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mardi 7 juillet 2015

Nouvelle édition des Arcanes de la plénitude

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Le tantra n'est rien d'autre que la texture de la vie.
Telle qu'elle se révèle 
dans l'arrêt du bavardage intérieur.

Dans ce silence incroyable, incompréhensible, 
se dévoile l'être débordant d'énergies, de mouvement, bouillonnant, riant. 

L'auteur de ce texte, Amrita Vâgbhava, partage cette découverte dans un poème sanskrit, court mais intense. Le silence intérieur n'est pas une paix morte, 
mais un océan en ébullition, 
une nonchalance pleine d'ardeur, 
un jeu de merveilles :

"Par pure liberté,
par la perfection même de ma plénitude,
je m'actualise dans la Lumière-Manifestation,
espace qui est le Soi.
Faite d'un seul instant,
faite d'une seule substance, éternelle,
voilà la majesté que je suis.

Je suis capable d'action, de connaissance
et de désir grâce à l'Acte parfait du Soi.
Prenant mon repos
à la fois dans la Manifestation
et dans la Conscience,
je scintille de manière égale.

J'agis, je connais et je résonne par moi-même
parfaitement établi dans le Soi.
Aussi suis-je ravis, à la fois comblé et enchanté,
me révélant et me cachant à moi-même."

Voici une seconde édition révisée de ce poème, avec introduction et notes par David Dubois

Danse odissi, tantrique, à la gloire de Krishna, incarnation de la Déesse, sur une composition dhrupad :





lundi 2 mars 2015

Les Arcanes de la plénitude

Les Arcanes de la plénitude - Siddhamaharahasya

Voici un texte traduit du sanskrit, un poème composé par un maître du tantra du XXe siècle, inconnu en Occident mais auteur d'une oeuvre abondante et fondateur de plusieurs ashrams dans le Nord de l'Inde.


L'auteur, Amritavâgbhava



C'est une initiation simple, poétique et directe à la voie du tantra non-duel, dont le cœur est la méditation de Shiva ou yoga de l'Homme-lion.

Extrait :


Par pure liberté,
par la perfection même de ma plénitude,
je m'actualise dans la Lumière-Manifestation,
espace qui est le Soi.
Faite d'un seul instant,
faite d'une seule substance, éternelle,
voilà la majesté que je suis.

Je suis capable d'action, de connaissance
et de désir grâce à l'Acte parfait du Soi.
Prenant mon repos
à la fois dans la Manifestation
et dans la Conscience,
je scintille de manière égale.

J'agis, je connais et je résonne par moi-même
parfaitement établi dans le Soi.
Aussi suis-je ravis, à la fois comblé et enchanté,
me révélant et me cachant à moi-même.

Le Grand secret des Parfaits (Srisiddhamaharahasya)

mardi 12 novembre 2013

En un clin d'oeil

Le Yoga selon Vasistha est un immense poème (près de 30 000 versets) qui célèbre la non-dualité à travers une succession de contes, de légendes et de paraboles renversantes. Quasi inconnu en dehors des milieux universitaires, il aurait été l’œuvre d'un homme ayant vécu à Shrinagar, au Cachemire, vers 900-950.

Cet homme, ou ce groupe d'homme, proche de la cour du roi du Cachemire, connaissait toute la littérature de son temps. On croit encore aujourd'hui qu'il s'agit d'un texte védântique, mais il suffit de feuilleter le sanskrit quelques minutes pour s'apercevoir qu'il n'en est rien. Outre le shivaïsme du Cachemire (les Stances sur la vibration, Spanda-kârikâ en particulier), sa source principale, c'est le bouddhisme. Il n'existe pas, à ma connaissance, de base de textes bouddhistes sanskrits cherchable. Sur le GRETIL, par exemple, il faut y aller texte par texte. Ce qui est bien dommage. De l'autre côté, le texte du Yoga selon Vasistha n'est pas non plus sur le Net. Malgré ce handicap, je tombe régulièrement sur des éléments troublants. 

Dernier exemple en date : l'histoire du roi Lavana. Je savais qu'elle s'inspirait de la légende du roi Harishchandra contée dans le Mârkandeya Purâna, mais voici que je la retrouve dans un texte bouddhiste... tibétain. Il s'agit des Instructions d'Avalokiteshvara : l'union du Grand Sceau et de la Grande perfection, par Karma Chagmé (c. 1650) et traduit en anglais par Allan Wallace. Page 93 du volume I (fol. 631), il est raconté qu'un jour, en Inde, un roi voulait se racheter en convertissant son fils au dharma du Bouddha. Il convoqua un magicien. Celui-ci offrit au prince un beau cheval. A peine monté, il entraîna au loin le pauvre prince, qui se retrouva bientôt de l'autre côté de l'océan, à raconter son histoire à une vieille cannibale. Elle le força à épouser l'une de ses filles. Ils vécurent heureux au début, mais ils furent bientôt frappés par la maladie et la famine. Le prince était devenu un vieillard, et il avait oublié qu'il était un prince. Sur le point de mourrir, il se réveilla alors à la cour de son père le roi. Quelques instants à peine s'étaient écoulés. Persuadé de la nature illusoire de toutes choses, le prince renonça au monde. 

On peut lire une traduction française de l'historie de Lavana dans Sept récits initiatiques tirés du Yoga Vasistha, par Michel Hulin.

Ma question est la suivante : quelqu'un sait-il quelle est la source (bouddhiste) de ce conte ? En l'absence de réponse, je me verrais dans l'obligation de conclure que la source n'est pas bouddhiste ce qui, vous en conviendrez, serait fort embarrassant.

Petites musiques royales indo-persanes :


dimanche 22 février 2009

Le Grand Arcane des Parfaits - X




Une seule et même Puissance
est le grand dieu et la grande déesse.
Elle crée et est créé,
connait et est connue,
désire et est désirée. 26

[Le Seigneur, la Déesse, est à la fois sujet et objet. C'est pourquoi la dualité ne contredit pas l'unité]

La réalité absolument une,
suprême,
est une majesté qui embrasse tout :
la grande souveraine du désir.
Elle lie et se lie, elle gracie et se gracie. 27

Tout ce que l'on tient pour preuve :
témoignage, inférence ou intuition,
tout cela est l'immense majesté, la Puissance.
Le grand Seigneur est donc la Puissance. 28

Cette immense manifestation
qui apparaît de part en part
dans le sujet, l'objet et la connaissance,
c'est le Puissant lui-même,
la grande souveraine. 29

De même que villes, villages et grottes
existent dans la Terre,
de même je suis le Puissant,
parfaitement irréfutable,
qui infuse tout l'univers. 30

Tout est animé par la Puissance,
par la grandeur des grandeurs en forme de Puissance.
Le suprême Shiva, décrit comme Puissance vitale,
dépasse tout. 31

Fin du troisième chapitre, "sur les doctrines des Parfaits".

Amritavâgbhava, Le Grand Arcane des Parfaits (Shrîsiddhamahârahasyam), Jammû, 2003.

dimanche 9 novembre 2008

Le Grand Arcane des Parfaits - III

Cette prolifération de phénomènes est le comble de la félicité : voilà ce que l'on doit imaginer [à travers le rituel tantrique]. De fait, même si [tout n'est qu'imagination], la doctrine parfaite des Parfaits, c'est que [l'on doit réaliser que tout est félicité parfaite]. Comme [je l'ai déclaré] dans le second chapitre de [mon poème] Le jeu du Soi (Âtmavilâsa) :

La conviction finale
de ceux qui méditent l'expérience du Soi est que
la finalité du bonheur et de la souffrance - qui sont interdépendants -
est la [parfaite] félicité.

Ainsi, la finalité vers laquelle tend spontanément [toute vie] est le repos intime dans la contemplation du Soi qui est toujours et partout pleinement manifeste. Voilà qui est parfaitement établi. De plus, nous avons défini le Soi de façon exaustive dans notre composition Le jeu du Soi. Dès lors, on doit s'y exercer avec habileté. Aussi le propos du présent ouvrage, intitulé Le Grand Arcane des Parfaits conformément à son contenu, est-il d'exposer en particulier l'ensemble des méthodes les plus secrètes pour réaliser la doctrine [de la non dualité intégrale] qui avait été exposée dans Le jeu du Soi. Mais il ne faut jamais perdre de vue que toutes ces méthodes sont forgées par notre propre imagination, c'est-à-dire par notre propre félicité !

Tout, sans exception, existe seulement dans le Seigneur suprême parfait à tous égards, le Bienheureux qui constitue le fondement de la dualité comme de la non dualité, enseigné par sa propre nature qui se manifeste spontanément(1), démontré sans contradiction aucune(2).

[(1) Tout concourt à "démontrer" l'existence du Soi, puisque le Soi est l'existence des choses, sans aucune dualité. Les phénomènes sont un enseignement, une révélation perpétuelle. (2) Le Soi est l'Être qui englobe à la fois l'être et le non être, le soi et le non-soi. Il n'a pas d'opposé. Rien ne le contredit. Et lui ne "réfute" rien : les reflets ne cachent pas le miroir, la pureté du miroir ne fait pas disparaître les reflets. Contrairement à ce qui se passe dans l'Advaita de Shankara, la non dualité n'est pas réalisée grâce à l'exclusion de la dualité. C'est pourquoi c'est une non dualité "intégrale".]

Les questions et les réponses ne peuvent apparaître qu'en ce Seigneur, car lui seul est ininterrompu.

[Si la conscience de soi était discontinue, comme le croient les Bouddhistes, aucun dialogue, même imaginaire, ne serait possible. Si le Soi était impermanent, il ne pourrait y avoir de souvenirs, même erronés. Pas de rêves évanescents sans une conscience permanente. L'enseignement - bouddhiste ou autre - sous forme de questions et de réponses, serait lui-même impossible ! Comme le démontre Bergson en un autre temps et un autre lieu, pas de conscience sans mémoire. Et donc, ajouteraient les philosophes tantriques, pas de mémoire sans conscience. Le Soi n'est pas une chose, une entité, mais l'activité qui relie des choses ou les sépare.]

(1) Car : rien d'autre n'existe, puisque rien n'apparaît hors de cette incompréhensible [Manifestation].

[En effet, rien n'apparaît en dehors du fait d'apparaître. Rien n'est perçu en dehors de la perception. Il n'y a que perception. C'est à l'intérieur de cet Acte de perception que le Seigneur se perçoit comme une réalité "autre", "étrangère", "séparée", "réelle", "objective", "illusoire", etc. L'argument est analogue à celui des Bouddhistes idéalistes (yogâcârin), mais il n'y a qu'une seule conscience, une conscience reconnue comme absolument libre jusque dans ses égarements les plus tragiques. Ce passage montre que l'auteur maîtrise parfaitement la doctrine de la reconnaissance (Pratyabhijnâ). Il n'y a que la Présence qui se présente et se représente comme autre qu'elle-même. C'est le "jeu du Soi".]

(2) Car le couple "être/non être" n'existe que dans l'Être intégral et en dépendance de lui.

(3) Car la vérité vraie est que toutes les prescriptions et les interdictions contenues dans les traités [des diverses traditions spirituelles et religieuses] sont englobées dans le Rituel intégral.

[Le "Rituel intégral" (mahâvidhi), c'est ce qui se présente dans l'instant. Tous les rituels sont des imitations plus ou moins conscientes du grand rituel du cosmos.]

Soit. Voilà ce qu'il faut comprendre :

Notre propre Soi/soi-même apparaît
sous la forme des univers en manière de jeu/de séduction avec soi/spontanée.

[Est-ce une sorte de narcissisme cosmique ou la sublime célébration d'une liberté vertigineuse ?]

Ce dieu incompréhensible, toujours présent,
est le Soi, le vrai Shiva. Lui seul l'emporte.

Nous avons expliqué cela brièvement dans deux commentaires, Le parfum salutaire de l'Ambroisie de la Déesse [encore un jeu de mots pour désigner Lalitâ Tripurâsundarî, la Vidyâ, la déesse en quinze ou seize syllabes.] et La réjuvénation de la Lumière nationale [titre original !]. A présent, je révèle sous forme de doctrine Le Grand Arcane des Parfaits pour éclairer les disciples.

Fin du chapitre d'introduction.

Amritavâgbhâva, Le Grand Arcane des Parfaits (Shrîsiddhamahârahasyam), Jammû, 1983.
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