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jeudi 14 janvier 2016

Ce que je crois



Réponses, en vrac, à des questions qu'on me pose souvent, et auxquelles je réponds rarement :

- Je crois que tout est en Dieu, de Dieu, par Dieu. Quelque soit le nom, etc.
- Je crois que Dieu n'est pas tout-puissant, mais qu'il est amour.
- Je crois que l'individualité persiste à jamais.
- Je crois que chacun continue de vivre, personnellement, après la mort.
- Je ne crois pas en un enfer perpétuel. A la fin, il n'y aura que le paradis.
- Je crois que tous ce qui est beau et bon est éternel et sera sauvé dans l'au-delà, même les instants éphémères, même les plus petits gestes, les souvenirs, les moments rares, les regards, les sourires.
- Je crois que seul le mal périt réellement.
- Je crois que l'au-delà est la perfection, inconcevable, mais qui paraîtra évidente quand on y sera.
- Je crois que la vie spirituelle, ici-bas, est un avant-goût de l'au-delà, mais déjà plein et parfait en un sens. Comprenez :)
- Je crois que notre but - Dieu - est toujours déjà atteint, et qu'en même temps nous n'en finirons jamais de nous émerveiller, de mourir et renaître toujours plus profondément.
- Je crois au libre-arbitre, qui n'est pas opposé au déterminisme, mais à la croyance au destin.
- Je ne crois pas à la réincarnation. En tous les cas, je n'ai pas de certitude à ce sujet.
- Je crois que notre être individuel est aussi précieux que notre être universel, même si cela doit rester un mystère pour notre entendement.
- Je crois que la démocratie est la moins mauvaise des manières de vivre ensemble.
- Je crois aux valeurs modernes de liberté d'expression et de conscience, au droit de disposer de son corps, à l'égalité des sexes, à la raison dans le quotidien, au progrès, en la valeur de la science comme méthode.
- Je crois en l'humain.
- Je crois en l'avenir.
- Je crois en l'amour.
- Je crois que la réalité est belle et bonne.
- Je crois qu'il y a un sens à la vie, qu'on peut le sentir, mais pas le dire sous forme de système.
- Je ne crois pas à un passé idyllique.
- Je ne crois pas à plein de choses, mais on en restera là pour le moment :)

mercredi 14 mai 2014

Merci


Votre serviteur tente de dompter son tigre intérieur.. avec un succès mitigé (bien sûr je condamne ce genre d'attraction)

Chères lectrices et chers lecteurs, je voulais vous remercier pour votre présence et l'intérêt que vous portez à ces divagations. Merci !


vendredi 11 avril 2014

La piété ?

  

 La piété ce n’est point se recouvrir d’un voile,
    Tourné vers une pierre ou courant les autels,
    Ni se mettre à genoux, ni s’allonger par terre,
    Mains tendues ; ce n’est pas inonder les autels
    Du sang des animaux, ni faire vœux sur vœux :
    C’est pouvoir, l’âme en paix, contempler toutes choses !

Lucrèce, La Nature des choses, 5, 1198

dimanche 24 novembre 2013

Que vaut la voie négative ?




La voie de la non-dualité consiste à (1) reconnaître notre vraie nature, puis à (2) faire de cette reconnaissance une seconde nature, de sorte que la vision non-duelle redevienne naturelle.


Cependant, on peut réduire cette voie à sa première étape : une succession de reconnaissances partielles ou temporaires, jusqu'à ce que cet acte de reconnaissance devienne naturel et permanent.


Le point essentiel est donc la reconnaissance de notre vraie nature.


Notre vraie nature est ce qui ne change pas.


Qu'est-ce qui ne change pas ?


La conscience de ce qui change ne change pas. Cette conscience n'a pas de formes, de lieu ni de temps. Elle est parfaitement transparente. Elle n'est pas un objet pour les sens ou pour l'entendement.


Mais certains disent que cette reconnaissance fait de notre vraie nature un objet, qu'il faut ensuite chercher, comme n'importe quel objet. Et que cela perpétue la dualité sujet-objet.


Ils proposent donc de s'en tenir à une voie négative : nier tout ce que notre vraie nature n'est pas. Au terme de cette négation, inutile d'affirmer notre vraie nature : elle sera évidente. La voie négative suffirait donc en guise de reconnaissance, un peu comme nettoyer une pépite suffit à en révéler la splendeur. 


C'est cette thèse que je me propose d'examiner ici. Est-elle vraie ? Se vérifie-t-elle dans l'expérience ?


Faut-il creuser pour trouver l'espace ?


Il me semble que non.


Certes, la voie négative me permet de savoir ce que je ne suis pas. Par exemple, que je ne suis pas le corps ou les pensées. Mais savoir ce que je ne suis pas, est-ce équivalent à savoir ce que je suis ? Selon les partisans de la voie négative, la négation de ce que je ne suis pas fonctionnerait un peu comme les deux plateaux d'une balance : l'abaissement de l'un est l'élévation de l'autre. Par analogie, la négation du non-Soi serait révélation du Soi. Négation équivaudrait à affirmation. En fait, ce seraient deux versants d'une seule et même démarche.


Mais ce (beau) tableau correspond t-il aux faits ?


Imaginons une personne qui entendrait une négation systématique de tout objet à son propos, et que cela face sens. Elle aboutirait à cette conviction : je ne suis pas le corps, pas les sensations, pas les pensées. Je ne suis ni ce que je croyais être à l'état de veille, ni ce que je croyais être lors de mes rêves. Car tous ces personnages ont été "démentis" par l'identification à d'autres personnages, tous aussi convaincants sur le moment. Ainsi, ce que j'ai pris pour la réalité de l'état de veille est aussi peu fiable qu'un rêve. De même qu'un rêve passe pour la réalité jusqu'au réveil, de même la réalité passe... pour la réalité jusqu'à ce que je compare ma personne dans le passé (moi enfant, ou moi roi du Mexique), par exemple, avec ma personne dans le présent (moi adulte ou moi roi de rien-du-tout). Tout a changé. Mon corps, mes sensations, mes pensées. Il ne reste comme "moi" qu'une coquille vide, un mot dépourvu de référent.


Mais si la personne qui raisonne ainsi n'a jamais entendu par ailleurs qu'elle était la conscience ou l'absolu, pourra-t-elle le découvrir alors ? J'en doute. Elle saura ce qu'elle n'est pas, oui. Mais alors, elle se dira peut-être "je suis un mystère pour moi-même" ou "je suis indicible" ou "je suis au-delà du mental". Mais cela ne lui révélera pas ce qu'elle est. Prenons une analogie : si je dis à une personne qui n'a jamais goûté de miel que la saveur du miel n'est ni la saveur salée, ni la saveur acide, ni la saveur âcre, elle saura ce que n'est pas la saveur du miel. Mais cette élimination équivaut-elle à une reconnaissance de la saveur du miel ? Non bien sûr. De même, si l'on conclut que le goût du miel est "au-delà du mental", on ne sera pas parvenu à la reconnaissance, mais seulement à une sorte de renoncement à la connaissance de Soi, peut-être par paresse. 


Donc, pour reconnaître ma vraie nature, je dois entendre ce qu'elle n'est pas, mais aussi ce qu'elle est. En l'occurrence, qu'elle est conscience et félicité non délimitée par les formes, par le temps et par l'espace.


Cela étant, on objectera que notre vraie nature, contrairement au goût du miel, est toujours déjà expérimentée. Et donc sue. Elle n'est pas une expérience particulière, contrairement à une saveur, mais bien l'expérience elle-même, l'expérience générique. 


Mais cette objection ne fait que confirmer notre thèse. Car le Soi (appelons ainsi notre vraie nature par commodité) est toujours présent. Mais suffit-il d'écarter les idées fausses à son sujet pour que le Soi soit reconnu ? Non. L'expérience du sommeil profond le prouve. Chaque nuit, le corps, les sensations et les pensées disparaissent. Le Soi est-il reconnu pour autant ? Se réveille-t-on avec la conviction que l'on est conscience et félicité ? Bien sûr que non. Et le même genre de "blanc" se répète très souvent au cours de la journée. Des moments de repos, peut-être. D'éveil, de reconnaissance ? Certes non.


On objectera encore que, dans ce cas, une simple élimination suffira : si le Soi est toujours présent, il suffit en effet d'éliminer ce qu'il n'est pas, et ce qui reste sera nécessairement le Soi. Si, parmi plusieurs saveurs, j'ai déjà goûté celle du miel, il suffit d'éliminer les autres saveurs pour que, par élimination progressive, il ne reste plus que la saveur du Soi. 


Mais cette objection ne tient pas non plus. Car quand je dis que je connais déjà la saveur du miel, ce n'est pas une expérience brute, mais déjà une reconnaissance, c'est-à-dire la reconnaissance, dans le présent de l'expérience, d'une chose déjà décrite par le passé. Je ne peux "reconnaître" le miel par éliminations que si je l'avais déjà reconnu... Au mieux, c'est un rappel. Point une découverte.


Mais revenons au sommeil profond et aux "blanc". En eux, nul corps, aucune sensation, ni pensée. Que manque-t-il  alors à ces moments pour en faire des moments d'éveil ? Il y manque deux choses : 1) D'avoir reçu l'information que je suis conscience bienheureuse, plénitude absolue et 2) De faire le rapprochement entre l'expérience et cette information. C'est cela, et cela seulement, qui est reconnaissance de notre vraie nature.


Métaphore de la voie négative seule : Nous sommes en présence de notre bien-aimé. Nous ne savons pas à quoi il ressemble, et on nous dit qu'il n'est "pas ainsi, pas ainsi". Pourrons-nous le reconnaître s'il se trouve devant nous ? Oui et non. On pourra nous dire "Voilà, il ne reste que lui/elle. Voilà le bien-aimée !" Franchement, qui peux croire que cela nous amènerait à la plénitude de l'amour ? C'est comme un amnésique à qui l'on présente son épouse : il reste de marbre, sans parler de l'épouse... Or, c'est malheureusement quelque chose d'analogue qui se passe parfois dans les "enseignements non-dualistes". On vous dit que vous n'êtes pas "votre histoire", pas "votre mental". Et là, le "maître" vous regarde avec un sourire mystérieux et... suffisant, il faut bien le dire. Et vous, vous restez sur votre faim. Et vous repartez avec la conviction que vous n'êtes "pas ceci, pas cela", sans doute, mais aussi avec la certitude (fausse) que la voie de la non-dualité ne mène qu'à une froide abstraction. 


Métaphore de la reconnaissance : vous avez entendu une description de votre bien-aimé. Mais vous croyez qu'il est au loin, ailleurs quelque part. Alors qu'en réalité, il est présent, devant vous. Mais vous ne faites pas le rapprochement, à cause de votre croyance et d'une certaine confusion. Arrive alors un bon samaritain qui vous dit : "Tu te souviens de l'homme que tu aimes ? Et bien regarde, le voici !" 


La voie négative n'est donc pas la voie vers notre vraie nature. Au mieux, elle est est une partie. Un bout du chemin. 


Et encore, est-elle nécessaire ? N'est-il pas suffisant (et nécessaire) de reconnaître directement ce que je suis vraiment, au lieu d'en passer par un long chemin d'élimination de ce que je ne suis pas ? Ce chemin est long, car beaucoup de gens refusent les abstractions. Ils ont besoin que l'on élimine chaque chose concrètement et en particulier. C'est alors un chemin qui a des chances de ne jamais en finir. C'est le cas des chemins de purification, de travail sur soi (lequel ?) et autre voies d'introspections ou d'analyse mises au service d'une voie spirituelle. De plus, on risque ainsi de s'égarer : à force d'arriver à des versions de plus en plus profondes et subtiles de notre vraie nature, on coure toujours le danger de s'y arrêter. D'où l'obsession, dans ce genre de démarche, de confondre le Soi avec le non-Soi, de n'avoir pas poussé assez loin la purification, et la prétention de laver plus blanc que blanc. D'où, encore une fois, une tendance avérée à cheminer sans fin, de manière compulsive, comme n'importe qui, au fond... Enfin, on risque fort, comme nous l'avons suggéré plus haut, de prendre la négation du Soi pour le Soi, en se contentant d'une construction mentale du genre "le Soi  est l'absence du moi", "le vide est le plein" ou quelque jeu de mot équivalent.


Conclusion : la voie négative (ou sa version psychologique, la purification), n'est ni suffisante, ni nécessaire. 


Pour reconnaître notre vraie nature, il suffit de deux choses :

1 - Que l'on ait entendu qu'il existe un absolu, une conscience libre des contraintes du corps et de l'imagination.

2 - Que l'on rapproche cette hypothèse de l'expérience présente.

Par exemple : "J'ai entendu dire que Dieu est omniscient, omniprésent et omnipotent. Or, cette conscience du présent a bel et bien ces qualités. Donc, elle est Dieu".


Ou, encore plus simple. Vous cherchez la paix, la joie, la plénitude ? Voyez, c'est ici :



samedi 23 novembre 2013

Formes vides


Le vide ici me délivre des formes.
Les formes me délivrent du vide.
Vivre de vide dans le vide,
Affranchi de l'esclavage
Du "il y a" et du "il n'y a pas".

"Dilatation vide dans le vide :
L'immensité s'épanche dans l'immensité"
dit Vasistha


vendredi 12 juillet 2013

Nomadic storm

Juste un petit mot pour attirer l'attention sur les musiques du toit du monde. Les Tibétains et les Mongols sont de grands fêtards.

Chansons nomades (chanthang, inclus le Lhadak, etc.) :



Un barde chante l'épopée la plus longue du monde, celle du roi Guésar :



Une chanteuse américano-juive chante en tibétain et en hébreu (sur mélodies tibétaines !). Excellent. Et il y en a d'autres ! :



Un yogi kagyu exilé. Rien à voir, mais intéressant de voir comment les Tibétains emploient Internet :



Sur la vallée de Dzogchen :



En Mongolie, un tube sur Tsagaan Sar, le Nouvel An :



Chant diphonique (khoomi) et viole des steppes à UB, Mongolie :



Plein de bons souvenirs !

lundi 8 avril 2013

Vacances

Dakshinâmûrti Shiva


J'ai plusieurs ouvrages qui m'attendent patiemment depuis des mois. Je dois les achever. Il y en a au moins trois : une introduction à l'enseignement pratique du shivaïsme tantrique ; une anthologie des maîtres du XXe siècle ; et plusieurs commentaires sanskrits au Vijnâna Bhairava Tantra.

Ce blogue va donc reposer en la conscience - tel un flocon dans l'océan dissous - jusque vers la fin avril. 
Je me permets de vous rappeler que je donnerais une conférence le lundi 25 avril 2013 à Paris (voir colonne de droite, en haut), sur la question suivante : "La perception ne prouve-telle pas qu'il existe un monde indépendant de la conscience ?".
D'ici là, vous pourrez, cher lectrices, chers lecteurs, explorer les pages de ce blogue, et notamment ses traductions inédites de textes sanskrits (voir colonne de droite, plus bas) - poèmes mystiques, instructions yogiques, aphorismes cataphatiques et autres syllabes échappées de la bouche des yoginîs.

mardi 1 janvier 2013

Le temps passe-t-il ?

On dit que "le temps passe". Mais c'est le fait de passer qui est le temps. Le temps, c'est le changement, ou plutôt la comparaison d'un changement irrégulier avec un rythme plus régulier, comme celui du soleil, de la lune ou du souffle. Cette comparaison est synthèse, acte de conscience, essence de conscience.

Ce changement est la pulsation de la conscience - veille sommeil.

Selon le shivaïsme du Cachemire, tous les cycles temporels (instant, minute, heure, jours, mois, année, siècle, éon...) se retrouvent dans l'inspir et l'expir.

Le Nouvel An est repos dans le Coeur, point d'origine du souffle, du temps et de toutes les activités qui s'y déploient. Le Coeur est le lieu d'où part l'expiration du souffle. Après avoir tout repris en elle, dans l'indifférencié de la nuit, de l’hiver, la conscience se tourne à nouveau vers la différence, aspirant à manifester la dualité en elle-même, sans dualité.

Dans le Coeur lui-même, le temps ne passe pas. Tous les temps y reposent comme dans un regard global sur un paysage, comme le premier instant d'une action - cuisiner par exemple. Le Coeur est conscience de la conscience, immédiate. Le Coeur désigne le regard se retournant sur... ni rien, ni chose.

Quelle année dans la direction pointée par ce doigt ?



Bonne année, bon souffle !


mercredi 21 novembre 2012

No essence

Pas d'essence, pas de nature, pas d'ordre cosmique, pas de "une place pour chacun, chacun à sa place" : tout est possible, tout est légitime dans les limites de la règle d'Or.


Pour les droits des femmes.
Pour le mariage homosexuel.
Contre le mariage, aussi.
Pour la liberté sexuelle.
Pour la liberté de conscience.
Pour les droits des animaux.
Pour le droit à l'avortement.
Pour la recherche en génétique.
Pour la science.
Pour le droit de critiquer (et donc d'insulter, de ridiculiser, etc.) les dogmes religieux ou autres.
Pour le multiculturalisme.

Yoginîs distribuant le sperme de Jésus

Yoginî versus râkshasa

 A la Goutte d'or, en plein quartier musulman


                       
                       
                       
                       

Les Femen s'installent à la Goutte d'or - Libération vidéo
Les militantes ukrainiennes Femen ont inauguré à Paris un camp d'entraînement féministe pour former des «soldats contre le patriarcat».
   
   
        Video de libevideo   
 

jeudi 11 octobre 2012

Annulation de la conférence du lundi 15 octobre 2012

Souffrant d'une pneumonie, je ne pourrait pas assurer la conférence du lundi 15 octobre. 

En revanche, la conférence du lundi 22 est bien maintenue. Elle portera sur les non-dualismes erronés selon Shamkara et son disciple Sureshvara. Nous étudierons ainsi l'une des formes les plus radicales de non-dualisme, avant d'examiner la critique qu'en fait la philosophie de la Reconnaissance (pratyabhijnâ) ou "shivaisme non-duel du Cachemire".

mardi 11 septembre 2012

Enfer ou paradis ?


(pour la photo, je vous laisse imaginer !)

Je suis sur une île.
Dans un genre de « resort » perdu dans un recoin du bout du monde, mais renommé dans certains milieux. Les bungalows parsèment les cocotiers. Parmi eux, des huttes plus grandes : le « hall du zen », la « maison du bouddha », le « temple du thé », le « hall du prana », et autres noms suggestifs. Il y a des cours de yoga, massage, tarots, « respiration consciente », « danse extatique », etc., le tout sur fond de didgeridoo ; et aussi un restaurant « détox » (ce qui n’empêche pas la présence de 200 litres de whisky dans les réserves !). Tout est « bio », pur, discret, élégant, vaguement hippie, mais maîtrisé. C’est avant-tout un business.



Si je m’écoutais, je me laisserais facilement aller à critiquer l’endroit et ses clients. Avant-hier, j’étais dans un endroit entièrement dédié à la bière et à la liposuccion : il y avait cohérence. Mais aujourd’hui, je suis dans un lieu qui se veut spirituel, mais où tout repose en réalité sur le paraître, la séduction et l’argent. La dissonance est flagrante. Certes, me direz-vous, les jeunes gens que je voie se pavaner la résolvent apparemment sans difficultés : tout cela leur semble parfaitement naturel. Ils passent de la méditation « zen » aux Full Moon parties avec l’aisance des fortunés innocents. Mais je me sens un peu mal à l’aise au milieu de cette quête hédoniste qui est en réalité une compétition féroce pour avoir les meilleurs partenaires sexuels. Un peu comme dans La plage – le film a d’ailleurs été tourné non loin.



Bref, ça me fait penser au « salon zen » de Paris, qui est tout sauf zen. Et puis je vois dans les boutiques de journaux les magazines de yoga « for weight loss », et même un article de Marc Dicskowsky dans le dernier numéro du très chic Tathāstu, sur le Tantrāloka d’Abhinavagupta. Mais tout cela est mondain, ces gens vivent à la surface d’eux-mêmes.



Toutefois, à y réfléchir plus avant, je m’aperçois que mes critiques sont peut-être motivées par la jalousie – la passion qui vient le plus facilement aux mortels selon Abhinavagupta. Et il y a de quoi. Ici tous le monde est jeune, beau, mince (quand mangent-ils ?), bronzé, branché, looké, managé. Ils n’ont rien d’autre à faire que draguer sous les cocotiers. La crise ? Ils n’ont jamais entendu parlé. Pour eux, lundi est jour comme les autres. Ils vivent dans un Eden éternellement présent.



Et puis, il faut sans doute relativiser. Ces jeunes sont naïfs, mais ils sont plutôt bons et tolérants. Rien à voir avec les barbus et leur esclaves voilées que j’ai croisé dans les grands centres touristiques, eux qui convoitent les petits enfants avant d’aller faire la morale au reste du monde.



Un coin sympathique, donc, mais fragile et immature. Du reste, quelle spiritualité a jamais réussi en société ? A ce propos, je viens de finir le Tibet, A History, de Sam Van Schaik. Le meilleur livre sur l’histoire du Tibet à ce jour. Il montre la complexité de la situation, loin des clichés. J’ai par exemple appris que Shugden était le fantôme d’un ancien candidat malchanceux au titre de Dalai Lama (à l’époque du « Grand cinquième »).



Mais revenons à l’essentiel :



Il n’est pas besoin de pratiquer ce qui est présent depuis toujours.
La réalité des phénomènes étant immuable, il n’est donc pas nécessaire de perfectionner cette réalité.
Tous les phénomènes sont déjà parfaits en eux-mêmes :
Ils sont l’essence même.
Et de même les bouddhas des trois temps sont déjà arrivés à maturité.
N’enseigne donc pas l’effort et la pratique.


Le Roi créateur de toute chose
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