vendredi 20 avril 2018

Programme des rencontres 2018




Conférence Nantes
vendredi 1er juin 2018 - 19h30
"Le désir, voie spirituelle ?"
à la libraire L'Autre Rive à Nantes
21 rue de la Paix
Le désir est souvent présenté comme l'obstacle
majeur à l'accomplissement de soi. Le détachement
serait alors libération, en passant par le dégrisement
et des exercices de maîtrise de soi.

Aujourd'hui, cette vision semble avoir perdu de son attrait,
dans une société individualiste, fondée sur la consommation, où la fidélité à soi est le nouveau mot d'ordre. Les formateurs, les enseignants et autres coachs
proposent de "devenir soi" en écoutant nos désirs.

Mais il existe une autre voie, celle de la reconnaissance
du frémissement intérieur. Formulée dans l'Inde du Xe siècle,
elle invite à voir le désir comme une manifestation
spirituelle, en laquelle on peut plonger pour remonter
à la source de tout et de tous.
Le désir, loin d'être manque et frustration,
serait alors une porte vers la plénitude.

Mais si le désir est manque, comment une telle chose est-elle possible ?
Cette conférence est une introduction à cette voie
de méditation à partir du désir et des émotions,
qui est aussi une philosophie.

Inscription à la librairie 02 40 89 30 76
Attention, limité à 30 places
Participation 3 euros

Weekend méditation Nantes
Méditer comme Shiva et Shakti
voie de l'espace et du cœur
Stage d'initiation à la méditation dans la tradition du shivaïsme du Cachemire
avec David Dubois
8 et 9 juin 2018 près de Nantes

Un weekend dans une belle salle pour découvrir la méditation
dans la tradition du shivaïsme du Cachemire.

Elle propose deux approches complémentaires :
celle de Shiva, centrée sur l'espace qui dénoue les nœuds ;
celle de Shakti, qui met l'accent sur le cœur qui nourrit.

Des séances de méditation courtes, pour rentrer dans l'expérience,
mais sans inconfort.
Inspiré par une tradition millénaire et nourrie par des références précises,
mais sans dogmatisme.

Au-delà du stage, une voie complète pour une vie intérieure équilibrée, tête et cœur.
Une découverte immédiate, mais appelée à se développer dans le temps.
Une voie profondément humaine, enracinée dans le meilleur de l'expérience de nos ancêtres.

Animé par David Dubois, philosophe et sanskritiste. Il a étudié en Inde le shivaïsme du Cachemire auprès de maîtres traditionnels depuis près de 30 ans, il traduit les textes et écrit des essais. 

Deux livres pour aller plus loin :
60 expériences de vie intérieure, Almora
Introduction au tantra, Almora

Lieu et horaires : La Foresterie à Vertou 44120 - 10h à 17h
Tarif : 146 euros
Contact et inscription : Pascal Villoutrex 0681245323 p.villoutreix@orange.fr
Attention, le nombre de places est limité !

Weekend méditation Paris
La Gîtâ selon le Tantra
à Paris les 16 et 17 juin 2018

Le Chient du bienheureux ou Bhagavat Gîtâ
est le livre le plus connu de l'hindouisme.

Il a été commenté par tous les maîtres,
dans toutes les traditions,
à toutes les époques.

Quel est le point de vue du Tantra
sur cet enseignement radical ?

En effet, la Gîtâ commence en plein milieu
d'un champ de bataille quand Dieu fait homme (Krishna)
rappelle à un homme (Ardjouna) son essence divine.

Le grand guerrier Ardjouna est face à un terrible dilemme :
Dans le camp d'en face se trouve des amis, des parents, des proches...
Faut-il refuser de se battre ? Tenter encore de négocier,
après tant de trahisons (racontée dans le Mahâbhârata, le plus long livre du monde) ?
La justice exige-t-elle de tuer ? La guerre civile, fratricide,
n'est-elle pas un remède pire que le mal ?

A partir de ce conflit intérieur qui paralyse ce chevalier,
Krishna commence à chanter un chant déconcertant :
tour à tour cruel et tendre,
tranchant et plein de nuances,
abstrait et concret,
il esquisse un chemin,
- ou des chemins -
pour vivre et s'accomplir
dans les tempêtes du monde.

Beaucoup d'entre nous croient savoir quel est ce chemin.
Mais quelle en est l'interprétation tantrique ?

Durant ces deux jours, je partagerais avec vous une lecture
inspirée par la tradition du shivaïsme du Cachemire,
ou tantra non-dualiste.
Les deux journées seront faites de méditation,
de lecture et de questions-réponses.

Ce weekend aura lieu au centre de Paris,
dans une petite salle conviviale située non loin des grandes gares.

participation : 146 euros
samedi 16 juin et dimanche 17 juin 2018 10h-17h
Lieu : Espace Divyan
1 passage du Jeu de Boules Paris 75011
Infos et inscriptions :
deven_fr@yahoo.fr
0603330558

Semaine méditation Drôme
du 9 au 15 juillet 2018
dans un domaine de nature : 

Une semaine de méditation guidée
dans un magnifique dôme en bois
et dans la nature préservée de la Drôme

Apprentissage et pratique de la méditation
dans une approche ouverte
inspirée par le shivaïsme du Cachemire.

Des séances de méditation courtes
sans postures obligatoires
accessibles à toutes les conditions.

Nous explorerons deux approches complémentaires :
Le silence intérieur, la contemplation de l'espace, méditation de Shiva
La vibration du cœur, méditation sur la force intérieure, méditation de Shakti
Connaissance et amour

Libres de tout dogme
à l'écoute de l'intérieur
nous nous nourrirons de deux témoignages
simples et puissants 
miroirs de l'âme contemplative :
Les Soûtras de Shiva
Les Soûtras de Shakti

Ces deux approches sont complémentaires et 
toutes les deux vitales 
pour une vie spirituelle équilibrée
sur le long terme.
On les retrouve, sous différentes formes,
dans toutes les traditions intérieures,
car l'expérience essentielle est une,
mais exprimée de mille manières,
à l'image d'un diamant à mille facettes.

David Dubois a vécu en Inde de nombreuses années
où il a étudié la méditation et le shivaïsme du Cachemire
auteur d'une vingtaine d'essais et de traductions
Pour aller plus loin :

Tarifs : 
449 euros pour la pension complète
490 euros pour l'enseignement

Informations :
deven_fr@yahoo.fr
06 03 33 05 58

Conférence Aix-les-Bains
9-10-11 novembre 2018
Forum A Ciel Ouvert
"La gloire du vivant"
Détails à venir

jeudi 19 avril 2018

Le cœur et la tête sont-ils incompatibles ?

Raisons et sentiments, raison contre sentiments...
une vieille guerre.

Raison ou sentiments ?


Doit-elle continuer jusque dans la spiritualité ?
Selon l'opinion qui prévaut aujourd'hui, oui.
L'intellect, la raison, sont systématiquement décriés,
en faveur du sentiments, du ressenti.

Ceci ne date pas d'hier.
Ecoutez ce qu'en dite madame Guyon, grande mystique et maître spirituel du XVIIe siècle, et qui a inspirée, entre autres, Lilian Silburn. Elle dit ceci à ses disciples, au soir d'une longue vie dédiée à l'oraison du cœur :

"Ce que je désire, mes enfants, est que vous soyez simples à l'oraison, sans multiplicité de discours, afin que Dieu, qui verse son Esprit sur le simple, soit lui-même votre prière : simples de pensée, les laissant tomber et ne les admettant point, simples d'esprit, n'ayant qu'un seul regard en Dieu" (Discours spirituels, I, p. 240, choisis par D. et M. Tronc, Editions du Carmel)

Dans cette perspective, elle lit le récit de la Genèse comme une chute dans la tête. Avant de goûter au fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal, il n'y avait ni bien ni mal. Adam et Ève étaient comme des enfants, sans conscience d'eux-mêmes, sans image d'eux-mêmes, sans aucune réflexion ni retour sur soi. Selon elle, la conscience d'être est la première pensée, la première réflexion et donc le premier pas vers la déchéance. Car Dieu est une immensité simple, absolument sans qualités. 

Et la voie pour revenir à l'unité, à l'harmonie avec le Tout sans nom ni forme, c'est justement l'inverse : la simplicité, l'abandon de toute réflexion, de toute image, de tout attachement. C'est la pratique de l’oraison de simple regard où, comme un enfant, la tête démissionne en faveur du cœur. Madame Guyon avait d'ailleurs crée une sorte d'"Ordre" secret de l'Enfant-Jésus.

"Soyez comme des petits enfants" : tel est son message, et tel est le message de la spiritualité contemporaine. Il faut dire que nous vivons dans un environnement de plus en plus rapide et stimulant. L'attention est dispersée, fragmentée, déracinée, emportée, exilée...d'où une sensation de mal-être.

Mais cette solution - le suicide intellectuel - est-elle vraiment une solution ?

Premièrement, il est impossible de ne pas penser. De ne pas réfléchir. De ne pas juger ("Untel n'est pas dans le jugement" c'est encore un jugement), de ne pas être conscient. De fait, qui peut vivre sans penser ? Car tout se passe comme si conscience et pensée étaient inséparables. Certes il y a des intervalles, des moments de calme. Mais la conscience est un océan, et l'océan n'est jamais sans vagues, dit Abhinava Goupta, le grand sage du shivaïsme cachemirien du Xe siècle. Voilà pourquoi, dans cette philosophie tantrique, on dit que l'être est animé par e pouvoir de penser (vimarsha), de juger, d'estimer. Et on ajoute que ce pouvoir est à la source de tous les langages. 

D'un autre côté, si la conscience est source et base de tous les souffrances de la vie, de la vieillesse, de la misère, de l'incessant bavardage intérieur, des délires de l'imagination, alors on est peut-être en droit de se demander si la conscience n'est pas le malheur de l'homme. Plus que dans le ressenti (qui est déjà conscient, articulé et "mental" en ce sens), il faudrait réaliser que la conscience elle-même, en ses facettes mentales, conceptuelles ou perceptuelles, est l’illusion fondamentale et la racine de toute souffrance. Dans ce cas, il nous suffit de vivre avec la croyance commune que la mort débouche sur le néant : alors, nous serons délivrés. En attendant, nous pouvons vivre en réalisant que toute expérience est une illusion, que la conscience est un accident de la matière-énergie, une fausse note dans le silence cosmique. 

Cependant, même dans ce cas, je ne cesserais pas de réfléchir. 
Mais est-ce si douloureux ?
Est-ce la réflexion elle-même qui me fait souffrir ? Ou bien est-ce le manque de réflexion ? Ou bien le fait de mal réfléchir ? Peut-être que penser s'apprend ? 
D'autre part, il me semble qu'il faut distinguer entre le bavardage mental "les pensées", la radio intérieure qui parasite notre expérience ; et la réflexion : penser, raisonner, s'interroger. 
Or, si les pensées sont en effet une nuisance, on peut s'en débarrasser en cultivant le silence intérieur. 
Mais pourquoi faudrait-il cesser à jamais de réfléchir ? C'est inutile et, de toutes façons, impossible.
Nous sommes donc vouer à mûrir et à accepter notre conscience, notre intelligence. 
Une certaine culture a rejeté le corps pendant des siècles au nom de l'intellect.

Mais pourquoi aujourd'hui tomber dans l'excès inverse, et vouloir cette amputation de l'intellect ?
Ou serait une forme de jalousie ? De frustration ? De dépit ? Peut-être que les gens se disent qu'ils sont trop nuls intellectuellement. Et donc, ils sont tentés d'adhérer à des discours qui méprisent l'intellect, afin de sauver la face et de vivre en paix avec ce qu'ils croient être leur imbécillité, leur manque de capacité de compréhension, de mémorisation, etc. 

C'est peut-être vrai pour les débiles profonds. Mais pour les autres, je crois que c'est une erreur. Le corps peut s'assouplir, se muscler, s'alléger, grâce à la nourriture et la manière de respirer, par exemple. Alors pourquoi n'en n'irait-il pas de même pour l'intellect ? Je suis convaincu qu'au contraire, l'intellect est un outil qui se travaille. Sa base est le langage : on peut enrichir son vocabulaire, fluidifier sa syntaxe, en lisant et en écoutant des gens qui savent parler ; mais la base de l'intellect est aussi le corps : à l'origine, le yoga est censé purifier l'intellect, c'est-à-dire améliorer notre concentration, notre indifférence aux conditions extérieures (bruit, chaleur, froid, faim, soif, petites douleurs et autres distractions). 

De plus, j'observe que les "maîtres spirituels" qui dénigrent l'intellect le font le plus souvent dans l'idée de décourager tout esprit critique. C'est un stratagème - cousu de fil blanc à mes yeux - pour se défendre contre toute remise en question et avoir le terrain libre pour manipuler leurs ouailles (qui certes sont complices de leur propre égarement).

Et grâce à l'intellect, nous sommes capables de comprendre. De parvenir à des certitudes. Nous ne dépendons plus de nos ressentis, de nos humeurs, de nos impressions. Une lumière brille, une clarté qui n'est pas soumise aux circonstances.

Cela est-il incompatible avec le cœur ?
Mais pourquoi donc ?
Je fais l'expérience du contraire.
Un temps d'oraison de silence, immobile, durant lequel mon être s'ouvre au ressentir du cœur,
au sentiment d'être relié à tout, apaise mon corps et mon mental. Du coup, je réfléchis plus finement. Les pensées (les mots intérieurs) sont moins envahissants, mais plus vrais, plus forts, plus clairs.
Donc non, je ne vois nulle incompatibilité.
Au contraire, je vis une complémentarité du cœur et de la "tête". 

L'amour et la connaissance sont les deux ailes de l'oiseau de l'âme.

mardi 17 avril 2018

Weekend méditation à Nantes - juin 2018

Méditer comme Shiva et Shakti
voie de l'espace et du coeur
Stage d'initiation à la méditation dans la tradition du shivaïsme du Cachemire
avec David Dubois
8 et 9 juin 2018 près de Nantes

Un weekend dans une belle salle pour découvrir la méditation
dans la tradition du shivaïsme du Cachemire.

Elle propose deux approches complémentaires :
celle de Shiva, centrée sur l'espace qui dénoue les nœuds ;
celle de Shakti, qui met l'accent sur le cœur qui nourrit.

Des séances de méditation courtes, pour rentrer dans l'expérience, mais sans inconfort.
Inspiré par une tradition millénaire et nourrie par des références précises, mais sans dogmatisme.

Au-delà du stage, une voie complète pour une vie intérieure équilibrée, tête et cœur.
Une découverte immédiate, mais appelée à se développer dans le temps.
Une voie profondément humaine, enracinée dans le meilleur de l'expérience de nos ancêtres.

Animé par David Dubois, philosophe et sanskritiste. Il a étudié en Inde le shivaïsme du Cachemire auprès de maîtres traditionnels depuis près de 30 ans, il traduit les textes et écrit des essais. 

Deux livres pour aller plus loin :
60 expériences de vie intérieure, Almora
Introduction au tantra, Almora

Lieu et horaires : La Foresterie à Vertou 44120 - 10h à 17h
Tarif : 146 euros
Contact et inscription : Pascal Villoutreix 0681245323 p.villoutreix@orange.fr
attention, le nombre de places est limité !

lundi 16 avril 2018

Le yoga naturel


Abhinava Goupta commente quelques versets de la Bhagavad Gîtâ :

Être possédé par le Maître des maîtres : telle est la possession authentique, l'identification au Maître.  

Le yoga est union de l'âme et de Dieu, absorption en Dieu, possession par Dieu : samâvesha, "se laisser absorber".

Plus loin, Abhinava Goupta contraste cette approche affective avec l'approche du Vedânta :

En revanche, ceux qui méditent l'Immense, l’Impérissable, le Soi omniprésent, ceux-là surimposent les attributs du Seigneur (comme l'omniprésence) sur l'Immense (impersonnel et sans attributs). Cependant, même si ceux qui méditent ainsi m'atteignent, Moi (le Seigneur), leur peine est bien plus grande ! Car ils surimposent au Soi les attributs comme la vertu avant de méditer sur lui. De sorte que ces gens qu'ils on affaire deux fois plus de difficultés, alors que le Seigneur est (déjà) présent, sans effort, avec tous ses attributs spontanément présents ! 

(La Quintessence de la Gîtâ, chap. 12, vs. 2 et 5)

Autrement dit, les partisans d'un absolu dépourvu de tout attribut, avec leur théorie de la "surimposition", perdent leur temps à surimposer des qualités divines qui sont déjà présentes en Dieu. Autant se laisser directement absorber en Dieu pour jouir de ses qualités innées. 

Abhinava conclut (vs. 8) que ce yoga de l'amour divin est le "yoga suprême", comme dit Krishna, car il est naturel, authentique, sans artifices (akritrima). Et il cite l'un de ses poème qui célèbre l'intensité du ressenti : peu importe ce que l'on pratique, que ce soit un rituel ou une méditation "intellectuelle" ou des postures (karana). Ce qui compte, c'est la force du sentiment, seule capable d'allumer le feu de la conscience. L'éveil ne dépend pas d'un rituel, d'une spéculation, d'une posture ou d'un état de conscience, mais uniquement de la sincérité du cœur. 

Cela étant, je ne vois pas trop à quelle tradition de Vedânta il fait allusion. En tous les cas, pas à celle de Shankara.

jeudi 12 avril 2018

Si tout est conscience, tout est possible ?

La tradition qui m'inspire le plus est le shivaïsme du Cachemire.



Or, cette philosophie affirme que tout est créé par une seule et unique conscience absolument libre, qui joue à se manifester sous toutes les formes et en tant qu'individus, "comme un roi qui, pour se divertir, joue au fantassin". De plus, cette être conscient est libre de se manifester à soi-même comme autre que soi, libre de séparer et d'unifier à sa guise, bref il/est souverain absolu.

Et moi, Untel, je suis cet être souverain, qui joue à être ce personnage, et qui joue jusqu'à s'oublier dans ce jeu. Autrement dit, il n'existe rien en dehors de moi, conscience universelle. Je suis tout-puissant. Tout ce qui est, ce sont des manifestations de moi à moi : "Le Souverain des dieux s'est lui-même fait prisonnier. Qu'il se libère donc lui-même !".

Autrement dit, tout est possible. Si je souffre, si je subis une existence misérable, c'est parce que, au fond, je le veux. Les camps de concentration, je l'ai voulu. Je suis à la fois celui qui tue et celui qui est tué. Je suis le bourreau et la victime. Une guerre, c'est Dieu (ou la Déesse, comme on voudra) transformé en 10000 Sarrasins, qui tue son autre partie, transformée en 10000 Croisés. Je suis un être qui joue à se tuer lui-même, à se haïr lui-même, à se dominer lui-même, à se torturer et à s'exploiter.

Si je suis pauvre, malade et mal-formé, c'est parce que je le veux. Et ainsi de suite.

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Le côté positif de l'affaire, c'est que tout est toujours possible. Je peux tout. Il suffit de le vouloir. Je suis l'être souverain. Il n'y a pas d'autre obstacles que les croyances que j'ai moi-même créées, et qui ne sont rien d'autres qu'un jeu que je joue avec moi-même, manifesté sous d'innombrables formes. Un seul être à travers d'innombrables corps, dans l'innombrables mondes. Et donc, il suffit de vouloir, de désirer, de ressentir, d'évoquer, d'imaginer, d'appeler à l'être, puisque je suis l'être infini et parfaitement capable de tout. Tous les possibles ne sont que des aspects de moi, comme les branches d'un arbre infini qui repose dans sa graine.

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Dès lors, le shivaïsme du Cachemire n'est-il pas très proche du New Age, de la Loi d'Attraction et de la "pensée positive" en général ? 
Les tantras, et en particuliers les tantras non-duels, insistent pour dire que moi, en tant qu'être conscient, je suis "le joyaux qui exauce les souhaits", "l'arbre d'abondance" et même... la Vache Cosmique ! Il suffit de vouloir. Tout ce qui me résiste, c'est ma volonté, c'est moi contre moi. Je veux passer à travers ce mur et il me résiste ? Cette résistance, c'est une croyance, une habitude ! Et qu'est-ce qu'une habitude ? C'est une volonté si vieille que j'ai oublié qu'elle était la mienne. Tout n'est que volonté. Il suffit de s'en rappeler, et d'agir en conséquence. Les prétendues "lois de la nature" ne sont que des habitudes anciennes, des désirs cristallisés, des plis du vaste tissu que je suis, mais qui reste libre de se "repasser", il suffit de le vouloir. 

De fait, les pratiques tantriques, les sâdhanâs, ne sont rien d'autre que des exercices de pensée créatrice (bhâvanâ) : je veux être riche ? Je visualise la richesse, je récite son mantra, j'exécute ses geste magiques, je m'imagine dans son palais divin... Et miracle : la richesse se matérialise. Car toute matière n'est que matérialisation de ma volonté, de la liberté sans limites que je suis vraiment.

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Alors pourquoi est-ce que moi, qui affirme m'inspirer du shivaïsme du Cachemire, suis-je si critique vis-à-vs du New Age ? Pourquoi n'abonde-je pas dans le sens du pouvoir infini de l'imagination créatrice ?

C'est une question très importance, et extrêmement profonde.

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Voici ma réponse :

1) Premièrement, je ne suis pas adepte du shivaïsme du Cachemire au sens où, contrairement à d'autres, je ne prétends pas être initié, ni faire partie d'une lignée, même si j'ai réellement reçu des initiations traditionnelles. Mais j'ai fais le choix de ne pas adpter cette posture initiatique ou religieuse. Pourquoi ? Par amour de la liberté ? Par ailleurs, je ne prétends pas non plus être spécial : je ne suis pas un éveillé, ni un maître, ni un yogi, ni l'élu d'une révélation spéciale. Je médite et je pratique depuis quelques décennies, mais je suis aussi humain qu'on peut l'être, pour le meilleur et pour le pire. Je ne passe pas à travers les murs. 

2) Deuxièmement, je m'inspire du shivaïsme du Cachemire (et des autres traditions, mais à des degrés moindres). C'est vrai. Mais il s'agit d'une source d'inspiration. Je trouve que le shivaïsme du Cachemire est la tradition "la plus" inspirante. Mais je ne l'imite pas comme un perroquet. Au contraire, je choisi une posture critique, c'est-à-dire que j'interroge les témoignages traditionnels. En fait, pour moi, les "grands maîtres" comme Abhinava Goupta sont comme des amis. J'aime mes amis, mais j'aime encore plus la vérité. Je les respecte, je els estime souvent, mais je conserve mon discernement. Je prends parfois du recul, j'examine le pour et le contre, je problématise, j'envisage différents points de vue. Je remets en question. L'interroge des présupposés. Et ainsi de suite.

3) Troisièmement, il me semble qu'il y a, au-delà des ressemblances apparentes, des divergences fondamentales entre shivaïsme du Cachemire et New Age. Il est vrai que le tantrisme, en général, est très proche du New Age. Si j'étais simplement un "tantrika", un tantrique ou un tantriste (oui je sais, c'est de pire en pire), j'adopterais les croyances new age. pourquoi ? Parce que ce sont les même ! "Je veux, je peux". C'est ça, le tantra populaire. 


Mais le shivaïsme du Cachemire, c'est autre chose. pour être plus précis, je vais m'appuyer sur le Poème pour reconnaître le Maître en soi (Îshvara-pratyabhijnâ-kârikâ), texte fondateur de la philosophie la plus aboutie du tantra non-duel, la Reconnaissance (pratyabhijnâ : rien à voir, soit dit en passant, avec le "massage cachemirien", ceci étant dit sachant que j'adore les massages, et aussi les pulls en cachemire). Son auteur, Outpala Déva, admet certes que nous sommes omniscients et omnipotents. Et il concède aussi qu'une chose apparaît telle qu'on se l'imagine, selon nos désirs et attentes. Mais d'un autre côté, il établi une nette distinction entre mes désirs en tant qu'individu, et ma volonté souveraine en tant que libre conscience. Et, en tant qu'individu, mes désirs se heurtent à la nécessité des lois de la nature. Certes, ces lois sont la libre volonté de Shiva ou Dieu, c'est-à-dire "ma" volonté. Mais voilà : je ne "veux" pas vraiment, vraiment, autre chose que ces lois. Si je me reconnaissais réellement comme conscience, je pourrais faire ou refaire toutes choses à ma guise. Mais je m'identifie à mon corps. Et croire que cela peut changer par quelques mantras, c'est vraiment une croyance. Je suis conscience absolue. Mais en pratique, tout se passe comme si je ne l'étais pas, et comme si cette conscience universelle, "plus moi que moi", était autre que moi. Je peux bien m'imaginer que je suis la conscience universelle, mais tant que je m'appuie sur mon imagination individuelle, cela n'aura, en pratique, que des conséquences....imaginaires. Voilà pourquoi le shivaïsme du Cachemire donne tant d'importance à la "grâce" (shaktipâta). Mais cette grâce n'est pas une énergie que l'on pourrait recevoir de l'extérieur, comme un courant d'énergie électrique. Car la grâce, c'est seulement las conscience elle-même qui se réveille à elle-même. Et cela, elle seule peut le faire. Il y a là un mystère. 

D'un autre côté, il est vrai que je peux toujours vouloir. Mais cela ne changera presque rien. Rien, en tous les cas, aux lois de la nature. Je peux bien vouloir passer à travers les murs : mon désir restera infime face à la volonté divine.

Mais alors, demandera-t-on, à quoi bon cette philosophie ? Qu'apporte t-elle ? Que propose-telle ?
Ce c'elle offre, c'est de s'identifier à la source de tous les désirs. Ce qu'elle suggère, c'est d'inverser le désir, d'ordinaire tourné vers l'extérieur, pour remonter à sa source, au désir pur, au désir pris en amont de tout objectivation. Non le "désir de" ceci ou de cela, mais le désir pur, non-duel, le mouvement absolu, sans construction mentale, avant tout choix. Comment ? Par l'observation des désirs. Mais aussi par la méditation, par l'oraison, qui consiste à retrouver en soi ce désir à l'état pur. 


Et qu'est-ce que cela change ?

Cela change que l'on découvre que l'on peut vivre en cette source de tous les désirs. A quoi bon ? A ceci qu'en cette source, tous les désirs (oui, tous) ne font qu'un avec leur objet, leur buts. Ils sont donc tous comblés. D'où la sensation de plénitude dont on fait l'expérience quand on vit ce désir non-duel. C'est une sensation d'être un avec tout. C'est une sensation d'amour, d'harmonie, de réconciliation. Rien ne chose, objectivement. Mais, mystérieusement, on se sent être à la source de tout ce qui est. Et dans cette source, les conflits ne sont pas encore apparus. Et du coup, quand je vis dans cette unité, je me sens vivre au plan où tout est créé, désiré et connu. Et donc, "je fais et je connais tout ce que je désire", en ce sens précis. Instantanément. Tout "coule de source". Rien n'est changé, tout est changé. Par cette simple découverte intérieure.

De cette expérience naît un sentiment de paix. Et de réconciliation. Et d'acceptation. Mais cela ne signifie pas qu'en tant qu'individu, vous devenez un zombie bien sage. Bien au contraire. En tous les cas, ça n'est pas mon expérience. Au contraire, je me sens plus concerné par le sort de l’humanité, des êtres vivants, et même du cosmos. Je me suis plus souvent appelé, interpellé. Mais cette expérience d’unité me donne de la force, du courage, jusqu'à, s'il le faut, sacrifier mon bien-être personnel, mon intérêt, ma réputation, etc. 

Et dans cette communion avec la source de tout, que miraculeusement je découvre en moi, je sens que tout est possible. Et cela n'endort pas en moi le bon sens, la raison, l'exercice du jugement critique. Bien au contraire. Mais cela apporte une paix, une joie, une espérance même, en dépit de tout. 

Mon corps ne passera sans doute jamais à travers les murs.
Mais moi, en tant que conscience simple, je suis dans chaque atome de ce mur. Ce mur, et tous les autres murs possibles, baignent en moi, sans effort. Et en tant que désir pur, non-duel, désir à la source de tous les désirs, je crée ce mur, à chaque instant. Ce qui, on n'en conviendra, n'est pas une maigre consolation.

Voilà pourquoi, tout en étant inspiré par le tantra non-duel, je critique le New Age, qui entretient sans cesse la confusion à propos de moi en tant qu'individu, et moi en tant que conscience universelle. D'où les éruptions occasionnelles de mégalomanie et l'immaturité que l'on observe régulièrement dans les milieux new age et chez tous ceux qui s'en inspire.

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