Bienvenue dans les pâturages de la Vache cosmique. Philosophie et mystique, voie de la connaissance et de l'amour. Philo-sophia, amour de la sagesse, désir de vérité, expérience et réflexion. Yoga ou union du cœur et de la tête. La philosophie comme yoga, la philosophie comme pratique, éclairée et nourrie par la tradition du Tantra et autres sources que nous ont léguées nos ancêtres. Cours Tantra traditionnel.
mardi 16 juillet 2013
L'illusion que je suis ?
jeudi 22 novembre 2012
En quel sens le bouddhisme est-il matérialiste ?
dimanche 18 novembre 2012
Faut-il croire aux vies antérieures pour être guéri des vies futures ?
En effet, le Bouddha croit à une après-vie, à un au-delà, hypothèse nécessaire pour que les fruits des actes de cette vie murissent. C'est le karma. Pourquoi les actes doivent-ils murir ? Pourquoi ne disparaîtraient-ils pas dans la mort, cette dés-agrégation des cinq agrégats ? Pour sauver la morale ! En effet, le Bouddha montre que si l'on croit que la mort interrompt le murissement des conséquences des actes (c'est le "nihilisme", version bouddhique), ou bien si l'on pose que le moi n'est pas affecté par ce murissement parce qu'il est immuable (c'est "l'éternalisme"), alors il n'y a plus de morale. Et sans morale, plus de chemin vers la guérison, vers le bien-être vécut en cette vie.
Car, même si demain l'on prouvait que la conscience survit à la mort, cela ne changerait rien aux thèses de Dennett. En effet, son grand point n'est point l'interruption de la conscience par la mort, mais plutôt la nature illusoire du moi conscient. Je suis à peu près certain que Dennett conserverait les mêmes positions darwiniennes : le plus peut venir du moins, le conscient de l'inerte, l'ordre du chaos. Cette expérience de pensée (à savoir, si l'on établissait un jour l'existence d'un au-delà) permet d'entrevoir ce qui fait la force du bouddhisme : la thérapie qu'il propose ne repose pas sur des hypothèses métaphysiques - des dogmes, si l'on veut. En tous les cas, le dharma ne dépend pas de ces suppositions-là. Si la réincarnation était confirmée, la théorie du moi-illusion resterait valide. Si la réincarnation n'est pas confirmée, la théorie du moi-illusion resterait valide... En revanche, si la théorie du moi-illusion était réfutée, l'hypothèse de la réincarnation ne perdrait-elle pas tout son intérêt ? "Voir la vacuité est le grand point, qu'importe l'autorité ? Qu'importe le philosophe, pourvu qu'on ait la sagesse ?".
artisans ordinaires : dompteurs d’éléphants, dompteurs de chevaux, charretiers,
archers, porte-drapeaux, maréchaux de camp, officiers d’intendance,
grands officiers royaux, commandos, héros militaires, guerriers en armure,
guerriers cuirassés, esclaves domestiques, pâtissiers, barbiers, serviteurs
des bains, cuisiniers, tisserands, vanniers, potiers, calculateurs, comptables,
et tous autres artisans du même genre. Ils gagnent leur vie grâce aux fruits
de leurs métiers, visibles dans l’ici-et-maintenant. Ils apportent bonheur et
plaisir à eux-mêmes, à leurs parents, épouses, et enfants, à leurs amis et
collègues. Ils mettent en place une excellente présentation d’offrandes aux
prêtres et contemplatifs, qui mène au ciel, qui résulte en bonheur, qui entraîne
une renaissance céleste. Est-il possible, seigneur, de faire voir un pareil
fruit de la vie contemplative, visible dans l’ici-et-maintenant ?""
Le Bouddha répondait en énonçant les fruits de la vie bouddhiste vécus dès ici-bas. Avec, entre autres, ceux de la méditation, d'une vie simple et libre. Même s'il n'y a pas d'au-delà, le dharma a un sens et une valeur thérapeutique. Pourquoi ? Parce qu'il délivre dès cette vie de l'illusion du moi. Or, Dennett va dans ce sens.
vendredi 16 novembre 2012
L'illusion du moi, version occidentale ?
jeudi 26 août 2010
Qui parle ?
Extrait d'un texte bouddhiste, dialogue entre un roi non-humain et un jeune apprenti.
Les "sons" (ruta) désignent le langage et même la communication au sens le plus large, puisque cela englobe les cris des animaux. Or, le langage, c'est l'esprit, l'âme, la conscience, le moi, bref ce qui fait que nous sommes certains d'être des personnes réelles face à des choses tout aussi réelles. Mais qu'est-ce qui est réel ? Le corps (la matière) ? Ou faut-il admettre une âme, une conscience qui viendrait animer la matière. Qui parle ? La matière, l'esprit, une combinaison des deux ?
Le roi des Kinnaras (mi-hommes, mi-bêtes) répond par une image : l'espace. Le monde de la conscience, de l'esprit, ne vient ni de l'esprit, ni de la matière, mais d'une interaction entre des éléments simples et aveugles, eux-mêmes engendrés par des éléments encore plus simples et tout aussi privés de conscience, et ainsi de suite à l'infini. Tout "émerge" donc à la manière d'une illusion. Personne ne parle de rien, en dépit des apparences et du ressenti.
On peu rapprocher cette doctrine de celle de Daniel Dennett, un philosophe contemporain inspiré par Darwin. Selon lui, la conscience nait de l'interaction de nombreux éléments simples. "Nous avons une âme, mais elle est faite de petits robots aveugles". Ces petits robots, le bouddhisme les appelle des saṃskāra, des "complexes". La conscience et tout ce qui est animé par elle ne sont que des faux-semblants, des simulacres. Mais la prise de conscience de cette réalité débouche sur un émerveillement et une libération.
Le sūtra demandé par le roi des Kinnaras
Ô roi des Kinnaras, d'où viennent les sons proférés par tous les êtres ?
-Ô fils de noble famille[1], les sons proférés par tous les êtres viennent de l'espace.
Ô roi des Kinnaras, ces sons ne viennent-ils pas plutôt de leur propre gorge ?
-Qu'en penses-tu, fils de noble famille, les sons proférés par les êtres viennent-ils de leur entrailles, ou bien de leur esprit ?
Ô roi des Kinnaras : ni du corps, ni de l'esprit ! Et pour quelle raison ? Parce que le corps est inerte, inactif (en lui-même), à l'image d'un brin d'herbe, d'un mur, d'une branche, d'une illusion d'optique. De même, l'esprit est invisible, comme un tour de magie, intangible, inconscient.
- Ô fils noble, une fois laissé de côté (les hypothèses du) corps et de l'esprit, d'où proviennent les sons (proférés par les êtres) ?
Ô roi, les expressions sonores de tous les êtres émergent de l'espace, lequel ne pense à rien (amanaskāra).
-Mais alors, ô fils, qu'en penses-tu ? Si l'espace n'existait pas, d'où viendraient les sons ?
Ô roi, aucun son ne peut se produire en dehors de l'espace.
-Ô fils, tu dois concevoir cela en ces termes : Toutes les expressions verbales se produisent dans l'espace. Car les sons ont l'espace pour nature, ils en émerge immédiatement et y retournent (comme des vagues dans l'océan). Et une fois qu'ils y sont retournés, ils sont l'espace lui-même.
Tous les phénomènes, qu'ils aient un nom ou pas, sont de la nature de l'espace. Cette identité parfaite avec l'espace ne souffre aucune exception. Car, ô fils, tous les phénomènes ne sont que des sons, sans conscience ni objet de conscience. Ils sont échangés sur la base de simples conventions. Et cet échange conventionnel n'est pas (vraiment) un échange conventionnel, car un échange fondé sur des conventions sonores n'atteint aucun phénomène (en sa réalité).
Extrait du Kinnararājaparipṛcchāsūtra, cité dans Caryamelāpakapradīpa, 3, 25b.