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dimanche 18 septembre 2022

"Tu es le corps" et non pas tuer le corps


 

On me dit souvent que le Tantra, 

c'est "la Nature mobile, Prakriti, face à la Conscience immobile, Shiva".

C'est tout simplement faux.

Cette idée-là, c'est le Tantra tardif, le pseudo-Tantra où la philosophie du Tantra est remplacée par la philosophie dualiste du Sâmkhya.

Le Tantra authentique enseigne justement l'inverse : Shiva est la matière, l'objet ; Shakti est la conscience, le sujet. Shiva est le contenu de l'expérience ; Shakti est le contenant, l'expérience elle-même, ce pur élan qu'est la conscience.

Cela se retrouve même dans les tantras tardifs, comme par exemple ici, dans le Brihan-nîla-tantra "le Grand Tantra de la Déesse bleue", quand Shiva dit à la Déesse :

ahaṃ deho maheśāni dehī tvaṃ sarvarūpadṛk || 7-86 ||

"Ô Maîtresse des dieux !

Je suis le corps.

Toi, tu es cela qui possède le corps,

tu es cela qui perçois toutes les formes".

"Moi, Shiva, je suis le corps, je suis la matière, je suis le contenu, cela qui est perçu".

"Toi, Shakti, tu es conscience, mouvement, vision, perception, tu es cela qui, en chaque être conscient, voit."

Cette inversion est la base du Tantra shâkta, centré sur la Shakti.

Inversion totale donc par rapport à la répartition classique des rôles. En général, le masculin est l'esprit et le féminin est la matière qui reçoit les formes de l'esprit, tout comme la femme reçoit la semence de l'homme.

Mais dans le Tantra, c'est l'inverse. Shakti est la pure conscience, le mouvement infini. Shiva est la matière première de ce mouvement. Shakti est le potier, Shiva est l'argile.

iti tantrâgatakramam.

lundi 23 mai 2022

Le linga dans le yoni ?

 


Non, rien de sexuel.
Ou tout.

La méditation de Shiva consiste à se fondre dans l'espace.
Le corps est ressenti comme un bâtonnet d'encens qui fond 
dans les courants d'air.
Le regard plonge dans l'immensité,
puis l'ovale du champ visuel fond dans le mystère de la présence.
Le corps est ressenti comme un linga 
qui va se répandre dans la yoni de l'espace.

La méditation de Shakti consiste à se laisser submerger 
par la vibration viscérale "je... je... je..." comme
une pulsation. Ou même, une seule vague.
Dans la tradition, on l'appelle "la Vague".
On se sent comme l'espace pénétré 
par ce point de lumière vibrante,
cette goutte d'extase qui prend possession
de l'espace. 
Le linga de la vibration du cœur
va se répandre dans la yoni du silence.

Toutes les pratiques tantriques (kaula, "non-duelles")
sont des relations Shiva-Shakti, linga-yoni.
Des rapports entre une intensité - tactile, visuelle, extatique, désirante -
et une vastitude silencieux. 
Linga et yoni.
C'est l'offrande primordiale, originelle, âdi-yâga.

La méditation de Shiva est une méditation
du yoni de l'espace.

La méditation de Shakti est une méditation
du linga du cœur.

A


dimanche 19 décembre 2021

Retour à la maison


 Om sweet om, joie de retrouver sa demeure, le Cœur, source et origine de tous les mouvements.

Ce Cœur que certain nomment Shiva, célébré dans ce verset célèbre et magnifique, tiré des 108 Noms de Shiva :

ओम् कर्पूरगौरं करुणावतारं

संसारसारं भुजगेन्द्रहारम् /

सदा वसन्तम् हृदयारविन्दे 

भवं भवानीसहितं नमामि //

"Om

Blanc comme le camphre,

incarnation de la compassion,

essence du samsâra, orné du roi des serpents,

toujours présent dans le lotus du cœur,

je salue Shiva inséparable de Shakti".


Voici une version musicale :




mardi 8 juin 2021

Pas de Shiva sans Shakti


 La Nishvâsatattvasamhitâ est un tantra fondamental, et l'un des plus anciens, d'un point de vue historique. Il comprend quatre parties. la dernière est faite des Kârikâ (les stances).

Dans le passage suivant, transcription d'un manuscrit de l'Institut Français de Pondichéry, Shiva révèle le Tattva, le Mantra essentiel, et célèbre sa puissance. Le yogî qui vit sans cesse dans ce Mantra... 

niścalaṃ dṛśyate devi māno hlādakaraṃ nṛṇām |

lakṣayeta mahālakṣaṃ sarvasiddhipradāyakam || I-95 ||

"On le voit immobile, ô Déesse.

Honoré, il est source de joie pour les hommes.

Il fait reconnaître le Souverain Bien,

il procure toutes les perfections."


trailokye yatpravarteta pratyakṣaṃ tasya jāyate |

agnivajjvalate yogī jarāmṛtyuvivarjitaḥ || I-96 ||

"Il perçoit directement

tout ce qui arrive dans le triple monde.

Ce yogî resplendit comme le feu,

sans vieillesse ni mort."


yaṃ yaṃ spṛśati hastena yaṃ yaṃ paśyati cakṣuṣā |

agnivat jvalate sarvaṃ dusparśaṃ tridaśairapi || I-97 ||

"Tout ce qu'il touche,

tout ce qu'il regarde,

tout cela se met à briller comme le feu,

quand bien même cela serait laid aux dieux."

______________________________________

Telle est donc la puissance du Mantra, au cœur de la Voie du Mantra, c'est-à-dire au cœur du Tantra.

Cette puissance est la Shakti, la résonance consciente, source du Tantra, du Mantra et de tous les mots. L'alphabet est la Matrice des Mantras et des langues, elle est le Mantra suprême. 

Dans un autre tantra, le Parâtantra, la Déesse demande quel est le secret de la puissance divine. Shiva répond qu'elle est elle-même ce secret, car elle est la Shakti, la Puissance :

tava snehātpravakṣyāmi rahasyaṃ kaulikānvayaṃ |

oṃ iti namaskṛtya pravakṣyāmi viṣṇumāyāṃ jaganmayīṃ || I-24 ||

"Par amour pour toi, 

je vais dire le secret, la lignée de la Famille (Kula) divine.

Après avoir énoncé le 'om',

je dis la Magie de l'Omniprésent, substance du monde."

nārāyaṇīṃ mahāmāyāṃ prakṛtiṃ viśvarūpiṇīm |

ekā parāparā śaktiḥ prakṛtirviśvamohinī || 25 ||

"Celle qui habite en tout homme,

l'infini magie, la nature, en forme de toutes choses.

Une, à la fois transcendante et immanente,

la Puissance Nature est l'enchanteresse universelle."

viśvasaṃmohanātsā ca vaiṣṇavīti prakīrtitā |

dhāraṇāddhātrimityāhaḥ pālanātparameśvarī || 26 ||

"Parce qu'elle enchante l'univers, 

on la célèbre comme Omniprésente.

Parce qu'elle fonde, elle est la Fondatrice.

Parce qu'elle protège, elle est la Maîtresse suprême."

trailokyamohanātmāyā bhāvanātprakṛti smṛtā |

viśvasaṃdhāraṇātsā tu viśveśvarīti prakīrtitā || 27 ||

"Parce qu'elle ensorcelle les trois mondes,

elle est la Magie.

Parce qu'elle engendre, elle est la Nature.

Parce qu'elle porte tout, elle est la Souveraine universelle."

kaivalyamokṣadā bhūtā māyā nārāyaṇī smṛtā |

īśvaropi vaśe yasyā sūtre bāhuśakuntavat || 28 ||

"Elle est la source de la jouissance et de la délivrance,

elle est la Magie, l'Immanente.

Même le Seigneur est en son pouvoir,

comme comme un grand oiseau tenu par un fil à la patte."

yāṃ vinā parameśopi śava ityabhidhīyate |

jīvituṃ naiva śaknoti vinā tāṃ parameśvaraḥ || 29 ||

"Sans elle, même le Seigneur suprême

n'est qu'un cadavre.

Le Seigneur suprême

ne peut même pas vivre

sans elle."

_______________________________

Shiva sans Shakti est un shava, un cadavre. Shakti est le "i" dans le Mantra. 

vendredi 16 octobre 2020

L'état d'éveil


 Dans l'état d'être pur, comme dans le sommeil profond, la puissance d'éveil est au degré zéro. La puissance d'éveil, c'est la conscience, aussi appelé "désir", "vague", "vibration", etc. 

Mais dans l'état de veille, cette même puissance, quoi que présente, est fragmentée. Dans l'état de veille, l'attention est dispersée, manifestée en une multitude de perceptions, d'images, de désirs, de souvenirs. 

L'état d'éveil n'est donc ni l'état de sommeil profond, ni l'état de veille. Dans le premier, on a l'être, on est l'être, mais sans la conscience. Dans le second, on a la conscience, mais éclatée. Cette fragmentation "cache" l'être.

Il faut dont chercher la conscience unifiée de l'être : c'est l'état d'éveil. C'est le "moment", toujours présent mais "caché" par les distractions, où l'être se réalise, se goûte, se désire à plein, s'éprouve en son total. 

C'est cet état d'éveil que célèbre ce verset, cité par Râma dans son commentaire au poème de la vibration :

'Ô Déesse ! Mère !
Tu es nommée 'éveil', et autres
quand tu es à l'état de puissance,
qui est un état de subtile dilatation. »


L'éveil est aussi appelé "éclosion" (unmesha). C'est, par exemple, quand je suis plongé dans une pensée, dans une tâche, comme celle d'écrire, et que soudain ce fil est rompu. Une porte claque, le téléphone sonne, un chien aboie. Entre la pensée dans laquelle j'étai plongé et l'apparition de la pensée suivante, il y a une "éclosion" de pure présence. C'est l'état d'éveil qu'il faut reconnaître par soi-même. Nul ne peut le vivre à notre place et, sans cette expérience, il n'y a pas d'éveil spirituel.  C'est l'état de puissance (shakti), d'expansion perpétuelle (brahman). En vérité, c'est l'état naturel de l'être. Mais il est d'ordinaire recouvert par les ténèbres (surtout durant le sommeil profond) ou par les distractions (surtout dans l'état de veille). Alors que, dans cet intervalle, il est nu. C'est le moment de l'éveil. 

vendredi 25 septembre 2020

Puissance qui est désir




 Le yoga tantrique conseille de s'en remettre au pouvoir vivant à la source de toute existence. Cette Déesse est le Pouvoir (âjnâ), le Commandement, "ce qui fait connaître" et qui incite, en même temps, à agir.

Elle se décrit elle-même ainsi :


"L'énergie divine originelle

est terrible, pleine de dynamisme.

Elle est aussi bien transcendante, que subtile et grossière.

(Comme) une mer d'huile, 

elle est attention sans attention (manomanî).

Elle est créativité de la Présence, au-delà du mental :

une ineffable présence transparente.

On ne peut la connaître parmi les choses.

Elle est très facile à connaître, la mère du monde !

Artiste, elle est félicité perpétuelle,

cachée dans la félicité du repos.

Elle se délecte, pleine de joie :

elle est donc comblée, incarnation de la félicité.

Elle est vide, elle est l'élan (âjnâ) transcendant.

Elle transmute tout ce qui est vivant ou inerte.

Sa forme est le ciel,

elle vit cachée dans le ciel.

Elle s'énonce elle-même

en des myriades de récitations (de Mantras).

Elle est la Maîtresse qui est Désir/Plaisir (kâma),

le pouvoir du Désir

qui se glisse au centre de la Présence."

Manthânabhairavatantram, Yogakhanda (1), 43, 84-88, édité par Mark Dyczkowski, vol. 1, p. 423

mercredi 2 septembre 2020

Puissance d'extase

Kurt Behrendt on Twitter: "Karaikkal Ammaiyar, Shaivite Saint, Tamil Nadu,  Chola period, late 13th c. MMA 1982.220.11 @metmuseum… "
Karaikkal Devî, chef-d'oeuvre Chola

Comme je l'ai dit dans l'article précédent, la Lune incarne la Source divine comme source de nectar de vie. Dans le microcosme, c'est-à-dire dans la personne, la Lune est l'espace de la tête qui s'étend au-dessus de la tête. De là, la Vie s'écoule dans le corps et ses organes.

Mais partons d'un texte d'Abhinavagupta, tiré de sa Méditation sur la Souveraine des Trois (Puissances) (Parâtrîshikâvivarana, KSTS p. 183), une oeuvre étonnante, d'une incroyable densité :

parameśvaro visṛjati viśvaṃ 

"Le Seigneur suprême émet/crée toute chose".

Le Seigneur suprême est Dieu, la conscience absolument souveraine. Elle/ il "émet", littéralement il "éjacule" toute chose, de soi en soi. Dieu est parfois décrit comme Déesse, la Déesse "qui vomit" (vâmâ) ou "qui expulse" tout hors d'elle, en elle. Vâmâ signifie aussi "belle" et "gauche", au sens de "sinistre", qui va à contre-courant des usages. 

Elle est le Temps qui engendre et qui dévore tout, l'angoisse de la Mort qui dévore tous les êtres, Bhairavî, "celle qui fait gémir". 
En sanskrit, "Temps" et "Mort" sont signifiés par le même mot, kâla qui, littéralement, désigne le Temps. 
Le Temps est la Mort. 

Mais qu'est-ce que le Temps ? Utpaladeva nous répond : c'est le changement, Or, ce changement est l'extase (visarga), l'acte de création qui caractérise la conscience. Le fait de ne pas coïncider avec soi, jamais entièrement, de ne pas être confiné en son être, est justement l'être de la conscience : liberté absolue. 

La créativité, la Shakti, n'est donc pas un accident, mais la révélation de l'essence même du divin. Or, cette générosité ne va pas sans destruction. Créer, c'est détruire. Sans cela, tout serait figé, comme sur un écran qui "gèle" et qui se retrouve très vite saturé de formes et de couleurs. 

La Déesse est donc à la fois "comblée" et "affamée". A jamais satisfaite dans l'extase qu'elle est, et à jamais insatiable. La Reconnaissance de cette extase mortelle en chaque instant est la clé de la liberté en cette vie, à la fois jouissance (bhoga) et délivrance (moksha), vie et mort. 

tacca dharādiśaktyantaṃ kādi-kṣāntarūpam - iti etāvatī visargaśaktiḥ ṣoḍaśī kalā iti gīyate 

"Or, cette (extase) va de la Terre au Vide, symbolisés par (les lettres) de "ka" à "ksha". Telle est la Puissance d'extase que l'on célèbre comme étant "la seizième portion" (de la Lune) :"

L'alphabet sanskrit symbolise toutes les facettes de l'inépuisable Puissance. La Nouvelle Lune l'incarne aussi. Sur le point de s'effacer, la Lune renaît et fait renaître. A la fin de l'expir, au coeur de l'hiver, au terme de la quinzaine sombre, la sève se remet en mouvement et repart d'un inspir nouveau. 

puruṣe ṣoḍaśakale tāmāhuramṛtāṃ [ṣoḍaśānāmapi kalānāmāpyāyakāritvāt 
nityoditatvena cānastamitatvādamṛtāmiti |] kalām |

"Dans la Personne faite de seize portions, elle est la 'portion d'immortelle ambroisie' [car elle ne se couche jamais, étant toujours 'en acte'/ 'levée' et parce qu'elle nourrit les seize portions]."

ityeṣā hi na sāṃkhyeyā nāpi vaidāntikī dṛk api tu śaivyeva [śaiṣyeveti
svātmanaḥ svātmani svātmakṣepe vaisargikī sthitiḥ |
iti |] 

"De fait, cette vision est celle propre au shivaïsme : ça n'est pas celle du Sâmkhya, ni celle du Vedânta."

En effet, le Sâmkhya, le Vedânta ont une vision négative de la vie et du corps. Selon ces philosophies exclusivement négatives, l'extase du "je suis" est une illusion. Et tout ce qui en découle (c'est-à-dire tout !) est aussi une tromperie. 

Le shivaïsme, en revanche, reconnaît dans l'extase créatrice la manifestation du cœur de la conscience. Le plein n'est pas meilleur ; le vide n'est pas meilleur. Le meilleur, c'est de reconnaître dans ces deux moments les deux phases d'une même liberté. L'absolu n'est ni transcendance, ni immanence, mais liberté de sa manifester à sa guise, de nier cela ou de réconcilier ces opposés. La note de l'éditeur, entre crochets, précise : "'Vision propre au shivaïsme' : l'extase créatrice est projection de soi, en soi, par soi", et non pas l'effet d'une cause extérieure à la conscience. 

visargaśaktireva ca pārameśvarī paramānandabhūmibījam 

"Et cette Puissance d'extase est la Suprême souveraine : elle seule est la source de l'ultime plaisir."

Cette joie est ressentie en soi à l'aube de n'importe quel acte. Ce que j'éprouve alors, c'est l'unité avec tout, tout en me ressentant comme au-delà de tout. C'est le vertige de la liberté sans limites. 

Voilà pourquoi le shivaïsme du Cachemire ne cherche pas à contrôler les opérations mentales, contrairement à Patanjali. Elle invite plutôt à la dévotion, c'est-à-dire à participer (bhakti) à l'extase divine dont tout est le prolongement. Simplement plonger au cœur de soi, sans chercher midi à quatorze heures. Suivre d'instinct. Il y a une extase au cœur de toute activité. S'y abreuver sciemment est la pratique.

jeudi 6 juin 2019

Instant zéro et premier instant



Silence nu,
transparent,
grand ouvert :
tout apparaît, disparaît dans la conscience.
Instant zéro.

Jaillissement pur
acte total,
désir infini,
unité ressentie,
extase créatrice :
tout est la conscience en train de se réaliser.
Premier instant.

Ainsi les deux aspects de la contemplation se complètent. Sans la contemplation du premier instant, l'instant zéro du silence ne mène pas à la même compréhension. L'instant zéro (le silence intérieur) donne à voir que tout apparaît dans la conscience. Mais il ne donne pas à voir que tout est la conscience en train de se manifester. Il est quand même possible, sur la seule base de cette expérience, de parvenir à cette conclusion, mais alors il faut ajouter des raisonnements, du genre : tout apparaît dans la conscience, y-compris les concepts de "monde" et de "cause" en général. Donc la conscience est source de tout, donc c'est nécessairement elle qui est en train de se manifester sous ces formes. Mais ce sont là des raisonnements. L'instant zéro ne me fait pas faire clairement l'expérience directe du fait que tout est la conscience en train de se manifester. Je dis "pas clairement" car, au fond, le premier instant est toujours présent, c'est un acte pur, sans plus ni moins, en son fond. Mais si l'attention se pose principalement sur le silence intérieur, nu, transparent, etc., alors ce premier instant ne sera pas clairement reconnu, bien que présent.
La contemplation du premier instant est nécessaire pour faire l'expérience directe du fait que tout est la conscience en train de se manifester.
Ces deux contemplations se complètent.

mercredi 3 avril 2019

L'absolu en son jaillissement



Un texte de Yoga Râdja, disciple de Kshéma Râdja, sur l'absolu en son jaillissement, le premier instant, l'élan, l'état de Shakti, la conscience germinale :

La Conscience de Dieu est elle-même félicité. Quand il ressent que "je me réalise comme toutes choses", alors cette ineffable dilatation de toutes choses est l'état germinal, c'est-à-dire la conscience elle-même, naturellement débordante de tous les phénomènes. C'est cela "l'état de Shakti", l'état potentiel [du divin]. Elle est célébrée dans tous les enseignements secrets car, bien qu'elle soit à la fois pleine et vide, elle reste parfaitement simple, exprimant ainsi de façon figurée qu'elle émane et résorbe toutes choses.

(Parama-artha-sâra-vivriti, 14, p. 42 KSTS)

"L'état germinal", bîja-bhûmi, est la conscience sur le point de devenir l'univers, "je deviens tout" (vishvam bhavâmi). Après le moment de Shiva, qui est l'instant zéro si j'ose dire, vient le premier instant du désir pur, non-duel, sans objet, inconditionné (nirupâdhi). Ainsi, conscience et désir sont synonymes. Conscience (cit) et désir (icchâ) sont deux manières d'exprimer l'essence même de l'absolu. Et cet absolu, cet Immense (brahman), c'est cela qui, en cet instant même, illumine et crée ces mots "en les lisant". C'est aussi l'expérience de l'orgasme, d'où la place que la tradition Kaula (le Tantra ésotérique) accorde à l'acte sexuel qui est "l'offrande primordiale" (âdi-yâga).

vendredi 15 février 2019

Comment méditer sur l'énergie ?

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L'énergie. Voilà un mot bien vague.
Dans le langage du milieu New Age au sens large, il est employé un peu comme le mot "schtroumph" chez les Schtroumphs.

Ici, le mot "énergie" désigne le mouvement sous jacent à tous les mouvements particuliers de la vie. Par exemple, j'écris à ce clavier, il y a des mouvements nombreux et rapides. Mais à la racine de ces mouvements, il y a un élan constant, un jaillissement invariable, une sorte d'ébullition interne, une vibration, un mouvement immobile, une énergie.
C'est la sensation globale de vivre. La sensation d'ensemble du corps ressenti, mais plus spécialement la sensation de légère démangeaison dans le dos ou la poitrine. Ou celle que l'on sent "au centre de soi" quand on ferme les yeux. Ou quand on sent qu'on va éternuer. Ou juste avant l'orgasme. Ou quand la moutarde nous monte au nez. Ou à l'occasion de n 'importe quel choc émotionnel ou vital, une claque, un oubli, une surprise, un poteau mal approché...

La tradition du shivaïsme du Cachemire nomme cela la Conscience (vimarsha), c'est-à-dire la conscience au sens propre, la conscience réflexive, le pouvoir conscient de revenir sur soi. C'est la source de la dualité et de la souffrance. Mâyâ, le mental, l'ego, l'agitation, la compulsion, l'inconscience, sont des dérivés de cette élan primordial. Quand la Conscience se perd dans son mouvement comme un chat après sa queue, elle devient le mental, au sens d'une énergie fragmentée, inerte, dominée par des schémas répétitifs et inconscients. 

C'est donc la Conscience réfléchie par opposition avec la conscience au sens faible, la conscience spontanée, comme lumière manifestante et manifestée, Shiva. Cet aspect de la conscience est la lumière qui éclaire les objets en les manifestant, en se manifestant comme ces objets.

Abhinava Goupta dit que dans l'état de veille, la Conscience réfléchie domine sous la forme du mental, du bavardage intérieur. A l'opposé, dans le Sommeil profond, la Lumière conscience prédomine, presque sans aucune réflexion, sans aucun retour sur soi, sans aucune "conscience de ".

La vie intérieure est l'harmonisation de ces deux aspects. La réconciliation de Shiva et Shakti. En contemplation, l'aspect Shiva est savouré dans la méditation de l'espace, du silence, de la vision sans pensées. L'aspect Shakti est savouré dans la méditation du cœur, de la vibration, du ressenti, du désir. Ce sont deux aspects de la Présence (smara), inséparables mais bien distincts et complémentaires. Vide et plénitude.

Pour méditer sur l'énergie donc, il suffit que l'attention plonge à la source de n'importe quel mouvement, de n'importe quel désir ou activité. Cela peut être la respiration (en particulier à la fin de l'inspir), la parole, la course à pied... Plus c'est intense et rapide, mieux c'est. Plus le stress est important, plus le feu de la Conscience brûlera fort. J'ai déjà donné maints exemples d'instructions secrètes (upadesha) à ce sujet. En voici un autre, un verset tiré d'un tantra de la tradition Shrî Vidyâ, récent en plus, ce qui montre au passage que la tradition du shivaïsme du Cachemire a existé jusque récemment hors du Cachemire, dans le Sud de l'Inde en l’occurrence :

Ô Déesse !
Médite sans interruption
cet élan qui est à la source
de tout ce que tu fais.
Tu atteindras la plénitude.

Tantra de la Félicité suprême, XXIV, 118

Et n'oubliez pas cette clé : tout ce qui est dit dans le shivaïsme du Cachemire se rapporte à l'expérience, ici et maintenant.

Pour méditer sur l'énergie donc, il suffit de plonger à la source de n'importe quelle activité, mental ou corporelle. L'attention doit épouser cette source, s'y baigner et en inonder tout l'être, tout le corps. C'est alors l'expérience de la "félicité suprême".


vendredi 16 novembre 2018

Qu'y a-t-il au-delà du Soi ?

Les deux oiseaux de la Mundaka Upanishad ?

Nisargadatta est célèbre pour avoir enseigné qu'au-delà du Soi (âtman), il y a le Soi suprême (parama-âtman). 

En fait, c'est une doctrine ancienne, comme souvent en Inde, où l'on a le sentiment que tout est apparu d'un seul coup, dès le commencement. Ainsi on trouve dès l'époque du Bouddha (vers 500 av. J.-C.) des doctrines matérialistes, agnostiques, sceptiques, fatalistes, évolutionistes ou monistes.

La distinction entre les deux Soi se trouve dans des Upanishads plus ou moins anciennes (l'histoire est notoirement difficile en Inde), comme la Maïtrî Upanishad. Lilian Silburn en parle dans sa passionnante étude sur le Temps (Instant et cause, le discontinu dans la pensée philosophique de l'Inde, De Boccard, p. 144).

Elle explique qu'il existe deux Soi selon la Maitrî : un Soi qui agit et qui récolte les fruits de ses actes ; et un Soi impersonnel (avyakta), transcendant. 

Or ce Soi transcendant est "vide (shûnya), sans Soi (nirâtmâ), infini, indestructible, permanent, éternel, non-né, indépendant, baignant en sa propre majesté" (VI, 28).

Par la pratique du yoga, les mouvements s'apaisent peu à peu, le Soi s'éteint (nirvânam âtmanah, selon une ancienne expression rapportée dans le Canon pâlî), les énergies disparaissent. Il y a alors "absence de Soi (nirâtmakatva), le Soi n'existe plus. Il n'y a plus ni joie ni peine, c'est l'état absolu (kevalatva)" (VI, 21).

Mais au-delà du Soi individuel fait des quatre éléments, c'est bien le Soi ultime qui est alors révélé, comme dans l'enseignement de Nisargadatta :

"...grâce à l'annihilation du mental (manas), on voit le Soi de splendeur... alors il est dépourvue de Soi et parce qu'il est tel on doit comprendre qu'il est sans limites et sans origine" (VI, 20). 

Lilian Silburn confirme : "Que le nirâtman ne réfère qu'au Soi immanent au devenir et non au purushâtman [=paramâtman], c'est-à-dire à une négation totale du Soi, se trouve confirmé par la violence avec laquelle la Maitrî s'élève contre les négateurs du Soi, les Nairâtmyavâdîn..." (p. 145)

On retrouve la même pédagogie dans d'autres Upanishads et dans le Sâmkhya.

Cette doctrine est celle de la dualité entre un Soi jugé impur et misérable, même s'il a une partie relativement pure (que le Sâmkhya, Nisargadatta et d'autres appellent sattva, cetanâ, buddhi, asmitâ ou encore mahat). C'est une approche dualiste qui peut servir en tant que moment vers la non-dualité. 

Mais c'est aussi une approche ascétique qui rejette le corps, les émotions, la vie, les femmes, les enfants, etc. 

Plus profondément, le problème de cette doctrine est qu'elle ouvre la porte à une "transcendance à l'infini" : s'il y a un Soi au-delà du Soi, pourquoi ne pas affirmer un Soi au-delà de ce Soi, puis encore un autre et ainsi de suite, à l'infini ?

C'est un problème récurrent dans les spiritualité de l'Inde, et qui aboutit à des pyramides sans fin. Chaque génération rajoute son "état ultime". C'est ainsi que dans les strates anciennes du Véda, manas- ou "mental" désignait la puissance divine ultime. Puis il y a eu buddhi- "l'intellect", puis mahat- "l'Immense", puis avyakta- le "non-manifesté" et ainsi de suite... Puis le shivaïsme, par exemple a rajouté ses plans supérieurs, jusqu'à trente-six, voir même un trente-septième, et un trente-huitième.

Mais en fait, c'est simple : la conscience n'est jamais un plan ou un état. Elle la lumière qui se manifeste librement en tant qu'état de veille ou état de sommeil profond, comme existence ou négation de cette existence.
Il n'y a pas un état supérieur à l'autre. 
La vision juste, inclusive, est de voir comment ces états opposés sont une seule vie, comme l'inspir et l'expir d'un même cycle respiratoire.

Dans la méditation, la vie ou l'inspir, est l'état de veille (=de vie), qui se donne alors comme ressenti viscéral d'amour, de félicité et d'unité, vibration subtile (mais intense !) ressenti au plus profond des entrailles.

La mort ou l'expir, est l'état de sommeil profond qui se donne alors comme simple silence intérieur, transparence nue. 

La pratique de la méditation est un simple silence intérieur, uni à un bouillonnement d'énergie qui part du centre de la chair, union de la vie et de la mort, du Rien et du Tout, de Shiva et Shakti, de l'énergie et de l'espace.
Shiva n'est pas supérieur.
Shakti n'est pas supérieur.
Le Soi n'est pas supérieur.
Le Soi suprême n'est pas supérieur.

Concrètement, le silence me sauve de la sauvagerie de l'énergie qui, sans lui, devient bavardage, obsessions compulsives et émotions de souffrance cyclique.
L'énergie me sauve d'un silence mort et qui exclut la vie, qui part dans un mouvement de transcendance aveugle.

Shiva et Shakti ont besoin l'un de l'autre. 
Tel est le message du Tantra du Cachemire.
Deux opposés qui se complètent, 
qui se nourrissent et s'enrichissent mutuellement.


vendredi 5 octobre 2018

Le mystère de l'être dans la tradition des Vîrashaiva


Nous l'avons dit et redit : le shivaïsme du Cachemire s'est diffusé longtemps hors du Cachemire.
Quelques uns de ses bourgeons se voient dans le Joyau de la couronne de la doctrine (Siddhânta-shikhâ-mani), un texte composé vers le XIIIe siècle dans le Sud de l'Inde par un certain Shivayogi, dans la tradition Vîra-shaiva. Cette école shaiva se distingue par son refus du système des castes, son universalisme, sa riche littérature en langue locale (kannâda), son culte du linga de Shiva effectué sur la main, ses tantras propres, et une doctrine éclectique.

Dans le Joyau de la couronne de la doctrine, Shivayogi décrit une élévation de l'âme à travers cent-une stations spirituelles (sthâla). La première est une description de l'âme. Elle est le Soi, au plan le plus intérieur, le Soi de conscience ; or ce Soi intime est Dieu, l'absolu source de tout. Pour décrire l'âme, il faut donc décrire aussi Dieu :

Shiva est absolument un,
il est la force intime,
débordante de conscience et de joie.
Il est sans hésitation, sans forme,
sans état et sans évolution.
Parce qu'il semble affecté par 
un aveuglement sans commencement,
on le nomme "âme".
Il devient alors dieu, homme ou animal,
selon les genres [d'âme].
Ce magicien, seigneur absolu, les guide,
présent en leur cœur. (V, 33-35)

Le commentateur, un certain Maritonda du XVIe siècle, précise que le Soi est "débordant de conscience et de joie, c'est-à-dire qu'il est Lumière absolument libre", libre d'assumer n'importe quelle forme. Ainsi la Mâyâ, l'illusion de la dualité, l'aveuglement, est reconnue comme une mystérieuse liberté de "se prendre pour", pouvoir propre à la conscience. L'illusion de ne voir que la dualité et d'oublier l'unité est aveuglement. L'aveuglement est identification, l'identification est conscience, la conscience est liberté ; et cette liberté est le plus grand pouvoir de ce mystère qu'est l'être. C'est la Shakti, l'énergie, le monde, la conscience. C'est la présence intime, reconnue par chacun comme étant "je" : cette libre Lumière étant évidente et toujours présente comme lumière en laquelle se révèle toute chose, elle est "immédiatement vue par tout le monde en tant qu'elle n'est pas affectée par le moment et le lieu : elle est le "je" intime, directement présent."

Ce Soi intime, évident, n'est donc autre que l'Immense, l'absolu, le mystère de l'être révélé ici et maintenant au cœur de chacun. "Dieu" et l'âme sont deux façons de désigner la même entité. Dieu est l'original ; l'âme est le reflet. La personne est donc l'Immense qui s'incarne pour faire l'expérience du monde à travers les trois états de veille, de rêve et de sommeil profond, avec ses états d'équilibre, d'agitation et d'inertie.

Mais comment l'Un peut-il ainsi se multiplier ?
Parce que l'Un est doué de conscience. La conscience, c'est-à-dire le pouvoir de "se prendre pour" et donc de "s'identifier à" n'est pas étrangère à l'Être. Il en va comme de la mer et des vagues. Ils sont inséparables :

L'Energie présente en l'Immense
est éternelle.
Elle consiste en trois états [d'équilibre, d'agitation et d'inertie].
Quand son [équilibre] est rompu, elle [semble] surgir en [l'Immense], on la dit alors "triple". (V, 39)

Le commentateur, ici encore, fonde son explication sur la doctrine du shivaïsme du Cachemire : "L'Energie est présente en l'Immense" signifie qu'il n'y a aucune contradiction entre la dualité et l'unité. Cette énergie inhérente à l'être est vimarsha-shakti, le pouvoir de "se prendre pour" que chacun peut observer. Le commentateur, fidèle à la philosophie tantrique de la Reconnaissance, ajoute que, sans ce pouvoir d'identification qui comporte certes une part d'aveuglement, l'Être serait comme un miroir ou un cristal transparent : il serait inerte, insensible, mort, inanimé, sans vie, comme une pierre. 
La conscience est à la fois manifestation de l'unité et de la dualité, sachant qu'elle ne fait que se prendre pour ce qu'elle a toujours été potentiellement : une infinité de personnes et de mondes. Elle contient tout cela, "comme l’œuf du paon" ou comme la graine contient l'arbre. 
La vie est réalisation de soi, actualisation d'un potentiel infini. Le commentateur cite même une belle stance du Poème pour la reconnaissance du Maître en soi (Îshvara-pratyabhijnâ-kârikâ) d'Outpala Déva :

Dieu, qui est la conscience elle-même,
manifeste à l'extérieur
ce qui est à l'intérieur,
comme un yogi,
sans matériau,
manifeste une myriade de choses.
(V, 39)

"A l'intérieur", ici, ne signifie pas que les choses apparaissent "dans" la conscience comme des nuages dans l'espace, mais bien plutôt que les choses sont conscience, Lumière, Être. Cela répond à la question de savoir ce que devient cette tasse de thé, par exemple, quand je ne la perçois pas. Elle est alors présente, en réalité, mais de manière indifférenciée de moi, de la Lumière, de l'Être. Tout est toujours présent, mais de manière indifférenciée de moi ; "moi" ici ne désignant ni le corps, ni l'esprit, mais la Lumière, l'Être. 
Percevoir cette tasse, là, "devant moi", revient à la percevoir face à "mon" corps. Comment ? Tout est moi, l'être infini que je suis.  Percevoir cette tasse, de manière différenciée, c'est donc me percevoir moi-même comme tasse. Comment ? En excluant tout le reste, en mettant de côté ma plénitude, à la manière d'un sculpteur qui élimine la matière de la pierre pour en faire ressortir une forme particulière. 

"Comme un yogi" : comme quelqu'un qui pratique la magie d'hypnose et fait apparaître devant son publique une scène qui semble réelle. Notez que l'Être ne crée pas à la manière d'un rêve, ni à partir d'habitudes passées (karma, inconscient), ni à partir d'atomes. Non, il crée directement, en se réalisant lui-même comme monde. Toute expérience est une expérience de soi, entendu comme Être. 
Evidemment, quand je vois cette tasse, ça n'est pas moi, Untel, qui me vois moi-même. Sans doute je projette des habitudes individuelles sur cette tasse ; mais la perception, c'est-à-dire l'existence de cette tasse, est perception de l'Immense par soi. 
Et c'est dans un second temps, à l'intérieur de cette création universelle, que chaque individu "crée" son monde privé. Il n'y a donc aucune confusion entre la création universelle et la création individuelle, cette dernière étant très limitée et soumise aux lois de la création universelle. 
Il n'y a donc pas, ici, l'idée New Age selon laquelle l'individu "crée" le monde. L'idée des pouvoirs surnaturels (siddhi) existe bien sûr dans le tantrisme en général, mais la Reconnaissance est ambivalente sur ce point. Je vous renvoie aux Hymnes à Shiva d'Outpala déva parus récemment.
Par contre, chaque personne peut se reconnaître comme cette conscience universelle qui est à la source de tout. C'est la reconnaissance libératrice, source de paix, de joie et surtout d'émerveillement.

samedi 10 mars 2018

La Révélation du frémissement - 8


Suite de la traduction du poème sanskrit Le Poème du frémissement, avec un commentaire, traduit du sanskrit lui aussi :

"Nous le célébrons". Mais qui est-il ?
Il est celui qui est "la source" de l'apparition du monde, c'est-à-dire de toutes choses, en ouvrant les yeux, c'est-à-dire en tournant son regard vers les possibles. Il est aussi la source de la disparition du monde en fermant les yeux, c'est-à-dire en se reposant en lui-même. En effet, nul monde ne peut apparaître ou disparaître s'il est quelque chose de plus que lui. Bien plutôt, le monde apparaît et disparaît pour autant que la Shakti du maître s'élance ou se repose. D'ailleurs, le Maître Parfait le dit bien :

Le monde entier apparaît avec tous ses détails
quand ta conscience transparence "apparaît".
Et tout disparaît quand tu réintègre
ton essence.

Kallata, l'auteur du présent ouvrage, l'a affirmé lui aussi dans sa Méditation du le principe :

Le monde apparaît et disparaît de concert
avec l'expansion et la contraction de l'énergie
dont le Soi est le Bienfaisant que l'on doit connaître,
car il est le moteur de tous les phénomènes.

L'Hymne à la Déesse ajoute :

C'est vrai : l'apparition et la disparition du monde
ne sont rien d'autre que 
l'éclosion et la fermeture de ton cœur.
Ta majesté se manifeste clairement dans les perceptions
à travers le spectacle de tes créations
miraculeuses et variées.L'énergie du désir enveloppe en son sein
les énergie de pensée et d'action :
elle est expansion et élan de l'imagination,
car est l'éclosion de celui qui est libre.
La pensée et la perception découlent
toujours du désir, et chaque chose apparaît
en accord avec les causes de l'action.

Quand à la fermeture des yeux, elle est dégoût et retrait en soi. 
Dans le premier verset du Poème du frémissement, on devrait dire "l'apparition et la disparition", mais l'auteur à écrit au contraire "la disparition et l'apparition", de peur d'aller contre les règles de la prosodie. En outre, en faisant cette inversion, l'auteur place le mot "éclosion" en premier, car il est de bon augure.  Enfin, il commence par ce mot parce que la création, et donc l'éclosion, vient en premier.

Quand ils 'agit d'exprimer la réalité,
mettre l'accent sur l'ordre des mots
n'est qu'une forme d'aliénation.
Cette approche exacte est vulgaire.

L'auteur a parlé de cette expansion et de cette contraction comme d'instruments, car ils sont le moyen pour la conscience de faire apparaître et disparaître le monde, et aussi parce qu'ils sont le moyen d'atteindre à la fois la jouissance en cette vie et la délivrance. Plus précisément, l'ouverture des yeux de la conscience engendre toute la variété des jouissances en ce monde ; et la fermeture de ses yeux est la délivrance, pareille à une mer d'huile.

Mais qu'est-il encore ? Il est "la source de la roue des énergies" :

Il existe une seule et unique énergie du Maître, l'énergie de désir. Mais on distingue en elle deux aspects dès l'origine : 
la connaissance et l'action.

Le mot "roue" exprime sa richesse variée. C'est ce qui est détaillé dans le Tantra de la gloire de la Déesse-alphabet :

Cette Shakti du créateur du monde
est inséparable de lui, comme les fils d'une étoffe.
Elle est la Déesse, son désir, 
quand elle devient désir de créer.
Bien qu'elle soit une,
apprends comment elle se diversifie :
Le savoir "ceci est ainsi"
et la certitude "cela n'est pas autrement",
c'est l'énergie de connaissance,
celle qui fait connaître les choses en ce monde.
"Que tout ceci existe ainsi !" : quand la Déesse
se tourne ainsi vers la création
et qu'elle crée cela,
elle crée ces choses, elle les fait,
et on dit que c'est l'énergie d'action.
Elle a donc deux aspects,
qui à leur tour se distinguent de nombreuses façons.
Elle se multiplie ainsi à cause des circonstances
des choses qu'elle crée, comme un cristal transparent
devient "rouge" ou "bleu" 
à côté d'un tissu rouge ou bleu ;
ou bien cette Maîtresse se multiplie
comme une pierre philosophale
capable d'exaucer les désirs
sans changer elle-même.
Parce qu'elle devient la guirlande des lettres de l'alphabet,
elle est la mère et la matrice des âmes.

Et cette Matrice symbolisée par l'alphabet est de quatre sortes. Il est dit :

La roue des énergies est de quatre sortes :
Celle qui vole dans l'espace de la conscience ;
Celle qui s'ébat dans les mots ;
Celle qui joue dans les organes du corps ;
et Celle qui voyage à travers les éléments matériels.
Ces quatre sortes correspondent au quatre plans 
de la conscience comme parole,
à commencer par la parole transcendante,
avant même l'intuition.

Et dans le même sens :

Les quatre sortes d'énergie, 
à commencer par Celle qui vole 
dans l'espace de la conscience,
correspondent aux énergies de félicité, 
de désir, de connaissance et d'action.

Ce Bienfaisant est aussi la source de cette "manifestation", de cette puissance, de cette expansion et de cette gloire, de cette énergie. Il est appelé "source" parce qu'il est la terre d'origine de toute chose, car toutes les énergies tiennent leur pouvoir du fait qu'elles dérivent de l'énergie consciente en expansion. Or, cette énergie consciente est inséparable de ce Bienfaisant. D'ailleurs, la Collection de Djayâ le dit :

La félicité totale qui se fait jour dans l'absolu
- conscience incarnée sans être soumise 
à un niveau de conscience particulier -
est la Shakti transcendante de l'Omniprésent.

Dans le Tantra du Couple de l'Omniprésent et de sa Shakti, il est dit :

Parce qu'elles entendent les appels à l'aide,
et qu'elles s'incarnent pour sauver les êtres,
parce qu'elles relient l'inférieur avec le supérieur,
parce qu'elles s'appuient sur notre essence,
parce qu'elle ont exterminé les plus terribles des démons,
révélant ainsi l'énergie vitale la plus puissante,
et parce qu'elles sont la cause et source de toute chose,
on les appelle "mères".

Voilà pourquoi l'auteur de ce livre affirme que ces énergies sont le "corps" de la conscience. D'un autre côté, on pourrait dire que c'est trop en dire. On pourrait se demander à quoi bon trop en révéler sur l'essence secrète des yoginîs, secret qui ne doit être entendu que de la bouche des yoginîs elles-mêmes !

mercredi 20 décembre 2017

Retraite méditation - juillet 2018

Méditer comme Shiva et Shakti
meditation du silence et de l'unité
dans la tradition du shivaïsme du Cachemire
du 9 au 15 juillet 2018
avec David Dubois



Savourer le silence
Se réconcilier avec le monde
Découvrir une tradition
qui honore les facettes
du diamant de l'être

Une semaine dans la nature, au coeur de la Drôme.
Des temps de méditation, de silence et de discussion,
autour de deux textes sacrés de la tradition
du tantra non-duel, le shivaïsme du Cachemire :

Les Soûtras de Shiva
Les Soûtras de Shakti

Supports de méditations,
ils seront traduits du sanskrit et médités
l'un après l'autre.

Le Maître des dieux se lie lui-même 
et se libère lui-même. 
Il est lui-même le sujet qui éprouve 
le bonheur et la souffrance. 
Et il est lui-même le sujet qui perçoit tout cela. 
Qu'il se regarde donc lui-même ! 

Enseignement de l'Essence 

Pour découvrir cette tradition :
(cliquer sur les liens)

449 euros pour la pension complète
490 euros pour l'enseignement

Informations et inscriptions :
deven_fr@yahoo.fr
06 03 33 05 58 
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