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vendredi 15 mai 2020

Vijnâna Bhairava Tantra 41

Chola - Shiva Vinadharadaksinamurti Maître de la musique - LANKAART
Shiva joue la vînâ d'espace

Leçon sur le verset 41 du Vijnâna Bhairava Tantra, l'expérience de la musique, l'éveil pas la musique :

tantryādivādyaśabdeṣu dīrgheṣu kramasaṃsthiteḥ |
ananyacetāḥ pratyante paravyomavapur bhavet || 41 ||

"Celui qui se concentre totalement
sur la fin de chaque son prolongé 
d'un instrument à cordes, par exemple,
deviendra l'espace ultime."

jeudi 14 mai 2020

Vijnâna Bhairava Tantra 40

Divyakalâ




Leçon sur le Vijnâna Bhairava Tantra, verset 40 :

yasya kasyāpi varṇasya pūrvāntāv anubhāvayet |
śūnyayā śūnyabhūto 'sau śūnyākāraḥ pumān bhavet || 40 ||

"On fera l'expérience du début ou de la fin
de n'importe quelle syllabe.
Grâce à (cette énergie du) vide, devenu vide,
l'individu deviendra vide."

mercredi 13 mai 2020

Vijnâna Bhairava Tantra 39

Inde - Harihara Kashmire IXe siècle ap. JC | Hindouisme, Shiva et Inde
Harihara, Cachemire, IXè siècle

Sur le Vijnâna Bhairava Tantra, verset 39 : l'expérience du Mantra.

praṇavādisamuccārāt plutānte śūnyabhāvanāt |
śūnyayā parayā śaktyā śūnyatām eti bhairavi || 39 ||

"En s'élevant à travers 'om' et autre (Mantras),
on se familiarise avec la vacuité à la fin du son prolongé.
Grâce à pouvoir transcendant du vide,
on atteint la vacuité, ô Déesse !"

mardi 12 mai 2020

Vijnâna Bhairava 38

Expérience d'éveil du Vijnâna Bhairava Tantra, verset 38 : 
l'écoute du son intérieur,
la présence comme son spontané.

anāhate pātrakarṇe 'bhagnaśabde sariddrute |
śabdabrahmaṇi niṣṇātaḥ param brahmādhigacchati || 38 ||

"Il atteint l'Immense en sa transcendance,
celui qui se baigne dans l'Immense-comme-son,
rapide comme une rivière, ininterrompu,
au creux de l'oreille, spontané."


lundi 11 mai 2020

Le mystère des plumes du paon, sur le Vijnâna Bhairava Tantra 32

Smara Yoga, blog philosophie de David Dubois: Les origines ...

Traduire et comprendre un verset sanskrit est difficile.
Mais parmi ces versets, certains sont quand même plus difficiles que d'autres.

Le verset 32 du Vijnâna Bhairava Tantra est un cas de verset particulièrement difficile à traduire et à interpréter. La traduction est une forme d'artisanat, une oeuvre à remettre sans cesse sur le métier.
Comme je ne suis pas satisfait de la traduction que j'ai proposée dans Le tantra de la reconnaissance de soi paru chez Almora en 2015, en voici une nouvelle version, qui sera intégrée aux prochains tirages de ce livre :



« Si l'on contemple le quintuple vide (des cinq sens)
comparable aux mandalas des plumes du paon
(ou bien) aux formes étonnantes (de ses ocelles),
on s'absorbera dans le cœur,
dans le vide absolu. 32

Explication de Shivopâdhyâya

On s'absorbera complètement dans l'espace ultime en contemplant dans le cœur1 le quintuple vide – en haut, en bas, au centre et sur les côtés – semblable aux formes étonnantes qui recouvrent les plumes du paon et aussi à ses ocelles lumineuses, aux formes vides vers l'intérieur (comme) vers l'extérieur2. Ou bien, on contemplera l'essence vide des cinq sens.

Mais si l'on lit « comparable aux formes étonnantes des plumes du paon », cela signifie : On s'absorbera complètement, on entrera dans le vide absolu qui est l'essence divine, en contemplant les cinq champs sensoriels comme étant vides, car ils ne sont pas (clairement) manifestés tant qu'ils sont de pures perceptions3. Ils sont alors « le quintuple vide » comparables aux mandalas aux formes variées – étant appréhendées comme forme, comme saveur, etc. - qui sont des « formes étonnantes » comme celles des plumes du paon et de ses ocelles. Les facultés sensorielles sont des « mandalas » (dont la forme) est comparable à la lettre « va » et qui sont la quintessence, l'essence du nectar nourricier4. »

Notes
1En l'occurrence le "cœur" représenté comme "niche" ou "espace", désigne l'intellect (buddhi), partie la plus diaphane du corps-esprit, apte à recevoir la lumière consciente. Cet ensemble de termes, archaïque, n'est pas d'origine tantrique ou śivaïte.
2Ce quintuple vide, ce sont les cinq sens, ou plutôt les cinq champs sensoriels, pareils aux sphères multicolores qui ornent le paon. Ces formes aux couleurs éclatantes sont l'exemple traditionnel de la richesses de la manifestation consciente qui préexiste en la conscience, mais sous une forme indistincte. Le but de cette expérience est de se familiariser avec la non-dualité des perceptions sensorielles (le quintuple vide) et de l'espace de la conscience (le cœur). Pourquoi sont-elles « vides à l'intérieur et à l'extérieur » ? Les formes sont « vides à l'extérieur » car elles n'ont pas de réalité indépendante de la conscience. Et elles sont vides à l'intérieur, dans la mesure où elles ne sont pas verbalisées par l'entendement (manas). De plus, les « ocelles » sont de faux yeux qui peuvent se trouver sur les plumes du paon, mais aussi sur les poissons, les ailes des papillons ou d'autres insectes. Comme le regard « vide » de celui qui est dans l'état de Shiva (Śivamudrā), vide au-dedans, vide au-dehors. Enfin, n'oublions pas qu'en Inde, les plumes de paon sont l'accessoire de base du magicien, qui est en fait un hypnotiseur, comme on le voit par exemple dans la fable du roi Lavana relatée dans le Yoga selon Vasishtha, trésor de la non-dualité dont la version d'origine, nommée « Traité qui est le moyen de la délivrance » (Mosksha-upaya-shâstra), fut composé au Cachemire vers 950, soit peu après le Vijnâna Bhairava Tantra qu'il cite d'ailleurs.
3Tant qu'ils ne sont pas « étiquetés » mentalement, ils restent de pures perceptions, et donc ils ne sont pas « pleinement manifestés », individualisés. Ils restent « vides ».
4Il y a un jeu de mot pour définir mandala : la quintessence (maṇḍa, « l'esprit » d'une liqueur ou « la crème » du lait) en forme de lettre « va » (lāntīdṛśim). La lettre « va » s'appelle Lānta en sanskrit. Dans l'ésotérisme qui s'exprime ici, et qui se réclame de la vision archaïque du sacrifice védique dont témoigne encore la Bhagavadgītā, les facultés sensorielles (dont l'entendement fait partie) sont des « dieux » qu'il faut nourrir et qui, à leur tour, vont nourrir le « cercle intérieur » ou le mandala du Soi. Les perceptions en elles-même ont le pouvoir de nourrir l'âme et de l’enivrer. Elles sont le « spiritueux », l'extrait de nectar (rasa-sāra) dont s'abreuve la conscience. Le commentateur suggère la pratique kaula (kula-dharma), autour de la viande, du vin et de l'union sexuelle.

________

Sur le Vijnâna Bhairava 32 :



Vijnâna Bhairava versets 36 et 37

Leçon sur le Vijnâna Bhairava Tantra, versets 36 et 37 :

kararuddhadṛgastreṇa bhrūbhedād dvārarodhanāt |
dṛṣṭe bindau kramāl līne tanmadhye paramā sthitiḥ || 36 ||

"Quand on perce entre les sourcils 
et que l'on ferme les portes (des sens)
avec "l'arme" des mains qui bloquent la perception,
on voit une sphère de lumière qui disparaît peu à peu.
En son (?) centre est l'existence ultime."

dhāmāntaḥkṣobhasambhūtasūkṣmāgnitilakākṛtim |
binduṃ śikhānte hṛdaye layānte dhyāyato layaḥ || 37 ||

"On contemple la sphère de lumière,
forme de tache de feu subtil
engendrée par une pression sur les yeux,
dans l'espace et dans le cœur (à la fois).
Quand (cette sphère de lumière) a disparue,
c'est la disparition (du mental).""


samedi 27 février 2016

S'abreuver à la paix d'être une simple chose

Souvent, nous envions aux choses leur paix. 
Contrairement à nous, elles se contentent d'être, sans être tourmentées par aucune conscience de soi. Les choses sont. Elles n'ont pas conscience d'elles-mêmes, et donc elles ne se jugent pas, ne s'inquiètent pas, ne se déchirent pas entre des possibles. Elles sont simples. Pas dédoublées entre ce qu'elles sont et ce qu'elle devraient, ou pourraient être.
Prenez donc l'une de ces choses. Un vase, par exemple. 



Goûtez son silence. Son immobilité, et constatez l'impact sur vos muscles, votre souffle, le ressenti de votre ventre. Puis, au lieu de simplement regarder ce vase, glissez vous en lui, comme dans un gant. Éprouvez le vide qu'il enveloppe. Et soudain, donnez toute votre attention à cet espace, comme si les parois du vase avaient disparues. Rien que l'espace dans l'espace. Puis faites de même pour la pièce dans laquelle vous vous trouvez. Savourez sa tranquillité. Puis donnez-vous à l'espace que cette pièce enveloppe. Prenez le temps, quoique l'intensité soit plus importante que la durée. Et soudain, sentez que les murs disparaissent, comme une bulle de savon qui éclate. En cet instant, tout notre être réalise que l'intérieur et l'extérieur ne font qu'un, qu'ils n'ont jamais été séparés. Souvent, la respiration s'arrête, comme devant un spectacle sacré. Et faites de même pour toutes les cloisons. Que l'espace, au lieu d'être un vide inerte et oublié, devienne vivant. Faites l'expérience de vivre sans murs, sans frontières. A l'infini, un seul espace.

Voilà comment les choses, même les plus anodines, peuvent nos délivrer de notre agitation. L'objet nous emporte au-delà de lui-même. Nous ne sommes plus face à lui, une chose face à une autre, mais nous ne sommes plus qu'un seul ciel. Chaque objet porte ainsi en lui le pouvoir ne nous ramener à l'infini, à cela qui n'est pas une chose mais qui fait être toutes les choses. Cela est peut-être la vérité de l'art.

vendredi 16 octobre 2015

Un regard non fragmenté

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Si regarder ce qui est agité nous agite, contempler l'immensité nous immensifie. 
Ce regard ouvert subsiste, comme un parfum subtil mais entêtant. Il enchante l'agitation même, la transmute.

"Un regard non fragmenté, vaste, posé sur un paysage sauvage, dépourvu ou pas de ces contractions accidentelles que sont les lacs, les collines ou les arbres, savoure nécessairement l'absence de fragmentation : c'est un moyen traditionnel pour se laisser posséder par la conscience non-duelle".

Abhinavagupta, Parâtrîshikâvivarana, p. 231

vendredi 9 octobre 2015

Stage yoga et tantra 27 au 29 novembre 2015


J'animerai un stage fin novembre avec Amandine Girard dans les Cévennes

Stage Yoga et Tantra

Du vendredi 27 novembre à 19h, 

au dimanche 29 à 16h

En co-animation avec David Dubois, à Aiguebonne, dans les Cévennes, (Lanuéjols, près du Mont-Aigual)

Pratique du hatha yoga, pratique ouverte à tous, dans l'écoute de soi.

Postures, souffles, effort et non effort, dans un état d'observation, un accueil des sensations. 
Stimulation du corps d'énergie avec le souffle (le pranayama). Intériorisation et détente profonde.
Prévoir un tapis et un plaid, peut être un coussin.


Dans le prolongement du hatha-yoga, nous vous invitons à découvrir la méditation dans cette tradition.
A travers des poses, des regards et des instructions précises, la tradition du tantra nous invite à plonger dans un espace de conscience qui est notre état naturel. Ainsi nous pouvons reconnaître notre essence, puis continuer cette pratique dans la vie de tous les jours.

Pour cette pratique, apporter un châle assez long pour s'entourer les genoux et le dos, ou une ceinture de yoga.


Tarif :160 €
Logement dans le gîte confortable d'Aiguebonne, entre forêt et rivière...
Pour l’hébergement, prévoir aussi duvets ou draps, et des pique-niques et petits-déjeuners.

Plus d'informations et inscriptions :
06 09 40 75 92 (Amandine)
Le site d'Amadine : hathayoga-millau.fr
Le site du gite : www.aiguebonne.com




mardi 21 avril 2015

Le Vijnana Bhairava Tantra - une nouvelle traduction avec des inédits

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Le Vijnâna Bhairava Tantra est un recueil d'invitations à l'éveil. 

Méditation, postures, écoute du souffle, du corps, mais aussi surprise, peur, confusion, réflexion, oubli sont autant de portes vers l'expérience de la liberté intérieure.

Pour la première fois, nous proposons ici une traduction de l'original sanskrit (la langue sacrée de l'Inde), accompagné de ses deux commentaires sanskrits traditionnels composés au Cachemire et de sept autres recueils semblables, tous également traduits du sanskrit.

Aux 112 méditations du Vijnâna Bhairava Tantra s'ajoutent ainsi 128 méditations inédites, pour former un ensemble de 240 méditations, un trésor sans équivalent, véritable manuel de méditation et d'éveil à soi.

Extraits :

Au début et à la fin de l’éternuement, dans la peur et la peine,
Ou encore dans la confusion, quand on fuit le champ de bataille,
Dans l’excitation, au début et à la fin de la faim,
L’existence en son immensité (se manifeste).

Vijnâna Bhairava tantra

On doit s'absorber entièrement
Dans l'état de surprise absolue
Dont (même) les mortels font (parfois) l'expérience.
En l'évoquant sans cesse,
Le yogin obtiendra la perfection infaillible. 

Paramânanda Tantra


Quand un porteur laisse tomber son fardeau,
Il se détend.
C'est à ce moment qu'il faut rendre hommage à Śiva
En regardant le Soi.

La dépression elle-même est le plus grand hommage.
Déprimé, l'esprit se résorbe.

La peur est l'adoration ultime
Car la Révélation dit que "Le (Soi a créé tout cela)  parce qu'il avait peur (d'être seul). 

L'Essence de l'éveil, Narahari 



mercredi 19 octobre 2011

Comment tuer le Temps ?

Bhairava, Bhaktapur


Suite à l'hymne qu'il adresse à la Déesse,  Bhairava demande dans quel but tous ces héros et ces yoginīs sont venus dans ce sanctuaire de la grande terreur.
La Déesse lui rétorque "Tu es le Seigneur suprême : tu es toi-même la réponse ! A quoi bon répondre ?" Pourquoi Bhairava demande t-il à la Déesse quelle est sa propre nature ? N'est-ce pas ridicule ?

Quelque peu intimidé, le Grand Terrifiant avoue alors que la Déesse est sa propre conscience de soi (svavimarśabalena), elle est la connaissance que Dieu a de lui-même. C'est elle, la réponse. Sans elle, tout se passe comme si Dieu n'existait pas, comme s'il était plongé dans le coma. Même s'il était infini éternel, etc., il serait, au fond, comme une pierre, dépourvue de la moindre liberté, indifférente comme un cadavre. Ce qui fait une différence, ce n'est pas Dieu, c'est cette conscience, ce pouvoir d'émerveillement, qui fait que Dieu est Śiva ("bienfaisant") et non une simple abstraction stérile. La réponse est donc le Cœur de la Déesse, son âme, sa substance, laquelle est l'âme de Dieu. Dieu étant la moelle de tout, la Déesse est la quintessence, le "secret ultime, divin" (1, 38a). 

Et ce secret, c'est d'abord la Danse de Kālī (kālīkrama), c'est-à-dire la liturgie qui exprime, à travers des mantras, le cycle de la conscience, cycle de création-destruction des concepts et des percepts dans l'espace sans nom. Ce n'est ni la dualité, ni l'unité, mais la "suprême non dualité" en laquelle sont réconcilié ces deux ennemis de toujours.

La Déesse répond qu'elle va lui offrir la réponse absolue, le secret proclamé dans tous les Sanctuaires, symboles du corps humain. Dans cet espace ultime, espace du corps où sont naturellement présents toutes les puissances de l'univers, a lieu à chaque instant le grand sacrifice, création et destruction, émanation et retour. "Tout cet univers est annihilé par la vérité absolue comme un brin d'herbe dans les flammes" (I, 42). Des puissances terribles sont à l'œuvre, qui se prennent pour Dieu et qui se disputent en questions et réponses interminables. "Mais en réalité, dans le cœur, incognito, se tient la Question" (I, 43). Cette question, Bhairava la pose, éternellement, au plus intime de tous les êtres, afin qu'ils puissent, dans le Temps (c'est-à-dire la mort), se délivrer du Temps. C'est le Secret, la plus grand Secret, l’Événement, l'Effroi, la Terreur qu'attendent les hommes, les animaux, les dieux, les démons, et Dieu lui-même.
Le Temps dévore tous les êtres. Mais comment dévorer le Temps ? (I, 52)
La solution, c'est le Cœur de la Yoginī...

Second hymne du Dieu à la Déesse




Belle !

Je suis pris au filet

De la plus extrême confusion !

Radieuse !

Révèle le point vital,

Tel qu'il est ! 54



Dis le secret ultime,

Ineffable, sans défaut.

Bienfaisante !

Révèle ce qui est dans le cœur de la yoginī, 55



Ce qui est indépendant des jours lunaires et des heures fastes,

Ce qui ne requiert pas de lieux, ni de moments (particuliers), etc.,

Révèle ce qui est affranchi des signes conventionnels des (différents) sites (sacrés),

Avec (leurs) constellations et leurs planètes, 56



Révèle ce qui ne dépend pas des gestes sacrés ni des formules, ni des couleurs comme le rouge, etc., Révèle ce qui ne dépend pas d'un rituel quotidien,

Ni d'une offrande au feu, ni (de l'offrande) d'eau parfumée de fleurs, ni de l'offrande d'huile,  57



Révèle ce qui ne dépend pas du rituel d'invocation (d'une divinité),

Ni de vœux quand à la manière de se conduire,

Révèle ce qui ne dépend pas des (techniques) spéciales comme les remplissages,

Les vidages ou les rétentions (du souffle)! 58



Révèle plutôt ce qui est naturellement libre

Et dépourvu de tout vice,

Ce qui ne dépend pas d'obligations ni d'interdits,

Ce qui est réellement grand ! 59



Dis le secret ultime

Présent dans le cœur (de tous les êtres).



Ayant tenu ce discours,

Il s'adonna à l'adoration de la Déesse. 60



Etabli en sa nature, il resta silencieux.

Plus tard, en un autre temps favorable,

Cette suprême (Déesse), sans corps, 61



Parole aspirant à entendre (les paroles du Dieu)[1],

Accomplit le grand sacrifice[2].

Quant aux autres êtres, corporels,

Quand ils entendirent ce discours (du Dieu) sans corps 62



Ils joignirent les mains

Et se prosternèrent vers (la Déesse)

Mais la maîtresse du Dieu des dieux,

Présente dans la matrice, ce royaume de notre vraie nature, 63



(Résonance) sans notes, présente en notre forme propre,

Au-delà des formes, transparente,

S'adonnait à la grande union[3],

Entourée des soixante-quatre (yoginīs). 64



(Ainsi) cette Déesse de tous les dieux

Accomplit méthodiquement

L'adoration, l'instruction et la transmission suprême[4]

Des yoginīs[5]. 65



Mais à la suite de cette (transmission),

Ceux qui étaient présent se rétractèrent d'un seul coup

(Et retournèrent) à à l'état de bétail (ignorant)[6].

Seul le Grand Bhairava resta, mais (comme) pétrifié[7]. 66



Quant aux autres dieux régents (du monde)[8]

Ils restèrent (aussi), par jeu et par dévotion.

Alors (ils) obtinrent le principe suprême,

Le suprême Śiva. 67



De mêmes, les soixante-quatre yoginīs,

Obtinrent (ce) principe

En s'appuyant sur la Roue de l'Espace

Et s'enorgueillirent des paroles de la Vérité intégrale[9]. 68



Planant dans l'espace, tous se

Répandirent en l'espace[10].



Tel est le premier chapitre - "La question" - dans ce (Tantra) enseigné par la Souveraine de l'Espace, sens véritable de la danse de Kālī, révélé (en ce monde) par le Protecteur sacré[11] depuis le Sanctuaire du Nord[12].



[1] Cette expression est bien sûr ironique, car ici, c'est Dieu qui, égaré, veut entendre la vérité sur lui-même de la bouche de la Déesse.
[2] Le "grand sacrifice", c'est la pratique de la danse de Kāli (Kālī-krama-pūjā), c'est-à-dire la reconnaissance, en chaque expérience, du jeu de la conscience (saṃvit-krama).
[3] Mahā-yoga : le grand yoga. Yoga signifie ici "union" de l'âme avec le Soi suprême.
[4] Description des trois volets de l'enseignement du Kālīkrama : le culte (pūjā) des yoginīs et des douze Kālī; les instructions secrètes (kathā, chummā) révélées par la Déesse (nous en avons trois recueils); et la transmission directe (sāṃkramaṇa), silencieuse, de cœur à cœur. Selon l'auteur anonyme du Mahānayaprakāśa, ces trois méthodes correspondent à la méthode individuelle de l'activité, la méthode de la Déesse ou méthode de la connaissance, et la méthode de Śiva ou méthode de l'élan d'amour, respectivement.
[5] Car les yoginīs en sont les dépositaires, bien que la déesse en soit la source ultime.
[6] La plupart des êtres n'ont pas le courage d'entendre cet enseignement de la non dualité du pur et de l'impur (advaita-ācāra), du Bien et du Mal. Ils se contractent (saṃhṛ) et régressent à l'état de bétail profane (paśu). La contraction et l'ignorance sont les symptômes de la peur, elle-même nourrie par l'ignorance. Autrement dit, les êtres ont peur de la non dualité, de leur vraie nature.
[7] Ou bien évanouit. L'évanouissement est en effet le principal symptôme de la grâce reçue. De plus, Bhairava est "le grand cadavre" (mahā-preta).
[8] Kāraṇaiḥ : les divinités "causes" du monde. Ils accomplissent différents fonctions dans le monde de la dualité pure (māyā) pour le compte de Śiva. Il y en a six : Brahmā, Viṣṇu, Rudra, Sadāśiva, Īśvara et Bhairava.
[9] Les yoginīs sont en effet les gardiennes, les dépositaires, des instructions secrètes. La "Vérité intégrale" (maha-artha) est l'un des noms de cette doctrine.
[10] "Planer dans l'espace (de la conscience)" (khecaratva) est une métaphore de la liberté en plein milieu de la vie quotidienne (jīvan-mukti). On l'appelle aussi "égalité du mouvement dans l'espace" (khecarī-samatā). Elle résulte de la non dualité du samādhi et de l'activité (vyutthāna), harmonisation qui est le but de toutes les traditions tantriques non dualistes. Le corps, les organes, la pensée, etc. se dissolvent en l'espace, planent dans l'espace comme son dynamisme (sarvāḥ vicaranti kharūpataḥ).
[11] En l'occurrence Śivānandanātha.
[12] Le Sanctuaire du Nord est le champ de crémation (śmaśāna) situé aux portes de la capitale du royaume d'Oḍḍiyāna, l'actuelle ville de Mingora dans la vallée du Swat au Pakistan. La yoginī en laquelle la Déesse s'incarna était Maṅgalā, dont Mingora est une déformation. Au XIVe siècle encore, le pèlerin bouddhiste tibétain Orgyenpa dit avoir visité ce champ de crémation et y avoir contemplé la statue en bois de santal de Maṅgalā Devī.

 A propos des adeptes du dualisme "du pur et de l'impur", voir cet article intéressant de l'excellent blogue de Joy Vriens. Selon certains, cette "secte des robes noires" (nîlâmbara) ou "de ceux qui ont le ciel bleu pour seul vêtement"  est à rapprocher des Kâpâlikas, ces yogins, hommes et femmes, pour qui la liberté passait par une forme de libération sexuelle.

 
La "religion de la paix" met un peu d'ordre au pays des yoginîs 
 
Une yoginî assassinée dans la vallée des yoginîs 
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