION AU SHIVAÏSME DU CACHEMIRE

- avec David Dubois - 

Du 18/07/2021 au 23/07/2021 - 

au Domaine de Chardenoux (Saône et Loire)



Ce stage est le premier d'un cycle de trois ans pour découvrir l'immense richesse du shivaïsme du Cachemire. 

Cette tradition s'inscrit dans le Tantra : elle ne rejette pas le corps. Mais elle n'est pas non plus ritualiste. Elle est un yoga intégral où tous les aspects de l'être sont reconnus comme des manifestations du divin et donc comme des voies vers le divin. Le yoga de la vibration est le Yoga du Spanda, la plongée dans la pulsation qui anime toutes choses et qui se manifeste en tout, depuis le souffle jusqu'aux états de conscience les plus affinés. Nous chanterons le Poème de la vibration (Spanda-kârikâ) et ses commentaires traditionnels qui décrivent un yoga complet et original, différent de celui de Patanjali. Pour toutes celles et ceux qui veulent s'initier au Tantra authentique à travers ses sources premières. Ce stage sera suivi d'un autre entre Noël et le Nouvel An, et ceci répété sur une durée de trois années.


Après avoir découvert le shivaïsme du Cachemire en 1990, David Dubois a longtemps vécu en Inde où il a été initié dans plusieurs traditions tantriques. Auteur d'une quinzaine de livres sur cette tradition, il aspire aujourd'hui à la partager en la respectant, tout en la transposant dans l'esprit moderne de liberté ouvert à l'universel, et en restant sensible à un enracinement dans notre culture.


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03 85 60 09 89

jeudi 29 avril 2021

Existe-il un percept sans concept ?

Parâ Devî

Selon une opinion courante, la perception serait plus pure, plus directe, plus proche du réel, que la pensée.

Cette opinion est courante dans la spiritualité contemporaine. De fait, elle est largement majoritaire. 

En Inde, elle a été défendue principalement par des philosophes bouddhistes comme Dharmakîrti. Selon lui, le langage et la pensée ne peuvent représenter la réalité telle qu'elle est. Elles déforment la réalité pour l'exprimer, en gommant ces que chaque chose réelle, chaque instant, ont d'unique. La pensée n'a rien à voir avec la réalité, ni avec la perception, qui perçoit la réalité, mais sans pouvoir l'exprimer ni, par conséquent, la partager. Les possibilité de l'art n'ont pas été explorées. 

Certains prétendus détenteurs du shivaïsme du Cachemire enseignent que cette doctrine - que ce dualisme épistémique d'un genre particulièrement radical - est ce qu'enseigne le Tantra. 

Mais cela est faux. C'est un mensonge. 

En réalité, le Tantra enseigne une tout autre vision des rapports entre pensée et perception. Selon cette philosophie, exprimée notablement dans le corpus de la Reconnaissance (pratyabhijnâ), la perception est une sorte de pensée subtile, un langage articulé, mais intérieurement, où les étapes du discours se succèdent si rapidement que l'être ordinaire n'y prend pas garde. Autrement dit, pensée (ou langage) et perception sont inséparables. Il n'y a pas de perception sans pensée, sans langage. 

Abhinavagupta, le plus célèbre philosophe de cette école, s'attache ainsi à montrer que même les actions les plus intuitives, comme courir, sont en réalité des pensées, des discours, qui se succèdent très rapidement. La perception est du discours (donc de la pensée) "compressé". Tout est langage. Aucune expérience n'est percept pur, toute expérience est tissée de langage : la différence entre pensée et perception tient seulement au degré d'articulation et à la vitesse du processus (krama). En effet, plus on articule, moins on va vite. Il suffit de lire en articulant mentalement, puis sans articuler mentalement, pour le vérifier. 

Cette idée que la perception est en réalité une sorte de pensée existe aussi en Europe. L'exemple le plus célèbre en est Descartes et sa fameuse analyse du morceau de cire : 

"Commençons par la considération des choses les plus communes, et que nous croyons comprendre le plus distinctement, à savoir les corps que nous touchons et que nous voyons. Je n'entends pas parler des corps en général, car ces notions générales sont d'ordinaire plus confuses, mais de quelqu'un en particulier. Prenons pour exemple ce morceau de cire qui vient d'être tiré de la ruche : il n'a pas encore perdu la douceur du miel qu'il contenait, il retient encore quelque chose de l'odeur des fleurs dont il a été recueilli ; sa couleur, sa figure, sa grandeur, sont apparentes ; il est dur, il est froid, on le touche, et si vous le frappez, il rendra quelque son. Enfin, toutes les choses qui peuvent distinctement faire connaître un corps se rencontrent en celui-ci.

Mais voici que, cependant que je parle, on l'approche du feu : ce qui y restait de sa saveur s'exhale, l'odeur s'évanouit, sa couleur se change, sa figure se perd, sa grandeur augmente, il devient liquide, il s'échauffe, à peine le peut-on toucher, et quoiqu'on le frappe, il ne rendra plus aucun son. La même cire demeure-t-elle après ce changement ? Il faut avouer qu'elle demeure et personne ne le peut nier. Qu'est-ce donc que l'on connaissait en ce morceau de cire avec tant de distinction ? Certes ce ne peut être rien de tout ce que j'y ai remarqué par l'entremise des sens, puisque toutes les choses qui tombaient sous le goût, ou l'odorat, ou la vue, ou l'attouchement ou l'ouie, se trouvent changées, et cependant la même cire demeure.

Peut-être était-ce ce que je pense maintenant, à savoir que la cire n'était pas ni cette douceur de miel, ni cette agréable odeur de fleurs, ni cette blancheur, ni cette figure, ni ce son, mais seulement un corps qui un peu auparavant me paraissait sous ces formes, et qui maintenant se fait remarquer sous d'autres. Mais qu'est-ce, précisément parlant, que j'imagine, lorsque je la conçois en cette sorte ? Considérons-la attentivement, et éloignant toutes les choses qui n'appartiennent point à la cire, voyons ce qui reste. Certes il ne demeure rien que quelque chose d'étendu, de flexible et de muable. Or, qu'est-ce que cela : flexible et muable ? N'est-ce pas que j'imagine que cette cire, étant ronde, est capable de devenir carrée, et de passer du carré en une figure triangulaire ? Non certes, ce n'est pas cela, puisque je la conçois capable de recevoir une infinité de semblables changements et je ne saurais néanmoins parcourir cette infinité par mon imagination, et par conséquent cette conception que j'ai de la cire ne s'accomplit pas par la faculté d'imaginer.

Qu'est-ce maintenant que cette extension ? N'est-elle pas aussi inconnue, puisque dans la cire qui se fond elle augmente, et se trouve encore plus grande quand elle est entièrement fondue, et beaucoup plus encore quand la chaleur augmente davantage ? Et je ne concevrais pas clairement et selon la vérité ce que c'est que la cire, si je ne pensais qu'elle est capable de recevoir plus de variétés selon l'extension, que je n'en ai jamais imaginé. Il faut donc que je tombe d'accord, que je ne saurais pas même concevoir par l'imagination ce que c'est que cette cire, et qu'il n'y a que mon entendement seul qui le conçoive ; je dis ce morceau de cire en particulier, car pour la cire en général, il est encore plus évident.

Or quelle est cette cire qui ne peut être conçue que par l'entendement ou l'esprit ? Certes c'est la même que je vois, que je touche, que j'imagine, et la même que je connaissais dès le commencement. Mais ce qui est à remarquer, sa perception, ou bien l'action par laquelle on l'aperçoit n'est point une vision, ni un attouchement, ni une imagination, et ne l'a jamais été, quoiqu'il semblât ainsi auparavant, mais seulement une inspection de l'esprit, laquelle peut être imparfaite et confuse, comme elle était auparavant, ou bien claire et distincte, comme elle est à présent, selon que mon attention se porte plus ou moins aux choses qui sont en elle et dont elle est composée." (Méditations métaphysiques, 1641, méditation II, Garnier p. 423 - 424).

Ainsi, toute perception est pensée ou langage, ce qui revient au même. C'est là un point central de la philosophie du Tantra, sans lequel il n'y a pas de Tantra. 

J'ajouterai en passant que cette place essentielle de la Parole est un point partagé par toutes les cultures indo-européennes, voire par toutes les cultures. Pas d'expérience sans parole, même s'il existe bien des nuances et des faces de cette Déesse.

samedi 13 mars 2021

Formations et stages

 

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Infos sur les stages et rencontres :
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cours en ligne :

Formation Tantra, traditions en liberté

OM TAT SAT: Para, Apara and Parapara
Les trois déesses, trois aspects de la conscience, de la vie.

L'automne est une saison de bon augure pour partager la connaissance amoureuse du Tantra. En en effet, en Inde le ciel d'automne est connu pour sa transparence et ses nuances rousses et ocres. La transparence exprime au dehors la pureté de la conscience intérieure. Les nuances de rouge manifestent la passion qui anime la Présence, passion qui se fait compassion et partage.

Il est temps de partager le trésor du Tantra ! Cette tradition est populaire, mais elle reste méconnue. Je marche sur ses chemins depuis plusieurs décennies et j'ai la chance d'accéder aux source du Tantra, orales et écrites. Je vous propose un parcours initiatique et de formation, basé sur les enseignement originels, mais dans un esprit de liberté. Le but est de nous relier au Tantra pour nous relier à l'essence, au cœur intime et universel. Pas d'érudition, pas d'ego, pas de compétences, seulement la douce méditation du flot du nectar du Tantra et la contemplation savoureuse de sa vérité en nous. Pointer vers ce qui, dans le Tantra, est universel, de tous les temps, de toutes les existences. Une approche libre, mais ancrée, lucide. Amoureuse mais pas aveugle. Intégrale, sans exclure aucun aspect de notre existence.

Concrètement ?

Formation 1ère année

 

Des vidéos :

- Une leçon chaque semaine, accessible en replay,

- Puis une vidéo questions et réponses en direct et en replay sur Zoom, tous les samedi matin à 11 heures.

- Certaines vidéos sont aussi accessibles en version écrite PDF.

Au programme :

-Les deux dimensions de la vie intérieure, le masculin et le féminin, Shiva et Shakti.

-Les Quatre Yogas de la connaissance, du souffle, de l'espace et du désir, le cœur du Mandala.

-Une carte claire et précise de l'Arbre du Tantra

-Une chronologie et des repères pour s'orienter-Le Yoga de la Vibration

-Les Shiva Soûtras-Le Cœur de la reconnaissance du sacré en soi et en tout

-La voie des Mantras

-Les Cycles de la vie intérieure

-La tradition Kaula, intégrer la Famille divine

-La discipline quotidienne, effort et grâce-La Voie de l'union primordiale

En parallèle, je propose à celles et ceux qui le souhaitent, d'autres formations :

-La redécouverte du shamanisme : la voie du cerf et du ciel

-La redécouverte des traditions méditerranéennes à la lumière du Tantra

Les tarifs et la participation :

Abonnement mensuel, inclus l'accès aux vidéos en direct et en replay : 50 e

Les paiements se font par Paypal, avec mon numéro de téléphone ou mon adresse email.

Pour s'inscrire :

1) Envoyer un mail à deven_fr@yahoo.fr ;

2) Effectuer le paiement sur Paypal à cette même adresse mail.

En retour vous recevrez, chaque semaine, une invitation pour la vidéo Zoom en direct, puis le mot de passe mensuel pour accéder aux vidéo sur ce site.

Il y a aussi des vidéos en accès libre sur la chaîne You Tube à cette adresse :

https://www.youtube.com/channel/UC3iwO_xwYinenpR4fPosmhA

Nouveau cycle en septembre/octobre 2023

Vous recevrez les informations par mail.

Posez vos questions :

mail : deven_fr@yahoo.fr

tel: 0603330558

A bientôt ! David Deven Dubois

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Formation 2ème année

Contenu :

Les 112 jeux d’éveil du Vijnâna Bhairava Tantra et le Cœur de la Reconnaissance, Pratyabhijnâ-hridaya.

Ce sont les deux enseignement les plus précieux du Tantra du Cachemire. Ils enseignement comment reconnaître la Présence au-delà du mental et comment stabiliser cette reconnaissance. Avec ces enseignements, nous entrons au cœur de la tradition.

Sur le Vijnâna Bhairava Tantra :

-          Le Tantra de la Reconnaissance de soi, éditions Almora

-          60 expériences de vie intérieure, éditions Almora

Sur le Cœur de la Reconnaissance :

-          Au cœur des tantras, éditions Les Deux Océans

Abonnement mensuel de 50e via Paypal. Une leçon vidéo en début de semaine et une séance zoom le dimanche matin à 11h. Accessibles en replay avec mot de passe.

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Initiation au sanskrit (pas cette année)

pour le yoga, le tantra et la méditation


Octobre 2023

Lecture directe d'extraits de textes sacrés : Le Yoga selon Vasishta, la Brihad Âranyaka Upanishad, Bhagavad Gîta, Yoga Sûtras, Shiva Sûtras, Shakti Sûtras, shivaïsme du Cachemire, extraits de tantras, etc.

Accessible tous niveaux. Pas de connaissances requises.

En pratique :

Deux cours par mois en ligne sur Zoom.

Abonnement de 30 euros par mois.

Une fois le payement reçu via Paypal avec mon adresse (deven_fr@yahoo.fr) ou mon numéro de mobile (0603330558), vous recevrez pour chaque séance un mail avec l’invitation Zoom.

Inscription : deven_fr@yahoo.fr

Initiation à l'alphabet :



jeudi 11 mars 2021

Weekend méditation et mantra



 

Weekend méditation et mantra

avec David Dubois

les 10 et 11 avrils 2021

à l'âshram Khécharî Dévî en Provence

khecaridevi.com

Deux journées d'initiation à la pratique du Mantra selon la tradition du Tantra.

La pratique du Mantra est une voie spirituelle complète, d'une richesse infinie. Grâce au Mantra, je peux me libérer du mental et m'unir au divin, tout en vivant dans le monde. C'est une voie double : ascension vers la Source ; et descente dans la chair et le monde, reconnu et célébrés comme manifestation de cette Source qui est l'âme de tout et qui est notre âme.

Je vous invite à venir vous initier à la pratique des Mantras selon la tradition du Tantra traditionnel. 

Selon cette manière de vivre, tout est une seule conscience. Dans sa danse, elle joue à se réaliser sous la forme du monde et de toutes choses. Dans cette manifestation, elle s'oublie. Le but du Mantra est de nous réveiller. Par le Mantra, la conscience se réalise comme infinie et se libère de sa propre création. D'ordinaire, nous sommes endormis et emportés par le corps mental. Ce corps est pourtant la manifestation de la conscience, notre véritable Moi. Pour jouir à nouveau du corps mental, il faut revenir à la source du corps mental.

En Inde, le Tantra est appelé "voie des Mantras". Il n'y a pas de Tantra sans Mantra. Il y a des Mantras pour tout.

Mais durant ce weekend, nous pratiquerons le Mantra pour la libération totale, l'union divine, le yoga, pour atteindre à la fois la délivrance et la jouissance. Grâce à cette pratique, nous pouvons vivre dans ce monde, sans être esclaves du monde.

Programme :

Trois heures de pratique guidée le matin, trois heures l'après-midi. Temps d'échange. Pas de prérequis. Initiation au rituel du feu. Pas de "récitation".

Vous apprendrez :

- Initiation au Mantra : le début et la fin du Mantra, extase et libération, Shiva et Shakti dans le Mantra

- pratique de l'ascension par le Mantra : la pratique fondamentale du Mantra

- pratique de guérison par le Mantra du Nectar, le Seigneur de l'Ambroisie

- les étapes du Mantra, le monde à l'intérieur d'un son

- le sens profond du Mantra : le Mantra comme réalisation du Soi, non comme technique

- pratique avec différents Mantras simples, Mantra-germes

- Mantra et mental : l'alchimie du bavardage, comment ne plus être esclave de nos énergies

- posture et Mantra, la dimension tactile du Mantra, son et espace

- pratique dans le quotidien, pour pratiquer toujours

- Mantra et passage dans l'au-delà, Mantra et mort, Mantra et accompagnement des mourants

- Mantra et souffle, Mantra et Temps, transmuter le Temps

- Mantra et musique, Mantra et créativité

David Dubois a été initié au Tantra en Inde où il a longuement vécu et étudié depuis trente ans. Il est l'auteur de plus d'une douzaine de livres sur le Tantra et la vie intérieure, dont Introduction au Tantra, éditions Almora. Il partage sur son blog La Vache cosmique et sur Youtube.

Infos pratiques :

Participation : frais + don libre pour l'enseignement

Début de l'atelier, samedi 10 avril 2010 à 10h, fin dimanche à 17h

Pour des renseignements sur le lieu, le logement, la nourriture et l'accès, 

contacter Yogi Maheshwar : 0652660685 
yogimaheshwar@gmail.com

Le lieu

Pour s'inscrire

contacter David Dubois : 0603330558 
deven_fr@yahoo.fr 

samedi 6 février 2021

Clichés 4 : Le pouvoir d'un Mantra est sa fréquence vibratoire

couverture de livre qui illustre le cliché du jour

Il y a cette croyance très répandue : 

Les Mantras, comme "Om" ou "Om mani padmé Hung", sont des vibrations spéciales qui ont des pouvoirs spéciaux liés à ces vibrations physiques particulières. Comme preuve, on avance souvent les expériences faites sur des tables vibrantes sur lesquelles on met des poudres, graviers, etc. En les faisant vibrer avec un archet, ces poudres forment des figures géométriques qui changent avec la fréquence des vibrations. Il est vrai que ces expériences, en plus d'être belles, sont fascinantes. Les effets sont directement visibles, cela parle à tous le monde. En outre, le pouvoir des sons est un sujet mystérieux et nous savons tous que la voix a un pouvoir, de même que les mots. Certains sons nous excitent, nous mettent à fleur de peau (les cris de bébé, les klaxons...), d'autre nous apaisent.

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Mais qu'en est-il dans le Tantra traditionnel ?

Le pouvoir des Mantras y est essentiel. La voie du Tantra s'appelle d'ailleurs "le chemin des Mantras" (mantra-mārga). Rituel ou yoga, rien ne se fait sans Mantra. Pouvoir surnaturel ou délivrance spirituelle, tout s'obtient au moyen de ces sons, qui ont parfois un sens conventionnel (comme "Om namah Shivâya", "Om hommage à Shiva"), et qui n'ont souvent pas d'autre signification que symbolique.

Souvent les Mantras sont des noms du divin, des attributs, c'est-à-dire des Shaktis de la conscience, des pouvoirs. Par exemple, "Om namo sarvajnâya" "Om, hommage à celui quis ait tout !". Ces Mantras sont des sortes d'hymnes.

Plus rarement, un Mantra est un verset ou un poème, comme la Gâyatrî (un verset du Véda, à l'origine) ou "Tryambakam yajâmahe...". Il y a alors un ou des sens littéraux, en plus des significations symboliques. Par exemple, la Gâyatrî est une prière adressée au Soleil.

Le type de Mantra le plus souvent utilisé, cependant, est le Mantra fait d'une seule syllabe (bîja, pinda, akshara, tattva). Voici les plus courants : Om, hung, hrîm, haum, sauh, hsauh, hskhphrem, hskshmlvryûm. Chacun d'eux est Dieu ou la Déesse, avec ses différentes parties, ses plans et "membres", comme un Mandala, lequel est la contrepartie visuelle du Mantra. Le Mantra est alors la base du rituel et de la pratique quotidienne.

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D'où vient le pouvoir des Mantras ?

1) Ce pouvoir est, selon la tradition la plus courante, "un pouvoir inconcevable" (acintya-śakti). Il n'y a donc pas d'explication. Pour que le Mantra soit efficace, il faut seulement avoir la foi.

2) Selon une tradition plus sophistiquée, le Mantra est le divin même, car le divin est Verbe (śabda-brahman), parole qui se transforme en les noms, les mots des langues. Le Mantra serait donc l'essence indifférenciée de la Parole, la Langue originelle avant qu'elle ne se multiplie en des langages plus ou moins dégénérés. Le Mantra le plus important est alors l'alphabet sanskrit (la Matrice, mātṛkā), l'alphabet de la langue parfaite, la langue des dieux. Tout Mantra dérive aussi de cette Matrice.

3) Selon la tradition d'interprétation née au Cachemire vers l'An Mille, l'efficacité du Mantra est la conscience universelle, absolument libre. Le Mantra est donc efficace parce que la conscience divine est libre de se ressaisir par-delà les mots conventionnels. Elle ne dépend de rien. Cette conscience est parfois décrite comme "vibration" ou "onde", mais cela n'a rien à voir avec le concept physique de vibration et ses notions de longueur d'onde, de taux, de fréquence, etc. Ces notions sont inconnues dans le Tantra.

4) Selon le bouddhisme tantrique, le pouvoir d'un Mantra vient de la pureté et de l'omniscience de celui qui l'a transmis, un Bouddha. Rien à voir avec une vibration physique.

La pratique des Mantras est d'ailleurs rituelle. Or, dans un rituel, la dimension vibratoire, sonore, du Mantra, est rarement mise en valeurs. Il est presque toujours énoncé à la vitesse maximale, parce qu'il y a une très grande quantités de Mantras à énoncer et que cela prend du temps et qu'il faut aller vite. Surtout, je ne connais aucun Tantra qui fasse dépendre l'efficience d'un Mantra d'un effet sonore. Ce qui compte est la foi dans le pouvoir mystérieux du Mantra, le fait de l'avoir reçu d'une source valide, etc. Jamais un effet sonore, vibratoire, n'est évoqué. Le Mantra "marche" parce qu'il a du pouvoir, parce que cela vient de la Puissance (shakti), voilà tout. La croyance selon laquelle un Mantra est un "son" doué d'un pouvoir lié à sa "fréquence" particulière n'existe pas dans le Tantra.

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Il y a cependant une exception très importante : la pratique yogique de "l'élévation du Mantra" (mantra-uccāra). C'est la pratique principale du yoga enseigné dans le Tantra, sauf dans le bouddhisme tantrique, lequel donne moins d'importance aux Mantras et au son en général. 

Dans cette pratique, le Mantra est énoncé une seule fois, le plus lentement possible, en diminuant l'intensité jusqu'à la vibration consciente au-delà du son audible. Cette pratique est le grand geste de libération : l'attention suit la vibration qui s'élève à travers le corps, jusqu'au Corps de la conscience universelle. 

Mais, même ici, un pouvoir particulier propre à chaque son n'est jamais évoqué. C'est plutôt le pouvoir de suivre, avec l'attention, l'affinage de la vibration, depuis l'audible grossier, jusque dans la vibration de la pensée, puis au-delà, qui est jugée efficiente. C'est pourquoi le Mantra employé est secondaire. Om ou Hung ou hrîm, ce qui compte est la capacité à "surfer" sur la vibration jusqu'à la vibration de la conscience universelle. Chaque Mantra de ce type a ce pouvoir. Mais nulle part il est suggéré qu'il y aurait un pouvoir physique spécifique à la vibration de "a", distinct de "o", "u" ou aou", etc. Il y a des pouvoirs symboliques attachés à ces sons (en tant que syllabes de l'alphabet), rien de plus. En revanche, ce qui est sans cesse invoqué, c'est la puissance de l'émotion "je suis", la réalisation "je suis je", l'émerveillement d'être, ainsi que le glissement jusqu'au silence.

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En conclusion, et contrairement à une croyance très répandue aujourd'hui, les Mantras ne sont pas "des sons dotés de vibrations spéciales", mais des actes de conscience qui partent de l'effet et qui ramènent à leur cause celles et ceux qui ont foi en eux. C'est aussi le pouvoir du son en général qui, si j'y pose mon attention, a le pouvoir de me ramener vers la source de tout. Mais cela marche avec n'importe quel son, Mantra, corde de guitare, roulement de tonnerre... n'importe quelle son allongé et qui s'amenuise peu à peu dans le silence a ce pouvoir de ramener à la source. La conscience est "vibration" veut dire simplement que la conscience n'est pas inerte, comme une pierre, mais qu'elle est mouvement, puissance, élan, dynamisme. Et que ce mouvement est immobile, sans perte ni altération.

Nulle part il n'est question de "pouvoir du son et de la fréquence vibratoire". Ce concept de fréquence est apparu seulement dans la science physique au XIXe siècle.

Le pouvoir du Mantra n'est pas un pouvoir du son, mais un pouvoir de la parole.

Ceci ne doit certes pas nous empêcher d'explorer les pouvoirs du son, de la voix, de la musique, des mélodies et des rythmes. Mais c'est une autre histoire.

mardi 19 janvier 2021

Le véritable Mantra



śivo bhūtvā yajeteti bhakto bhūtveti kathyate |
tvameva hi vapuḥsāraṃ bhaktairadvayaśodhitam || 14 ||

"Devenu Dieu, qu'on l'adore".
(Mais) je dis : "Devenu amoureux, (qu'on l'aime)" !
De fait, toi seul est le corps, l'essence,
purifiée par la non-dualité (réalisée) par tes amoureux."
Utpaladeva, Hymnes à Shiva I, 14


Selon la tradition shivaïte, et même tantrique en général, il faut d'abord devenir la divinité que l'on aspire à adorer, avant même de l'adorer. C'est pourquoi toute les pratiques tantriques commencent par "détruire" le corps ordinaire, profane, avant de le remplacer par un corps divin, un corps fait de Mantras, de puissances divines. Ensuite la pratique quotidienne peut commencer. C'est un préliminaire commun au rituels tantriques shaivas et vaishnavas. Même si la théologie est (relativement) dualiste, la pratique impose cette identification. 

Or, cette pratique présuppose une dualité entre ce qui est divin et ce qui ne l'est pas. C'est justement cette séparation que l'amour divin (bhakti) remet en question. Si tout est réalisé comme corps divin, à quoi bon transformer les choses par des Mantras ? Le seul véritable Mantra, pour l'amoureux, est le Mantra "Je suis lui", "Je suis elle", "Tout est divin", "Je suis"... Tel est le véritable Mantra à la source de tous les autres. Cette réalisation silencieuse dans le cœur est la véritable efficience capable de tout transmuter. 

Seule cette non-dualité peut transformer l'expérience. Pourquoi ? Parce qu'elle agit dans le cœur, à partir du cœur, avant l'opération des autres organes. Par conséquent, même si le mental de l'amoureux est agité, sont cœur, son amour, restent orientés vers le divin et tout se manifeste comme divin, y-compris le mental.

Les croyances qui font obstacle à cette orientation, à cette conversion du cœur, sont examinés dans la philosophie de la Reconnaissance (pratyabhijnâ), aussi formulée par Utpaladeva. Ainsi, philosophie et amour divin sont deux manières de décrire la même vie intérieure.

samedi 9 janvier 2021

Dans l'amour, tout est toi


 sākṣādbhavanmaye nātha sarvasmin bhuvanāntare |

kiṃ na bhaktimatāṃ kṣetraṃ mantraḥ kvaiṣāṃ na siddhyati || Utpaladeva, śivastotravalī I, 4 

"Maître !

En ce monde,

- Présence directe de toi -

tout est fait de toi.

Alors que dire de tes amoureux ?

Pour eux,

tout est terre sacrée,

tout est prière efficace !"

Ksehmarâja explique : Pour tes amoureux, pour ceux qui sont riches de l'amour compris comme pouvoir de se laisser posséder spontanément par le divin, tout est sanctuaire sacré, en ce monde, c'est-à-dire que tout lieu est lieu favorable à l'accomplissement spirituel suprême (parasiddhi). Toutes leurs prières, tous leurs Mantras, qui sont le pouvoir (dharmā) de faire réaliser l'Être (manana) et de sauver (trāṇa) du samsâra, deviennent pour eux réalité et ne restent pas paroles en l'air (na kathāmātreṇa). Tout est toi et rien d'autre, à travers ce regard qui est totalement envahi par toi.

lundi 4 janvier 2021

Amour sans manières



Les Hymnes à Dieu - śrīśrīśivastotrāvalī

par Utpaladeva


 na dhyāyato na japataḥ syādyasyāvidhipūrvakam |

evameva śivābhāsastaṃ namo bhaktiśālinam || I, 1 ||

"Qui ne visualisant pas, ne récitant pas,

qui serait sans avoir d'abord procédé à un rituel,

et à qui ainsi précisément Dieu se manifeste,

à cet être plein d'amour je rends hommage."

Kshemarâja, dans son Explication de ces Hymnes divins d'Utpaladeva, rend d'abord hommage à la Déesse, afin qu'elle écarte les obstacles à l'émerveillement que sont le langage conventionnel et les inhibitions sociales :

oṃ 

uddharatyandhatamasādviśvamānandavarṣiṇī | 

paripūrṇā jayatyekā devī ciccandracandrikā 

"Om...

Pluie de félicité, elle fait sortir l'univers 

des ténèbres de l'aveuglement,

débordante en plénitude, elle triomphe, unique,

Déesse claire de la lune de la conscience."

Kshemarâja expose ensuite ses motivations : il a été sollicité à l'extrême et de mille façons par de nombreux "êtres plein d'amour" (bhaktiśālibhiḥ). Il va donc expliquer en bref les hymnes composés par l'Auteur du Poème pour la Reconnaissance du Seigneur en soi (īśvarapratyabhijñā), Utpaladeva. Ce maître au nom vénérable fut le maître du maître de Kshemarâja dans l'étude de la philosophie de la Reconnaissance. Il avait reconnu directement le Maître des maîtres, Dieu, en son Soi, son essence intime. Afin de la faire réaliser aussi par autrui à qui il désirait accorder la grâce, il composa l'Hymne essentiel, l'Hymne de la gloire, l'Hymne de l'amour, qui forment des chapitres de ce recueil, et des versets indépendants. Râma et Âditya les ont rassemblé en divers chapitres, ainsi que Vishvâvarta, dit-on. Ces hymnes sont ainsi devenu célèbres. 

Voici l'explication du premier verset de ce premier chapitre : 

La fin dernière est de s'absorber dans le Seigneur suprême, la délectation d'embrasser la Fortune qu'est la délivrance. Pour indiquer ce but, Utpaladeva chante ce verset qui est une célébration des êtres d'amour (bhaktajana) envahis par leur essence qui n'est pas séparée du Seigneur suprême. A ces êtres Dieu se manifeste "ainsi précisément", c'est-à-dire sans recourir à un moyen relevant du domaine de l'illusion, Mâyâ. Pour eux, leur Soi, qui est Dieu, se déploie pleinement. Comment ? Simplement parce qu'ils sont envahis par l'amour, par la dévotion et plein de participation (bhakti). Il n'aspirent à rien de plus. Et donc, hommage soit rendu à ces êtres plein d'amour divin ; nous nous prosternons devant ces êtres plein de participation, plein d'unité avec le Seigneur divin, unité pleinement déployée en vertu du miracle (camatkāra) de l'amour (bhakti). Nous nous prosternons devant eux, c'est-à-dire que nous réalisons à notre tour l'unité avec Dieu. Voilà pourquoi nous leur rendons hommage. 

"Qui ne visualisant pas", etc. suggère une pratique, un chemin (krama) qui n'est pas de ce monde. En effet, partout nous voyons que la visualisation de la divinité et la récitation de son Mantra sont le principal du rite quotidien. Or, tout cela se déploie pour les êtres plein d'amour sans aucun moyen, sans méthode, puisque pour eux tout se manifeste clairement comme leur essence divine, félicité consciente ininterrompue, dotée de toutes les formes et sans forme aucune. Voilà pourquoi ils sont "sans avoir d'abord procédé à un rituel". Procéder à un rituel, c'est suivre une procédure qui présuppose une étude avec un maître, etc. Dès lors, toute procédure, toute pratique est "contractée" (saṃkucita), et donc ne peut servir de moyen à l'égard de notre Essence qui n'est pas "contractée". Et donc, pour ceux qui sont riches d'être possédés par l'Être et envahis par lui, le principal est de se consacrer à leur inspiration divine (pratibhā). Dieu le déclare dans le Tantra de la tradition originelle (srīpūrvaśāstra=Mâlinîvijayottaratantra) : "Ici, rien n'est prescrit"... "Pour qui ne se soucie de rien"... Dans le Chant du Bienheureux (gītāsvapi=Bhagavatgîtâ), de même, Dieu dit "Il s'absorbe en moi"...  

Visualisation et récitation sont, en substance, Lumière et Réalisation (prakāśa-vimarśa, Shiva-Shakti, choses et noms, rûpa-nâma), et donc cette expression enveloppe toutes les pratiques telles que l'adoration (pûjana). Utpaladeva les cite parce qu'elles sont les deux pratiques principales qui contiennent implicitement toutes les autres.

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