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jeudi 29 novembre 2012

Et la politique, l'éthique, le social ?

Je pars bientôt en Inde.
Le bon moment pour revoir ces excellent documentaires sur Kabir et ses avatars multiples : travailleurs sociaux, intellectuels progressistes, marxistes, gourous, intégristes, hindous, musulmans, chanteurs, paysans, vieillards, féministes... à chacun son Kabir !

Quatre documents passionnants.

Le premier va à la découverte de deux Kabirs : celui de gauche et celui de droite. L'activiste interrogé au début dit cette chose intéressante : "Si un gourou voit un enfant se faire battre par un sâdhu (un religieux), il va organiser un satsang pour les sermonner pendant deux heures. Mais ça, c'est le jeu de l'intellect (buddhi-vilâsa), ce n'est pas ce qu'aurait fait Kabir...". C'est une remarque intéressante. En général, les gens disent "tout est concept", "tout est construit", mais sans jamais aller du côté des conséquence éthiques, politiques et sociales de cette idée. Ils l'emploient seulement comme un joker pour se dédouaner de toute responsabilité morale, se dégager de toute prise de position embarrassante, de toute remise en question de leurs opinions politiques. C'est moins le cas du côté des bouddhistes (décidément !), avec un "bouddhisme engagé" bien vivant, surtout dans les pays anglo-saxons. Si la spiritualité n'est que l'affaire de "mon bonheur", à quoi bon ? Peut-on être heureux seul ?


Deuxième documentaire, avec un voyage au Pakistan chez les chanteurs soufis :



Troisième film, sur les intégristes qui veulent récupérer Kabir :



Quatrième film, sur la musique inspirée par Kabir et surtout Kumar Gandharva, père de Mukul Shivputra :



Ce sont les meilleurs films que je connaisse sur la "spiritualité indienne". Ils valent leur pesant de chappatis, je vous le dis ! Sans comparaison avec les prêchi-prêcha sirupeux qu'on nous sert régulièrement sur l'Inde "éternelle" et ses yogis volants.


vendredi 8 juillet 2011

Sidération




Je suis submergé par l'émerveillement
Engendré par la saveur du nectar de la conscience,
Conscience sans point de référence,
Surgie du fond immaculé
Qui n'obéit qu'a son propre élan.

Aujourd’hui, quelle chance !
Je suis ébahi par l'épanouissement (du soleil)
Des instructions orales sur la pratique indicible
Que j'ai reçue du centre de ce lotus
Qu'est le visage du vrai maître.

Nâga (c. 1025-1075), Trente stances sur le bonheur de l'esprit (Cittasamtosatrimsikâ, 29)


Bonne vacance !

samedi 27 novembre 2010

Sans traces

Genre de perroquet, paroksa, en état de yoga, yogabhrashta, posture non mentale, amanaska, bien au-delà de l'imaginaire, kalpana, des bourgeois, purika, dégénérés, hopla (selon la tradition du yoga cachemoirien, s'entend)


"Le parfum[1] (de la dualité) est anéanti

(Et) l'état de Bouddha est atteint pour toujours

Grâce à la conscience non duelle,

Parce qu'elle n'a, par sa nature même, qu'une seule forme. 49b-50a[2]

(Si) la (conscience) non duelle ne s'éveille pas,

C'est qu'elle est imprégnée de la mauvaise odeur (de la dualité),

Par les différentes manifestations de ses océans multiples[3],

A cause de la prolifération des points de vue. 50b-51a

Cette conscience non duelle, la meilleure des connaissances,

Est sans origine, sans milieu ni fin,

Sans les phases de création et de perfection[4],

Sans esprit ni conscience[5]. 51b-52a

Ce que l'on nomme

"(Conscience) non duelle d'un Bouddha"

Est révélé par le vénérable Bhadra.

Parce qu'il a cette conscience d'un Bouddha,

Le meilleur des adeptes devient un Bouddha. 52b-53a

Un Bouddha est imaginé

(Comme conscience) non duelle

A travers les paroles de l'enseignement.

(Mais) en réalité absolue,

Il n'y a ni Bouddha ni (conscience) non duelle. 53b-54a

Quand la vraie connaissance surgit,

Les défauts imaginés sont vu pour ce qu'ils sont[6]. 54b

On atteint (alors) de fait

L'invisibilité[7] - l'absence de concept en toute chose[8].55a

Par la bonté des paroles Bhadra,

Et en les écoutant encore et encore,

J'ai compris la (conscience) non duelle :

Que les yogins soient (donc) patients avec moi ![9] 55b-56a

Les sages doivent s'efforcer

D'anéantir toutes les traces inconscientes[10]. 56b

Autrement, ils n'atteindront jamais

L'état de Bouddha,

Même en des milliards d'âges cosmiques.

Les traces inconscientes

Sont anéanties

Par (l'unique) refuge :

La conscience non duelle. 57

En effet, celui en qui

Cette destruction des traces inconscientes

Est accomplie

Est un Bouddha doué de (conscience) non duelle.

L'homme qui n'est pas affranchi

Des traces inconscientes

Est le plus misérable des hommes. 58

Mais pour celui que

L'on nomme "éveillé",

Il n'y a aucune partialité.

Parce que sa nature - vraie nature -

Est d'être sans nature propre,

Il demeure comme il se doit

Dans la demeure de la sagesse[11]. 59

(...)[12]

...Parce que ces deux (facettes de l'Éveil) sont enracinées

En une seule et même (source)

En vertu du fait que toutes les formes

(Assumées par la conscience non duelle)

Ont la même saveur.

Cette (conscience) non duelle suprême

Est enseignée par le vénérable Bhadra.

Félicité ultime,

Elle n'est pas une fable, ni une culture,

Ni une méditation.

Habilement révélée par Bhadra,

C'est la cause de l'obtention

De l'état de Bouddha. 60-61

De plus, il n'y a aucune limite

A la métaphore (qui compare la conscience) avec chacun des phénomènes[13].

La conscience (non duelle)

Ne peut être illustrée par aucun phénomène,

Que ce soit par l'œil et autres (facultés sensibles)

Ou par l'organe mental. 62

Elle est absolument unique,

Sans origine,

(Et pourtant présente) à travers les formes,

Sans fin.

Suprême, elle est connue

Par une seule chose :

La bonté des paroles du maître. 63

Le yoga, c'est la pure conscience[14] (durant une séance de méditation).

Le yoga qui s'ensuit, c'est l'apparence[15] (des choses innombrables après une séance de méditation).

(Mais s'il réalise) la conscience non duelle

- Le yoga parfait -[16] ,

(Alors) le yogin atteint l'état de Bouddha. 64

Une fois le soleil et la lune domptés[17],

Quand (l'esprit) est complètement dissous

Dans la conscience non duelle

Au moyen du symbole indestructible de la sagesse,

On est un Bouddha ici-même, en cette vie. 65

Ce yoga de la félicité au sens absolu

Est sans sujet no objet.

Il est sans conteste

La forme achevée,

La compassion non duelle,

La meilleure des compassions. 66"

Kuddāla[18], Instructions sur la méthode de la (conscience) non duelle inconcevable (Acintya-advaya- [jñāna]-krama-upadeśa), (l'édition dont je dispose comprend 124 stances).



[1] vāsanā : terme important du bouddhisme. C'est le parfum laissé par le contact prolongé avec une chose. Synonyme de conditionnement, d'habitude, compris comme désir. Proche de la notion de "prédisposition inconsciente" (saṃskāra). Ces sont ces traces, ces impressions qui expliquent la persistance, voire la résistance, de l'esprit à l'enseignement de la non dualité.

[2] A partir de là, le fait que les phrases semblent décalées suggère qu'un vers manque.

[3] Redondance délibérée.

[4] Les deux étapes du yoga des yoginīs tantras. Ce sont respectivement, un yoga de l'imagination, et un yoga sexuel, axés sur un paradigme visuel, puis tactile.

[5] Proposition étrange : que la conscience-connaissance non duelle soit sans esprit, sans doute. Car l'esprit (citta) est définit par la dualité. Mais sans conscience en acte (caitanya) ? Peut être faut-il lire cetanam, intention, conscience constructrice, utilitaire et mondaine, caractérisée par la tension du manque (ābhoga).

[6] Litt : "il y a éloignement de la souillure de l'imaginé".

[7] Ou le mystère, la subtilité (parokṣatām).

[8] "En tous les états (de conscience)".

[9] Évidemment, c'est de l'ironie...

[10] Toujours vāsanā : impression inconsciente, trace, inclination, tendance.

[11] prajñā : la connaissance qui comprend l'absence de "soi" dans les choses et les êtres.

[12] Je crois qu'il manque encore un vers ici, qui devait parler des "moyens habiles". Car plus haut la proposition "il n'y a pour lui aucune partialité" disait littéralement, "il n'y a pas deux ailes". En plus, on lit juste après plus bas "de ces deux". On suppose qu'il s'agit des deux "ailes" mentionnées plus haut, c'est-à-dire la sagesse et les moyens habiles.

[13] Les vertiges de l'analogie, de la comparaison (upamā) sont illimités. La conscience non duelle peut être comparée à n'importe quoi. On pourrait comparer ce point avec ce qu'en dit le pseudo-Denys dans les Noms divins.

[14] L'auteur emploie encore un terme du Sāṃkhya : puruṣa.

[15] saṃvṛtti : "l'enveloppement". Le yoga est "vérité ultime" (paramārtha-satya); l'anuyoga est "vérité relative" (saṃvṛtti-satya); le mahāyoga est non dualité des deux vérités. Le couple formé par les deux premiers plans, indispensables selon la pédagogie mādhyamika, correspond, selon l'école d'Aryadeva, respectivement au yoga de la "perfection (dans la réalisation de la vacuité sans concept)" et au yoga de la "production (imaginaire du maṇḍala de la divinité)". Durant la pratique d'une séance typique du yoginītantra, le yogin contemple la vacuité (sous la "forme" sans forme de l'espace); puis il visualise le maṇḍala, etc. qui en émerge ; puis il dissout progressivement cette image dans l'espace vide (mais conscient) ; enfin, parfois, il re-visualise, en un ultime flash, le maṇḍala. Ce yoga est ainsi un aller-retour répété entre les deux plans, afin de réaliser, dans l'union achevée (yoga, yuganaddha), l'identité du vide et de la forme, du saṃsāra et du nirvāṇa.

[16] Mention peu connue, dans un texte indien, d'une triade qui deviendra célèbre dans l'école Nyingma du bouddhisme tibétain : yoga, anu-yoga et mahā-yoga. Selon Kuddāla, le yoga correspond à l'état de l'esprit durant une séance de méditation ; anuyoga est l'état de l'esprit une fois que l'on est retourné à la vie ordinaire. Et le yoga "parfait" (mahā), intégral, est l'état qui englobe les deux précédents, l'état en lequel il n'y a plus de dualité entre méditation et vie quotidienne.

[17] Symboles des couples de contraires (dvandva) qui animent le devenir. Ce sont notamment les souffles inspirés et expirés.

[18] Litt. "balayette", "millet", autre nom de la ville de Mangalore au Karṇātaka, nom du Bouddha dans l'une de ses vies antérieures. Désigne ici un mahāsiddha.

mercredi 24 novembre 2010

La transparence parfaite

Suite de l'enseignement du paysan bouddhiste Kuddâla :

"Mais cette extraordinaire

Conscience non duelle

N'est pas non plus une expérience neutre ![1]

Immaculée,

Sans nul baratin[2],

On dirait l'espace. 27

Affranchie de la cage des concepts

La (conscience) non duelle, inconcevable, est suprême.

Grâce au procédé alchimique de la (conscience) non duelle

Les (substances ordinaires) faites de bois, de pierre et de boue 28

Deviennent le visage de la divinité.

C'est elle que donne à voir le vénérable Bhadra.

Comme elle est une,

Tous les aspects (de la déité) ont (en elle) la même saveur,

Celle de la parfaite compassion

Qui (unit) la sagesse et les moyens (habiles).29

Oui, c'est bien dans cette (vision) qu'est réalisée

La conscience non duelle,

Le parfait bien être,

Au-delà des noms et des formes,

Dépourvue de parfum, de contact et autres (perceptions). 30

La conscience non duelle est la substance de toutes choses[3].

Limpide, elle est ce qu'il y a de plus excellent.

Délivré de tous les concepts,

Il n'y a pas en elle de sujet ni d'objet.[4] 31

État naturel d'une transparence parfaite,

La (conscience) non duelle est l'ultime retraite.

Sans production ni destruction,

Elle est la base[5] indestructible. 32

C'est elle, la mahāmudrā absolue,

La connaissance non duelle, la meilleure des connaissances.

On dit qu'elle est le cœur[6], le fondement[7]

Des qualités comme des défauts. 33

En cette conscience qui pénètre tout,

Naturellement (pareille à) une mer calme,

La connaissance naît spontanément.

Il n'y a rien à cultiver. 34

Parce qu'elle est inconcevable,

Elle est le domaine non duel des Éveillés[8],

Des plus limpides, parfaite transparence,

Sans qu'il n'y ait en elle la moindre chose à cultiver

Ni personne pour la cultiver. 35

Tout voir sans concept :

Telle est bien la sublime

Vision du bonheur[9].

Corps de Vajrasattva et des autres,

Elle est l'essence de la multitude des divinités. 36

Elle est l'archétype des Éveillés[10]

Et de tous les maṇḍalas des yoginīs,

De tous les Rois de courroux

Comme des reines de science. 37

En vérité, elle est bien la roue du maṇḍala divin,

Forme de lumière sans défauts, cime des sūtras,

Douée de la conduite juste comme de la sagesse[11] des perfections. 38

Elle est la règle du cœur[12],

L' (essence des) formules magiques des divinités féminines et masculines,

Tout comme l'essence des pouvoirs surnaturels[13].

En vérité, elle incarne la totalité de l'enseignement des tantras :

Aussi bien est-elle le maṇḍala et le rituel d'offrande au feu ! 39

Se révélant pas à pas,

Elle se manifeste comme

Rituel d'adoration et de récitation,

Puis comme doctrine śivaïte, solaire[14], jaïn et vaiṣṇava[15]. 40

Elle se révèle comme parole de référence

(Sous la forme du) Véda, puis,

Finalement, comme union avec le domaine des Omniscients,

Cette (conscience) inconcevable et sans concepts. 41

On la nomme "excellente à tous égards",

Car la (conscience) non duelle est pareille

A une pierre philosophale (qui exauce tous les souhaits).

C'est par elle et elle seulement

(Que tous les yogins) réalisent

Les pouvoirs divins.

Elle est le collyre magique[16],

Elle est tout cela :

Magie des dryades[17], pilule magique[18], bâton de pouvoir[19] et caverne d'Ali Baba[20].

Tout est réalisé spontanément

Par la foi sans concept. 42-43

L'adepte des mantras

Ne doit pas cultiver quoi que ce soit.

Il ne doit pas même cultiver l'état naturel.

Que voit-il ?

Ni Éveillé, ni Śiva, ni Vainqueur[21]. 44

Il ne perçoit rien, en vérité,

Ni forme, ni rien de coloré,

Ni corps divin naturellement immaculé

Doué d'une forme magique,

Ni forme de claire lumière naturelle

Qui (serait) la manifestation du bonheur

De l'éternelle félicité.

(Bien plutôt), il voit, (comme en) un miroir, un tour de magie,

Sans corps, sans parole ni esprit.

C'est la forme (même) du bonheur, ultime félicité,

Parfait bien être toujours épanoui :

Voilà ce que l'on peut dire des noms et des formes

Au moyen d'une instruction verbale. 45-47

Autrement, nul ne peut dire

Ce qui dépasse les chemins de la parole.

Le but (tant) désiré ne peut être atteint

Par une doctrine qui fait de l'action le but.[22] 48

Au contraire, le vénérable Bhadra

Dévoile la vanité du rituel d'adoration..."[23]

Kuddāla[24], Instructions sur la méthode de la (conscience) non duelle inconcevable (Acintya-advaya- [jñāna]-krama-upadeśa), 1-8 (l'édition dont je dispose comprend 124 stances).


[1] "neutre" : madhyamā, médiocre, qui laisse indifférent; aussi "commune", "partagée". Peut-être une allusion à un certain Madhyamaka.

[2] Niṣprapañca : sans verbiage, sans baratin, sans mensonges, sans boniment. Prapañca désigne aussi la prolifération des plantes, lianes, racines et autres végétaux.

[3] dharma-dhātu : cette traduction peut sembler extravagante pour les Tibétains, mais dhātu a bien le sens de "matière première", "élément", "substance", "matériau", "étoffe".

[4] grāhya-grāhaka : "ce qui prend et ce qui est pris", ou "ce qui croit et ce à quoi il croit". Derrière cette expression, il y a l'idée que le sujet est conditionné par l'objet autant qu'il le conditionne. J'écris dans le même acte par lequel je suis écris sur le livre sans substance de l'esprit (citta). En attachant tel concept à mon identité, je m'attache à ce concept. "Tel est pris qui croyait prendre". On place une orange dans une boîte pourvue d'un trou juste assez large pour laisser passer la main d'un petit singe. Le singe désire l'orange. Mais son emprise est cela même qui le fait prisonnier de la boite. Il peut retirer la main, mais pas la main avec l'orange.

[5] ālaya : la base. Avec le fond (bhitti) cette notion se retrouve dans tous les non dualismes issus du terreau indien.

[6] citta : ici pris en son acception positive de cœur, d'essence.

[7] ādhāra : conjecture d'après texte corrompu.

[8] On peut comprendre, par ce jeu de mot (le texte en est littéralement tissé), que la conscience non duelle (advaya) est le domaine exclusif (advaya) des Éveillés.

[9] Ou bien : "la célèbre (mais pourtant) facile rencontre".

[10] bimba : elle est l'original dont les Eveillés sont autant de reflets (pratibimba) comme la lune dans les eaux.

[11] naya.

[12] Notion typiquement kaula. La règle, la directive (codana, samaya, ājñā) sont la boussole du disciple. Dans la perspective kaula, ce cœur qui tient lieu de guide est la conscience non duelle, naturelle. Au-delà du maître physique, on est invité à s'abandonner au maître "ultime", "naturel".

[13] Glose pour mantramudrāḥ tathā vidyāḥ : je suis ici l'interprétation kaula. Les mantras sont les dieux, les vidyās les déesses. Ils incarnent la connaissance. Les mudrās sont plutôt l'incarnation de l'action, de l'efficience du Cœur.

[14] saura : les adeptes du soleil. Secte tantrique disparue, mais dont l'existence est attestée.

[15] Adeptes de Viṣṇu.

[16] Qui permet de voir les trésors cachés sous terre. Pratique.

[17] Sortes de nymphes sylvestres.

[18] Pour l'immortalité, pour voler, etc. Mais peut contenir du mercure, "le sperme de Śiva". Marco Polo raconte que les yogins mourraient souvent de ces expérimentations, comme d'ailleurs le premier Empereur de Chine.

[19] Litt : "pied de lit", sceptre magique, utile pour diverses opérations.

[20] pātāla : "caverne" des enfers ou grotte ou les dragons (nāga) gardent leurs trésors; en fait, je ne comprend pas ce passage.

[21] Désigne ici les êtres libérés selon le jaïnisme.

[22] Traduction hautement conjecturale, en remplaçant tava līlayā par naiva prāpitam...

[23] Encore des conjectures. Tout ce passage me paraît difficile, mais peut-être la juste traduction paraîtra t-elle évidente à plus sagace : pūjā-rahasya-kālam.

[24] Litt. "faucille","balayette", "millet", autre nom de la ville de Mangalore au Karṇātaka, nom du Bouddha dans l'une de ses vies antérieures. Désigne ici un mahāsiddha.

lundi 1 novembre 2010

La conscience ordinaire : une méthode pas ordinaire




Seconde livraison du vénérable Kuddâla, ce paysan (?) pas comme les autres, avec une nouvelle mouture du début :



Instructions à propos d'une inconcevable méthode

Je m'incline devant l'omniprésente[1],

La (conscience[2]) non duelle[3], inconcevable[4],

Que seule peut enfanter[5]

La fine fleur de la sagesse[6].

A présent, je la mets par écrit convenablement,

Telle que je l'ai reçue du vénérable Bhadra[7]. 1


(Cette conscience ordinaire[8] est l'union de) la sagesse et de la méthode[9].

Elle est le plus grand des mystères[10],

Caractérisée par une inconcevable compassion.

C'est une connaissance qui se produit spontanément[11],

(Car) elle dépasse les chemins de la parole. 2


Cette excellence du non duel,

Qui naît spontanément[12],

N'est pas une chose[13].

Les bodhisattvas dotés du symbole du réel[14]

Ne la considèrent pas non plus

Comme étant une non-chose[15]. 3


On dit que (la conscience) non duelle

Est la vérité ultime[16]

Ni éternelle, ni interrompue[17].

Cet état naturel

N'est pas une réalisation

Ni une expérience[18]

Ni une vacuité[19]. 4


La conscience[20] non duelle

Devient évidente

Lorsqu'on examine les couples (de contraires)[21],

Car tout est un aspect de (cette conscience) non duelle.

La (conscience) duelle n'apparaît plus (quand on l'examine)[22]. 5


La conscience inconcevable,

Suprême, égale,

Qui offre toujours la même saveur,

Cette excellence du non duel,

Cela ne peut être réalisé

Au moyen d'une connaissance

Qui n'est qu'une construction mentale[23]. 6


Celui qui n'est pas à son aise[24]

Ne peut accéder

A l'inconcevable, au sans concept[25].

La conceptualisation[26], c'est la production (et donc le devenir douloureux).

Et symétriquement, le sans cause[27] est le sans production. 7


La connaissance que j'ai reçue du vénérable Bhadra

Ne se présente pas sous une forme duelle.

En elle, rien ne peut créer des habitudes,

Il n'y a personne pour s'habituer,

Elle est (donc) sans mémoire ni attente. 8[28]


Elle naît spontanément,

(Cette conscience) sans trouble,

Elle est bel est bien

Dépourvue de tout concept[29].

Elle est l'état naturel,

Ni chose, ni non chose,

Imprégnée d'un parfum non duel[30]. 9



Par ce qu'il est l'état naturel sans concept,

L'inconcevable ne cesse pas[31].

Ce joyau de l'esprit n'est souillé

Que par le filet des souillures imaginaires[32]. 10



On dit que la conscience non duelle

S'éveille en ôtant cette souillure.

Les yogins doivent (donc) constamment

Percevoir toute chose

Comme étant dépourvue de concept. 11


La voilà, la pratique de la méditation[33]

Enseignée par le vénérable Bhadra !

Cette (méditation) est, de par sa nature même,

Assurément sans production ni cessation. 12


Ce que l'on nomme "conscience non duelle"

Est dépourvu de toute intention[34].

Les Éveillés dotés du symbole du réel

La nomment "Celle en laquelle toutes les imaginations sont égales". 13


Elle est la mère

Du sens non conceptuel.[35]

Les sublimes détenteurs du symbole du réel

- le plus parfait bien être -

Ne forgent aucun concept

Sur l'extérieur ou sur l'intérieur[36]:

Leur regard est égal,

Ils prennent refuge en l'égal. 14



La connaissance se produit d'elle-même,

Affranchie du duel comme du non duel.

Il n'y a là aucune méditation d'une non chose,

Ni méditation sur une chose[37]. 15



La conscience, libre et à son aise,

Ne s'obtient pas.

Elle est une demeure inconcevable, non duelle.

Ce que conçoivent

Tous les êtres

Se déploie dans le sein de la sagesse. 16


Le plus parfait bien être

Peut être trouvé

Quand on le vise

Avec la flèche

De l'éveil à la compassion.

C'est le souverain bien,

Sans les couples d'opposés,

Délivré de toute crainte[38]. 17


Oui, il est bien dit

Que la (conscience) non duelle

Est pareille à l'espace[39],

Affranchie de l'imagination[40].

On doit reconnaître

Toute chose

Au moyen du domaine[41] inconcevable. 18

Voilà la méthode[42] enseignée

Par le vénérable Bhadra,

Et qu'il a lui-même reçue du vénérable Dharma.

D'elle émanent les formes du monde

Car sa nature est d'être (à la fois) une et changeante[43]. 19


Ces aspects de (la conscience) non duelle

Sont différenciés et révélés[44]

Par le sublime seigneur

Du parfait bien être.

(Mais les êtres) sont égarés par la théorie de l'expérience du vide,

(Autrement dit) par une théorie erronée, 20


(Car) personne ne peut s'éveiller

Au sublime bien être

Au moyen des liens inertes[45] de l'imagination.

Ou encore, d'autres sont purifiés par une méthode (séparée de) la sagesse,

Imagination qui les perd ![46] 21


La conscience non duelle,

Ce grand yoga,

Est absolument une,

Elle est le parfait bien être.

Toutes choses, vivantes ou inertes,

Confirment[47] (la conscience) non duelle. 22


Les choses sont parfaitement pures

Dans l'espace tranquille

Naturellement pur du début à la fin.

Mais, en vérité, cette (conscience) non duelle

N'est qu'un nom :

Elle n'existe pas, 23


En ce sens que (la conscience) non duelle

- Ce parfait bien être -,

Ne peut être défini comme sujet ou objet.

Elle n'est pas intellection, ni objet de l'intellect.

Par sa nature même, elle est inconcevable. 24


Eh, oui, cet état naturel dépasse complètement

La pensée[48], (car) il se produit spontanément !

Sur cette Terre, tous les êtres vivants

Sont étouffés par le filet des concepts. 25


Seule la conscience non duelle

Est dépourvue de toute concept,

Pour autant qu'en elle

La paire de l'éternel et de l'interrompu

N'existe pas. 26


Mais cette extraordinaire

Conscience non duelle

N'est pas non plus une expérience neutre ![49]

Immaculée,

Sans nul baratin[50],

On dirait l'espace. 27


Kuddāla[51], Instructions sur la méthode de la (conscience) non duelle inconcevable (Acintya-advaya- [jñāna]-krama-upadeśa), 1-8 (l'édition dont je dispose comprend 124 stances).


[1] Vibhu : terme d'origine théiste.

[2] jñāna : la connaissance, la gnose libératrice révélée dans les tantras. La connaissance propre à un Bouddha, et qui fait de lui un Bouddha. Ici, il s'agit plus précisément de l'acte de connaître, de la cognition. C'est un mode de conscience particulier, non duel, inconcevable, qui se produit spontanément. C'est l'état naturel de la conscience. Mais, sous l'effet (imaginaire) des constructions imaginaires, à cause d'une in-conscience sans commencement dans le temps, cette conscience semble devenir duelle, exclusive, se posant en s'opposant à tout ce qui n'est pas elle.

[3] Advaya : à ne pas confondre avec advaita, la non dualité dont parle, par exemple, le Vedanta. Ici, le non duel est une sorte de connaissance qui est l'état naturel de la conscience. Ce mode du connaître est non duel en ce sens qu'il ne pose pas d'objet en excluant d'autres objets. Il est sans croyance (agraha), sans adoption ni rejet, égal. Mais il n'est pas pour autant dépourvu de multiplicité. Cette conscience n'est pas une unité pure, massive (ghana), mais une unité dynamique, vivante, qui embrasse la variété des pensées et des apparences qui se succèdent instant après instant.

[4] Acintya : ce qui ne peut être pensé, médité. Également "ce dont il n'est pas nécessaire de se préoccuper (pour le réaliser)" puisque c'est l'état naturel (svabhāva).

[5] Glose de prajñā-agra-garbha-sam[yag]bhūtam.

[6] Prajña-agra : il y a, dans le bouddhisme du Grand Véhicule, plusieurs genres de "sagesses" ou d'intelligence. Cette "fine fleur de la sagesse" est l'intelligence intuitive engendrée par l'intelligence discursive guidée par les instructions du Bouddha.

[7] Bhadrapāda : son nom désigne l'un des mois du calendrier indien (15 août-15 septembre). C'est l'un des 84 "grands accomplis" (mahāsiddha) de la liste d'Abhayadatta. Disciple du prestidigitateur Kāṇha (c. 812-850). Peut-être aussi commentateur du Chakrasaṃvara Tantra, texte que l'on peut presque entièrement sans s'apercevoir qu'il est bouddhiste.

[8] prākṛta-jñāna.

[9] Expression-clef d'un certain bouddhisme tantrique, synonyme du but de la voie des anuttara-yoga-tantra. Dans ce cas, désigne l'union achevée du dharmakāya et des corps formels, de l'accumulation de mérite et de sagesse, etc. Mais il y a peut-être aussi, ici, un jeu de mots : "la méthode qui (dans le contexte de la mahāmudrā, n'est autre que) la sagesse (sans concept)". Normalement, la méthode est une chose, la méthode en est une autre. Par exemple, si vous méditez sur le calme mental (śamatha), c'est une méthode qui ne suffit pas à elle seule pour attendre le parfait éveil (abhisaṃbodhi). Il faut encore employer cette méthode pour cultiver la sagesse, c'est-à-dire analyser discursivement l'absence de nature propre dans les pensées et dans les apparences. C'est vipaśyanā, la "vision profonde". Dans ce cas, on compare la sagesse à une bougie et la méthode à l'absence de vent qui viendrait faire vaciller la flamme. L'immobilité de cette flamme n'est pas un but en soi. Elle permet ensuite de voir, par exemple voir telle fresque plongée dans l'obscurité. Deux éléments sont donc nécessaires, comme les deux ailes qui doivent agir de conserve pour que l'oiseau puisse s'envoler. Mais ici, l'auteur à l'air de dire que la "fine fleur de la sagesse", "connaissance non duelle", est la seule méthode qui vaille. C'est bien le message central des textes de la mahāmudrā : la sagesse non duelle est elle-même la méthode, et cette méthode est la meilleure sagesse. Il n'y a donc pas à combiner deux facteurs. Voilà pourquoi cette pratique (krama) est non duelle. Cette idée révolutionnaire se retrouvera ensuite dans le rdzog chen. Il n'est pas nécessaire de calmer l'esprit pour ensuite voir le réel. L'état naturel de la conscience est déjà, en lui-même, vision du réel.

[10] Autre jeu de mots possible : "c'est ce qu'il y a de plus évident" (maha-a-guhya). Abhinavagupta fait cette double interprétation à propos d'une stance d'un tantra śivaïte. Je pense aussi à cette stance célèbre de la tradition Shangpa (?), "Si proche que vous ne pouvez le voir, si prodond que vous ne pouvez le sonder, si simple que vous ne pouvez le croire..." (la fin m'échappe).

[11] Qui se produit elle-même par elle-même, qui n'est pas le fruit d'une cause, même si, plus haut, l'auteur a affirmé, métaphoriquement, que cette connaissance naît de la sagesse sans concept. Mais vu que cette connaissance est elle-même sans concept, c'est juste une manière de dire que la sagesse analytique ne vaut pas grand chose tant qu'elle ne débouche pas sur la sagesse immédiate, sans pensée.

[12] Svayaṃbhū. Expression théiste, qui dès le bouddhisme indien qualifie Brahmā.

[13] Bhāvarūpa : un phénomène, un étant, une chose, un donné, une réalité positive.

[14] Glose de vajra.

[15] L'auteur veut simplement dire que l'inconcevable... est inconcevable. Cette connaissance n'est pas dis-cursive (vikalpa), di-chotomique : elle ne naît pas d'une exclusion (apoha), elle embrasse et imprègne (vyāpī) tout comme l'espace. On pourrait aussi dire qu'elle n'est ni une expérience (puisqu'aucun objet n'est appréhendé par elle) ni autre chose qu'une expérience (puisque c'est une connaissance). Autrement dit, c'est une conscience sans objet, non réifiante, sans saisie, sans croyance. J'aimerais qu'on m'explique la différence entre cette conscience non duelle et la conscience non objective dont parlent les divers nondualismes non bouddhiques...

[16] Aussi : le sens, le but, la valeur, la fin ultime.

[17] Expression typique du bouddhisme le plus ancien : l'identité des personnes ou des choses n'est ni une substance permanente, ni une entité qui disparaîtrait - à la faveur d'une destruction ou de la mort - irrévocablement. Une métaphore claire de cette conception fluide de l'identité est celle de la flamme transmise d'une bougie à une autre : est-ce la même flamme, ou une flamme différente ?

[18] Upalambha : une acquisition empirique.

[19] Il me semble que, en excluant ces deux derniers termes, l'auteur veut dire que l'état naturel n'est ni le résultat d'une observation empirique, ni le résultat d'une abstraction (la vacuité). Il n'est connu ni par les cinq sens, ni par l'organe mental.

[20] Tib. : ye nas shes pas "connaissance/conscience originelle". Synonyme de bodha, samvid. A noter que bodha est rendu tantôt par "éveil", tantôt par "conscience". C'est l'acte de comprendre consciemment, de s'éveiller à une vérité.

[21] Comme chose et non chose, être et non être, éternel et interrompu, etc.

[22] De même que l'arc-en-ciel disparaît (comme arc-en-ciel) si on l'examine de plus près. C'est le but de la vision/ inspection profonde (vipaśyanā).

[23] Autre lecture : "qui n'est qu'une construction imaginaire", kalpanā-kalpa-yogena.

[24] Sukha-varjita : "qui est sans bien être", ou "qui n'est pas bien centré", qui est dans les artifices. Conne avec sahaja, à la fois "inné" et "facile, aisé, naturel". Peut-être aussi une allusion au yoga sexuel.

[25] Vikalpa : traduit ici par concept. Mais le sens de ce terme est plus large. Désigne l'activité consctructrive de concepts, de traits généraux ou d'images par exclusion (apoha) d'un opposé (pratiyogī). Cette connaissance projette donc une dualité (dvaya-kṣepī), elle forge des couples de contraires, d'opposés inconciliables (dvandva), comme la dualité et la non dualité, la vache et la non vache, etc. La coscience nirvikalpa "sans concept" est sans artifice, spontanée, naturelle, ordinaire - mais aussi extraordinaire (adbhūta) ! - sans activité constructice, sans intentions, ni résolutions. Notons bien que vikalpa englobe à la fois l'abstraction et l'imagination. Les vikalpa, ce sont donc les idées générales, les concepts, mais aussi les images et les émotions. Le danger de traduire vikalpa par "concept" est que cela laisse croire que seuls les concepts abstraits sont les causes de la souffrance, et que le sentiment, le ressenti, "l'intelligence du cœur", l'émotion, seraient la voie royale vers l'Eveil. Mais cela n'est pas si simple : les "intuitions" sont souvent des constructions mentales factices, mais devenues si habituelles qu'on les prend pour des éclairs, des révélations de l'état naturel. Or, l'expérience désavoue régulièrement le caractère naturel de ces illuminations. En paraphrasant Spinoza, on pourrait dire que "l'intuition n'est le plus souvent que l'ignorance des vraies causes qui nous déterminent".

[26] L'imagination, l'activité mentale constructrice de couples de contraires. A la fois abstraite (concept) et concret (image). Difficile de trouver un terme qui désigne ces deux aspects.

[27] La non production de pensées, de concepts, de souvenirs. En fait, il ne s'agit pas de les stopper (ce qui serait contreproductif), mais de ne pas penser à ces pensées, de ne pas y croire, de ne pas les saisir. Alors le mental (citta) devient non mental (acitta). C'est le yoga de la non demeure, ou du nomadisme de l'instant (asthāna-yoga), thème central du Vajracchedikāsūtra, puis des textes sur la mahāmudrā.

[28] Glose pour traduire deux composés : vāsya-vāsaka-varjitam vāsanā-rahitam. Vāsanā est le "parfum" laissé par les actes dualistes, c'est donc la mémoire mécanique en tant qu'elle suscite une attente, un espoir ou une crainte de l'avenir. Bref, c'est un terme très riche.

[29] De toute alternative, de tout dilemme déchirant.

[30] Jeu de mots qui reprend des termes négatifs - vāsanā et bandhana - mais dans un sens positif, celui de la "prison non duelle".

[31] "N'est pas coupé".

[32] Ou : "que sont les imaginations", les constructions mentales.

[33] samādhi.

[34] Saṃkalpa, contrepartie de vikalpa. Traductions possible : résolution/ doute; synthèse/ analyse ; abstraction/ conception.

[35] Non construit, naturel, spontanément apparent.

[36] "le psychique", "le relatif à soi-même" (adhyātmika).

[37] Ou bien "on ne médite pas un état", une expérience, un phénomène, un sentiment particulier.

[38] "de tous les doutes".

[39] khasamam.

[40] Kalpanā.

[41] pada : aussi "marche", et donc méthode. Peut-être un écho de krama, la démarche, la méthode.

[42] Krama, la méthode.

[43] eka-lolī : à la fois immuable et en balancement.

[44] bedha : différenciation, mais aussi révélation d'un secret.

[45] "Liens inertes" : dépourvus de conscience, incapables de faire connaître le réel, dépourvus d'efficience. Car l'imagination ne fait pas connaître la réalité. Elle forge des constructions imaginaires dépourvues de toute efficience, comme "le fils d'une femme stérile". En plus, ce sont des liens, même s'ils sont vertueux, tout comme une chaîne d'or lie autant qu'une chaîne de fer.

[46] duṣ-kalpa-kalpanā : "imagination qui est mauvaise construction".

[47] Vyavasthitāḥ : elles l'expriment, le manifestent, le prouvent.

[48] Cintā : la pensée utilitaire, soucieuse d'efficacité, tendue vers un résultat. La pensée désirante, mue par le manque.

[49] "neutre" : madhyamā, médiocre, qui laisse indifférent; aussi "commune", "partagée". Peut-être une allusion à un certain Madhyamaka.

[50] Niṣprapañca : sans verbiage, sans baratin, sans mensonges, sans boniment. Prapañca désigne aussi la prolifération des plantes, lianes, racines et autres végétaux.

[51] Litt. "balayette", "millet", autre nom de la ville de Mangalore au Karṇātaka, nom du Bouddha dans l'une de ses vies antérieures. Désigne ici un mahāsiddha.

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