Bienvenue dans les pâturages de la Vache cosmique.
Philosophie et mystique, voie de la connaissance et de l'amour. Philo-sophia, amour de la sagesse, désir de vérité, expérience et réflexion. Yoga ou union du cœur et de la tête. La philosophie comme yoga, la philosophie comme pratique, éclairée et nourrie par la tradition du Tantra et autres sources que nous ont léguées nos ancêtres. Cours Tantra traditionnel.
La prospérité ne suffit pas à nous combler. Même riches, nous sentons un manque, une sorte de vide. Pourquoi ? Parce que nous somme fait pour ce qui est plus vaste que tout espace, pour ce qui est plus riche que toute fortune, pour ce qui est plus puissant que toute réussite.
Madame Guyon, une mystique du XVIIe siècle : Les personnes du monde croient avoir la paix en se donnant toutes les satisfactions possibles.... mais si on les examine de près, si on leur demande à eux-mêmes.... ils avoueront qu'ils n'ont point de paix.... Ils désirent encore : plus ils sont comblés de biens, plus ils en souhaitent ; ils sont toujours agités, les plaisirs dont ils sont brûlés les soûlent, les dégoûtent sans les satisfaire. D'où vient cela ? C'est qu'ils n'ont pas la paix en ces choses, et qu'ils ne la peuvent avoir.... leur cœur n'étant pas fait pour elles et étant incomparablement plus grand, il reste un vide dans ce cœur.... C'est ce qui les rend agités et inconstants : ils cherchent toujours de nouveaux plaisirs, ils les désirent avec ardeur, ils en jouissent, sans y trouver ce qu'ils s'éteint promis, ils en restent dégoûtés ; et comme ils éprouvent toujours ce même vide, ils passent toute leur vie à chercher ce qu'ils ne peuvent trouver....qui est la paix, qui seule peut remplir leur vie. Voyons d'un autre côté une personne à qui tout manque, qui ignore tous les plaisirs, pauvre, persécutée des hommes, privée même de sa liberté.... on la regarde comme la plus malheureuse du monde... cependant on est surpris de ne remarquer au-dehors ni agitation ni impatience. Approchez-vous de cette personne, demandez-lui ce qu'elle désire ; elle, qui aurait tant de choses à désirer, vous répondra qu'elle est parfaitement contente et qu'elle ne désire rien. "Quoi ! Tout vous manque au dehors, et vous ne désirez rien ! - Non, je ne désire rien rien, parce que je ne trouve point de vide en moi... La paix que je goûte au-dedans remplit tout le vide de mon coeur avec surabondance... Je n'ai pas simplement la paix parce que je suis privée de tous les biens que le monde estime, mais c'est l'extinction de tous les désirs qui cause ma paix. Madame Guyon, Discours I, 52 Comprenons : ça n'est pas le vide extérieur qui conduit à la paix intérieure, à l'absence de désirs. C'est l'expérience de la Plénitude qui conduit à l'absence de désir et donc, à la paix. Madame Guyon ne fait pas d'effort pour se détacher. Elle concentre toute son énergie à s'ouvrir à son Centre, à se rendre disponible au ressenti d'amour et de félicité, comme un chien qui capte des effluves. Et, se laissant ainsi aller à ce Centre, elle se trouve en plénitude. D'où l'absence de désirs extérieurs. Si l'on ne comprend pas cela et que l'on prend l'effet (l'absence de désirs) pour la cause, on se créera une tension qui mènera, tôt ou tard, à l'échec. Je ne dis pas qu'un peu de détachement extérieur, imposé, ici et là, n'est pas salutaire. Mais toute notre énergie doit se donner à la Plénitude intérieure. Alors nous serons pleins, remplis, contents, et naturellement sans désirs extérieurs ni agitation.
Tout le monde, ou presque, s'accorde à reconnaître que la méditation est un regard simple sur ce qui est : sans images ni pensées articulées.
Mais ce que peu reconnaissent, c'est qu'il existe deux sortes de méditation ainsi entendue : - d'une part, la méditation qui prend l'absence de pensée, ou le silence intérieur, comme moyen ; - et, d'autre part, la méditation qui prend l'amour comme moyen.
Dans le passage suivant, Madame Guyon, une mystique du XVIIè, précise cette distinction vitale :
"Il y a deux sortes de simples regards [=de méditation], l'un bon et l'autre dangereux.
Le dangereux est de s'abstraire de toutes sortes d'objets sans en avoir aucun [=de faire le vide], et cela activement [=grâce à une technique], en sorte que, quoique l'âme ne soit pas intérieure ou très peu, étant encore dans l'activité [=vivant encore sous la croyance qu'elle peut vivre et agir séparément de Dieu], elle s'abstrait à la manière des philosophes de tous les objets, fantômes, imaginations qui empêchent une certaine recherche naturelle [=dans les limites du mental] de la vérité."
En effet, l'imagination et les sensations font obstacle à la vision de la vérité. Par exemple, pour faire des mathématiques, il faut être capable de se concentrer et de mettre de côté les images. De même, pour faire de la science, il faut savoir mettre de côté ses croyances naïves (nos "intuitions") pour commencer à penser. Et aussi en métaphysique. Or, c'est exactement ce que font, par exemple, les adeptes de la non-dualité de nos jours : ils font abstraction de leurs croyances, de leurs sensations, etc., pour déboucher sur un état de vide, un état sans jugement, pris pour l'état "ultime". Mais en réalité, ce n'est qu'un état mental, mondain, "naturel", une sorte d'état créé artificiellement en repoussant tous les états. Et surtout, même si l'on y goûte une certaine paix, elle reste basée sur l'idée que l'on peut agir séparément de Dieu, même si l'on affirme alors que "je n'existe pas" ou que "la personne est une illusion". Tout cela reste dans le champ de la nature, de cette manière d'être où l'homme s'est détourné de Dieu. Voilà pourquoi ce genre de démarche est stérile. Et même la paix y est récupérée par l'ego, comme le dira Madame Guyon dans la suite de ce passage.
Mais poursuivons sa lecture :
"Ceux qui se sont abstrait de la sorte on eu à la vérité quelque connaissance d'un Être Souverain [ou quelque soit le nom qu'on lui donne : vacuité, Soi, conscience...] supérieur à tout autre, et cela par une tension surprenante [=un effort de concentration ] de leur esprit et une abstraction de tout le reste. Ce n'est point là un état d'oraison [=de méditation].
Il existe une autre sorte de méditation, où l'on reste sans pensées, dans un état de pure présence de pure conscience :
"Il y a un autre simple regard, qui envisage Dieu tel qu'il est, s'abstrayant avec effort de tout le reste pour tendre plus purement à ce pur et sublime objet. Cet état est bon, mais ce n'est ni le meilleur, ni le plus court pour arriver à Dieu."
C'est l'état atteint par les adeptes de la non-dualité dans ses divers variantes. Cela est beau et bon. Mais ce n'est pas le meilleur.
Mais alors, qu'est-ce que la meilleure méditation, le meilleur état ?
"Le meilleur de tous les états est de recueillir au-dedans l'esprit par le moyen de la volonté amoureuse de son Dieu, qui rassemble autour d'elle les puissances [=les énergies du corps et de l'esprit] et semble se les réunir.
C'est une contemplation amoureuse qui n'envisage rien de distinct en Dieu, mais qui l'aime d'autant plus que l'esprit s'abîme dans une foi implicite [=un amour non exprimé en mots ou pensées articulées], non par l'effort, ni par contention d'esprit [=concentration], mais par amour. On ne fait nul effort d'esprit pour s'abstraire, mais l'âme s'enfonçant de plus en plus dans l'amour, accoutume l'esprit à laisser tomber toutes les pensées, non par l'effort ou raisonnement, mais cessant de les retenir, elles tombent d'elles-mêmes."
La clé est l'amour.
Sans amour, rien d'authentique ne se passe, même si l'on atteint un état sans pensées, même si l'on acquière une certitude simple d'être l'ultime, le vide ou la conscience, même si l'on croit réaliser l'absolu. Tout cela reste stérile, et tourne mal dès que les circonstances s'y prêtent. Ou bien même, cette "non-dualité" elle-même devient vide, absurde. On a l'impression d'être épuisé, que rien n'a de goût. Mais le symptôme le plus décisif reste que l'ego y demeure tel quel. Dans cette voie, tout revient finalement à l'ego : la paix, la clarté, le confort du corps, les capacités mentales, et même l'amour, tout est récupéré tôt ou tard. D'où des désillusions et des dérives comme on en voit tant. On peut bien dire que l'on existe plus, se complaire dans un vide factice, raconter qu'on est dans l'indicible, l'amour inconditionnel, la liberté, ou même se livrer à des exercices de privation, d'auto-humiliation, rien n'y fait. Comme dans une sorte de cauchemar, tout revient à l'ego. Tout progrès semble illusoire.
Mais si l'on s'ouvre à l'amour :
"Alors l'âme prend la véritable voie qui est le recueillement intime, où elle trouve la présence de Dieu et un concours merveilleux de sa bonté qui lui fait tomber insensiblement toute multiplicité, tout acte, toute parole, et met l'âme dans un silence goûté."
(Madame Guyon, Discours..., tome I, 46)
La différence entre les deux méditation se ramène à ceci : dans la voie de l'ego, on pratique pour atteindre Dieu - même si l'on prétend être dans le non-agir etc. Dans la voie de l'amour, on se laisse faire. Comme c'est Dieu qui fait, c'est bien fait. Voilà tout.
La différence est d'expérience : dans la première méditation, on a un certain repos. Mais bien insipide, en comparaison de ce que l'amour fait goûter. En fait, c'est seulement l'expérience de l'amour qui nous fait prendre conscience de la vanité des autres voies. Cette approche est la vie. On réalise aussi sa simplicité, accessible à tous. Bref. Il y aurait tant à développer. Mais que chacun goûte, maintenant, par soi-même. Juste se laisser prendre. Infini.
Dans le prochain billet, nous verrons pourquoi cette voie est "savoureuse".
Quelle différence entre méditation et contemplation ?
La méditation est mentale, discursive et est une action continuelle de notre part.
La contemplation est intellectuelle, intuitive et consiste à se laisser faire par l'in-action divine :
"La méditation n'est pas un acte de la raison comme la méditation, mais un acte de l'intelligence...qui nous apprend que Dieu est en nous et nous en Dieu, acte affermi par le continuel exercice de la présence de Dieu, purifié et perfectionné par le secours de la grâce qui nous appelle, nous attire, nous établit et nous conserve en cette vue toute lumineuse et toute amoureuse de la divinité,
où l'âme dit continuellement, sans le dire, que Dieu est".