lundi 23 septembre 2013

Rythmes du silence



Comment quelque chose - rien en réalité - semble venir de rien - la réalité, en réalité :

 Vasishta dit au prince Râma, un adolescent dépressif :

"Homme fort ! Écoute comment l'Immense s'incarne. L'être du Soi n'est pas  fragmenté par les directions et les temps. Quand, par le jeu de ses possibilités, il se donne un corps, un cosmos mesuré par le temps et l'espace, il devient alors synonyme d'âme, d'être vivant, en vertu des traces résiduelles qui le parfument. Il devient l'esprit, qui balance entre la curiosité et l'aspiration au repos. La puissance de l'esprit est de penser, d'évaluer. Au début, elle imagine, en un instant, l'image limpide de l'espace, tendue vers cette saveur qui est le germe du son. Puis cet esprit devient une masse homogène parce qu'il est peu à peu parcouru de vibration en tout son être. Il imagine alors la vibration du vent, tendu vers cette saveur qui est le germe du toucher. Puis à nouveau, à partir de l'habitude d'imaginer l'espace et le vent, le feu est engendré par l'interaction du son et du toucher. L'esprit, pénétré de ces qualités, éprouvant le goût à l'état pur, réalise en un instant la fraîcheur de l'eau et devient conscience du liquide. Puis, pénétré par ces qualités, l'esprit imagine en un instant l'odeur à l'état pur. Il devient alors conscience du solide. Ensuite, revêtu de ces sensations à l'état pur, il renonce à sa subtilité. Il contemple alors le corps, qui fulgure dans l'espace vide sous forme de particules de lumière. L'esprit évoque ce corps de lumière avec une telle intensité qu'il en devient grossier, comme un fruit bel devenu mûr (devient dur et lourd). Il resplendit dans le ciel immaculé avec l'éclat de l'or fondu dans son creuset. Alors, de pas sa nature propre, cette lumière se structure et prend forme. Elle devient plus explicite avec le temps et devient un corps sans défaut. Baignant dans l'intelligence, la pureté, la force, l'énergie, la connaissance et la souveraineté, il est le bienheureux Brahmā, le grand-père de tous les mondes. Il se souvient, il se remémore les multitudes d'êtres passés et, par jeu, il engendre ces chef-d'œuvre de créatures imaginaires. Afin qu'ils puissent atteindre le paradis et la délivrance, ainsi que le plaisir, la richesse et le pouvoir, il forge d'innombrables enseignements d'une merveilleuse diversité. Ô Rāma, cette œuvre en est ainsi venue à être. Vois ! Ce monde est né de l'imagination, il apparaît tel un très long rêve. Quand l'imagination s'apaise, il s'apaise, telle une lampe à court de combustible. Dès, celui qui connais le réel reste en plein dans le quotidien. "Ce qui est perdu, est perdu, ce qui arrive, arrive " (se dit-il). C'est tout naturellement qu'il n'aspire pas aux belles expériences qu'il ne fait pas. On reconnait celui qui sait à ceci, qu'il fait la pleine expérience de ce qui lui arrive. Celui qui sait se tient au milieu des actions, sans désir ni absence de désir. Ces actes n'imprègnent pas le sage, tout comme l'eau n'imprègne pas le lotus.

Cette créativité connaît bien des modes. De fait, elle n'obéit à aucune règle. Ô Rāma ! Écoute cette histoire de Dāśūra que je vais te raconter et qui instruit sur la vraie nature de ce spectacle de magie qu'est le monde..."

Le Yoga de Vasishta, I 

Votre reconnaîtrez le leitmotiv de Swami Prajnanpad, le maître d'A. Desjardins et D. Roumanoff. Renoncer à ce qui pourrait être, c'est revenir à ce qui est. Une sorte de stoïcisme à l'indienne, le souffle en plus.
Ce thème de l'auto-organisation à partir d'éléments simples est central dans la culture bouddhiste, et dans les indes non-dualistes. Il est illustré par la musique indienne. Quelques exemples :


Zakir vingt ans après, avec Rakesh à la flûte, neveux de Chaurasia :


Version voix :



1 commentaire:

Hridaya artha a dit…

Je suis tout ouïe comme le chien de His Master's Voice (sans oreilles). Qu'il est riche ce livre !

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