samedi 29 septembre 2012

Deux réactions face au dzogchen, face au réel




Alors que la tradition du dzogchen a pris racine en Occident, elle semble avoir entraîné deux réactions assez différentes. Au mieux, se trouve induite une reconnaissance de l'état naturel de l'être - la nature de l'esprit telle qu'elle est connue dans son expérience directe. Adoptant la "posture cohérente", se tirant pour ainsi dire eux-mêmes par les cheveux, ceux qui connaissent la Grande Complétude en écoutant simplement une introduction à celle-ci reconnaissent l'espace de la pure présence. A côté de cela, il y a une autre réaction, celle des gens qui approchent la réalité de manière timorée, celle du respect et de la dévotion. Ils vont à la rencontre des lamas qui détiennent la lignée tels des quémandeurs à la cour d'un despote oriental, cognant leur tête sur le sol, mendiant une miette du festin. Puis, emportés à un niveau élevé de clarté par la grâce du lama, ces suppliants baignent dans la splendeur jusqu'à revenir vers cette source pour en redemander.
La première réaction rend possible la reconnaissance immédiate du dzogchen radical, tandis que la seconde est une prémisse de la voie graduée plus tardive, d'un dzogchen élaboré culturellement. La première s'appuie sur l'expérience existentielle et sur les préceptes de l'atiyoga [=dzogchen] contenues dans les textes anciens, et la seconde dépend d'une relation avec le gourou-père, d'une pratique de méditation de type mahāyoga[1] et d'une vie religieuse. Dans le premier cas on présuppose que la conscience non-duelle de la pure présence est l'état naturel de l'être et que rien ne peut être fait pour atteindre ce qui est déjà la réalité. Dans le second cas, le présupposé le moins assuré et le plus humble sur nous-mêmes est que nous sommes désespérément perdus dans le bourbier de cette naissance, et que malgré tout nous avons aperçu une lumière éclatante là-bas dehors, au loin à grande distance, et nous avons repéré un guide honnête capable et volontaire pour nous diriger sur le chemin qui y mène. La vision qui préside au second chemin - que nous vivons dans le monde relatif des ombres et que nous cherchons le royaume définitif de la lumière - est en apparente contradiction avec la vision du dzogchen radical - que nous sommes déjà dans cette réalité non-duelle inexprimable dans laquelle absolu et relatif ne font qu'un. La différente semble aussi fondamentale qu'entre le plâtre et le fromage : les voies graduelles et immédiates sont incommensurables.

Keith Dowman, Maya Yoga, Vajra Publication, pp. 13-14



[1] Le bouddhisme tantrique classique, avec ses rituels, ses récitations et ses visualisations, le tout fondé sur des représentations essentiellement féodales.

1 commentaire:

Philippe a dit…

Peut-être que les seconds n'ont pas encore la maturité des premiers, et doivent passer par la désillusion pour franchir cette étape !?

Mais le risque reste effectivement grand d'une dérive sectaire et d'un peu plus d'obscurcissement.

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