mardi 8 juin 2010

Rencontre autours du Vijnâna Bhairava Tantra - Juin 2010

Jardins de Nishat, Shrinagar, Cachemire


Rencontres autour du
Vijnâna Bhairava Tantra
Lectures de textes du shivaïsme du Cachemire animées par David Dubois

"Les Anciens ont enseigné que le non-attachement systématique
permet l'arrêt du mental.
Mais maintenant, je montre comment
cet arrêt peut se produire sans effort"

Vîranâtha,
Florilège pour l'éveil à soi


Ce tantra est le plus célèbre et le plus commenté depuis la redécouverte du shivaïsme cachemirien au début du XXe siècle. Extrêmement original par rapport aux autres tantras, il se présente comme un extraordinaire catalogue d'expérimentations spirituelles allant des techniques yogiques les plus sophistiquées jusqu'à l'exploration des circonstances de la vie quotidienne la plus banale. Nous lirons ensemble le tantra en sanskrit et ses commentaires, ainsi que plusieurs textes apparentés. Le but de ces lectures est de partager nos expériences dans une ambiance conviviale.

La prochaine séance (entrée libre) aura lieu le dimanche 20 juin 2010 de 14 à 16 heures à Nogent sur Marne, non loin de Vincennes. Aucune connaissance du sanskrit n'est requise.

Si vous souhaitez venir, nous vous demandons juste d'écrire à l'auteur du blog afin de recevoir l'adresse où se tiendront ces rencontres.

lundi 7 juin 2010

Musique yogique

Mon professeur de rudra vina donne un concert au centre Mandapa, à Paris, samedi 12 juin. C'est l'occasion de découvrir une musique exceptionnelle, qui remonte directement à la tradition des Nâths, fondateurs du hatha-yoga moderne.

samedi 5 juin 2010

La lignée Gandharva et autre familles géniales

Kumar Gandharva fût un immense talent, mais surtout un être à la vie tourmentée, tragique et illuminée par sa rencontre avec les troubadours de Kabir. Après le documentaire (d'une série de quatre), revoici un poème de Kabir qui chante notre vraie nature :



Kumar Gandharva a eu des disciples, mais aussi un fils, Mukul Shivputra, lui-même remarquable chanteur :



Voici sa sœur, qui chante ici le poème de Kabir qui est également chanté par les frères Gundecha :



Mais Mukul Shivputra est aussi un personnage haut en couleur. Il a été sannyâsî (ascète renonçant) durant vingt années. Visiblement, il continue de mener une vie de vagabond. Imprévisible, il "disparaît" parfois pour réapparaître dans un drôle d'état. Il y a un an, il fût ainsi récupéré par la police alors qu'il traînait avec des mendiants devant un temple de Bhopal, les cheveux et la barbe hirsute. Pour les anglophones, voir cet article.

Sa famille s'inquiète. Notamment son fils, lui-même chanteur :



Autre grand chanteur et son fils : Mallikarjun Mansour. Écoutez cette composition sur Shiva, un pur chef-d'œuvre :



Même composition, par un chanteur contemporain :



Et enfin, le fils de Mansour chantant sous la douche, jouant le rôle de son propre père dans ce documentaire ! :


Tout appartient à l'intellect, non à soi - Méthode pour éveiller un disciple XII

36.

(Le disciple) objecte : "Mais alors, quel est le substrat des impressions (causées) par les formes matérielles et autres (sensations) ?

(Le maître) : "(Ces impressions et sensations) ont le même substrat que le désir et autres (émotions)".

(Le disciple) : "Mais alors, d'où viennent ces (émotions) tels que le désir ?

(Le maître) : "Nulle part ailleurs que dans l'intellect, car il y a des passages de la révélation qui déclarent :

Le désir, la résolution et l'hésitation (sont dans l'intellect)

Les impressions suscitées par les formes matérielles sont aussi dans l'intellect, car il y a des passages qui le disent :

Où donc les formes ont-elles leur fondement ? Dans le cœur[1]

Ces passages de la Révélation affirment que le désir, l'aversion, etc. sont des attributs des objets qui forment le champs (du sujet connaissant), et non pas pas des attributs du Soi :

Ses désirs ont leur fondement dans le cœur

En effet, (quant il est dans l'au-delà), il a dépassé toutes les peines du cœur

En effet, il est sans attaches

Autrement dit, il est au-delà des désirs

De même, la Tradition dit :

Je déclare que ce (Soi) est immuable

Car il est sans origine ni qualités'

etc. Par conséquent, l'impureté réside seulement dans les objets[2] et non en soi-même/ dans le Soi."

37-38.

Donc tu n'es pas différent du Soi suprême tu n'a rien à voir avec l'impureté liée aux impressions (affectives) suscitées par les formes etc. Ainsi, parce qu'il n'y a nulle contradiction avec (ce que nous enseigne) la perception sensorielle, on doit admettre que l'affirmation 'Je suis le Soi suprême' est raisonnable, comme l'affirment les passages suivants de la Révélation :

Il connaissait ce Soi

Je suis l'absolu

On doit percevoir sans interruption (ce Soi) homogène

Je suis le substrat[3]

Le Soi est le substrat

Il voit que tout est soi-même/ le Soi

Quant pour lui, tout est soi-même/ le Soi

Tout cela est ce Soi

Voici l'indivis[4]

Sans interstice, rien n'est à l'extérieur (de lui)

Car le non né comprend l'intérieur et l'extérieur

C'est l'absolu purement et simplement

Il est entré par cette porte

Les noms de la conscience : le Vrai, la Perception, l'Infini, l'Absolu

Autrement dit, de lui

Il l'émis et le pénétra

Le dieu un qui imbibe tous les êtres, caché en eux

Sans corps dans les corps

Il ne nait pas, il ne meurt pas

A la fin du rêve, à la fin de la veille

Il doit savoir ainsi : il est moi-même/ mon Soi

Celui qui (perçoit) tous les êtres

Il bouge. Il ne bouge pas

Qui le voit, l'aime

Il est le feu

Je suis devenu le premier homme, et le soleil

Entré à l'intérieur, je suis le maître des créatures

Ô fortuné, l'être !

C'est la vérité, c'est le Soi, tu es cela

Et la Tradition établi que tu est l'absolu suprême, le Soi un, délivré de tous les attributs du cycle des naissances et des morts :

Toutes les créatures pures sont l'organe de celui qui est caché en elles

La divinité, c'est le Soi

Dans la cité aux neuf portes

Egal en tous les êtres

Dans celui qui est éduqué et savant

Sans partie dans les parties

Tout est Kṛṣṇa/ Tout est enfanté par le bon dieu[5]


Shamkara (c. 800), Méthode pour éveiller un disciple

[1] Ici comme souvent dans les textes védântiques, le cœur (hṛdaya) désigne l'intellect (buddhi).

[2] Dans les objets au sens grammatical (karma).

[3] Litt. : "Je suis à partir d'en bas (adhastāt)", comme dans l'étymologie de sujet : sub-jectum, ce qui est 'jeté en-dessous', comme la dalle de fondation d'une bâtisse.

[4] Ou : "celui qui est sans facultés (sensorielles ou mentales)".

[5] sarvaṃ vāsudevaḥ. Litt. : "Tout est le fils du dieu bon", tout est Kṛṣṇa.

jeudi 3 juin 2010

Le problème de l'artisanat en Inde

La civilisation indienne est une civilisation indoeuropéenne. Elle est donc fondée sur l'opposition entre la pensée et la matière, entre l'intellectuel et le manuel. En Inde, tout ce qui est manuel est impur et inférieur à ce qui est de l'ordre de la conception. Vous ne verrez jamais un ingénieur changer une ampoule.
Dans le domaine de la facture d'instruments de musique, la situation n'est guère différente. Même les constructeurs d'instrument prestigieux, comme Hemen à Kolkata, font faire les instruments par des artisans sous-payés et sous-équipés, pour les vendre ensuite comme leur s œuvres propres... Voici un petit film ou l'on voit l'un de ces ateliers ruraux, dont l'existence est jalousement gardée secrète par les soit-disant "facteurs d'instruments" de la grande ville comme Hemen. Voilà pourquoi les instruments souffrent souvent de défauts de construction, et voilà aussi pourquoi ils sont si chers. Alors qu'un artisan est payé 5000 roupies/mois dans le meilleur des cas, un sarod est vendu en ville 50 000 roupies, et près de 100 000 roupies pour un sursingar (gros sarod) ! La famille Hemen (dont le patriarche nous a quitté il y a peu) ne lésine pas sur ses marges ! L'emprise de ce clan peu scrupuleux est typique de la situation de l'artisanat indien.




Des activistes sociaux essaient d'aider ces artisans en leur expliquant comment vendre directement leur production sur internet. Dans ce document, on reconnaît notamment Shubha Mudgal, fan de Kabîr et disciple de Kumar Gandharva. Mais malgré leur bonne volonté, on s'aperçoit vite qu'ils ont du mal à franchir le fossé de classe qui les sépare de ces artisans de Mirâj, autre lieu de production d'instruments, mais situé au sud de Mumbay :



De toutes les façons, même si un artisan parvient à avoir pour lui tout l'argent, il se transformera en patron, et sous-traitera à son tour... même si les sous-traitants sont des membres de sa famille ! Les exploités deviennent exploitants dès que l'opportunité se présente.
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...