lundi 29 octobre 2012

Sans visualiser ni réciter






Je salue l'être orné d'amour
En qui Śiva apparaît simplement,
Sans qu'il ait d'abord
Visualisé ni récité. 1

Pluie de félicité universelle qui éradique les ténèbres de l'aveuglement,
Clair de lune de la conscience,
Cette déesse pleine à raz-bord
Est unique en ceci qu'elle transcende (tout).

Incité encore et encore
Par une foule de ces êtres qui sont ornés d'amour
Je vais expliquer brièvement
Les hymnes composés par l'auteur des Stances pour la reconnaissance.

L'auteur des Stances pour la reconnaissance est renommé : il est le maître Utpaladeva. Il fut le maître de notre maître. Le fait que notre Soi est le Grand Seigneur lui était évident sans aucune interruption. Parce qu'il désirait intensément fait prendre conscience de cette même vraie nature (aux autres aussi), il composa des vers épars et éloquents, rassemblés (ensuite en hymnes) tels que l'hymne qui résume l'essentiel, l'hymne de la transcendance, l'hymne de l'amour... C'est alors qu'un jour il arriva qu'ils furent mélangés. Les ayant trouvés en cet état, Rāma et Ādityarāja en rassemblèrent les fragments et les éditèrent. Quant à Viśvāvartta, l'on dit que, inspiré par notre Soi, il les disposa en les vingt hymnes (que nous avons). Ce sont ces hymnes poétiques, à commencer par celui "qui résume l'essentiel", que nous allons élucider ici en nous appuyant sur les commentaires antérieurs.
Afin de montrer que le souverain bien consiste à être absorbé en le Seigneur Suprême, c'est-à-dire en la délectation de posséder intimement la bonne fortune de la liberté, il énonce un hymne - et non un syllogisme - qui célèbre l'être doué d'amour absorbé jusqu'à l'identité dans le Seigneur Suprême qui est sa vraie nature.
Celui "en qui Śiva apparaît tout simplement", sans aucune méthode fondée sur une dualité illusoire (māyā), pour celui-là, le fait que notre Soi est Śiva se manifeste en toute son évidence. Il est orné, embelli, par l'amour seulement, lequel consiste à être absorbé (en Śiva). Il n'est pas enlaidi par le désir d'autre chose en plus de cela. 
"Je salue cet être d'amour", de l'amour qui est identité avec le sublime Śiva qui se déploie au grand jour par la force du miracle étonnant / de l'expérience longuement savourée de l'amour, puisqu'en effet, il se dit à lui-même qu'il devient ainsi absorbé en Śiva par Śiva, inséparable de lui. 
"Simplement ainsi, sans visualiser", etc. suggère la victoire sur les impuretés. Car en effet, il est (vrai que) pour tous les êtres (ordinaires), la visualisation et la récitation orientent vers ce qui est visualisé et récité, de sorte que la forme correspondante se manifeste. Alors que pour "l'être orné d'amour", en revanche, c'est sans aucune méthode que le sans-forme qui a toutes les formes - cette dense nuée de félicité et de conscience, notre vraie nature, notre Soi qui est Śiva -, brille (pour lui) à chaque instant. 
Voilà pourquoi il dit "sans qu'il ait d'abord" : sans qu'il ait d'abord pratiqué une méthode qui serve de cause, sans cause préalable donc. Car en agissant ainsi, il faut bien voir que toutes les pratiques sont "contractées" ; dès lors, ceux qui possèdent la bonne fortune d'être possédés par le Réel comprendront que toutes ces méthodes qui visent notre vraie nature non-contractée sont obsolètes, comme le dit l'enseignement (de Śiva) dans la Transcendance de la déesse de l'alphabet, depuis:

En ce qui concerne (notre vraie nature),
Tout est bon...

jusqu'à :

...Pour celui qui ne se soucie de rien.

De même, le Chant du Seigneur dit aussi :

Quand je les possède...

Parce que toutes (les pratiques), à commencer par le culte et le sacrifice, sont résumées dans la visualisation et la récitation - qui sont en réalité manifestation et prise de conscience - seuls ces deux-là sont mentionnées ici.

Utpaladeva, Une Guirlande d'hymnes à Śiva, expliqués par Kṣemarāja

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