jeudi 22 septembre 2011

Ne rien faire... Comment faire ?



"Ne rien faire, laisser faire" pourrait résumer la pratique de la méditation. Il ne faut donc surtout pas faire quoi que ce soit. 
Mais comment faire ? 
Un véritable casse-tête et une délectation pour les amateurs de paradoxes (que la non dualité, il faut bien le dire, semble attirer tout spécialement). Le rien suscite d'interminables logorrhées depuis toujours. "Ce dont on ne peut pas parler, il faut le taire", dît Witty-le-malin. Bien avant, le Vieil Enfant nous a laissé 5000 mots sur le rien-à-dire, rien-à-faire. Depuis, on en parle. On fait le non faire. Certain le font sans le savoir : pourquoi des gens jouent-ils au squash, si ce n'est pour s'arrêter de faire ceci ou cela ? D'autres le font plus consciemment, et c'est la religion, l'ascétisme. Tel religieux cesse de bouger, de parler, de respirer même. Et il le dit !
La solution ? La voici : la parole, ce Grand Pouvoir, peut dire le non-dire et le non faire. 
Par contre, rien à faire : on ne peut pas "faire" le non faire, même en le disant. Car il est gratuit. Non qu'il faille invoquer de suite la Grâce divine. C'est juste un fait : je cesse de faire. Non que je sache comment, mais ça se fait, se défait jusqu'au non faire. Même des Chrétiens l'on compris. Écoutez plutôt ceci :

"C'est un grand abus que de prétendre entrer par soi-même dans l'état d'inaction, cette grâce dépend de la pure libéralité de Dieu, elle n'est pas pour tout le monde. Il faut la recevoir avec humilité lorsqu'il la donne ; mais il y a de la présomption à s'y porter sans y être appelé. Tout ce qu'on peut faire,  est de s'y disposer par la pratique des vertus, de la mortification, de la retraite, de l'oraison ; mais laissez-vous chercher et laissez-vous trouver dans l'excellence de cet état surnaturel. Si vous faites autrement, vous ne serez pas sous la conduite de Dieu, mais sous celle de votre amour-propre, vous ne ferez aucun progrès dans la vie intérieure, et plus vous voudrez vous mettre en silence, plus votre intérieur sera dans le bruit : votre esprit sera comme ces huissiers qui, en commandant de se taire, font plus de bruit que ceux qui parlent."

Maximien de Bernezay, Traité de la vie intérieure, 1685, chapitre XI

Cela étant, se prédisposer la "la pratique des vertus" est non seulement inutile, mais c'est encore un obstacle. Mieux vaut dormir.

Et, tant qu'à faire, faisons bien, avec un texte du grand Raymond :


ÇA PEUT SE DIRE,
ÇA NE PEUT PAS SE FAIRE

On dit qu’un mime sait tout faire.
C’est faux !
Un mime ne peut pas tout faire.
Exemple :
Un jour je devais mimer un personnage qui n’avait rien à faire
Eh bien je n’ai rien pu faire !
Parce que ne rien faire, ça peut se dire,
Ça ne peut pas se faire !
En outre, je ne pouvais pas le dire
que je ne pouvais rien faire,
parce que le personnage qui n’avait rien à faire
en plus, n’avait rien à dire !
Le directeur de la salle me l’avait bien spécifié.
Il m’avait dit:
“ Pensez bien à ce que vous avez à faire ! ”
C’est-à-dire, en fait: “ Ne pensez à rien ! ”
Et il avait ajouté:
“ Surtout, ne le dites pas ! ”
Et moi, je lui avais donné ma parole de mime que je ne dirais rien.
Je suis entré sur scène et je me suis mis à ne rien faire sans rien dire !
Ça n’a l’air de rien…
mais il faut le faire… !
Il ne suffit pas de le dire… Et paradoxalement, plus je ne faisais rien,
plus les gens, dans la salle, disaient:
“ Qu’est-ce qu’il fait ? ”
Parce que le public… lui, il n’est pas fou !
Il voyait bien que je faisais quelque chose …
mais comme c’était rien, il se demandait ce que j’étais venu faire.
Les critiques, eux, par contre,
voyaient bien que je ne faisais rien,
et que je le faisais bien !
Seulement, ils s’attendaient à plus.
Et moi qui déjà ne faisais rien, je ne pouvais pas faire moins.
Alors, au bout d’un moment, dans la salle,
les gens qui ne voyaient rien
ont commencé à trouver à redire :
“ Il pourrait au moins faire un geste, avoir un bon mouvement ! ”
Ce que voyant…
j’ai fait le seul geste que pouvait se permettre quelqu’un qui n’a rien à faire…
sans que l’on puisse dire: “ Il en fait trop !”
J’ai fait… (Geste d’impuissance.) Les gens:
“ Qu’est-ce qu’il a dit ? ”
Alors là, j’ai rompu le silence.
J’ai dit : “ Mais je n’ai rien dit ! ”
Qu’est-ce que j’avais dit là !
Le directeur : “ Rideau !
Non seulement, je paye un mime à ne rien faire
et il ne le fait pas !
Mais en plus, il ne tient pas sa parole, il parle ! ”
Et il a ajouté:
“ Tenez ! Vous n’êtes même pas bon à rien!”
Le lendemain, dans la presse,
qu’en ont dit les critiques ?
Eh bien, comme je n’avais rien fait,
ils n’ont rien dit…
mais… en bien !


3 commentaires:

Duc Gontran a dit…

D'après ce que j'ai remarqué ne rien faire dans l'action consiste à demander l'inspiration dans un premier temps en toute humilité, puis réfléchir, étudier longtemps le problème et ensuite passer à l'acte.
Sans désir puisque tout a été fait en amont pour que tout se passe bien. Dans ce cas en général les choses se déroulent assez fluidement.
Ce qui donne une impression de ne rien faire. Mais ce serait oublier la phase préparatoire.

C'est du vécu. Ca se passe bien uniquement dans ces conditions ai je remarqué dans mon cas.

Duc Gontran a dit…

La question est don : comment bien faire et non pas comment ne pas faire.
Ne pas faire nous savons naturellement "le faire".
Le plus dur étant de faire correctement et fluidement.
Ce qui fait de l'objectif non duel un faux objectif.
Un objectif de duppe.

space a dit…

Raymond à tout compris : pas facile d'être un bon à rien !

Il me semble que le paradoxe vient de l'utilisation ambivalente du mot faire.

On l'utilise tantôt dans un sens faible de (1) : "accomplir une action" et tantôt dans un sens fort de (2) : "accomplir une action avec intention". Si on considère que toute action est intentionnelle, ou du moins motivée (même inconsciemment), les deux définitions seront équivalentes mais sinon on admet la possibilité d'un acte spontané, qui ne se réduit pas à un acte intentionnel, et le paradoxe tombe. On pourra dès lors accomplir une action (spontanée) sans l'accomplir (intentionnellement).
Le non agir dont parle le taoïsme n'est donc pas la passivité mais la non intention, l'action peut donc provenir ou accompagner le non agir. Inversement la passivité apparente (car on fait toujours quelque chose, ne serait-ce que respirer) ne se réduit pas au non agir, car elle peut héberger une activité mentale plus ou moins prononcée.
Si ce qui relève du non agir, de la spontanéité ou de l'absence d'intention, ne comporte pas de degré il n'en va pas de même pour l'action ordinaire. La saisie que nous pouvons avoir sur une pensée qui va devancer ou accompagner une action peut être plus ou moins forte, et l'action qui en découlera plus ou moins fluide.

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