Bienvenue dans les pâturages de la Vache cosmique. Philosophie et mystique, voie de la connaissance et de l'amour. Philo-sophia, amour de la sagesse, désir de vérité, expérience et réflexion. Yoga ou union du cœur et de la tête. La philosophie comme yoga, la philosophie comme pratique, éclairée et nourrie par la tradition du Tantra et autres sources que nous ont léguées nos ancêtres. Cours Tantra traditionnel.
dimanche 5 avril 2009
Ek Baba tha...
Bien sûr, il y a des gens sérieux. Mais autant chercher une aiguille...
Regardez cet exemple typique : un maître de yoga de la lignée de l'immortel "babaji". C'est le monsieur en bas, avec le bandeau rouge. Mais non, ce n'est pas le gourou de Rambo. Par contre, il est fort probable que Chuk Norris, Jean Claude et autres idoles du cinéma asiatique l'aient inspiré.
Donc, la recherche d'un maître est elle-même un maître.
samedi 4 avril 2009
Le Grand Arcane des Parfaits - XIII
Suite et fin du cinquième chapitre du Grand Arcane des Parfaits
Par la force, l'invisible devient visible,
l'inaudible devient audible.
Tout ce qui a force est
enraciné dans la Capacité. 11
[Cette fois, je rend "shâka" par "capacité" plutôt que par "puissance", pour distinguer de "shakti", plus couramment employé. La "force" n'a rien à voir avec les Jedis. Elle désigne simplement les forces physiques et mentales. L'auteur veut dire que toute force vient de la Puissance personnifiéepar la Déesse.]
Tout ce qui apparaît,
tout ce que l'on dit,
se déploie et se reploie
grâce à la force.
Tout cela est enraciné
en la Capacité. 12
La force qui se voit ou qui habite
dans le sens littéral,
suggéré ou figuré des mots,
cette force a sa racine dans la Capacité. 13
[Thème classique des tantras : la Puissance est Parole. Toute expérience est tissée de langage.]
Une seule Capacité irradie
(dans les états du sujet) :
par l'oubli dans la veille,
par le souvenir dans le rêve,
en étant goûtée durant le sommeil profond,
en tant que (pure) existence dans le Quatrième (état). 14
[L'auteur fait ici allusion au schéma des quatre états du sujet. Le sommeil sans rêve est censé être une expérience du repos dans la pure Lumière du Soi, mais avec une conscience assoupie. C'est pourquoi l'on se réveil avec une impression de bien-être, mais sans être libre pour autant. Dans le Quatrième état, en revanche, on est le Soi, mais en pleine conscience. D'où le sentiment de plénitude que l'on y éprouve.]
Le grand dieu que les ascètes et les sages mythiques
s'efforcent d'atteindre par (les huit étapes du yoga)
- prescriptions, interdictions, postures, retrait des sens, fixation, concentration, méditation et contemplation -
c'est la Nature propre,
le Puissant. 15-16
Cela n'est atteint ni par l'idée de but à atteindre,
ni par l'idée de renoncement.
Ce qui est évident,
le Principe suprême,
la Nature propre,
c'est lui, le Puissant. 17
Les sublimes déesses que sont
les facultés sensorielles et mentales
adorent sans trêve, immobiles,
une divinité.
Cette divinité est pour nous la Capacité. 18
Les huit divinités de la Parole, les huit Parfaits et les neuf dieux des richesses
ne vivent que par elle.
Pour notre victoire, telle est la Capacité. 19
[Les "huit divinités de la Parole" sont les séries de consonnes de l'alphabet sanskrit.]
Les douze Rayons solaires et les onze Rudras
les huit dieux de la Terre (qui tous ensemble constituent la Nature)
prennent toujours refuge en la Capacité. 20
Les sages sacrifient aux divinités des trente-six catégories (du réel)
au moyen de la plénitude.
Ce sacrifice est pour nous la Capacité. 21
[Bref, la Déesse est à la fois le sacrifiant, l'acte sacrificiel et la divinité à laquelle s'adresse le sacrifice. Ce dernier vers fait allusion au rituel de la déesse Suprême (Parâ) durant lequel l'adepte boit des libations d'alcool ("au moyen de la plénitude") faites aux divinités des trente-six tattvas, visualisées au niveau du nombril.]
Amritavâgbhava, Le Grand Arcane des Parfaits (Shrîsiddhamahârahasyam), Jammû 1983.
samedi 21 mars 2009
Le Grand Arcane des Parfaits - XII

Le Grand Arcane des Parfaits
Chapitre cinquième : Grandeur de la Puissance
Le meilleur des yogas,
Le yoga authentique,
est découvert quand
le yoga de l'agir,
le yoga du connaître
et le yoga du désir
atteignent leur plénitude. 1
Notre ultime yoga
est ce yoga
dans lequel rien n'est fait
ni connu,
ni désiré. 2
Je me délecte de la parfaite sève
qui s'écoule de l'étreinte du "je" et du "ceci".
Je suis alors le Royaume immuable,
immortel, puissant,
que l'on n'obtient pas sans peines. 3
Là où il n'y a plus de recherche
de la vertu, du plaisir, du profit ou de la délivrance,
là se trouve pour nous
le but de l'homme :
lui, le grand Seigneur,
le suprême Shiva. 4
Là ou l'étreinte
des Parfaits et des Yoginîs
touche à la parfaite plénitude,
puisse le puissant Seigneur,
le plus grand,
nous rendre victorieux. 5
Ce que les sciences
des brahmanes,
des adeptes de Vishnou
et des autres
sont incapables de décrire,
ce secret qui les réduit au silence,
est pour nous intégralement présent
dans le Puissant. 6
Toutes les fins
tous les moyens
et tous ceux qui aspirent à les atteindre,
tous sont autant de vagues
dans l'océan du Puissant,
en qui tout existe. 7
Les méthodes
de l'activité,
de la connaissance
et du pur élan
ne s'animent qu'en s'appuyant
sur le Puissant, Vie de toutes choses. 8
Le fruit de la cause.
La cause du fruit.
Ce couple existe en un seul lieu,
où il puise sa force.
Cette efficience,
comme toute force,
est enracinée dans le Puissant. 9
Ce qui n'existe pas
naît de ce qui existe.
L'univers, qui existe,
naît de ce qui n'existe pas.
La force de tout cela
est enracinée dans le Puissant. 10
["Ce qui n'existe pas
naît de ce qui existe.
L'univers, qui existe,
naît de ce qui n'existe pas" : De Shiva naît la Mâyâ, de la Mâyâ naissent les mondes.]
Amritavâgbhava, Le Grand Arcane des Parfaits (Shrîsiddhamahârahasyam), Jammû 1983.
samedi 7 mars 2009
Tantra in India
Le tantrisme, dans l'Inde d'aujourd'hui, ce sont d'abord des sortes de marabouts (plus sophistiqués certes) qui s'appuient sur les traditions les plus populaires pour faire fonctionner leur business du "retour d'affection", etc. Les rationalistes, de leur côté, cherchent à les démasquer, ce qui est difficile vu les faiblesses humaines, faiblesses que ces rationalistes ne sont d'ailleurs pas en mesure de combler. Tenez, en voici un qui a mis au défi un maître tantrique de le tuer sur place par ses formules magiques (mantra). Ce maître, du Nord de l'Inde, invoque Bagalâmukhî et Tchandî, deux déesses très populaires. Vu que cela ne marche pas, il commence un hôma (offrande dans le feu), avec disciples et moultes ustensiles, mais sans résultats. A la fin, le rationaliste (avec la barbe) s'esclaffe : "Vous voyez, les tantras et les mantras n'ont aucun pouvoir !" Evidement, les esprits sagaces diront que ce "rationaliste" était en réalité protégé par des mantras encore plus puissants !
Pour ma part, j'inclinerais plutôt à penser que ce "maître tantrique" n'est qu'un acteur. Les mantras qu'il récite ne sont pas adaptés : ce sont des louanges à Shiva, à la Déesse, ou (à la fin) un mantra pour paralyser. Mais rien pour tuer. De qui se moque t-on...
Evidement, le tantrisme ne se réduit pas à ces divertissements. Mais il faut tout de même savoir à quoi s'attendre, afin d'éviter les déceptions et autres malentendus sources de rancunes tenaces.
dimanche 1 mars 2009
Le Grand Arcane des Parfaits - XI
Chapitre quatrième : Louange du maître divin
Louange au seigneur de la colère[1],
Incarnation de la grâce.
Par sa bonté, j’obtins le secret[2],
Suprême purification. – 1
Quand j’eus atteint ma seizième année[3],
Ce sage dont la compassion est pareille à un océan
M’apparut soudain, car son cœur avait été agréé
Par la lecture d’un hymne que j’avais composé.
M’octroyant alors la grâce,
Il m’instruisit du grand cœur de la pratique spirituelle,
Le yoga intégral[4]. 2-3
Je m’abandonne
A la divine enfant[5], à l’élue,
Pareille au feu de la fin des temps qui consume les péchés,
Semblable à l’aube d’un million de soleils,
Adorée par les trois déesses du mantra. 4
Je m’abandonne en la divinité,
Semblance de millions d’éclairs,
Sise au centre d’un lotus blanc grand ouvert,
Tenant le livre et le rosaire
Faisant les gestes du don et de l’absence de peur[6]. 5
Je m’abandonne en la divinité élue[7] (de mon cœur),
L’écarlate,
La ravissante qui réalise tous les désirs,
Dense nuée de compassion,
Origine de toute les pensées. 6
Amṛtavāgbhava, Le Grand Arcane des Parfaits (Śrīsiddhamahārahasyam), Jammū, 2003.
[1] « Le seigneur de la colère » est une épithète du sage mythique Durvāsa, réputé pour son caractère irascible et sa tendance à lancer des malédictions. Il est aussi un personnage central dans la transmission de la gnose śivaïte.
[2] Le « secret », selon Balajinnāth Paṇḍit, disciple de l’auteur, c’est le « sceau de Śiva » (śāṃbhavīmudrā), attitude qui consiste à contempler de Soi les yeux grands ouverts.
[3] Le chiffre seize, celui de la pleine lune, symbolise la plénitude.
[4] Le « yoga de la plénitude » ou « intégral » est le cœur de toute discipline spirituelle. C’est la contemplation du Soi mentionnée précédemment. Notons que cette expression de yoga « grand » (mahā) ou « intégral » (pūrṇa) était employée à cette même époque par Gopināth Kavirāj et Aurobindo.
[5] La « divine enfant » est la déesse Bālā dans la tradition de la Śrīvidyā. Son essence est le mantra en quinze syllabes, fait de trois parties également divines : Vāgbhava, Kāmarāja et Śaktibīja. Dans le maṇḍala de la déesse, elles correspondent aux trois angles du triangle central.
[6] Cette déesse, « blanche comme la lune et transparente comme le cristal », n’est autre que Parā, la Suprême, déesse centrale professée par Abhinavagupta dans son commentaire au Parātrīśikātantra, et transmise dans le Sud de l’Inde, par exemple dans la Parātrīśikālaghuvṛtti et la tradition de la Śrīvidyā. Le « livre », ce sont Les Stances pour la reconnaissance de soi d’Utpaladeva, ou encore La Quintessence de la reconnaissance de Kṣemarāja.
[7] L’élue (iṣṭam) : c’est ainsi que l’on désigne traditionnellement la forme divine sur laquelle on médite, élue par l’inclination spéciale que l’on éprouve à son endroit.
