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mardi 28 janvier 2014

"Se recentrer" ?




Un prince se met en quête de sa vraie nature sur les conseils de son épouse. Il se concentre encore et encore, tente de faire le vide, car il a compris que les choses - pensées et perceptions - empêchaient la manifestation de la Lumière consciente. Il découvre alors des expériences de pure vacuité, de clarté et de félicité. Il se retire du monde, n'aspire plus qu'à retrouver ces états. Il n'a plus de goût à rien, il projette de renoncer à tout pour vivre comme un ascète, loin des hommes et de leur folie.

Sa princesse entend ceci et lui répond "avec un léger sourire" :

Cher époux, il semble que le domaine de la suprême pureté demeure inconnu de toi...
Ceux qui y accèdent voient leur cœur purifié et ne succombent plus à l'égarement.
Mais ce domaine est aussi éloigné de toi
que le firmament pour un homme habitant sur la terre.
Tout ce que tu as appris jusqu'ici ne vaut pratiquement rien.
Ce n'est pas l'ouverture ou la fermeture des yeux
qui permet de contempler la Plénitude.
Ce n'est pas en faisant quelque chose,
ou en t'en abstenant,
que tu l'obtiendras.
Ce n'est pas en te déplaçant,
ou en demeurant immobile,
que tu y accéderas.
Comment considérer comme absolu un état 
dont l'accès serait conditionné 
par la fermeture ou l'ouverture des yeux, 
un déplacement ou une activité quelconque ?
Comment l'élévation de ces paupière longues comme huit grains d'orge 
pourrait-elle suffire à occulter la Plénitude ?
Quel égarement de ta part ! Quelle étrangeté !
Dis-moi,
comment l'élévation de ces paupières larges comme le doigt
pourrait cacher cette conscience
dans l'immensité de laquelle
les milliards d'univers sont comme égarés ?

La Doctrine secrète de la déesse Tripurâ, trad. M. Hulin, p. 94

Trois cent Versets à la déesse :

mercredi 13 novembre 2013

Un au-delà de la conscience ?




Y a-t-il un au-delà de la conscience ?

Certaines autorités l'ont affirmé, comme Nisargadatta Maharaj. Et d'autres avant lui. Comme l'école du Nyāya/Vaiśeṣika, pour qui l'état de délivrance est un état d'inconscience, puisque la conscience n'est pas notre vraie nature, mais seulement une qualité, un attribut parmi d'autres, dont nous sommes délivrés au moment de la délivrance. Cet état de délivrance n'est pas un état de félicité, de plénitude, mais une absence de toute souffrance et de toute expérience, un état qui n'en est pas vraiment un. De plus, la conscience est le fondement de toute expérience, donc aussi bien de toute souffrance. Se libérer de la conscience, c'est donc se libérer de la souffrance. C'est là un thème des philosophies d'Occident, qui, de différentes façons certes, célèbrent la surconscience ou l'inconscience, depuis l'inconnaissance de Denys le théologien jusqu'aux soirées suralcoolisées de nos jeunes.

Pourtant, l'absolu est-il autre chose que la conscience ? La conscience est-elle un état, susceptible d'être dépassé ? Et qu'est-ce que la conscience ?

Pour certains, comme pour le bouddhiste Nāgārjuna, toute conscience implique une dualité du sujet et de l'objet. En Occident, on dira que toute conscience est conscience de quelque chose. Le courant bouddhiste dont témoigne Nāgārjuna comparera la conscience à une épée qui ne peut se couper elle-même. Autrement dit, il n'y a pas de conscience de soi. C'est juste une apparence, un faux-semblant, un mythe, une manière de parler sans réfléchir. 

Or, qu'est-ce que serait une conscience sans conscience de soi, une conscience inconsciente, en quelque sorte ?

Un autre courant bouddhiste affirme au contraire que la conscience est consciente d'elle-même, sans dualité entre sujet et objet, tout comme une lampe est à elle-même sa propre lumière, sans avoir besoin d'une autre lampe. Ce courant, présent aux origines du Grand Véhicule (mahāyāna), deviendra l'école de la pratique du yoga (yogācāra), selon laquelle tout est construction mentale. 

En résumé, en Occident comme en Orient, dans l'hindouisme comme dans le bouddhisme, et encore aujourd'hui, il y a deux positions sur la conscience :

-la conscience est un état, une étape vers l'absolu qui est notre vraie nature, un état subtil, l'état ultime, mais qui peut et doit être dépassé dans un inconcevable au-delà de la conscience, car toute conscience est germe de souffrance et toute souffrance enveloppe une certaine dualité. On ne peut échapper à l'expérience de la souffrance, à moins de dépasser l'expérience elle-même, c'est-à-dire la conscience.

-la conscience n'est pas un état, mais l'arrière-plan de tout état. Elle n'est pas une étape, mais le fond sans fond de toutes les étapes. Elle n'est pas une qualité de l'absolu, mais son essence. Toute conscience est conscience de soi, mais cette conscience de soi n'implique pas dualité du sujet et de l'objet. La conscience se connaît elle-même, mais pas à la manière dont on connait un objet. Elle se connait immédiatement. La conscience est n'est pas nécessairement source de souffrance : la pure conscience de soi, sans objectivation de soi, sans identification, a le pouvoir de transformer toute expérience en félicité imprégnée de paix. 

Je pense que la raison, l'intuition et l'expérience montrent que la seconde position est la bonne.

La première position est erronée, car :

-elle confond la conscience avec un état, c'est-à-dire un objet de conscience.
-quand elle affirme que la conscience est forcément dualiste, tout comme une épée ne peut se couper elle-même, elle confond encore la conscience avec un objet. La conscience ne ressemble pas à une épée, ni à rien d'autre. Seul Dieu peut connaître Dieu.
-un au-delà de la conscience serait encore une expérience, donc un état de la conscience. Vouloir sortir de la conscience, ou croire que l'on en sort, c'est comme vouloir aller plus vite que son ombre.
-la conscience n'est pas duelle, même quand elle semble l'être. La conscience de l'objet est toujours, en réalité, une conscience de soi. La dualité est une erreur : on prend une conscience de soi pour une conscience de l'autre, comme dans un rêve.
-il n'y a pas de moyen de connaître l'au-delà de la conscience.
-les textes traditionnels qui affirment que l'absolu est "au-delà de la conscience ou de l'inconscience", "sans conscience" (acetana, asaṃvedana), "au-delà de l'être" (sattva-atīta) sont des procédés pédagogiques pour délivrer la conscience de la tendance à s'identifier, à saisir les objets et les états. La sagesse de Nagārjuna doit se comprendre dans ce contexte.
-les états de vide, d'"inconscience", dont le sommeil profond est l'illustration la plus pure, sont des états. La conscience n'en est pas un.
-la conscience n'est pas quelque chose de fixe et absolument immuable. Elle est toujours présente, mais elle est libre de se ressaisir comme vide, comme rien, comme elle est libre de se ressaisir comme carotte, chien ou homme.
-la conscience est libre veut dire qu'elle n'est pas prisonnière d'elle-même : elle peut se prendre pour ceci ou cela.
-le vide, les états d'inconnaissance, d'inconscience, etc. sont simplement la conscience se reprenant comme pure conscience, ce que la conscience qualifie d'inconscience, parce qu'elle ne se connaît d'ordinaire (à l'état de veille) que dans les objets. Ce que l'on prend pour pure inconscience ou un "au-delà de la conscience" est pure conscience non-duelle.
-cette pure conscience n'est pas la reconnaissance libératrice. Car quand les objets réapparaissent, la conscience est emportée et aliénée de nouveau.
-la conscience se reconnait comme intervalle entre les objets, les états, et comme ces objets, ces états : alors seulement elle est libre.
-pratiquement parlant, on reste comme muet, détaché, flottant, décroché, ouvert, en l'absence ou en la présence d'objet, sans référence à un sujet. Voir qu'il n'y a pas de sujet, c'est voir le vrai sujet. Voir que personne ne voit, c'est voir notre vraie nature, la conscience, par-delà les mots, les images, les émotions, les sensations, les états. 

Quelques versets du Yoga selon Vasistha sur l'identité de l'absolu et de la conscience de soi :

Le vent et son frémissement sont un,
De même que le feu et sa chaleur.
De même, la pure conscience et son pouvoir de vibrer
Sont toujours un seul et même Soi (6/2, 84, 3)
Quand (la conscience) se détend et reste telle quelle,
On l'appelle "Śiva" :
Alors l'activité de la déesse, du pouvoir de conscience,
Repose dans le Soi, en soi.
Quand elle reste telle quelle, en son état naturel,
On l'appelle "Śiva". (6/2, 84, 26, 27a)
Parce qu'il est conscience,
(L'absolu) ne peut être ce qu'il est
S'il n'est pas ainsi (conscient),
De même que l'or ne peut exister
Sans forme. (6/2, 82, 6)
Toi qui es sage ! Dis-moi comment
Le poivre peut-il exister sans être poivré ?
Comment le sucre pourrait-il ne pas être sucré ? (6/2, 82, 8-9)
Une pure conscience
Dépourvue de conscience
Ne mérite pas le nom de "pure conscience" ! (6/2, 82, 10)
La conscience ne peut être présente
Sans cette sorte de vibration
Qui est la substance même de la conscience,
De même qu'une chose ne peut être
Ce qu'elle est en ne l'étant pas ! (6/2, 83, 14)

Ainsi, il n'y a pas d'au-delà de la conscience. Et cet au-delà, si même on pouvait le deviner, en parler ou en faire l'expérience, fût-ce à travers une "non-expérience", serait encore dans la conscience, dans ce que le poète Jacques Goorma appelle le Séjour :

"Le Séjour de l'éveil est dans la clarté de l'esprit, dans cette lumière irradiant toute chose de sa présence. Toute chose n'a lieu qu'en son Séjour" (Le Séjour, p. 9)

En vérité, les choses ne viennent pas de rien, ni de la conscience. Elles sont un rien conscient.

mercredi 20 mars 2013

Faut-il fermer les yeux ou les garder ouvert ?

Au contraire de la méditation décrite dans ce dernier billet, l'image la plus répandue de la méditation consiste à s'asseoir et à fermer les yeux. Si l'on rassemble des images de méditants, on constatera que la plupart ont les yeux fermés, le dos légèrement voûté, le cou penché vers l'avant. Voici un exemple chrétien et un exemple néobouddhiste :

La méditation serait donc une forme d'introspection ou d'introversion. En tous les cas, elle présupposerait que l'on se laisse aller vers l'intérieur de soi. Le bouddhisme véhicule une image légèrement différente, car le Bouddha est représenté le plus souvent les yeux ouverts, regard naturellement posé vers le bas. Cependant, même alors, l'on ne peut manquer de déceler un penchant vers l'intérieur, par exemple dans ces images de zazen, trois photos dans lesquelles on va d'une attitude médiane vers une posture franchement intériorisée :


Par rapport à cette attitude, la posture de transparence béante, les yeux ouverts, décrite dans le billet précédent, présente de nombreux avantages : la clarté des cinq sens illumine l'esprit sans concept. En effet, tout se passe comme si l'ouverture des sens contribuait à pacifier l'activité mentale interne. Ou plutôt, à affranchir la conscience de son emprise. Le regard reste ouvert, panoramique. On évite ainsi à la fois la torpeur et l'agitation. Si l'on ferme les yeux en revanche, l'activité interne semble exacerbée. Dès lors, il n'est pas étonnant que, pour la plupart des gens, la méditation consiste à "faire le vide dans sa tête", à ne plus penser, ou à ne plus avoir de pensées. De plus - et comme en contre-coup à l'activité mentale - cette attitude prédispose à la torpeur, à l'opacité. Le contraire de la transparence.

Cela étant, faut-il se forcer à garder les yeux ouverts ? Non, bien sûr. S'ils restent ouverts, qu'ils restent ouverts, dans la non-dualité de la conscience intérieure et de l'espace extérieur.
Mais, s'ils se ferment, il est inutile de résister. Mais quid de la torpeur ? N'est-elle pas un défaut ? Et que gagnerait-on à dormir ainsi ? Les traditions les plus abouties ne mettent-elle pas en garde contre l’inconscience, l'inertie, le vide stérile ?
Je ne crois pas que ces objections valent.
Car, pour commencer, si les yeux se ferment d'eux-mêmes, c'est que l'on a besoin de dormir. Or dormir est une bonne chose. C'est le souffle "égal" (samâna) qui prédomine alors, souffle qui rééquilibre le corps. Pour le dire autrement, le sommeil est réparateur.
De plus, toutes les statistiques concordent pour dire que la durée du sommeil tend à diminuer, augmentant ainsi les risques pour la santé - mentale y-compris.
 En outre, l'agitation est un problème plus courant que la torpeur. Selon l'âge et la santé, il y a certes des gens qui souffrent d'une tendance handicapante à sombrer dans l'inconscience, mais cela est bien moins courant que le problème du bavardage mental, des images obsédantes ou des tempêtes émotionnelles intempestives.
De plus, l'on reste assis en s'endormant. Or, en gardant ainsi la tête à peu près droite, le sommeil ou l'inconscience n'ont pas la même qualité que l'on que l'on s'endort allongé. La saveur de cette inconscience-là est paradoxale : elle se situe entre la lucidité et la lourdeur totale. C'est bien pourquoi les yogins "tibétains" essaient parfois de dormir assis. Notons au passage que seule la position de la tête est décisive. Car la lucidité est liée au sens de l'équilibre et donc à l'oreille interne. On peut donc rester allongé avec la tête presque portée à la verticale par un coussin.
De plus, ce sommeil ne dure pas. Même si l'on reste ainsi une heure, l'expérience montre que l'on émerge comme de l'intérieur de cette inconscience. Or, c'est là une expérience extrêmement précieuse. Car l'esprit est alors vide. Quand la conscience ressurgit, elle jaillit donc à l'état pur, comme le son d'une cloche tibétaine dans le silence. L'inconscience est totale identification de la conscience à l'objet. Le premier instant du réveil est pure conscience transparente, ressentie comme une coulée de silence vif, ou comme une brassée d'air pur et revigorant. Plus l'inconscience a été profonde, plus la conscience en jaillit pure, telle une source vive, immaculée. C'est l'éveil qui surgit quand l'esprit se détache de l'objet dans lequel le mental était absorbé, dont parlent les Stances sur la vibration. Comme quand on est absorbé dans une lecture et qu'une porte claque. Au reste, les adeptes du dzogchen emploient à leur façon ce stratagème. L'une des manières d'introduire à la conscience transparente est en effet de laisser l'élève assis dans le silence, sans autre instruction. Au bout d'un temps indéterminé, le maître crie soudain "p'hat !". Ce son explosif tranche le voile de la torpeur comme de l'agitation, et révèle la conscience en sa nudité. Or, il n'en va pas autrement quand on s'endort assis. La chose est sans doute moins spectaculaire, mais elle est aussi plus douce.
De plus, cette alternance vide-éveil peut se répéter de nombreuses fois. Et, quand on sombre de nouveau dans l'inconscience, celle-ci est de plus en plus profonde. De sorte que l'éveil est de plus en plus intense, et ainsi de suite. Ainsi, au cœur de cette méditation apparemment assoupie se déroule comme un cycle ou une spirale allant s'approfondissant.
De plus, fermer les yeux et se laisser aller vers l'intérieur favorise le ressenti les la félicité du cœur, l'expérience du "je suis" qui est l'autre grande facette de l'expérience mystique, à côté du silence intérieur.
Enfin, une fois reposé, les yeux se rouvrent naturellement, et l'on peut laisser se poursuivre la méditation les yeux ouverts, "comme un enfant qui regarde une fresque dans un temple". Donc il me semble bon de fermer les yeux s'ils sont lourds. Mais les force volontairement me semble contre-productif. Dans ce cas, il est préférable de rester yeux, bouche, et corps ouvert, déployé tous azimuts.

Il est donc inutile de se forcer. Ce qui ne veut pas dire que la position des yeux, du corps, bref que l'attitude n'a aucune importance. Bien au contraire. Seulement, les deux attitudes ont leur beauté, de même que les deux expériences intérieures qu'elles incarnent peuvent, bien entendu, se mélanger, se compléter. La méditation les yeux ouverts mènent spontanément à la découverte du silence - la dimension cognitive. La méditation les yeux fermés mène naturellement à la découverte de la félicité-compassion - la dimension affective. Mais, que cela soit d'emblée ou par la suite, ces deux pôles du nuancier de la vie intérieure sont amenés à s'interpénétrer.

Quand à affirmer que "la conscience est bien au-delà des ces dualités", ce serait ici contreproductif. Pour le coup, ce serait s'enfermer dans une construction mentale, un dogme. La certitude de la non-dualité ne doit pas faire de la méditation une sorte de tabou. Elle doit mener à l'expérience même si l'expérience n'apporte rien à cette certitude. De même, l'expérience doit consoner avec cette certitude de manière harmonieuse, sans créer un dilemme ruineux entre la tête et le cœur, entre connaissance intellectuelle et connaissance expérimentale.

lundi 5 novembre 2012

Des duels non-duels

Comme j'ai essayé d'en toucher un mot ailleurs - ici, , et -, le discours néoadvaita ou mâdhyamaka peut facilement devenir un piège tissé de paradoxes et de sophismes, au service d'une volonté tout bonnement puérile. C'est du moins ce que je constate, depuis vingt ans, dans la (vraie) vie et sur le Net. Voici un petit film, en anglais certes, mais facile à suivre, qui met en scène ce travers. Drôlatique :

Du Raymond Devos, je vous dis !
P.S. : Ce type de discussion pleine de sous-entendus, d'attaques ad hominem, de double bind et de procès d'intention porte un nom : le trolling. Les forums et le Net sont pleins de trolls. J'évite de répondre à ce genre de propos décousus, mais j'avoue que parfois, terrassé de compassion, je ne peux m'empécher de répondre sérieusement, même si cela ne fait que "nourrir le troll"...

jeudi 15 avril 2010

Rappel de notre vraie nature - Méthode pour l'Eveil VI

16, 17.

Si le disciple demande : "Comment le corps peut-il avoir une éducation, un lignage et une caste particulière ? Ou bien, (je peut aussi me demander) comment je puis être dépourvu (dans ma vraie nature) d'éducation, de lignage et de caste ?

Le maître doit (alors) dire : "Ecoute, ô fils, comment et pourquoi le corps qui a une éducation, un lignage et une caste particulière, est différent de toi, et comment tu es dépourvu d'éducation, de lignage et de caste."

Ayant dit cela, il doit lui rappeler ceci : "Ô fils, tu dois te rappeler que tu as entendu les caractéristiques du Soi suprême qui est le Soi de tout, grâce à des paroles révélées et traditionnelles, telles que :

"Cela[1] n'est que l'être, ô fils...".[2]

Le (maître) doit dire au (disciple) qui s'est remémoré les caractéristiques du Soi suprême : "Ce que l'on appelle

"espace lumineux"[3],

"distinct des noms et des formes",

"sans corps", définit comme non grossier, sans péchés, qui n'est conditionné[4] par aucun phénomène du saṃsāra,

"qui est l'absolu immédiat et intuitif",

"qui est le Soi à l'intérieur de chacun",

"le voyant non vu, l'entendant non entendu, le penseur non pensé, le percipient non aperçu",

son essence est perception permanente,

pure conscience, homogène, sans rien d'extérieur (à elle), ininterrompue,

partout présente comme l'espace,

toute-possibilité,

Soi de tous,

sans faim, etc.,

qui n'apparaît pas, qui ne disparaît pas,

source créatrice de tout ce qui est parce que sa pure présence est une inconcevable puissance,

bien que tout cela soit distinct de lui/ de soi-même, des noms et des formes qui sont le germe des mondes, qui reposent dans notre Soi, qui sont connus directement par soi-même[5] et dont on ne peut dire ni qu'ils sont identiques, ni qu'ils sont différents (du Soi)."


Śaṃkara, Méthode pour éveiller un disciple



[1] Le maître indique ainsi d'un geste de la main tout ce qui se présente d'instant en instant.

[2] Il y a là une phrase qui me paraît redondante et problématique : lakṣaṇaṃ ca tasya śrutibhiḥ smṛtibhiśca.

[3] Ākāśa : même racine que prakāśa, "lumière consciente", "manifestation", "apparaître", "présence". L'espace, comme la conscience, est partout et nullepart.

[4] Litt. : "parfumé".

[5] Tout est connu par le Soi. Le Soi n'est connu par rien d'autre que lui-même, comme une lampe qui s'éclaire elle-même par elle-même, sans dualité.

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