Bienvenue dans les pâturages de la Vache cosmique.
Philosophie et mystique, voie de la connaissance et de l'amour. Philo-sophia, amour de la sagesse, désir de vérité, expérience et réflexion. Yoga ou union du cœur et de la tête. La philosophie comme yoga, la philosophie comme pratique, éclairée et nourrie par la tradition du Tantra et autres sources que nous ont léguées nos ancêtres. Cours Tantra traditionnel.
Il est clair que la consommation de viande est moralement condamnable - parce qu'elle est cause de souffrance pour les animaux.
En buvant du lait et en consommant des produits laitiers, on pourrait croire que l'on en terrain moralement sûr. Mais le sort des vaches laitières est loin d'être enviable. Elles restent souvent debout jusqu'à ce que mort s'ensuive. De plus, elles sont souvent battues et brutalisées de diverses manières.
La question n'est pas ici de savoir ce qui est bon pour notre santé, mais ce qui est moralement bon.
Mais si l'on ne doit plus manger aucun produit animal ni aucun dérivé (c'est le véganisme), que manger ? L'argument ici étant que le véganisme est mauvais pour la santé. Mais, même si cela était le cas - et en effet un régime végan sain n'est peut-être pas chose impossible - ne faudrait-il pas faire le choix de ce qui est bon pour les autres ? Notre santé peut-elle servir de justification légitime à la souffrance de millions d'animaux ?
Ainsi, les bouddhistes et les gens qui se veulent altruistes ne devraient-ils pas s'abstenir de tout produit animal, ou du moins y réfléchir ?
Enfin, dans une perspective non-dualiste, comment justifier cette souffrance infligée à autrui, aux autres animaux ?
L'on pourrait certes répondre que l'autre étant moi, je ne fais pas vraiment de tord à autrui en le faisant souffrir. N'a-t-on pas le droit de se faire souffrir soi-même ? Tel est le genre d'argument que l'on entend souvent. Quand j'ai posé la question des camps de concentration à des maîtres du shivaïsme du Cachemire (en Inde), ils ont répondu qu'en réalité, il n'y avait là aucune souffrance moralement mauvaise - seulement un "jeu du je". Mais cet argument me semble peu convaincant, car se faire souffrir soi-même, c'est être fou, c'est souffrir de psychose - d'une scission entre soi et soi. Dans ce cas, la conscience est folle, psychotique, malade. Comment peut-on affirmer qu'elle est libre ? Ou alors, il s'agit de la liberté d'un enfant qui "fait ce qu'il veut" dans une chambre avec une arme chargée... Quoi qu'il en soit, n'a-t-on pas des devoirs, même envers soi-même ? A-t-on le droit de disposer de soi comme d'un objet pour le faire souffrir dans l'espoir d'en tirer quelque plaisir et une certaine gloriole ? De plus, il ne faut pas oublier qu'à cette souffrance causée par nos choix délibérés - ce mal moral donc - s'ajoute la souffrance causée par la nécessité de tuer pour se nourrir chez la plupart des animaux - un mal "naturel" en quelque sorte.
Donc, manger des animaux ou leurs produits dérivé est mal, et l'idée que nous sommes tous une même conscience qui se fait souffrir elle-même est problématique.
A propos de morale, voici un extrait d'un documentaire (sous-titré en français !) sur l'un des penseurs les plus marquants dans ce domaine, Peter Singer. Auteur de La libération animale, il est malheureusement inconnu en France :
P.S. : On pourrait objecter qu'il y (au moins !) une contradiction dans mon propos. A savoir, je dis d'abord qu'il ne faut pas exploiter les animaux même au risque de notre santé ; puisque j'affirme que nous avons de devoirs envers nous-mêmes, envers notre corps. Or, le devoir de préserver notre santé en fait partie, n'est-ce pas ?
On entend encore aujourd'hui des
gens cultivés proclamer que le bouddhisme est une quête égocentrée du bonheur, foncièrement indifférente au sort d'autrui.
Et ceci au contraire du christianisme qui enseigne que, sans la charité, rien ne vaut.
Or il n'en n'est rien. Depuis
longtemps, la Marche des héros vers l'éveil (Bodhicaryāvatāra)
de Śāntideva a été
traduite en français, plusieurs fois même. Le bouddhisme, en particulier celui
du "Grand véhicule" (mahāyāna) ne parle pas
seulement de charité (dayā),
de bienveillance (maitrī),
de compassion (karuṇā),
d'amour (prema) ou d'abnégation (kṣānti),
mais aussi et surtout de l'esprit d'éveil (bodhicitta), ou de "cœur
d'éveil" - en effet, le sanskrit citta désigne couramment le
"cœur" comme centre des émotions.
Voici un extrait d'un maître
tibétophone, l'un des deux qui m'a le plus marqué avec Nyoshul Khenpo : Khunu Rinpoche Tenzin Gyaltsen. Il a notamment composé ces vers qui tentent
d'exprimer le cœur d'éveil, "vaste comme l'espace, profond comme
l'océan" - l'un des textes favoris du Dalaï Lama :
Il se peut que l'on puisse
prendre le vent dans un filet.
Il se peut que le bois de santal
soit chaud.
Il se peut que la lumière se
révèle être ténèbres.
Il est impossible que le cœur
d'éveil vous trahisse. 105
Le cœur d'éveil est le désir
D'atteindre l'éveil pour le bien
des êtres
Aussi répandus que l'espace.
Qui donc est comparable à celui
qui en est doué ? 110
Les cieux sont vastes :
Aussi vaste est le cœur d'éveil.
Les mers sont profondes,
Aussi profond est le cœur d'éveil.
123
Extrait de Vast
as the Heavens, Deep as the sea, verses in praise of Bodhicitta, Khunu Rinpoche,
Wisdom Publications
P.S. : Khunu Lama était un grand maître du dzogchen (entre autres traditions) et un maître réputé des grammaires tibétaines et sanskrites (il a enseigné le tibétain au Dalaï Lama !). Les extraits proposés ci-dessus ne rendent certes pas justice à ce mystique intellectuel, j'en ai bien conscience, mais je souhaitais juste attirer l'attention sur ce "maître caché".
Khunu Lama était originaire de la vallée du Kinnaur en Inde