jeudi 17 avril 2008

Je ne suis pas le Vide





Délaissant le Seigneur du monde,

le dieu auteur de toute chose, omniprésent,

je n'aurais plus de refuge.

Il n'y a a pas d'autre refuge que lui. 261


Je ne suis ni le corps, ni l'intellect,

ni le souffle.

Je ne suis pas non plus le vide qui demeure après leur destruction.

Je les vois et les connais distinctement,

(car) je suis (leur) auteur, je suis celui qui les consume et les dévore. 262


Je suis un, sans support objectif,

ni existant ni inexistant,

je suis inconcevable, à jamais présent/prouvé,

et pourtant, je n'apparais pas sous la forme d'un "ceci". 263


Cette fresque du monde

apparaît encore et encore, en moi,

depuis la Terre jusqu'à Shiva,

manifestée par ma Puissance naturelle. 264


Tout ce qui apparaît au dehors, en cet instant même,

évanescent, sous la forme d'un "ceci", "cela",

depuis le corps jusqu'à Brahmâ,

tout cela repose à l'interieur en vérité. 265


Le corps et sa Puissance, bien que faite d'une pure vibration subtile,

est pris (erronément) pour mon Soi.

Celui qui considère le corps comme son Soi

ne peut devenir Shiva. 266


Ce lui dont la conviction est ferme, sans hésitation,

réalise le Sujet connaissant parfaitement pur.

Celui qui, en un instant, réalise la pure conscience,

devient Shiva tout-puissant. 267


Réalise que tout apparait en toi !

Demeure toujours dans le Soi éternel !

Le Soi est la Lumière de tous les phénomènes,

Le Seigneur sans défaut. 268


Râmeshvar Jhâ, La Liberté de la conscience (Samvitsvâtantryam), Varanasi, 2003






mercredi 9 avril 2008

jeudi 6 mars 2008

Au Coeur des tantras

Qu'est-ce que le tantrisme ?




Une traduction d'une oeuvre de Kshemarâja, maître du shivaïsme du Cachemire du XIe siècle, vient de paraître aux Deux Océans. Dans ce texte assez bref, Kshemarâja présente de façon succinte son enseignement, inspiré par ses maîtres. Il a extrait, dit-il, la crème de cet océan vaste et profond à l'intention de ceux qui n'ont pas le goût des études philosophiques, mais qui néanmoins aspirent à s'absorber au plus intime de l'absolu, à même la vie profane.


Il fût sans doute disciple d'Abhinavagupta et eut, à son tour, des élèves dont certains venus du Sud de l'Inde, comme Madhurâjayogin de Maduraï. De fait, l'enseignement du texte ici traduit, Le Coeur de l'enseignement sur la reconnaissance du Soi comme étant identique au Seigneur (Pratyabhijnâhridayam), s'est répandu dans le Sud au point qu'on en trouve aujourd'hui des manuscrits un peu partout. Ce texte a profondément influencé les traditions tantriques encore vivantes aujourd'hui, comme la Shrî Vidyâ.


C'est par ses Puissances que Shiva est réalisé




Cet être ineffable en forme du couple Shiva-Shakti

Apparaît en tant que mon Soi,

Scintillant, le corps ravis,

Naturellement emplit d'une joie ininterrompue.

Son essence est la manifestation de cette Puissance qu'est l'Acte de conscience. 254


["Son essence est la manifestation de cette Puissance qu'est l'Acte de conscience" : l'Acte de conscience (vimarsha), ce sont les pensées, les perceptions, les souvenirs, les jugements et les songes, qui sont autant de manifestations de la connaissance parfaite que nous avons de nous-mêmes, bien qu'ordinairement nous n'en avons qu'une conscience très imparfaite. Le mental est l'essence du Soi, son âme, sa souveraineté absolue, et non pas un accident du à l''ignorance" (avidyâ), par exemple. Ainsi, les reflets sont l'expression de la nature même du miroir. Ils manifestent sa qualité, sa pureté.]


Qui atteint la Puissance atteint aussi Shiva.

Qui atteint Shiva obtient de ce fait la Puissance.

Tel est l'état ultime,

Que désigne l'expression "fusion amoureuse". 255


Bien que le corps soit présent,

Il se manifeste comme un ornement

Aux yeux de l'adepte, grâce à la Grande contemplation

De l'absence de corps. 256


Il y a un dieu, le Grand Seigneur,

L'unique, fait du visible et de l'invisible.

C'est lui que je suis, toujours.

Et je suis toi, et cela aussi, et cet être indicible. 257


Je suis inconditionné, affranchi de toute apparence,

Apparent par moi-même, Apparence entière.

Dans l'absorption méditative, je suis immuable,

Ni ainsi ni autrement,

Eternel, conscience sans faille. 258


Puis de nouveau, je désire un quelconque objet des sens

Auquel je n'avait pas déjà goûté.

Puisse t-il y avoir jouissance

Encore et encore, naturellement ! 259


[Ces deux derniers vers expriment la même intuition que le vers 257 : l'absolu éprouvé durant l'absorption profonde (samâdhi) est équivalant à la vie sensorielle et mentale (vyutthâna). Les deux fusionnent dans une conscience de soi qui ne cesse jamais. Il n'y a pas de contradiction entre le miroir et les reflets.]


De même que j'habite ce corps sans l'avoir désiré,

Je rend hommage encore et encore aux objets des sens

Qui croisent mon chemin,

Spontanément. 260


La Liberté de la conscience (Samvitsvâtantryam), Râmeshvar Jhâ, Varanasi, 2003.






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