samedi 5 mai 2018

L'expérience ne suffit pas

L'expérience de l'éveil.
Mais en quoi consiste cette expérience ?
Une expérience, si marquante soit-elle, peut-elle être l'éveil ?

L'éveil est reconnaissance de notre Soi comme étant Dieu, substance de tout.

Dans ce passage, que je vous livre dans la traduction de Michel Hulin (La Doctrine secrète de la Déesse Tripurâ), une princesse enseigne son prince. Après lui avoir fait comprendre que la source du bonheur ne se trouvait pas à l'extérieur, elle le retrouve qui émerge d'une profonde absorption  ("l'expérience la plus haute"), il ouvre à peine les yeux. 
Mais est-ce l'éveil ?

Voici ce dialogue, d'une profondeur abyssale, qui ne cesse de m'émerveiller depuis que je l'ai rencontré il y a presque trente ans :

La princesse : Dis-moi dans quelle intention fermes-tu les yeux ? Quel avantage trouves-tu à cela ? Ou bien quel avantage y aurait-il à les ouvrir ? Je suis très curieuse de le savoir !

Le prince : Ma chère, après une longue quête, j'ai enfin atteint le domaine de la quiétude absolue. Le monde extérieur regorge de misère... Je ne désire plus rien d'autre que de continuer à reposer ainsi dans la félicité du Soi. Mais toi qui a déjà connu cet état, par quelle malédiction l'as-tu abandonné pour aller, telle une folle, t'affairer dans le monde et n'y récolter que douleur ?



Cette femme pleine de sagesse répondit avec un léger sourire :
- Cher époux, il semble que le domaine de la suprême pureté demeure inconnu de toi. Ceux qui y accèdent voient leur coeur purifié et ne succombent plus à l'égarement. Mais ce domaine est aussi éloigné de toi que le firmament pour un habitant sur la terre. Tout ce que tu as appris jusqu'ici ne vaut pratiquement rien. Ce n'est pas l'ouverture ou la fermeture des yeux qui permet de contempler la Plénitude. Ce n'est pas en faisant quelque chose, ou en t'en abstenant, que tu l'obtiendras. Ce n'est pas en te déplaçant, ou en demeurant immobile, que tu y accéderas. Comment considérer comme absolu un état dont l'accès serait conditionné par la fermeture des yeux, un déplacement ou une activité quelconque ? Comment l'élévation des paupières longues comme huit grains d'orge pourrait-elle suffire à occulter la plénitude ? Quel égarement de ta part, ô prince, quelle étrangeté ! Dis-moi,comment l'élévation de ces paupières larges comme le doigt pourrait cacher cette conscience dans l'immensité de laquelle les milliards d'univers sont comme égarés ?

Elle lui explique ensuite que l'expérience de la pure conscience sans pensée, comme celle du sommeil profond, n'est  pas capable, en elle-même, de détruire les "noeuds" qui emprisonnent le coeur. Seule une réflexion délibérée en est capable. De plus, nous vivons chacun des samâdhis toute la journée, à chaque intervalle entre deux pensées. Mais ces expériences ne provoquent, en elles-mêmes, nul éveil libérateur.

Elle continue :

Cesse donc de chercher à atteindre ce domaine en fermant les yeux ! Il est ta nature propre elle-même. Il est l'indépassable conscience absolue. Il est la surface du grand miroir où vient se refléter le cours du monde dans toute sa diversité. Indique-moi quand, où et sous quel aspect il n'existe pas !

Tout est dit.

4 commentaires:

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  2. http://shivaisme-cachemire.blogspot.fr/2015/08/connaissance-ou-amour.html

    http://shivaisme-cachemire.blogspot.fr/2018/02/le-deux-ailes-de-loiseau-interieur.html

    http://shivaisme-cachemire.blogspot.fr/2016/04/tout-est-en-mon-coeur.html

    http://shivaisme-cachemire.blogspot.fr/2016/06/lintelligence-damour.html

    etc.

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  3. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  4. Oui c'est dans l'espace du cœur que se trouve que naît que s'épanouit que se contacte l'amour, que les yeux soient ouverts ou fermés et par expérience on peut constater que cet amour ressenti se contacte plus facilement ou pas en fermant les yeux

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