Le pranayama est l'apaisement du mental
par l'affinement du souffle.
Cette pratique de yoga physique repose sur le postulat
que la respiration est le support du mental
En ralentissant le souffle, on ralentirait le bavardage intérieur.
Parmi les exercices de pranayama, beaucoup sont aujourd'hui présentés comme des façons d’oxygéner l'organisme et de vider les poumons du dioxyde de carbone, ce gaz qui "réchauffe" le climat et qui a donc mauvaise réputation.
Le plus célèbre de ces exercices est sans doute kapalabhati.
C'est une sorte de respiration abdominale en soufflet que l'on pratique jusqu'à ressentir des picotements dans les doigts,
une sensation de légèreté dans la tête et un apaisement intérieur.
Dans le système du Hatha Yoga, c'est une pratique de "purification".
Il ne s'agit pas exactement d'hyperventilation, car la respiration est limitée à la zone abdominale.
Cependant, ce qui m'intéresse ici est que cet exercice est presque toujours présenté comme un accroissement de l’oxygène, ce qui serait une bonne chose.
On m'a toujours présenté les choses ainsi.
Mais à y regarder de plus près, les choses sont très différentes.
Comme souvent, le ressenti de l'instant induit en erreur.
Pendant la Seconde Guerre Mondiale, des pilotes jeunes, inexpérimentés et terrorisés par l'idée de partir dans des missions à haut risque, souffraient d'hyperventilation.
Ce qui, bizarrement, les rendaient confus et désorientés.
Des médecins étudièrent alors le phénomènes contre-intuitif.
Ils découvrirent que l'augmentation de l'oxygène dans le sang provoque diverses réaction : d'une part, l'oxygène tend à rester dans les globules rouges, sans passer aux muscles
et au cerveau ; de l'autre, le sang devient alcalin, ce qui entraîne une contraction des artères, notamment de celles qui irriguent le cerveau.
Le résultat est que le taux de dioxyde de carbone augmente dans les muscles et le cerveau.
Voilà pourquoi on peut s'évanouir en hyperventilant. Contrairement à ce que l'on dit, ça n'est pas à cause de l'oxygène lui-même, mais bien à cause d'une réaction qu'il provoque et qui conduit, paradoxalement, à une privation d'oxygène, que l'on se sent léger et apaisé après un kapalabhati.
La pratique de kapalabhati prive donc le corps et le cerveau d'oxygène et augmente la proportion de dioxyde de carbone. D'où les sensations de vertige, de légèreté, d'évanouissement, de silence intérieur. La cause est le manque d'oxygène dans le cerveau, comme quand on est accroupi et qu'on se relève trop brutalement.
De même, l'ensemble des pratiques du pranayama auraient pour but - sans le savoir en ces termes, évidemment - d'augmenter la proportion de dioxyde de carbone dans le corps. Ce gaz, en plus de son effet de serre qui l'a rendu tristement célèbre, aurait en effet des vertus essentielles pour l'organisme.
Les médecins qui avaient étudié l'hyperventilation des pilotes
conclurent qu'il fallait qu'ils respirent provisoirement dans un sac en papier, histoire de ramener de l'oxygène dans le corps. Une sorte de pranayama brutal et pradoxal. Mais pas tant que ça, en fait.
Quoi qu'il en soit, le pranayama est l'allongement du souffle afin de parvenir à des rétentions de plus en plus longues. Et, grâce à ces rétentions, d'apaiser le mental en augmentant le taux de CO2 dans le cerveau.
D'où la valeur d'une pratique de pranayama profonde qui consiste à "écouter" la fin de chaque expiration, en lâchant prise à chaque fois.
Sources :
Article
Article scientifique
Enfin, la méthode Buteyko, sorte de pranayama russe :
Bienvenue dans les pâturages de la Vache cosmique. Philosophie et mystique, voie de la connaissance et de l'amour. Philo-sophia, amour de la sagesse, désir de vérité, expérience et réflexion. Yoga ou union du cœur et de la tête. La philosophie comme yoga, la philosophie comme pratique, éclairée et nourrie par la tradition du Tantra et autres sources que nous ont léguées nos ancêtres. Cours Tantra traditionnel.
jeudi 22 mars 2018
mercredi 21 mars 2018
L'Ashtanga Vinyasa Yoga, c'est quoi ?
Tirumalaï Krishnamacharya (mort en 1989) est sans doute le maître de yoga le plus influent du XXe siècle.
En tous les cas, parmi les maîtres connus, il est le plus fin technicien.
Ashtanga, Vinyasa, Iyengar, Viniyoga, Power, Anusara, Flow...
La plupart des styles pratiqués dans les "studios" viennent de son enseignement.
Plusieurs bio (ou hagio ?) lui ont été consacrées.
Mais elles sous estiment l'importance de sa foi religieuse,
peut-être pour ne pas choquer les client.e.s. ?
C'est pourquoi j'aimerai revenir, en quelques mots, sur les contraintes qui ont pesé sur sa carrière, et qui expliquent certains traits de son yoga.
Evidemment, je m'adresse à ceux qui ont déjà connaissance de sa vie et de son enseignement. Pour les autres, il y a Wiki et Youtube.
Pour comprendre, mettons-nous un moment à la place de Tirumalaï, TK. Le point essentiel à retenir est qu'il est un pieux vishnouïte, un "brahmane" shrîvaishnava, une secte et une caste importante en Inde du Sud.
Je mets des guillemets, car on entend souvent que TK était un brahmane dont le père enseignait les Védas. Ca n'est pas faux. Mais il faut aussi avoir présent à l'esprit que ces "brahmanes" vishnouïtes ont toujours été dénigrés par une autre partie des brahmanes, notamment les Smârta, plus orthodoxes, vraiment védiques (vaidika). Ces derniers contestent la qualité de brahmanes de ces Vishnouïtes qui, contrairement à ce que l'on dit partout, ne sont pas
"védiques", mais bien tantriques : leur vie quotidienne n'est pas régie par les Védas, mais par un corpus révélé indépendant, le Pâncarâtra, constitué de Samhitâs, les équivalents vishnouïtes des tantras shaiva et shâkta. Or, contrairement aux shivaïtes qui ont toujours assumé plus ouvertement leur rupture avec l'orthodoxie brahmanique
et leur supériorité sur les Védas (voir cette liste de références), les vishnouïtes ont toujours été davantage préoccupés par leur image sociale. Ils se sont d'emblée présentés comme des brahmanes orthodoxes.
Mais d'emblée, cette qualité leur a été contestée. Voyez, par exemple, ce qu'en dit Jayanta dans le Cachemire du IXe siècle (article d'A. Sanderson, p. 157, n. 4). En gros, les "brahmanes" vishnouïtes sont des tantriques puritains qui essaient de se faire passer pour des brahmanes védiques.
Mais ils sont bien "tantriques", en ce sens que leur religion n'est pas basées sur les Védas. Bien sûr, on y retrouve des "mantras védiques" comme la Gâyatrî, mais toutes les religions tantriques intègrent des éléments védiques : cela n'en fait certainement pas des religions "védiques" !
Et donc, TK est un vishnouïte pieux, soucieux de préserver sa réputation. Du coup, il veut être "plus blanc que blanc" : premier élément à retenir, parce qu'il explique certains traits de l'Ashtanga Yoga (j'utilise cette expression pour désigner l'ensemble de son enseignement de yoga).
TK est un vishnouïte pieux, donc. Stricte. Par ailleurs, il aime le yoga. Or, le yoga, c'est très shivaïte. Tantrique.
Impur. Il y a, dans la Hathapradîpikâ, la principale source de Hatha, des "choses ignobles", des pratiques sexuelles immondes aux yeux d'un vishnouïte. TK ne peut donc justifier (car dans une tradition, il faut toujours des références) son yoga par un appel au shivaïsme, l'ennemi de toujours.
Il fait donc appel à Patanjali. Patanjali est considéré par la religion vishnouïte comme un avatar d'Ananta, le serpent sur lequel dort Vishnou entre deux cycles cosmiques.
Patanjali, le Matelas de Vishnou, est une autorité acceptable. Voilà pourquoi TK va initier un véritable culte à Patanjali, et voilà pourquoi, aujourd'hui encore, tous les Ashtangis récitent des versets à Patanjali, alors que Patanjali n'enseigne aucune séquence de postures (vinyâsa-krama), ni aucune Salutation au Soleil.
Mais cela, TK en avait bien conscience.
Mais... au fait, pourquoi TK ne s'est-il pas contenté d'enseigner le yoga de Patanjali, si son idole est bien Patanjali ? Pourquoi ces séquences d'aérobic qui sont la signature de l'Ashtanga ? Et d'où viennent ces séquences de "postures dynamiques", autrement dit, de gym ?
Revenons à la vie de TK, qui est selon moi la clé pour comprendre son enseignement. A la fin des années 1920, TK a de la chance : le mini-roitelet de Mysore, un pseudo-royaume fantoche du Sud de l'Inde, l'engage pour des cours de philosophie "védique"- comprenons des cours
sur Patanjali, le Sâmkhya basique et les autres "six darshanas" (au passage, dans les sources d'avant
le Xe siècle, en gros, ces six darshanas sont six religions : shaiva, vaishnava, saura, bauddha, jaina et vaidika, et non les six "points de vue" qu'on nous présente aujourd'hui comme si c'étaient une sorte
de liste intemporelle).
Cette embauche est une grande chance pour TK, qui va pouvoir nourrir sa famille, car les brahmanes ne sont pas toujours riches, TK doit travailler un temps dans une plantation de café.
Il va pouvoir, en même temps, s'adonner à sa passion. Car ce qui passionne TK, encore plus que le yoga, c'est l'étude des shâstras, la scolastique de la religion vishnouïte. Et, encore plus que cela, sa vie intérieure est axée sur
la religion vishnouïte, avec ses textes révélés et ses philosophes comme Râmânuja ou Vedântadéshika, dont vous n'entendrez probablement jamais parler dans les salles d'Ashtanga. Bref. Donc, une chance.
Seulement, il y a un problème : le Roi de Mysore ne s’intéresse pas seulement à la philosophie. Il veut aussi "régénérer" la jeunesse indienne car, comme beaucoup d'autres, il pense que les défaites indiennes face aux Musulmans puis aux Anglais sont dues à une sorte de décadence physique de l'Homme indien.
Dans les années 1920, la mode est donc au bodybuilding. Et des Indiens imitent des méthodes de gym et de muscu anglaise, allemande ou danoise, pour "redresser" l'Inde.
Leur yoga, c'est de la musculation. Et la Salutation au Soleil est inventée par un bodybuilder du Nord de l'Inde, pour se muscler.
Au départ, on donne des noms sanskrit, certes, mais ça n'est pas considéré comme du yoga. En clair : c'est de l'aérobic.
Or, un type enseigne ce yoga-muscu à côté de TK, au palais du Roi de Mysore, TK ayant été autorisé à enseigner un yoga plus yogique. Et donc, il y a concurrence et inspiration mutuelle. Un peu.
Et surtout, le Roi de Mysore, voyant que TK est un gars doué et cultivé, lui donne une nouvelle mission : muscler les Indiens.
Et donc TK s'inspire du yoga-muscu inspiré des muscus européennes pour inventer les vinyâsa-kramas, des enchaînement de postures directement imitées de leurs modèles occidentaux.
Et pendant cinq ans, il démonstrationne au Karnâtaka, la région d'Inde où il vit, et où se trouve Mysore. Voilà pourquoi l'Ashtanga ressemble tant à du fitness : c'en est. Tout simplement.
Donc le yoga de TK, c'est un mélange de la philo de Patanjali, avec des séquences de gym européenne.
Le hic, comme je disais plus haut, c'est que Patanjali ne parle pas de ces séquences. Nulle part. Patanjali est un intello pur et dur - son yoga, c'est de la méditation et de la contemplation. Et, en toute logique, les seules "postures" qui l'intéressent, ce sont les posture assises. Il n'est pas péripatéticien. Encore moins athlète.
Mais Patanjali, souvenez-vous, est l'autorité religieuse de TK, il est celui qui justifie la pratique (déjà douteuse) du yoga dans la mentalité religieuse, très religieuse, de TK. La vie de TK est fondée sur sa religion qui lui dicte tout ce qu'il doit faire, du lever au coucher. Tout. Mettez-vous à sa place.
Pour résoudre ce problème, TK va inventer le mythe du Livre-Perdu-Que-Moi-Seul-J'ai-Vu : le fameux Yoga-Kourounta. Selon Joïs, un élève de TK, ce texte aurait existé en sanskrit, il l'aurait vu quelque part à Calcutta. Et il y aurait vu tous les Vinyâsa-kramas tels que TK les enseignait à cette époque à Mysore. Mais, que c'est ballot ! personne n'a penser à en recopier la moindre ligne (une pratique traditionnelle pourtant banale et courante), et les "fourmis" auraient par la suite dévoré le texte (une revanche karmique ?).
TK a aussi raconté avoir étudié pendant plusieurs années avec un yogi qui vivait avec sa famille dans une grotte au bord du lac Manasarovar, dans l'actuel plateau du Tibet.
Là, il a peut-être poussé un peu loin. Je ne sais pas si vous visualisez la situation, mais cette fable est, même avec une dose raisonnable de foi ashtangie, totalement incroyable.
Peu importe. TK tenait sa justification. La gym danoise était désormais intégrée au yoga de Patanjali, l'aérobic suédoise était devenue vishnouïte, adoubée par le Matelas de Vishnou en personne.
Reste que la gym n'était pas non plus au centre de la vie de TK. Il s'y était mis, n'hésitant pas à inventer de pieuses fables pour le bien de la cause nationale indienne, et pour nourrir sa famille. Voilà sans doute pourquoi, une fois licencié par le Roi de Mysore suite à l'indépendance de l'Inde en 1947 (assez ironique, quand on pense à ce qu'a fait TK pour "redresser" la jeunesse indienne), il a levé le pied sur la gym. Ce qui explique les enseignements si différents attribués à TK. Avant 1947, c'était la gym aujourd'hui enseignée par les élèves de Joïs et Iyengar. Après, ce fut un retour à la tradition, avec plein de versets de louange au Matelas divin et même des textes védiques, vraiment védiques, dont l'Aruna-prashna pour accompagner la Salutation.
Sachant que cette Salutation a été inventée, à l'origine, dans l'esprit bodybuilding par un fervent bodybuilder indien. Et ce dernier a rapproché sa Salutation (des pompes, en réalité) avec la pratique vénérable et pieuse de la prosternation (danda-pranâma). Or, une prosternation complète se dit, en sanskrit ashta-anga pranâma : "prosternation avec les huit parties" du corps (deux pieds, deux mains, deux genoux, poitrine et front, ou quelque chose comme ça).
C'est sans doute de là que vient le nom ashtânga-vinyâsa-krama : traduction élégante, car en langue sanskrite, de simples séries de pompes européennes ! Et ainsi, c'est sans doute de là que vient l'appellation ashtânga, plus probablement du moins que de l'expression ashtânga de Patanjali.
En fait l'Ashtanga Yoga, c'est le yoga des pompes.
Et tout ceci résulte du pragmatisme de TK.
Les détails des preuves des faits mentionnés ici se trouvent dans The Yoga Body de Mark Singleton. Je n'y ajoute que quelques détails, en soulignant l'importance de l'arrière-plan religieux et des tensions qu'il a engendré dans l'esprit de TK.
Les Européens arrivés ensuite dans les années 60/70, qui ne connaissaient rien, mais alors rien du tout, aux finesses et problématiques de la société indienne, n'avaient aucune chance de comprendre qu'ils faisaient des pompes sanskritisées, de la gym danoise acculturée à l'Inde.
Et, soit dit en passant, le "yoga du Cachemire", c'est des pompes subtiles, de la gym danoise sublimée.
Restait - et reste encore - à TK un dernier problème : le hatha. Cette épine-là, je crois que l'Ashtanga l'a toujours dans le pied. En effet, TK était à la fois fasciné et scandalisé par le Hatha Yoga, le "yoga de la force" musclée, mais aussi sexuelle. Il devait en intégrer des éléments, car la gym danoise, ça n'est quand même pas tout à fait le yoga indien. Le hic, c'est que les seuls Indiens à pratiquer vraiment un yoga physique d'origine indienne, ce sont les Hatha Yogis. Des sadhoûs dépravés, des SDF shivaïtes, des Punks à chien tantriques, des cannibales de la Déesse, bref des gens pas fréquentables. Et donc voilà pourquoi, jusqu'à aujourd'hui, les maîtres indiens d'Ashtanga font lire à leur élèves la Hatha Yoga Pradipika, mais à contrecœur et en censurant des passages. A cet égard, la traduction français de ce texte par Tara Michael est... parlante. Comme toutes les autres traduction "pieuses", elle refuse de voir les passages sexuellement explicites, elle y plaque une interprétation "spirituelle" et puritaine, allant jusqu'à contredire le commentateur traditionnel dont elle traduit par ailleurs des pages entières ! Bref, il y a comme une petite psychose au pays des yogin.ie.s puritain.e.s...
En résumé, l'Ashtanga Vinyasa Yoga (où toute autre variante de ce nom), c'est des pompes danoises placées sous l'autorité imaginaire de Pantanjali, mélangées à quelques éléments de yoga tantrique pas catholique.
Pour finir, quelle est mon opinion ?
Car dans tout ce qui précède, j'essaie de décrire. Je ne prescrisrien. Est-il besoin de la rappeler ? Et je rappelle que je ne suis ni shivaïte, ni vishnouïte, ni marxiste. Peut-être un peu lémurien, et encore.
Je me contente de relater les faits et quelques hypothèses probables, jusqu'à preuve du contraire.
Certains diront que cela dénigre. A quoi je répondrais que le faits sont les faits.
Un discours de vérité est rarement un discours de séduction. Eh oui. Ca n'est pas moi qui suis méchant, c'est juste que la vie est ainsi faite. Mais après, chacun est libre de n'y voir que du noir, de n'y rien voir du tout, où d'y repérer d'autres clartés.
Car d'un autre côté, il y a des enseignements positifs à tirer de tous cela :
cette réflexion met à mal les mythes du "c'était mieux avant" et du "c'est mieux ailleurs".
Cela montre que l'homme peut progresser, inventer, changer. Qu'il ne vit pas que pour "transmettre une tradition". Exister, ça n'est pas seulement conserver le passé : c'est créer l'avenir. L'homme est en effet libre en ce sens que, n'ayant point de nature fixe, il peut créer sa propre nature, et la recréer encore et encore. C'est ce que nous faisons tous. Mais certains ont peur de l'avouer, inventant des mythes pour justifier leurs inventions, de crainte de manquer de crédibilité. Mais c'est l'inverse qui se produit.
Pourtant l'Ashtanga est une belle pratique, multiculturelle, avec des racines en partie indiennes et en partie européennes. Je ne comprends pas pourquoi il faudrait nier ces origines occidentales, alors que l'on nous vante partout les bienfaits du métissage culturel et des migrations, voulues ou non.
N'y aurait-il pas comme un subtil racisme anti-occidental derrière ce refus de reconnaître les origines occidentales du yoga pratiqué aujourd'hui en Occident ?
C'est juste une question. Mais il est peut-être juste de la poser.
En tous les cas, parmi les maîtres connus, il est le plus fin technicien.
Ashtanga, Vinyasa, Iyengar, Viniyoga, Power, Anusara, Flow...
La plupart des styles pratiqués dans les "studios" viennent de son enseignement.
Plusieurs bio (ou hagio ?) lui ont été consacrées.
Mais elles sous estiment l'importance de sa foi religieuse,
peut-être pour ne pas choquer les client.e.s. ?
C'est pourquoi j'aimerai revenir, en quelques mots, sur les contraintes qui ont pesé sur sa carrière, et qui expliquent certains traits de son yoga.
Evidemment, je m'adresse à ceux qui ont déjà connaissance de sa vie et de son enseignement. Pour les autres, il y a Wiki et Youtube.
Pour comprendre, mettons-nous un moment à la place de Tirumalaï, TK. Le point essentiel à retenir est qu'il est un pieux vishnouïte, un "brahmane" shrîvaishnava, une secte et une caste importante en Inde du Sud.
Je mets des guillemets, car on entend souvent que TK était un brahmane dont le père enseignait les Védas. Ca n'est pas faux. Mais il faut aussi avoir présent à l'esprit que ces "brahmanes" vishnouïtes ont toujours été dénigrés par une autre partie des brahmanes, notamment les Smârta, plus orthodoxes, vraiment védiques (vaidika). Ces derniers contestent la qualité de brahmanes de ces Vishnouïtes qui, contrairement à ce que l'on dit partout, ne sont pas
"védiques", mais bien tantriques : leur vie quotidienne n'est pas régie par les Védas, mais par un corpus révélé indépendant, le Pâncarâtra, constitué de Samhitâs, les équivalents vishnouïtes des tantras shaiva et shâkta. Or, contrairement aux shivaïtes qui ont toujours assumé plus ouvertement leur rupture avec l'orthodoxie brahmanique
et leur supériorité sur les Védas (voir cette liste de références), les vishnouïtes ont toujours été davantage préoccupés par leur image sociale. Ils se sont d'emblée présentés comme des brahmanes orthodoxes.
Mais d'emblée, cette qualité leur a été contestée. Voyez, par exemple, ce qu'en dit Jayanta dans le Cachemire du IXe siècle (article d'A. Sanderson, p. 157, n. 4). En gros, les "brahmanes" vishnouïtes sont des tantriques puritains qui essaient de se faire passer pour des brahmanes védiques.
Mais ils sont bien "tantriques", en ce sens que leur religion n'est pas basées sur les Védas. Bien sûr, on y retrouve des "mantras védiques" comme la Gâyatrî, mais toutes les religions tantriques intègrent des éléments védiques : cela n'en fait certainement pas des religions "védiques" !
Et donc, TK est un vishnouïte pieux, soucieux de préserver sa réputation. Du coup, il veut être "plus blanc que blanc" : premier élément à retenir, parce qu'il explique certains traits de l'Ashtanga Yoga (j'utilise cette expression pour désigner l'ensemble de son enseignement de yoga).
TK est un vishnouïte pieux, donc. Stricte. Par ailleurs, il aime le yoga. Or, le yoga, c'est très shivaïte. Tantrique.
Impur. Il y a, dans la Hathapradîpikâ, la principale source de Hatha, des "choses ignobles", des pratiques sexuelles immondes aux yeux d'un vishnouïte. TK ne peut donc justifier (car dans une tradition, il faut toujours des références) son yoga par un appel au shivaïsme, l'ennemi de toujours.
Il fait donc appel à Patanjali. Patanjali est considéré par la religion vishnouïte comme un avatar d'Ananta, le serpent sur lequel dort Vishnou entre deux cycles cosmiques.
Patanjali, le Matelas de Vishnou, est une autorité acceptable. Voilà pourquoi TK va initier un véritable culte à Patanjali, et voilà pourquoi, aujourd'hui encore, tous les Ashtangis récitent des versets à Patanjali, alors que Patanjali n'enseigne aucune séquence de postures (vinyâsa-krama), ni aucune Salutation au Soleil.
Mais cela, TK en avait bien conscience.
Mais... au fait, pourquoi TK ne s'est-il pas contenté d'enseigner le yoga de Patanjali, si son idole est bien Patanjali ? Pourquoi ces séquences d'aérobic qui sont la signature de l'Ashtanga ? Et d'où viennent ces séquences de "postures dynamiques", autrement dit, de gym ?
Revenons à la vie de TK, qui est selon moi la clé pour comprendre son enseignement. A la fin des années 1920, TK a de la chance : le mini-roitelet de Mysore, un pseudo-royaume fantoche du Sud de l'Inde, l'engage pour des cours de philosophie "védique"- comprenons des cours
sur Patanjali, le Sâmkhya basique et les autres "six darshanas" (au passage, dans les sources d'avant
le Xe siècle, en gros, ces six darshanas sont six religions : shaiva, vaishnava, saura, bauddha, jaina et vaidika, et non les six "points de vue" qu'on nous présente aujourd'hui comme si c'étaient une sorte
de liste intemporelle).
Cette embauche est une grande chance pour TK, qui va pouvoir nourrir sa famille, car les brahmanes ne sont pas toujours riches, TK doit travailler un temps dans une plantation de café.
Il va pouvoir, en même temps, s'adonner à sa passion. Car ce qui passionne TK, encore plus que le yoga, c'est l'étude des shâstras, la scolastique de la religion vishnouïte. Et, encore plus que cela, sa vie intérieure est axée sur
la religion vishnouïte, avec ses textes révélés et ses philosophes comme Râmânuja ou Vedântadéshika, dont vous n'entendrez probablement jamais parler dans les salles d'Ashtanga. Bref. Donc, une chance.
Seulement, il y a un problème : le Roi de Mysore ne s’intéresse pas seulement à la philosophie. Il veut aussi "régénérer" la jeunesse indienne car, comme beaucoup d'autres, il pense que les défaites indiennes face aux Musulmans puis aux Anglais sont dues à une sorte de décadence physique de l'Homme indien.
Dans les années 1920, la mode est donc au bodybuilding. Et des Indiens imitent des méthodes de gym et de muscu anglaise, allemande ou danoise, pour "redresser" l'Inde.
Leur yoga, c'est de la musculation. Et la Salutation au Soleil est inventée par un bodybuilder du Nord de l'Inde, pour se muscler.
Le roitelet bodybuilder (vishnouïte bien sûr !)
Or, un type enseigne ce yoga-muscu à côté de TK, au palais du Roi de Mysore, TK ayant été autorisé à enseigner un yoga plus yogique. Et donc, il y a concurrence et inspiration mutuelle. Un peu.
Et surtout, le Roi de Mysore, voyant que TK est un gars doué et cultivé, lui donne une nouvelle mission : muscler les Indiens.
Et donc TK s'inspire du yoga-muscu inspiré des muscus européennes pour inventer les vinyâsa-kramas, des enchaînement de postures directement imitées de leurs modèles occidentaux.
Et pendant cinq ans, il démonstrationne au Karnâtaka, la région d'Inde où il vit, et où se trouve Mysore. Voilà pourquoi l'Ashtanga ressemble tant à du fitness : c'en est. Tout simplement.
Donc le yoga de TK, c'est un mélange de la philo de Patanjali, avec des séquences de gym européenne.
Le hic, comme je disais plus haut, c'est que Patanjali ne parle pas de ces séquences. Nulle part. Patanjali est un intello pur et dur - son yoga, c'est de la méditation et de la contemplation. Et, en toute logique, les seules "postures" qui l'intéressent, ce sont les posture assises. Il n'est pas péripatéticien. Encore moins athlète.
Mais Patanjali, souvenez-vous, est l'autorité religieuse de TK, il est celui qui justifie la pratique (déjà douteuse) du yoga dans la mentalité religieuse, très religieuse, de TK. La vie de TK est fondée sur sa religion qui lui dicte tout ce qu'il doit faire, du lever au coucher. Tout. Mettez-vous à sa place.
Pour résoudre ce problème, TK va inventer le mythe du Livre-Perdu-Que-Moi-Seul-J'ai-Vu : le fameux Yoga-Kourounta. Selon Joïs, un élève de TK, ce texte aurait existé en sanskrit, il l'aurait vu quelque part à Calcutta. Et il y aurait vu tous les Vinyâsa-kramas tels que TK les enseignait à cette époque à Mysore. Mais, que c'est ballot ! personne n'a penser à en recopier la moindre ligne (une pratique traditionnelle pourtant banale et courante), et les "fourmis" auraient par la suite dévoré le texte (une revanche karmique ?).
TK a aussi raconté avoir étudié pendant plusieurs années avec un yogi qui vivait avec sa famille dans une grotte au bord du lac Manasarovar, dans l'actuel plateau du Tibet.
Là, il a peut-être poussé un peu loin. Je ne sais pas si vous visualisez la situation, mais cette fable est, même avec une dose raisonnable de foi ashtangie, totalement incroyable.
Peu importe. TK tenait sa justification. La gym danoise était désormais intégrée au yoga de Patanjali, l'aérobic suédoise était devenue vishnouïte, adoubée par le Matelas de Vishnou en personne.
Reste que la gym n'était pas non plus au centre de la vie de TK. Il s'y était mis, n'hésitant pas à inventer de pieuses fables pour le bien de la cause nationale indienne, et pour nourrir sa famille. Voilà sans doute pourquoi, une fois licencié par le Roi de Mysore suite à l'indépendance de l'Inde en 1947 (assez ironique, quand on pense à ce qu'a fait TK pour "redresser" la jeunesse indienne), il a levé le pied sur la gym. Ce qui explique les enseignements si différents attribués à TK. Avant 1947, c'était la gym aujourd'hui enseignée par les élèves de Joïs et Iyengar. Après, ce fut un retour à la tradition, avec plein de versets de louange au Matelas divin et même des textes védiques, vraiment védiques, dont l'Aruna-prashna pour accompagner la Salutation.
Sachant que cette Salutation a été inventée, à l'origine, dans l'esprit bodybuilding par un fervent bodybuilder indien. Et ce dernier a rapproché sa Salutation (des pompes, en réalité) avec la pratique vénérable et pieuse de la prosternation (danda-pranâma). Or, une prosternation complète se dit, en sanskrit ashta-anga pranâma : "prosternation avec les huit parties" du corps (deux pieds, deux mains, deux genoux, poitrine et front, ou quelque chose comme ça).
C'est sans doute de là que vient le nom ashtânga-vinyâsa-krama : traduction élégante, car en langue sanskrite, de simples séries de pompes européennes ! Et ainsi, c'est sans doute de là que vient l'appellation ashtânga, plus probablement du moins que de l'expression ashtânga de Patanjali.
En fait l'Ashtanga Yoga, c'est le yoga des pompes.
Et tout ceci résulte du pragmatisme de TK.
Les détails des preuves des faits mentionnés ici se trouvent dans The Yoga Body de Mark Singleton. Je n'y ajoute que quelques détails, en soulignant l'importance de l'arrière-plan religieux et des tensions qu'il a engendré dans l'esprit de TK.
Les Européens arrivés ensuite dans les années 60/70, qui ne connaissaient rien, mais alors rien du tout, aux finesses et problématiques de la société indienne, n'avaient aucune chance de comprendre qu'ils faisaient des pompes sanskritisées, de la gym danoise acculturée à l'Inde.
Et, soit dit en passant, le "yoga du Cachemire", c'est des pompes subtiles, de la gym danoise sublimée.
Restait - et reste encore - à TK un dernier problème : le hatha. Cette épine-là, je crois que l'Ashtanga l'a toujours dans le pied. En effet, TK était à la fois fasciné et scandalisé par le Hatha Yoga, le "yoga de la force" musclée, mais aussi sexuelle. Il devait en intégrer des éléments, car la gym danoise, ça n'est quand même pas tout à fait le yoga indien. Le hic, c'est que les seuls Indiens à pratiquer vraiment un yoga physique d'origine indienne, ce sont les Hatha Yogis. Des sadhoûs dépravés, des SDF shivaïtes, des Punks à chien tantriques, des cannibales de la Déesse, bref des gens pas fréquentables. Et donc voilà pourquoi, jusqu'à aujourd'hui, les maîtres indiens d'Ashtanga font lire à leur élèves la Hatha Yoga Pradipika, mais à contrecœur et en censurant des passages. A cet égard, la traduction français de ce texte par Tara Michael est... parlante. Comme toutes les autres traduction "pieuses", elle refuse de voir les passages sexuellement explicites, elle y plaque une interprétation "spirituelle" et puritaine, allant jusqu'à contredire le commentateur traditionnel dont elle traduit par ailleurs des pages entières ! Bref, il y a comme une petite psychose au pays des yogin.ie.s puritain.e.s...
En résumé, l'Ashtanga Vinyasa Yoga (où toute autre variante de ce nom), c'est des pompes danoises placées sous l'autorité imaginaire de Pantanjali, mélangées à quelques éléments de yoga tantrique pas catholique.
Pour finir, quelle est mon opinion ?
Car dans tout ce qui précède, j'essaie de décrire. Je ne prescrisrien. Est-il besoin de la rappeler ? Et je rappelle que je ne suis ni shivaïte, ni vishnouïte, ni marxiste. Peut-être un peu lémurien, et encore.
Je me contente de relater les faits et quelques hypothèses probables, jusqu'à preuve du contraire.
Certains diront que cela dénigre. A quoi je répondrais que le faits sont les faits.
Un discours de vérité est rarement un discours de séduction. Eh oui. Ca n'est pas moi qui suis méchant, c'est juste que la vie est ainsi faite. Mais après, chacun est libre de n'y voir que du noir, de n'y rien voir du tout, où d'y repérer d'autres clartés.
Car d'un autre côté, il y a des enseignements positifs à tirer de tous cela :
cette réflexion met à mal les mythes du "c'était mieux avant" et du "c'est mieux ailleurs".
Cela montre que l'homme peut progresser, inventer, changer. Qu'il ne vit pas que pour "transmettre une tradition". Exister, ça n'est pas seulement conserver le passé : c'est créer l'avenir. L'homme est en effet libre en ce sens que, n'ayant point de nature fixe, il peut créer sa propre nature, et la recréer encore et encore. C'est ce que nous faisons tous. Mais certains ont peur de l'avouer, inventant des mythes pour justifier leurs inventions, de crainte de manquer de crédibilité. Mais c'est l'inverse qui se produit.
Pourtant l'Ashtanga est une belle pratique, multiculturelle, avec des racines en partie indiennes et en partie européennes. Je ne comprends pas pourquoi il faudrait nier ces origines occidentales, alors que l'on nous vante partout les bienfaits du métissage culturel et des migrations, voulues ou non.
N'y aurait-il pas comme un subtil racisme anti-occidental derrière ce refus de reconnaître les origines occidentales du yoga pratiqué aujourd'hui en Occident ?
C'est juste une question. Mais il est peut-être juste de la poser.
mardi 13 mars 2018
La Révélation du frémissement - 9
De plus, les énergies sont Celle qui vole dans l'espace de la conscience et les autres, qui correspondent aux autres séries d'énergies :
- désir, connaissance et action
- suprême, intermédiaire et inférieure
- paisible, agitée et violente
- sinistre, excellente et terrible
- celle de Brahmâ, de Vishnou et de Roudra
ainsi que toutes les autres énergies des religions de Vishnou, de Shiva, du Soleil et du Bouddha.
Ce sont aussi les énergies nées de l'alphabet, à commencer par la lettre "a", qui sont des syllabes éternelles, qui sont des déesses créatrices en forme d'organes sensoriels et sur lesquelles nous reviendrons.
L'idée est que toutes ces énergies ont pour seule et unique source le frémissement et le mouvement qui est Dieu. Et par exemple, la Collection de la Magicienne créatrice le dit :
C'est Dieu seul, un, qui est adoré
sous les formes de Vishnou, Shiva,
le Soleil ou le Bouddha,
avec leur entourage d'énergies
dont lui seul est la cause.
Dans la Pratique kaula, on trouve la même idée :
Que ce soit selon le Védânta, le Vishnouïsme,
le Shivaïsme, la religion solaire, le bouddhisme
ou bien même autrement,
c'est le Soi transcendant, un,
qui doit être connu et c'est lui aussi qui connait
tout cela, ô grande Déesse !
Tout ceci est résumé dans ce vers de notre Poème du frémissement :
Nous célébrons celui qui
fait disparaître et apparaître le monde
en ouvrant et en fermant les yeux.
Car on lit, dans l'Enseignement secret :
Il y a deux choses : Shiva et Shakti.
Les Shaktis sont le monde entier.
Mais celui qui les possède,
c'est le Maître des maîtres.
Telle est bien l'intention du grand poète Dur-d'oreilles, auteur de ce poème, quand il parle de celui "qui est la source de la roue des énergies". Car le Miroir de la résonance poétique affirme :
Il existe une autre sorte d'expression
présente dans la parole des grands poètes,
une résonance qui est quelque chose de plus
que le sens évident des mots,
et qui est comme la saveur charnelle.
Il suffit que surgisse cette émotion intime
des énergies pour qu'à l'instant même,
on devienne créateur en s'emparant
de leur force.
Et ici-même, il est dit que :
L'individu n'est pas la source de ses actes.
Mais bien plutôt,
c'est en fusionnant avec le Soi
qu'il devient l'égal du Soi,
et donc capable d'agir.
Voilà pourquoi ce royaume du frémissement
doit être contemplé à fond
et avec toute l'ardeur possible !
Et à partir du verset suivant, les êtres avisés devraient compléter chaque verset par ce dernier ver.
samedi 10 mars 2018
La Révélation du frémissement - 8
"Nous le célébrons". Mais qui est-il ?
Il est celui qui est "la source" de l'apparition du monde, c'est-à-dire de toutes choses, en ouvrant les yeux, c'est-à-dire en tournant son regard vers les possibles. Il est aussi la source de la disparition du monde en fermant les yeux, c'est-à-dire en se reposant en lui-même. En effet, nul monde ne peut apparaître ou disparaître s'il est quelque chose de plus que lui. Bien plutôt, le monde apparaît et disparaît pour autant que la Shakti du maître s'élance ou se repose. D'ailleurs, le Maître Parfait le dit bien :
Le monde entier apparaît avec tous ses détails
quand ta conscience transparence "apparaît".
Et tout disparaît quand tu réintègre
ton essence.
Kallata, l'auteur du présent ouvrage, l'a affirmé lui aussi dans sa Méditation du le principe :
Le monde apparaît et disparaît de concert
avec l'expansion et la contraction de l'énergie
dont le Soi est le Bienfaisant que l'on doit connaître,
car il est le moteur de tous les phénomènes.
L'Hymne à la Déesse ajoute :
C'est vrai : l'apparition et la disparition du monde
ne sont rien d'autre que
l'éclosion et la fermeture de ton cœur.
Ta majesté se manifeste clairement dans les perceptions
à travers le spectacle de tes créations
miraculeuses et variées.L'énergie du désir enveloppe en son sein
les énergie de pensée et d'action :
elle est expansion et élan de l'imagination,
car est l'éclosion de celui qui est libre.
La pensée et la perception découlent
toujours du désir, et chaque chose apparaît
en accord avec les causes de l'action.
Quand à la fermeture des yeux, elle est dégoût et retrait en soi.
Dans le premier verset du Poème du frémissement, on devrait dire "l'apparition et la disparition", mais l'auteur à écrit au contraire "la disparition et l'apparition", de peur d'aller contre les règles de la prosodie. En outre, en faisant cette inversion, l'auteur place le mot "éclosion" en premier, car il est de bon augure. Enfin, il commence par ce mot parce que la création, et donc l'éclosion, vient en premier.
Quand ils 'agit d'exprimer la réalité,
mettre l'accent sur l'ordre des mots
n'est qu'une forme d'aliénation.
Cette approche exacte est vulgaire.
L'auteur a parlé de cette expansion et de cette contraction comme d'instruments, car ils sont le moyen pour la conscience de faire apparaître et disparaître le monde, et aussi parce qu'ils sont le moyen d'atteindre à la fois la jouissance en cette vie et la délivrance. Plus précisément, l'ouverture des yeux de la conscience engendre toute la variété des jouissances en ce monde ; et la fermeture de ses yeux est la délivrance, pareille à une mer d'huile.
Mais qu'est-il encore ? Il est "la source de la roue des énergies" :
Il existe une seule et unique énergie du Maître, l'énergie de désir. Mais on distingue en elle deux aspects dès l'origine :
la connaissance et l'action.
Le mot "roue" exprime sa richesse variée. C'est ce qui est détaillé dans le Tantra de la gloire de la Déesse-alphabet :
Cette Shakti du créateur du monde
est inséparable de lui, comme les fils d'une étoffe.
Elle est la Déesse, son désir,
quand elle devient désir de créer.
Bien qu'elle soit une,
apprends comment elle se diversifie :
Le savoir "ceci est ainsi"
et la certitude "cela n'est pas autrement",
c'est l'énergie de connaissance,
celle qui fait connaître les choses en ce monde.
"Que tout ceci existe ainsi !" : quand la Déesse
se tourne ainsi vers la création
et qu'elle crée cela,
elle crée ces choses, elle les fait,
et on dit que c'est l'énergie d'action.
Elle a donc deux aspects,
qui à leur tour se distinguent de nombreuses façons.
Elle se multiplie ainsi à cause des circonstances
des choses qu'elle crée, comme un cristal transparent
devient "rouge" ou "bleu"
à côté d'un tissu rouge ou bleu ;
ou bien cette Maîtresse se multiplie
comme une pierre philosophale
capable d'exaucer les désirs
sans changer elle-même.
Parce qu'elle devient la guirlande des lettres de l'alphabet,
elle est la mère et la matrice des âmes.
Et cette Matrice symbolisée par l'alphabet est de quatre sortes. Il est dit :
La roue des énergies est de quatre sortes :
Celle qui vole dans l'espace de la conscience ;
Celle qui s'ébat dans les mots ;
Celle qui joue dans les organes du corps ;
et Celle qui voyage à travers les éléments matériels.
Ces quatre sortes correspondent au quatre plans
de la conscience comme parole,
à commencer par la parole transcendante,
avant même l'intuition.
Et dans le même sens :
Les quatre sortes d'énergie,
à commencer par Celle qui vole
dans l'espace de la conscience,
correspondent aux énergies de félicité,
de désir, de connaissance et d'action.
Ce Bienfaisant est aussi la source de cette "manifestation", de cette puissance, de cette expansion et de cette gloire, de cette énergie. Il est appelé "source" parce qu'il est la terre d'origine de toute chose, car toutes les énergies tiennent leur pouvoir du fait qu'elles dérivent de l'énergie consciente en expansion. Or, cette énergie consciente est inséparable de ce Bienfaisant. D'ailleurs, la Collection de Djayâ le dit :
La félicité totale qui se fait jour dans l'absolu
- conscience incarnée sans être soumise
à un niveau de conscience particulier -
est la Shakti transcendante de l'Omniprésent.
Dans le Tantra du Couple de l'Omniprésent et de sa Shakti, il est dit :
Parce qu'elles entendent les appels à l'aide,
et qu'elles s'incarnent pour sauver les êtres,
parce qu'elles relient l'inférieur avec le supérieur,
parce qu'elles s'appuient sur notre essence,
parce qu'elle ont exterminé les plus terribles des démons,
révélant ainsi l'énergie vitale la plus puissante,
et parce qu'elles sont la cause et source de toute chose,
on les appelle "mères".
Voilà pourquoi l'auteur de ce livre affirme que ces énergies sont le "corps" de la conscience. D'un autre côté, on pourrait dire que c'est trop en dire. On pourrait se demander à quoi bon trop en révéler sur l'essence secrète des yoginîs, secret qui ne doit être entendu que de la bouche des yoginîs elles-mêmes !
jeudi 8 mars 2018
La Révélation du frémissement - 7
Et ceci est proclamé même par le Bouddhiste Dingnâga :
Les constructions mentales,
engendrent les mots
et les mots engendrent
les constructions mentales,
tout comme le démon de l'éclipse
qui semble avaler la lune
et comme le beurre clarifié
qui nourrit le feu.
Et ailleurs aussi, par exemple dans la Lumière de la conscience :
Ce qui n'est pas séparé
dans notre conscience
semble séparé
quand on affirme qu'il l'est,
c'est-à-dire quand la conscience
descend au niveau du langage.
De plus, la vie quotidienne avec ses échanges verbaux serait impossible sans les mots. La Lumière de la conscience l'affirme :
La cause de toutes les activités,
c'est uniquement la parole !
Ceci n'est pas seulement une révélation religieuse,
mais aussi la conclusion de la raison.
Nulle oeuvre n'existe ici-bas
sans construction mentale,
et il n'existe pas de construction mentale
sans parole.
Or la parole prend racine dans la conscience éveillée, comme nous l'avons déjà expliqué. Et ailleurs aussi, ceci est dit, par exemple dans la Collection de Djayâkhya :
A l'origine, la conscience est en elle-même
une intelligence universelle infaillible.
Les expériences engendrées par les mots,
toutes sans exception,
qu'elles soient subtiles ou très subtiles,
s'unifient dans le regard conscient,
dans la parole universelle consciente.
Quand ils se convertissent vers la conscience,
celle-ci se manifeste comme constructions mentales.
Ces constructions sont à la fois formes et mots.
Mais selon la tradition, le mot est supérieur à la forme.
Ce verbe qui est la source des constructions mentales
est clairement présent dans la conscience.
Mais saches, ô sage, qu'au-dessus des mots articulés
existe le verbe intermédiaire, la pensée.
La parole grossière, enfin, est celle dans laquelle
les mots et les choses qu'ils désignent sont séparés,
et qui est engendrée volontairement
par les organes d'articulation, le souffle et la conscience.
Dans la Lumière de la conscience, on trouve la même idée :
Maître !
que ce soit dans les activités du corps,
dans les paroles ou dans les pensées,
il n'existe aucune activité quotidienne
où tu ne soit déjà présent.
Tout ceci est parfaitement établi par la raison.
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