mardi 15 février 2011

Réfutation du matérialisme par un Shivaïte

Suite et fin du chapitre cinq : le matérialisme athée

(Cet) effort (des athées vers plus d'égalité), qui est certes la cause du bonheur de tous les hommes

Est bien sûr admis pas les śivaïtes.

Mais le reste des thèses de la théorie des athées

Est parfaitement intenable. 8


Car notre Soi est quelque chose de plus que le corps.

Il est évident, ce Soi fait de conscience,

Dont tous les hommes prennent conscience

Dans le sommeil profond et dans le quatrième (état) ! [1] 9



Les éléments matériels sont incapables de s'orienter vers un but

De leur propre initiative, car ils sont inertes.

Ils sont incapables d'organiser une activité consciente[2]

A fortiori, ils ne peuvent engendrer les phénomènes de cet univers (si) complexe. 10


On doit inférer l'existence d'un être doué de conscience,

Intelligent et omniprésent,

Auteur de la totalité des mondes avec leurs causes respectives,

Capables de produire des effets réels et cohérents[3]. 11


Notre souveraineté - (bien que) limitée -

Apparaît clairement dans les (phénomènes) comme le rêve, les songes éveillés, etc.

(A partir d'elle), on doit inférer la souveraineté sans limites du Seigneur Suprême

A l'œuvre dans la création de tous les mondes, etc.[4] 12


Comment l'immense diversité des dispositions mentales des êtres

Serait-elle possible sans une cause (adéquate),

Alors qu'ils sont nés des mêmes parents

Et reçoivent une éducation identique ?[5] 13


Et l'on doit par conséquent inférer un ensemble complexe d'impression

Laissées par les actes posés dans (les existences) passées.

Une autre preuve (du karma) est le souvenir que l'on peut avoir (de ces vies passées)

Par la force née de la pratique du yoga, etc. 14


Les plaisirs des sens ne peuvent être le but de la vie des êtres raisonnables

Car ils finissent par faire naître le dégoût,

Parce que le feu du désir est inextinguible

Et parce que ce bien être-là est aussi bien à la portée des insectes, etc. 15


De plus, la mort est un horizon inévitable,

Même pour ces hommes qui sont heureux.

Il faut donc admettre, qu'on le veuille ou non,

Que la mort est la fin ultime de la naissance. 16


Et cela est également vrai, que l'on soit heureux ou malheureux !

Par conséquent, les êtres à l'esprit droit doivent

S'efforcer de comprendre l'ordre naturel des choses, etc. en plus des plaisirs des sens,

Afin de vaincre la mort. 17


En effet, même si (l'on admet le principe de) l'égalité (de tous les êtres),

On ne peut nier les inégalités engendrées par les impressions (laissées par les vies passées).

Par conséquent, les extrêmes de l'égalité seule ou de l'inégalité seule

Ne sont pas salutaires.[6] 18


Balajinnātha Paṇḍita, Le Miroir de la liberté (Svātantrya-darpaṇaḥ), Munshiram Manoharlal, Delhi, 1993



[1] Il y a trois états de la conscience : veille, rêve et sommeil profond. Le "quatrième" est la conscience pure en tant que fond de ces trois états. Le fait que ce trois états ne contredisent pas ce fond immuable (mais non point inerte) est "l'au-delà du quatrième" (turyātīta).

[2] J'essaie de traduire anusaṃdhāna : à la fois synthèse et reconnaissance. Synonyme de conscience dans le Pratyabhijñā.

[3] Encore une glose pour traduire arthakriyā, terme d'origine bouddhiste adopté par la Pratyabhijñā. Il désigne la capacité des choses à produire l'effet que l'on attend d'ellles : une eau réelle doit pouvoir étancher la soif, etc. Cette efficacité distingue la veille du rêve.

[4] Notons que l'activité mentale et imaginative est prise comme la marque d'une liberté, et non pas d'un asservissement.

[5] L'A. dans ce verset et le suivant établit l'existence du karman.

[6] L'A. ne précise pas quelles sont les inégalités "salutaires".

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