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dimanche 28 mars 2021

Peut-on comparer les points de vue ?



Selon les sophistes postmodernes, on ne peut comparer les cultures, car une culture est un point de vue, fait de mots idiosyncratiques. Il n'y a rien de commun entre ces cultures, ces discours. Chaque culture est unique. 

Il est donc impossible de les comparer. Un dialogue entre les cultures est impossible, en l'absence d'une langue commune. 

Il est finalement impossible de se comprendre individuellement. Tout dialogue est vain, car il n'existe aucune loi universelle, aucune valeur commune, pas de mesure qui transcenderait les points de vue. Donc il n'y a pas de réalité objective, pas de vérité. 

Si l'on suit jusqu'à son terme cette ligne de pensée, chacun est une culture, enfermée en elle-même. Le confinement n'est que l'aboutissement logique de ce cancer de l'esprit. 

Et même, chaque instant est singulier, incomparable avec les autres. Je ne peux même pas me comprendre moi-même, ni comparer une expérience présente à une expérience passée. D'où ce trait de génie de la spiritualité contemporaine : "Il ne faut pas juger".

Tout est indicible. On ne s'étonnera donc pas que le langage connaisse un effondrement sans précédent.

Cela ne tient pas la route, en plus d'être destructeur.

Car 1) Si l'on ne peut pas se comprendre, on ne peut même pas comprendre que l'on ne se comprend pas. Or, le postmodernisme affirme que l'on ne peut pas se comprendre. Affirmation qui se réfute elle-même, comme "tout est faux", "tout est relatif", etc.

Et 2) il existe de fait des vérités universelles, des questions, des réponses et des arguments analogues dans des cultures éloignées dans le temps et dans l'espace.

Exemple :

Il y a une analogie frappante entre le verset 3  des Stances pour la Pleine Conscience (Sâmkhya-kârikâ, Inde, vers 400), et ce que dit Scot Erigène (vers 850, royaume franc) :

La kârikâ 3 des Sâmkhya-kârikâ affirme qu'il existe quatre entités dans le réel :

1) Ce qui n'est pas créé mais créateur = la Nature

2) Ce qui est à la fois créé et créateur = les parties subtiles de la Nature, l'intellect, etc.

3) Ce qui est seulement créé : les cinq sens, les cinq organes d'action, les dix éléments, subtils et grossiers.

4) Ce qui n'est ni créé, ni créateur = Les pures consciences individuelles

Le livre De la Nature de Scot Erigène affirme de même qu'il existe quatre entités dans le réel :

1) Ce qui n'est pas crée et qui crée : Dieu

2) Ce qui est créé et qui crée : le Monde Intelligible

3) Ce qui est créé et ne crée pas : L'Homme (ou la matière ?)

4) Ce qui n'est pas créé et ne créé pas : Dieu comme fin ultime ou la Déité.

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Il y a donc des analogies frappantes. Le postmodernisme est donc faux.

mardi 5 juillet 2011

Eclats de diamant


Quand on lit des textes des philosophies de l'Inde, il se passe la même chose que pour toute autre philosophie : il y a d'une part les arguments intéressants, mais que l'on a tendance à oublier et, de l'autre, les arguments qui nous marquent à jamais. Ce sont les arguments puissants, les dieux des univers de la dialectique. Ainsi, les Tibétains nomment "éclats de diamant" les arguments les plus forts de Nâgârjuna.

Voici ceux qui m'ont marqué :

1. Rien n'existent en dehors de la conscience, car rien n'est perçu ni conçu sans elle.

2. La conscience ne peut jamais être connue à la manière d'un objet, sinon ce n'est plus la conscience.

3. Ce qui n'existe pas toujours, n'existe jamais.

4. Tout ce qui est, est dépourvu de nature propre, "n'est ni un, ni multiple", comme disent les Mâdhyamikas.

Ensuite, on peut combiner, extrapoler, reformuler, etc. Mais ces arguments me semblent irréfutables.

Ce qui m'amène à un autre sujet passionnant. Celui du rapport entre bouddhisme et hindouisme. Ces ennemis de toujours semblent enfermés dans un dialogue de sourds, état de fait nourri par une certaine mauvais foi, de part et d'autre.
En gros, le mécanisme des polémiques bouddhistes contre hindouistes est le suivant : l'un affirme une chose au plan de la vérité relative, et l'autre le réfute en se plaçant au plan de la vérité absolue ; et réciproquement. Donc, ça peut durer longtemps. Cette histoire de distinction des deux "plans" de vérité n'est pas à prendre à la légère.
D'autant plus qu'au fond, je l'affirme, bouddhisme et hindouisme disent la même chose. Quel fond ? Celui-ci : la thèse n° 2 ci-dessus - hindouiste - équivaut à la thèse n° 4 - bouddhiste.
En clair, ce que les hindouistes appellent la conscience-qui-n'est-pas-un-objet, c'est exactement ce que les bouddhistes appellent la conscience-dépourvue-de-nature-propre. Voilà l'essentiel.

P.S. : exemples :
Les maîtres de la méthode qui consiste à détruire les discours relatifs par les discours ultimes et inversement, ce sont Shamkara et Nâgârjuna. Avec leur manière de parler "définitive" (nîta-artha, parama-artha), ils anéantissent les discours conventionnels (vyavahâra). Bien que leurs propres discours... soient aussi des discours, avec leur conventions. Inversement, je soupçonne la Pratyabhijnâ de procéder selon cette méthode avec le bouddhisme : ils réfutent le discours bouddhiste sur la vérité absolue en faisant remarquer que cela détruit, réduit à néant, et n'explique nullement le cours des choses. Alors que le discours définitif bouddhiste vise en effet cela. Si la Pratyabhijnâ veut une explication bouddhiste des phénomènes, elle doit la chercher au niveau des discours provisoires sur la manière dont les choses fonctionnent bien que, selon l'avis unanime, rien ne se passe...
Une dernière remarque : la plupart des disputes concernent non pas la vérité absolue, mais la manière, conventionnelle et relative, dont il convient d'expliquer les phénomènes. Cela vaut pour les Madhyamakas (eh oui, c'est comme le dzogchen, la mahâmudrâ, etc., il y en a plusieurs variétés), pour les Vedântas, et autres systèmes fondés sur la distinction des deux vérités.
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