mercredi 13 décembre 2017

Sacrifice

Dans le silence, tout meurt.
Mais tout renaît, aussi.



En silence intérieur, sorte d'arrêt simple
de tout l'intérieur de soi,
tout meurt.
Il ne reste rien,
plus de séparation.

Mais ce silence se communique au corps.
La pensée renaît.
Moins de pensées.
Moins de mots formulés à l'intérieur.
Mais c'est étonnant tout ce qui peut se faire ainsi !
Sans mots, sans savoir.
Les mots formulés, articulés à l'intérieur
se font plus rares, mais aussi plus fort,
comme un arbre soigneusement élagué repousse plus vif.

De même l'imagination.
Cette maîtresse d'erreur et de fausseté
renaît lavée, créatrice de beauté et de bonté.

La mémoire, le désir, les perceptions : pareil.
Comme un coup de chiffon passé sur un miroir,
comme un bruit qui s'arrête : une autre musique commence.

Le maître Râmeshvar, de Bénares, le disait ainsi :

Sans égard pour ce qui est temporel,
abreuvant le corps et ses roues subtiles
de la grande réalisation de l'absence de corps,
le yogi offre le monde en sacrifice.

"Sans égard pour ce qui est temporel" : sans revenir sur l'efficacité de ce silence.
Sans surveiller. Plonger en un acte simple, sans attente, comme un fou. Ce n'est pas un rejet du temps !
"abreuvant le corps et ses roues subtiles" : non le corps objectif, "physique", mais le champ de sensations perçu, ici et maintenant. Le silence "abreuve" ce champ, comme une eau vive.

"la grande réalisation" : non un petit accomplissement comme un bien-être passager ou une vision, ou une expérience ayant une signification mentale, mais la réalisation "grande", qui inclue toutes les autres, même si, sur le moment, on ne le ressent pas. Surtout, ne pas prendre le ressenti comme mesure !

"l'absence de corps" : pas un rejet du corps, mais un oubli du corps objectif, celui qu'on voit dans le miroir, au profit du corps donné à la première personne, vibrant, souple, volatile, qui se déroule, se déploie, comme une mélodie sans fin.

"le yogi" : le yoga véritable n'est pas posture, mais union en arrêt intérieur. C'est la tradition.

"en sacrifice" : sans intention, laisser l'Intention s'offrir à elle-même, dans le mystère du présent, toujours neuf. Yajna : sacrifice, debout (yâga) ou assis (homa), toujours et partout, offrande
de tout au feu de l'espace.

Pour lire les poèmes de Râmeshvar Jhâ, cliquer ici.

2 commentaires:

  1. Bonjour,
    (Question peut-être hors sujet, désolé par avance). Dans les quelques écrits que j'ai pu lire ça et là en anglais je rencontre souvent le terme "being-consciousness" (avec de multiples variantes), dans de nombreuses traductions françaises, "être-conscience" apparaît. Malgré tout, ce mot composé me laisse dubitatif quant à son sens et à sa justesse concernant ce qui est originellement exprimé. Auriez-vous une autre traduction ou une explication adéquate ?
    Cordialement.

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  2. Bonjour,
    "Être-conscience".
    Oui, juste question.
    "Être" est "conscience" : rien n'existe en dehors de l'acte "conscience".
    C'est le Big Bang au présent, la source atemporelle de tous les temps.
    Je ne sais pas ce que d'autres y ont mis.
    Mais, pour moi, "être-conscience" pointe vers cet acte,
    ce jaillissement à l'instant, ce présent qui se présente,
    pour ainsi dire, instant après instant, toujours le même et toujours autre.
    Un mystère et un émerveillement.
    Cordialement,
    D.

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