lundi 25 septembre 2023

L'âme, ce mystère



De plus en plus de gens sont scandalisés par la vogue du changement de sexe : Est-il juste de laisser des enfants subir des opérations chirurgicales qui mettent en péril leur vie et qui les engagent dans des chemins dont ils n'ont pas l'expérience ?
D'un autre côté, nous sommes attachés aux libertés individuelles. Et on pourrait voir dans ce mouvement, malgré ses dérives, la manifestation d'un désir de transcender l'individualité.

Au fond, qu'est-ce que l'identité ? Qu'est-ce que "être soi" ? Nous rencontrons ces injonctions : "Sois toi-même !" Mais de quel "soi" parle-t-on ? Du corps ? De l'esprit ? Des envies du moment ? D'un genre de mouvement de "progrès" infini ? Mais vers quoi ?

Notre "moi" est comme un tableau. Des choses viennent s'y inscrire. Des évènement, des choix, des réactions, des pensées, des souvenirs s'y inscrivent, comme des traits de craie sur une ardoise. 

Cependant, cette vision de notre "soi" a des conséquences néfastes.

En effet, comme le rappelle Plotin (Traité 2), si l'âme (notre "moi", notre "soi", "nous"), est comme un tableau sur lequel on écrit, alors ce que l'on écrit reste. Et il s'ensuit que ce qui reste empêche de nouvelles traces de s'inscrire. Si vous écrivez sur un tableau blanc, et que vous vous apercevez que le feutre n'est pas effaçable, vous êtes bien embêté ! Bientôt, vous ne pouvez plus rien écrire. Cet excès de mémoire (hypermnésie) conduit à l'encombrement, au blocage de la vie. L'expérience n'est plus possible : on arrête d'écrire. Cette situation correspond à une vision dogmatique du "moi" (ou du Moi). Il y a quelque chose d'écrit, d'inscrit, cela et rien d'autre. Ou alors, cela exprime la sensation que nous pouvons éprouver d'être trop pleins, pleins du passé, prisonniers des habitudes, des croyances, des "conditionnements". Les jeunes humains semblent souvent éprouver cette situation de blocage. Ils basculent alors facilement dans la situation opposée.

L'alternative, c'est d'effacer le tableau. Il n'y a, alors, plus rien. Je peux à nouveau écrire. L'inconvénient est que le tableau est vide. Il n'y a plus de passé (amnésie). Il n'y a plus d'identité, parce qu'il n'y a plus rien. Telle est l'attitude commune aujourd'hui. Les jeunes veulent "effacer" l'ardoise dans tous les domaines au gré de leurs envies. Certains adultes veulent se libérer de leurs responsabilité, de leur identité, de leur histoire, de leur mémoire, des traditions, de leur individualité, ressentie comme un insupportable fardeau. Mais dans ce cas, il n'y a plus rien. Et les individus, vides, se remplissent bien vite des pires inepties. Bien sûr, on pourrait décider de n'effacer le tableau que là où l'on a besoin d'espace pour écrire du nouveau. Mais ceci revient au même : détruire le passé graduellement. Le progrès du vide. Voilà la fièvre qui agite les Européens depuis un siècle, et ceci dans tous les domaines.

Les deux alternatives sont donc ruineuses.

Quelle leçon en tirer ?

Que notre Moi n'est pas un support d'enregistrement. Que nous ne sommes pas des tableaux que l'on peut effacer ou que l'on doit effacer. Que nous ne sommes pas - seulement - des corps, mais quelque chose de plus, qui n'est pas matériel, qui n'est pas de l'ordre de la quantité. L'âme. Capable de retenir les changements, sans elle-même changer ; capable de se changer, sans s'altérer. Voir que l'âme est un rien capable de tout devenir. Les images - le miroir, l'espace, l'eau - sont trop partielles ici. Aucune métaphore ne rend compte de l'âme, de ce que nous vivons, de ce que vivre veut dire. "Être soi" est un mystère, et un émerveillement. 
Ne pas vouloir "devenir rien", "n'être personne". Simplement s'ouvrir à l'évanescence. L'âme alors s'affine : elle retient mieux et gagne en fluidité. Pas de rejet du passé, pas d'âme prédéfinie. Telles sont, du reste, les conditions d'un libre-arbitre.

Un mystère à vivre. Je change et je me change. Et pourtant, je ne change pas. Un émerveillement silencieux.

mardi 19 septembre 2023

Atelier Méditation Tantra 7 et 8 octobre 2023 Paris


La quintessence du Tantra, simple et accessible à tous. 

Le Tantra est surtout une tradition de méditation. A côté des rituels, des symboles et des pratiques sexuelles, il y a une tradition de méditation. Ces ateliers, accessibles à tous sans expérience préalable, ouvrent à tous ce grand trésor de la tradition tantrique, qui reste méconnu malgré la popularité du Tantra aujourd'hui.

Tarif : 90e pour les deux jours, paiement sur place

Horaires : samedi 7 octobre 2023 10h - 17h ; dimanche 8 octobre 2023 9h - 16h

Lieu : Nogent / Marne, près de Vincennes, Paris. L'adresse précise sera communiquée à ceux qui s'engagent à venir.

Apporter ses repas et coussin de méditation. Chaises aussi possibles.

Programme : méditations guidées et transmissions des trois yogas essentiels du Tantra : espace, désir et souffle. Méditations assises et en mouvement.

Inscription : deven_fr@yahoo.fr

Stage Tantra de Kali : le Cercles des sorcières 11 et 12 mai 2024



Les sorcières, en Europe comme en Inde, sont des êtres fascinants et terrifiants : elles peuvent faire dons des plus grands pouvoirs, mais aussi vous transformer en animal ! 

Dans la tradition du Tantra de Kâlî (kâlî-krama), les sorcières ou yoginîs personnifient les énergies du corps et de l'esprit. Tant qu'elles ne sont pas honorées, elles sont source de calamités. Mais quand elles sont pleinement connues, elles œuvrent à la réalisation de l'unité à tous les niveaux de l'expérience.

En Europe, de même, des femmes ont transmis des enseignements uniques, parmi les plus puissants et précieux.

Pendant ce stage, nous partagerons ces instructions d'éveil, basées sur les sources directes. Et nous en ferons l'expérience directe. 

Ces enseignements sont aussi rares que précieux. Nous partagerons à la fois les transmissions les plus profondes de l'Inde (tradition des yoginîs, de Kâlî) et de l'Occident (Libre-Esprit, béguines).

Ce stage d'étude et de pratique est ouvert à tous. Pas de connaissances ni d'expériences requises.

Le lieu est le Khecari Ashram, caché dans la nature près de la Sainte-Beaume, non loin de Marseille.

Tarif : 150e pour les deux jours, plus l'hébergement. Textes fournis.

Pour s'inscrire, contacter par mail Yogi maheshvar via cette page :

Cliquer ici

jeudi 14 septembre 2023

Conscience sans libre-arbitre ?



On pourrait être tenté de dire : "Il n'y a que conscience, sans personne qui agit", c'est-à-dire qu'il n'y a que l'océan, pas de vagues. Il n'y a qu'un seul mouvement total, pas de parties (ce qui, déjà, sonne bizarrement). Les individus et leur libre-arbitre n'existent pas. Il semblent présent tant qu'ils ne sont pas examinés avec attention, tels des fantômes. 

Mais cette opinion me semble contradictoire. 

Pourquoi ? Parce qu'il n'y a pas de conscience sans liberté. En effet, l'essence de la conscience même est liberté, pour autant qu'être conscient, c'est être indépendant, doué du pouvoir d'agir, de se mouvoir par soi, sans cause antérieure autre que soi. Autrement dit, si je suis un être conscient, alors nécessairement je peux commencer absolument des chaînes de causes et d'effet. Cela n'a pas besoin de preuve, puisque chacun en fait l'épreuve. Ou plutôt, la preuve de la liberté est dans l'expérience immédiate de cette liberté. De fait, il en va de la liberté comme de la conscience : elles sont des pouvoirs de fait qui ne peuvent ni être prouvés, ni être réfutés, car de même que, pour nier être conscient, il faut être conscient, pour nier la liberté, il faut être libre. Nier la liberté, c'est donc encore l'affirmer. 

Or, la situation est identique à l'échelle individuelle : je suis conscient. Certes, mon pouvoir de conscience est limité ; néanmoins, je suis doué de libre-arbitre. C'est un pouvoir de liberté limité dans son objet (le choix), mais c'est quand même de la liberté. Et encore, ces limites sont à interroger. Car ma liberté est "limitée" en ce sens que je ne peux faire tout ce que "je veux". Mais je dispose bien d'un pouvoir de choisir que rien ni personne ne peuvent m'ôter. Et ce pouvoir de choisir, que l'on appelle aussi "libre-arbitre", est de la sorte infini en son genre. Certes je ne peux choisir de voler par ma simple volonté, c'est-à-dire de soustraire ce corps aux lois de la nature. Mais je peux choisir d'accepter ou non ce fait. Et, même si je ne peux choisir mes représentations, mes goûts, mes penchants, etc., je reste libre de leur dire "oui" ou "non". Je ne choisi pas d'avoir soif. Mais je peux choisir de dire "non" à cette soif. Cela peut paraître peu, mais c'est un pouvoir invincible. Il en va de même pour ma conscience. Même si j'ai conscience de peu, cela n'est pas "un peu" de conscience.

De plus, cette conscience individuelle et ce libre-arbitre ne vont jamais l'un sans l'autre. Que l'on y songe en effet : Pouvons-nous imaginer une conscience qui serait entièrement privée de liberté ? Serait-ce encore une conscience ? Inversement, faisons-nous jamais l'expérience d'un choix qui soit totalement privé de toute conscience ? - Non, de fait. Et de ce fait, nous sentons intuitivement que conscience et liberté sont, au fond, deux mots qui pointent la même vérité. Conscience et liberté sont deux faces d'une même réalité.

Par conséquent, nier la liberté, c'est nier la conscience. Et donc, nier la liberté ou le libre-arbitre, c'est affirmer, sans toutefois le dire explicitement, qu'il n'y a qu'un enchaînement de causes et d'effets sans début ni fin absolus. Autrement dit, il n'y a que matière et énergie. En d'autres termes, il est impossible de nier le libre-arbitre sans être matérialiste. Affirmer qu'"il n'y a personne" et que le libre-arbitre n'est jamais qu'une illusion, cela revient à défendre le matérialisme : il n'y a que des choses agissant sur des choses, sans liberté ni conscience.

Pour ma part, je tiens que liberté, conscience et, même, désir, sont inséparables. Pas moyen de nier l'un sans nier les autres. Quant à la "personne", elle ne désigne rien d'autre qu'une hypostase, c'est-à-dire une (libre) contraction de la liberté, une auto-limitation qui est aussi un désir et un acte de conscience.

Donc il n'y a pas de conscience sans libre-arbitre, et nier le libre-arbitre revient à nier la conscience. Donc l'opinion mentionnée plus haut se contredit en effet elle-même.

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