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jeudi 25 juin 2020

Vijnâna Bhairava Tantra 105

File:Dancing Krishna, India, Tanjore, Tamil Nadu, Chola dynasty ...

L'expérience que "tout est dans tout" :

ghaṭādau yac ca vijñānam icchādyaṃ vā mamāntare |
na eva, sarvagataṃ jātam bhāvayan iti sarvagaḥ || 105 ||

"Réalisant que la perception du vase, etc. 
et le désir, etc. du vase
ne surgissent pas seulement en moi,
mais bien en tout, on deviendra tout en tout."

NB : notez la position de la virgule et l'emplacement de la particule eva dont je par le dans la vidéo. Et à propos de laquelle je m'embrouille un peu, mais il n'est pas facile de parler et de lire en même temps, et puis cela vous donnera une petite idée de la difficulté de la langue sanskrite. Au-delà de cette anecdote, j'attire votre attention sur ce verset, d'une richesse et d'une profondeur incroyables.

mercredi 31 août 2016

L'océan dans la goutte



Dieu est partout,
de telle manière qu'il n'a pas plus de bonté 
et plus de beauté et plus de pouvoir,
plus de joies et plus de perfections 
dans tout le monde ensemble,
que dans le plus petit grain de sable
ou la moindre goutte d'eau de la mer....
Il est partout et en chaque partie de ce tout,
partout soi-même totalement.
Louis Chardon, La Croix de Jésus, XVIIè siècle
Tout est en tout.
Le Père Max commente :
"Dieu ne prend aucune place, mais fait être tout ce qui prend de la place.
Tout dépend de lui, mais lui ne dépend de rien."

Si la goutte est dans l'océan,
quelle joie !
Si l'océan est dans la goutte,
...

samedi 6 avril 2013

Quand connaître une chose, c'est les connaître toutes

D'ordinaire, connaître une chose, ce n'est pas les connaître toutes. Dire que la cuisine japonaise est mauvaise alors que je n'en ai goûté qu'un seul plat est une généralisation abusive. Plus profondément, induire, c'est-à-dire généraliser à partir d'expériences qui sont nécessairement particulières, pose toujours un problème. Car les conclusions de l'induction ne sont jamais de l'ordre de la certitude absolue, mais toujours seulement de l'ordre de la probabilité. Aussi distingue-t-on, dans la philosophie occidentale moderne, les vérités de fait ("le soleil brille") des vérités de raison ("deux et deux font quatre"). Alors que ces dernières sont de l'ordre du nécessaire puisque leur contraire est impossible, les premières sont contingentes, car leur contraire n'implique pas contradiction. Comme disait l’Écossais Hume, il est possible que le soleil ne se lève pas demain. Même si c'est peu probable. Donc la connaissance dérivée de l'expérience est toujours limitée et relative, jamais exhaustive et définitive. Voilà pourquoi des gens comme Pythagore ou Platon pensaient que la connaissance empirique - dérivée de l'expérience - était vaine comparée à celle dérivée de la raison pure, celle des mathématiques, par exemple. Et c'est ainsi que les mathématiques ont servi de modèle à la connaissance et que l'intellect a été placé au-dessus des autres facultés, "image de Dieu en l'homme", Dieu étant conçu comme un pur intellect, sans rien d'extérieur à lui.



Tout cela est sans doute juste, dans une certaine mesure. Il n'est pas possible de tout connaître, ni de connaître les choses avec certitude. Seules les choses qui n'existent pas - les triangles, les droites, les nombres, Dieu... - donnent paradoxalement lieu à des connaissances certaines.

Mais il y a une exception : l'expérience elle-même. L'expérience, et non pas le contenu de l'expérience. Le clavier sur lequel j'écris, l'image de ce clavier, son souvenir, son concept, son absence même, sont des contenus de l'expérience que je puis pointer du doigt de l'attention. Ils vont et viennent. Ils varient. Leur connaissance est donc par nature limitée et changeante. La connaissance de cette illusion est une illusion de connaissance, comme dit Platon dans le Cratyle. Mais la connaissance elle-même, l'expérience elle-même, ne change pas. Si elle changeait, alors nous ne pourrions avoir conscience du changement du contenu de la connaissance.

Or cette expérience, cette connaissance, cette conscience, est comme la lumière par laquelle toute chose vient à être connue, expérimentée. Elle ne peut être connue comme l'une de ces choses - sans quoi elle cesserait d'être ce qu'elle est : lumière consciente. Mais elle se connait elle-même par elle-même, sans dépendre pour cela d'aucune chose, tout comme une lampe s'éclaire elle-même, sans dépendre de la lumière d'une autre lampe.

Si donc je fais ainsi l'expérience intime de l'expérience, si je connais la connaissance, alors en un sens je connais tout ce qu'il y a à connaître. L'expérience est la nature de tout ce dont on peut faire l'expérience. Or l'expérience est ma nature. Je suis donc la nature et le fond de tout ce qu'il est possible de connaître, d'expérimenter. Ainsi l'expérience pure, indépendante de tout contenu, est-elle sans limite, absolue. Si je reconnais cela, cette expérience unique est l'expérience de tout. La connaissance de la connaissance - pure et indépendante de tout contenu - est la connaissance de tous les contenus possibles. Cette connaissance pure est donc la connaissance absolue.

Le fond de conscience que je suis, naturellement, est expérience sans bornes, sans mesure. La reconnaître directement est "la connaissance d'une seule chose qui est la connaissance de toutes choses".

Shambhounâtha, le maître d'Abhinavagupta, l'enseignait ainsi :

eko bhāvaḥ sarvasvabhāvaḥ sarve bhāvā ekabhāvasvabhāvāḥ /
eko bhāvastattvato yena dṛṣṭaḥ sarve bhāvāstattvatastena dṛṣṭāḥ //
 
"Une chose a la nature de toutes choses.
Toutes choses ont la nature d'une seule.
Voir réellement une chose,
C'est voir réellement toutes choses".

Ailleurs, on entend de même :

"Même une partie de l'Immense (enveloppe) toutes les formes.
On ne peut le dépasser ni le scinder."

"En une seule catégorie (du réel), il y a les trente-six (autres)".

"Tout est en tout".

"Tout est fait de tout".

"Chaque chose est faite de toutes les choses".

"Ce qui est en une chose est partout. Ce qui n'est pas en une chose n'est nulle part".

mercredi 16 mai 2012

La tour des miracles du Bouddha-Soleil

J'avais écrit un billet sur la version bouddhiste du "tout est dans tout" développée dans l'Avatamsaka Sûtra. Or Patrick Carré est en train de traduire le cœur de ce texte-océan - le Ghana Vyûha. Il nous offre sur son blogue le cœur de ce cœur, le moment où le jeune Soudhâna entre dans la tour des miracles de Vairocana. Voir aussi cet exposé clair et succinct des idées de l'école chinoise inspirée par ces textes.


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