lundi 10 novembre 2014

Mystère



Il n'y a pas de haine sans amour.
Mais l'amour est sans haine.
Il n'y a pas de mal sans bien.
Mais le bien est sans mal.
Il n'y a pas de laideur sans beauté.
Mais le beau est sans laideur.
Il n'y a pas d'injustice sans justice.
Mais le juste est sans injustice.
Il n'y a pas de faux sans vrai.
Mais le vrai est sans erreur.

La Source de l'amour et de la haine est amour.
La Source du bien et du mal est bonne.
La Source du beau et du laid est belle.
La Source du juste et de l'injuste est juste.
La Source du vrai et du faux est vraie.

D'où viennent la haine, le mal, la laideur, l'injustice, l'erreur ?


Dieu est-il par-delà Bien et Mal ?


Attention, ce qui suit est intellectuel. Mais à mon sens, penser c'est aussi participer à la Vie, à la Source. Le cœur et la tête ne font qu'un.

On dit souvent que le bien et le mal sont des constructions relatives : le bien n'est bien que par rapport au mal, et vice-versa. 
Il s'ensuite alors deux choses :
- La morale est une construction relative et n'a donc qu'une valeur relative. On peut aussi se réclamer de l'autorité des sages d'Inde qui semblent critiquer la morale et n'y voir qu'une construction imaginaire (voir, par exemple, Abhinavagupta).
- Dieu, la Déesse ou la Source comme on voudra l'appeler, est au-delà du bien et du mal, et donc neutre.
Ces opinions vont, en outre, dans le sens de l'idée d'un absolu au-delà du mental.

A cela je répond :

- Certes, le mal existe relativement au bien. Mais pas l'inverse. Le bien peut exister sans le mal. En effet, qu'est-ce que la mal ? Le mal est l'absence de bien. Qu'est-ce que le bien ? La perfection d'une chose. Donc le bien est. Le bien est quelque chose d'existant. Mais le mal n'est qu'un défaut, un manque d'être. Par exemple, il vous manque un œil. Donc le mal, à proprement parler, n'existe pas. L'absence d’œil ne se conçoit que par rapport à un œil. En revanche, l’œil n'a pas besoin de l'idée d'absence d’œil pour être conçu. Il n'y a pas d'ombre sans lumière, mais il peut y avoir de la lumière sans ombre. La relation n'est pas symétrique. Tout est relatif... à l'absolu, à la Source, qui n'est relative... à rien !

- La morale est une construction en partie déterminée par la culture. Mais a) il faut distinguer entre une morale donnée et le sens moral, la conscience morale ; et b) distinguer entre la coutume et la morale. La coutume est en grande partie liée au temps et au lieu. Mais pas la morale. En effet, la morale dérive de l'instinct moral. Et je dis que cet "voix de la conscience" ne fait qu'un avec la conscience. La conscience est un instinct inné du bien. Morale et spiritualité ne sont pas séparables. On distingue parfois entre conscience psychologique, conscience métaphysique et conscience morale. Mais il n'y a qu'une conscience. La conscience est toujours morale.

- La Source est par-delà bien et mal, mais elle n'est pas neutre. Elle est le bien. Elle n'est pas indifférente, inerte, passive, comme prisonnière de son statut transcendant, à l'image d'un néant stérile et impersonnel. Elle est la perfection du bien, du beau, du juste, du vrai. Les choses bonnes et belles sont autant de reflets de la Source. La conscience est le bien souverain.

jeudi 6 novembre 2014

A quoi sert la raison en spiritualité ?


Dans mon dernier billet, j'avais dit que le sens absolu, spirituel, se révélait quand on ne cherchait plus à construire du sens relatif et quand on cesse de projeter du sens sur les choses. 

A première vue, cela paraît austère, bien éloigné de la plénitude. Dénoncer les illusions, inviter à la sobriété, n'est-ce pas en effet le contraire de la spiritualité ? Démystifier, n'est-ce pas l'opposé de la mystique ?

Pourtant, si l'on jette un œil à ce qu'on dit les mystiques, on s'apercevra qu'ils ont presque toujours mis en garde contre la tendance innée à voir du sens là où il n'y en a pas. Et voir du sens, c'est voir des relations. En particulier des relations à nous, à "moi". 

Dans la spiritualité contemporaine, au contraire, on entend souvent que "l'univers a un plan pour nous", qu'il existe "pour moi", qu'il est en dialogue avec moi, que je suis son "cocréateur", etc. 

Mais dans la spiritualité comme dans la science, on dénonce l'illusion du moi, l'égocentrisme qui consiste à tout rapporter à soi, à croire qu'un scénario est écrit pour nous, rien que pour nous, et on rapproche ces tendance de l’ethnocentrisme et de l'anthropocentrisme qui consistent à mettre nos coutumes ou l'homme au centre de l'univers. 

Pourtant, il est vrai que quand, par un geste intérieur difficile à décrire, on s'abreuve à la fontaine de la conscience, on a le sentiment ineffable d'être relié à tout et à tous. Ce sentiment d'unité est l'expérience mystique par excellence. Et la vie intérieure consiste à se laisser vivre par cette fontaine de félicité et d'amour, par cette plénitude de sens.

Comment réconcilier ces deux vérités ?
Comment tenir ensemble qu'à la fois la plupart des sens, des relations que nous voyons ne sont que des constructions imaginaires, et que nous éprouvons en nous le sens absolu, la plénitude de l'unité avec le tout ?

A mon avis, il faut distinguer l'expérience et ses interprétations.

L'expérience de l'unité me dit que je suis un avec et relié à tout. C'est un fait. Une expérience brute. 
Mais elle me le dit sans mots. Sans images.
Les mots, les concepts, les images, sont forcément limitées et en parties déterminées par mon passé, par des mécanismes inconscients. Dont une tendance innée à voir des liens, à imaginer des rapport de cause à effet même là où il n'y en n'a guère.

Autrement dit l'expérience est vraie.
Mais les interprétations sont seulement plus ou moins vraisemblables.

Je ne doute pas de l'expérience de l'unité. Il suffit que je "plonge" là, maintenant, pour goûter cette reliaison. C'est une expérience antérieure aux pensées, aux interprétations, une sensation qui est plus moi que moi, pour ainsi dire.
Mais je doute des mes interprétations de cette expérience, de ce ressenti. 
Voilà pourquoi une vie intérieure équilibrée est, à mon sens, à la fois affaire d'intuition et de raison, de foi et de doute, de ressenti et de réflexion.

Il n'est pas nécessaire de sacrifier ce qui est beau et bon. Ni obscurantisme, ni rationalisme. Inutile de sacrifier la raison à l'expérience, ni l'expérience à la raison.

D'où une grande paix et une grande joie.

mercredi 5 novembre 2014

Où trouver le sens ?

Notre cerveau (notre corps) est ainsi fait qu'il ne peut s’empêcher de voir du sens, même là où il n'y en a pas.
Regardez par exemple cette image :


Nous voyons un triangle. Même si nous savons qu'il n'y a pas de triangle. Notre cerveau relie les formes pour leur donner du sens. Involontairement.
Notre cerveau produit des hypothèses à partir des données qui se présentent à foison à chaque instant. Et à chaque instant, il calcule et recalcule, sans y penser, les hypothèses les plus vraisemblables. Il sélectionne les interprétations les plus probables. Mais pas nécessairement celles qui sont vraies, qui correspondent à la réalité.

Cette tendance innée à voir du sens, même là où il n'y en a pas, à relier des éléments qui n'ont a priori aucun lien, explique les apparitions surnaturelles, par exemple. Dans des formes données, notre cerveau voit des visages. Faites l'expérience. Fixez les nuages, en cherchant un visage. Ou même en regardant n'importe quoi d'autre. Ça marche. Plus pour certains, dont l'hémisphère droit est dominant. D'autres surinterprètent les expressions, les paroles ou les actes. Mais nous sommes tous plus ou moins enclins, instinctivement, à voir ce qui n'existe pas. A surinterpréter. 
D'où les superstitions, les miracles, etc. jusqu'aux théories du complot. Ces mécanismes sont admirablement mis en évidence dans le roman d'Umberto Eco, Le Pendule de Foucault.

Mais pourquoi ce travers ? Car enfin, comment expliquer que notre cerveau soit ainsi fait ? Il aurait pu être autrement ! 
Il faut voir que le cerveau n'est pas fait une fois pour toutes. Il est fait d'habitudes, de plis qui se font et se défont au gré des circonstances. Les habitudes les plus avantageuses sont conservées et renforcées. Les autres passent à l'arrière-plan, voire disparaissent.
Mais comment une habitude aussi désavantageuse a-t-elle pu survivre ?
Tout simplement parce que, dans un environnement naturel, il vaut mieux projeter des dangers qui n'existent pas, plutôt que de louper un vrai danger. Ceux qui projetaient ont survécu. Les cerveau trop rationnels sont morts...

La plupart des croyances sont des stratégies du cerveau pour aider le corps à survivre et lui donner l'occasion de se perpétuer.

Mais alors, faut-il conclure que rien n'a de sens ? Que l'univers est absurde ? Que tout est projection ? Que tout sens est arbitraire, mécanisme de compensation, de consolation, de sécurisation engendré automatiquement par la machinerie probabiliste qu'est notre encéphale ?

Je le crois, oui, en grande partie.
Et souvent, notre tendance à projeter du sens se trompe, et nous plonge dans des croyances, des labyrinthes de croyances, absurdes et déprimants. Comme les malentendus entre personnes, les délires paranoïaques. Comme les théories du complot.

Mais ce n'est pas tout.

Paradoxalement, le sens véritable se dévoile quand on lâche prise, quand on délaisse ces sens fabriqués par notre cerveau.

C'est ce dont on fait l'expérience dans le silence intérieur. On ne fabrique rien. Aucun sens. Nulle interprétation. Et pourtant, on découvre la fontaine du sens absolu, bienfaisant, total, la plénitude incomparable. 
Bien sûr, ce sens là ne peut être exprimé par des mots. 
Mais il peut nous inspirer des mots. Des mots bienfaisants. 

Il faut ajouter cependant que cette recherche d'expression, d'incarnation, est une aventure dangereuse. Souvent, elle se traduit en un flot d'images sans queue ni tête, en superstitions, en règles délirantes, en système de correspondance magiques, en une sorte de cancer mental qui voit tout en tout, en dogmes et en religions. 
Mais on ne peut s'en empêcher.

L'attitude juste consiste donc à garder un œil critique sur notre tendance à voir du sens partout, tout en nous ouvrant au sens véritable qui se révèle dans le silence, en accueillant le besoin de l'exprimer, mais là aussi en gardant un certain recul critique.

Le sens absolu se trouve là où l'on a renoncé à tous les sens relatifs.

Pour entendre le Verbe du silence, il faut faire taire la parole discursive, comme un orchestre fait silence juste avant de commencer à jouer.  

Qu'est-ce que le corps ?



Le corps n'est pas une chose comme les autres.
Il est la cristallisation de la sève de la conscience.

Selon un maître du cachemire :

"Le corps entier est conscience

car, comme le monde, il se manifeste à l'image d'une cristallisation de la sève de la conscience."

Le yoga de Shiva et de Shakti consiste à laisser le corps de glace fondre dans le corps liquide, fluide, transparent et scintillant. Le corps de conscience.
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