mardi 17 avril 2018

Weekend méditation à Nantes - juin 2018

Méditer comme Shiva et Shakti
voie de l'espace et du coeur
Stage d'initiation à la méditation dans la tradition du shivaïsme du Cachemire
avec David Dubois
8 et 9 juin 2018 près de Nantes

Un weekend dans une belle salle pour découvrir la méditation
dans la tradition du shivaïsme du Cachemire.

Elle propose deux approches complémentaires :
celle de Shiva, centrée sur l'espace qui dénoue les nœuds ;
celle de Shakti, qui met l'accent sur le cœur qui nourrit.

Des séances de méditation courtes, pour rentrer dans l'expérience, mais sans inconfort.
Inspiré par une tradition millénaire et nourrie par des références précises, mais sans dogmatisme.

Au-delà du stage, une voie complète pour une vie intérieure équilibrée, tête et cœur.
Une découverte immédiate, mais appelée à se développer dans le temps.
Une voie profondément humaine, enracinée dans le meilleur de l'expérience de nos ancêtres.

Animé par David Dubois, philosophe et sanskritiste. Il a étudié en Inde le shivaïsme du Cachemire auprès de maîtres traditionnels depuis près de 30 ans, il traduit les textes et écrit des essais. 

Deux livres pour aller plus loin :
60 expériences de vie intérieure, Almora
Introduction au tantra, Almora

Lieu et horaires : La Foresterie à Vertou 44120 - 10h à 17h
Tarif : 146 euros
Contact et inscription : Pascal Villoutreix 0681245323 p.villoutreix@orange.fr
attention, le nombre de places est limité !

lundi 16 avril 2018

Le yoga naturel


Abhinava Goupta commente quelques versets de la Bhagavad Gîtâ :

Être possédé par le Maître des maîtres : telle est la possession authentique, l'identification au Maître.  

Le yoga est union de l'âme et de Dieu, absorption en Dieu, possession par Dieu : samâvesha, "se laisser absorber".

Plus loin, Abhinava Goupta contraste cette approche affective avec l'approche du Vedânta :

En revanche, ceux qui méditent l'Immense, l’Impérissable, le Soi omniprésent, ceux-là surimposent les attributs du Seigneur (comme l'omniprésence) sur l'Immense (impersonnel et sans attributs). Cependant, même si ceux qui méditent ainsi m'atteignent, Moi (le Seigneur), leur peine est bien plus grande ! Car ils surimposent au Soi les attributs comme la vertu avant de méditer sur lui. De sorte que ces gens qu'ils on affaire deux fois plus de difficultés, alors que le Seigneur est (déjà) présent, sans effort, avec tous ses attributs spontanément présents ! 

(La Quintessence de la Gîtâ, chap. 12, vs. 2 et 5)

Autrement dit, les partisans d'un absolu dépourvu de tout attribut, avec leur théorie de la "surimposition", perdent leur temps à surimposer des qualités divines qui sont déjà présentes en Dieu. Autant se laisser directement absorber en Dieu pour jouir de ses qualités innées. 

Abhinava conclut (vs. 8) que ce yoga de l'amour divin est le "yoga suprême", comme dit Krishna, car il est naturel, authentique, sans artifices (akritrima). Et il cite l'un de ses poème qui célèbre l'intensité du ressenti : peu importe ce que l'on pratique, que ce soit un rituel ou une méditation "intellectuelle" ou des postures (karana). Ce qui compte, c'est la force du sentiment, seule capable d'allumer le feu de la conscience. L'éveil ne dépend pas d'un rituel, d'une spéculation, d'une posture ou d'un état de conscience, mais uniquement de la sincérité du cœur. 

Cela étant, je ne vois pas trop à quelle tradition de Vedânta il fait allusion. En tous les cas, pas à celle de Shankara.

jeudi 12 avril 2018

Si tout est conscience, tout est possible ?

La tradition qui m'inspire le plus est le shivaïsme du Cachemire.



Or, cette philosophie affirme que tout est créé par une seule et unique conscience absolument libre, qui joue à se manifester sous toutes les formes et en tant qu'individus, "comme un roi qui, pour se divertir, joue au fantassin". De plus, cette être conscient est libre de se manifester à soi-même comme autre que soi, libre de séparer et d'unifier à sa guise, bref il/est souverain absolu.

Et moi, Untel, je suis cet être souverain, qui joue à être ce personnage, et qui joue jusqu'à s'oublier dans ce jeu. Autrement dit, il n'existe rien en dehors de moi, conscience universelle. Je suis tout-puissant. Tout ce qui est, ce sont des manifestations de moi à moi : "Le Souverain des dieux s'est lui-même fait prisonnier. Qu'il se libère donc lui-même !".

Autrement dit, tout est possible. Si je souffre, si je subis une existence misérable, c'est parce que, au fond, je le veux. Les camps de concentration, je l'ai voulu. Je suis à la fois celui qui tue et celui qui est tué. Je suis le bourreau et la victime. Une guerre, c'est Dieu (ou la Déesse, comme on voudra) transformé en 10000 Sarrasins, qui tue son autre partie, transformée en 10000 Croisés. Je suis un être qui joue à se tuer lui-même, à se haïr lui-même, à se dominer lui-même, à se torturer et à s'exploiter.

Si je suis pauvre, malade et mal-formé, c'est parce que je le veux. Et ainsi de suite.

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Le côté positif de l'affaire, c'est que tout est toujours possible. Je peux tout. Il suffit de le vouloir. Je suis l'être souverain. Il n'y a pas d'autre obstacles que les croyances que j'ai moi-même créées, et qui ne sont rien d'autres qu'un jeu que je joue avec moi-même, manifesté sous d'innombrables formes. Un seul être à travers d'innombrables corps, dans l'innombrables mondes. Et donc, il suffit de vouloir, de désirer, de ressentir, d'évoquer, d'imaginer, d'appeler à l'être, puisque je suis l'être infini et parfaitement capable de tout. Tous les possibles ne sont que des aspects de moi, comme les branches d'un arbre infini qui repose dans sa graine.

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Dès lors, le shivaïsme du Cachemire n'est-il pas très proche du New Age, de la Loi d'Attraction et de la "pensée positive" en général ? 
Les tantras, et en particuliers les tantras non-duels, insistent pour dire que moi, en tant qu'être conscient, je suis "le joyaux qui exauce les souhaits", "l'arbre d'abondance" et même... la Vache Cosmique ! Il suffit de vouloir. Tout ce qui me résiste, c'est ma volonté, c'est moi contre moi. Je veux passer à travers ce mur et il me résiste ? Cette résistance, c'est une croyance, une habitude ! Et qu'est-ce qu'une habitude ? C'est une volonté si vieille que j'ai oublié qu'elle était la mienne. Tout n'est que volonté. Il suffit de s'en rappeler, et d'agir en conséquence. Les prétendues "lois de la nature" ne sont que des habitudes anciennes, des désirs cristallisés, des plis du vaste tissu que je suis, mais qui reste libre de se "repasser", il suffit de le vouloir. 

De fait, les pratiques tantriques, les sâdhanâs, ne sont rien d'autre que des exercices de pensée créatrice (bhâvanâ) : je veux être riche ? Je visualise la richesse, je récite son mantra, j'exécute ses geste magiques, je m'imagine dans son palais divin... Et miracle : la richesse se matérialise. Car toute matière n'est que matérialisation de ma volonté, de la liberté sans limites que je suis vraiment.

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Alors pourquoi est-ce que moi, qui affirme m'inspirer du shivaïsme du Cachemire, suis-je si critique vis-à-vs du New Age ? Pourquoi n'abonde-je pas dans le sens du pouvoir infini de l'imagination créatrice ?

C'est une question très importance, et extrêmement profonde.

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Voici ma réponse :

1) Premièrement, je ne suis pas adepte du shivaïsme du Cachemire au sens où, contrairement à d'autres, je ne prétends pas être initié, ni faire partie d'une lignée, même si j'ai réellement reçu des initiations traditionnelles. Mais j'ai fais le choix de ne pas adpter cette posture initiatique ou religieuse. Pourquoi ? Par amour de la liberté ? Par ailleurs, je ne prétends pas non plus être spécial : je ne suis pas un éveillé, ni un maître, ni un yogi, ni l'élu d'une révélation spéciale. Je médite et je pratique depuis quelques décennies, mais je suis aussi humain qu'on peut l'être, pour le meilleur et pour le pire. Je ne passe pas à travers les murs. 

2) Deuxièmement, je m'inspire du shivaïsme du Cachemire (et des autres traditions, mais à des degrés moindres). C'est vrai. Mais il s'agit d'une source d'inspiration. Je trouve que le shivaïsme du Cachemire est la tradition "la plus" inspirante. Mais je ne l'imite pas comme un perroquet. Au contraire, je choisi une posture critique, c'est-à-dire que j'interroge les témoignages traditionnels. En fait, pour moi, les "grands maîtres" comme Abhinava Goupta sont comme des amis. J'aime mes amis, mais j'aime encore plus la vérité. Je les respecte, je els estime souvent, mais je conserve mon discernement. Je prends parfois du recul, j'examine le pour et le contre, je problématise, j'envisage différents points de vue. Je remets en question. L'interroge des présupposés. Et ainsi de suite.

3) Troisièmement, il me semble qu'il y a, au-delà des ressemblances apparentes, des divergences fondamentales entre shivaïsme du Cachemire et New Age. Il est vrai que le tantrisme, en général, est très proche du New Age. Si j'étais simplement un "tantrika", un tantrique ou un tantriste (oui je sais, c'est de pire en pire), j'adopterais les croyances new age. pourquoi ? Parce que ce sont les même ! "Je veux, je peux". C'est ça, le tantra populaire. 


Mais le shivaïsme du Cachemire, c'est autre chose. pour être plus précis, je vais m'appuyer sur le Poème pour reconnaître le Maître en soi (Îshvara-pratyabhijnâ-kârikâ), texte fondateur de la philosophie la plus aboutie du tantra non-duel, la Reconnaissance (pratyabhijnâ : rien à voir, soit dit en passant, avec le "massage cachemirien", ceci étant dit sachant que j'adore les massages, et aussi les pulls en cachemire). Son auteur, Outpala Déva, admet certes que nous sommes omniscients et omnipotents. Et il concède aussi qu'une chose apparaît telle qu'on se l'imagine, selon nos désirs et attentes. Mais d'un autre côté, il établi une nette distinction entre mes désirs en tant qu'individu, et ma volonté souveraine en tant que libre conscience. Et, en tant qu'individu, mes désirs se heurtent à la nécessité des lois de la nature. Certes, ces lois sont la libre volonté de Shiva ou Dieu, c'est-à-dire "ma" volonté. Mais voilà : je ne "veux" pas vraiment, vraiment, autre chose que ces lois. Si je me reconnaissais réellement comme conscience, je pourrais faire ou refaire toutes choses à ma guise. Mais je m'identifie à mon corps. Et croire que cela peut changer par quelques mantras, c'est vraiment une croyance. Je suis conscience absolue. Mais en pratique, tout se passe comme si je ne l'étais pas, et comme si cette conscience universelle, "plus moi que moi", était autre que moi. Je peux bien m'imaginer que je suis la conscience universelle, mais tant que je m'appuie sur mon imagination individuelle, cela n'aura, en pratique, que des conséquences....imaginaires. Voilà pourquoi le shivaïsme du Cachemire donne tant d'importance à la "grâce" (shaktipâta). Mais cette grâce n'est pas une énergie que l'on pourrait recevoir de l'extérieur, comme un courant d'énergie électrique. Car la grâce, c'est seulement las conscience elle-même qui se réveille à elle-même. Et cela, elle seule peut le faire. Il y a là un mystère. 

D'un autre côté, il est vrai que je peux toujours vouloir. Mais cela ne changera presque rien. Rien, en tous les cas, aux lois de la nature. Je peux bien vouloir passer à travers les murs : mon désir restera infime face à la volonté divine.

Mais alors, demandera-t-on, à quoi bon cette philosophie ? Qu'apporte t-elle ? Que propose-telle ?
Ce c'elle offre, c'est de s'identifier à la source de tous les désirs. Ce qu'elle suggère, c'est d'inverser le désir, d'ordinaire tourné vers l'extérieur, pour remonter à sa source, au désir pur, au désir pris en amont de tout objectivation. Non le "désir de" ceci ou de cela, mais le désir pur, non-duel, le mouvement absolu, sans construction mentale, avant tout choix. Comment ? Par l'observation des désirs. Mais aussi par la méditation, par l'oraison, qui consiste à retrouver en soi ce désir à l'état pur. 


Et qu'est-ce que cela change ?

Cela change que l'on découvre que l'on peut vivre en cette source de tous les désirs. A quoi bon ? A ceci qu'en cette source, tous les désirs (oui, tous) ne font qu'un avec leur objet, leur buts. Ils sont donc tous comblés. D'où la sensation de plénitude dont on fait l'expérience quand on vit ce désir non-duel. C'est une sensation d'être un avec tout. C'est une sensation d'amour, d'harmonie, de réconciliation. Rien ne chose, objectivement. Mais, mystérieusement, on se sent être à la source de tout ce qui est. Et dans cette source, les conflits ne sont pas encore apparus. Et du coup, quand je vis dans cette unité, je me sens vivre au plan où tout est créé, désiré et connu. Et donc, "je fais et je connais tout ce que je désire", en ce sens précis. Instantanément. Tout "coule de source". Rien n'est changé, tout est changé. Par cette simple découverte intérieure.

De cette expérience naît un sentiment de paix. Et de réconciliation. Et d'acceptation. Mais cela ne signifie pas qu'en tant qu'individu, vous devenez un zombie bien sage. Bien au contraire. En tous les cas, ça n'est pas mon expérience. Au contraire, je me sens plus concerné par le sort de l’humanité, des êtres vivants, et même du cosmos. Je me suis plus souvent appelé, interpellé. Mais cette expérience d’unité me donne de la force, du courage, jusqu'à, s'il le faut, sacrifier mon bien-être personnel, mon intérêt, ma réputation, etc. 

Et dans cette communion avec la source de tout, que miraculeusement je découvre en moi, je sens que tout est possible. Et cela n'endort pas en moi le bon sens, la raison, l'exercice du jugement critique. Bien au contraire. Mais cela apporte une paix, une joie, une espérance même, en dépit de tout. 

Mon corps ne passera sans doute jamais à travers les murs.
Mais moi, en tant que conscience simple, je suis dans chaque atome de ce mur. Ce mur, et tous les autres murs possibles, baignent en moi, sans effort. Et en tant que désir pur, non-duel, désir à la source de tous les désirs, je crée ce mur, à chaque instant. Ce qui, on n'en conviendra, n'est pas une maigre consolation.

Voilà pourquoi, tout en étant inspiré par le tantra non-duel, je critique le New Age, qui entretient sans cesse la confusion à propos de moi en tant qu'individu, et moi en tant que conscience universelle. D'où les éruptions occasionnelles de mégalomanie et l'immaturité que l'on observe régulièrement dans les milieux new age et chez tous ceux qui s'en inspire.

mercredi 11 avril 2018

Respirer avec le coeur


Constantin de Barbançon, un maître du XVIIe siècle français. Parfois difficile, mais si profond ! 
Il parle de la simple orientation de soi vers ce qui est plus vaste. Suivre la pente naturelle vers le centre de soi. S'ouvrir à cette influence. Nul besoin d'autre geste que
de se mettre en présence. Tout s'apaise, à la suite du cœur :

En cet état l'âme est quasi toujours en un certain touchement habituel et interne d'affection qui ne lui laisse son désir oiseux, mais le fait quasi continuellement respirer "Dieu, Dieu, mon Dieu",le servant et l'embrassant de cette sorte en son centre, sans avoir besoin de matière ni motif pour s'exciter, sinon de retourner par attention à soi-même.

Tout est dit. Que faire des pensées ? Les laisser, et se laisser à l'espace infini et vibrant qui fait tout. Ce n'est pas "cherchement de Dieu intérieur", mais plutôt "comme d'embrassement de lui au centre, n'étant en paix que si elle se sent ainsi respirer en Dieu". Il n'y a plus d'attente d'autre chose. Et pourtant, des pensées continuent de surgir : "non que je veuille dire que toute autre pensée extravagante soit entièrement exclue et n'ait aucune place, car cela est impossible en cette vie, mais que cela n'a nulle efficace, si l'homme tant soit peu prend garde à soi."

Tout dépend de l'attention "à soi", tournée vers soi, vers l'espace infini de silence vivant. Et c'est facile, agréable. Si bien que, quand on a "tant peu" goûté à cette riche simplicité, on y revient tôt ou tard. 

Chaque expir va mourir dans la paix.
Chaque inspir remonte à la source de toute création.


(citation de C de B, Les Secrets sentiers de l'amour divin, par JM Gueullette, L'assise et la présence, p. 64)

lundi 9 avril 2018

Du souffle à l'espace

Le geste de Shiva, par Gopinâth Kaviradj


Il y a le verset 26 du Vijnâna Bhairava Tantra :

Quand le centre s'épanouit,
Alors la Puissance du souffle n'entre ni ne sort.
Grâce à cette absence de pensée
On devient Bhairava.

Dans son Explication, Shiva Oupâdhyâya dit que l'on part de l'écoute des intervalles entre les respirations. 
Là, on découvre le "centre", l'état de l'attention qui, suspendue entre deux respirations,
"n'entre ni ne sort". 
Il y a, entre chaque inspir et chaque expir,
un moment de paix,
immobile.
Et dans cet instant d'apesanteur
naît une délectation.
Une expérience nouvelle, sans choix à faire.
Un repose simple,
mais animé d'une subtile vibration.
Et cette délectation continue lors des expirs et des inspirs. Comme si l'arrière-plan immobile de la respiration devenait de plus en plus palpable.
Or, le mouvement du souffle est l'incarnation ou le support, des mouvements de l'attention
c'est-à-dire, fondamentalement, des émotions : 
attraction, aversion. 
Dans ce "centre" qui va en se dilatant, "comme le l'huile se répand dans la fibre d'un tissu", on découvre donc un état d'équilibre, ni dans un sens, ni dans l'autre. 
C'est un état "sans pensée", c'est-à-dire
sans vikalpa, sans bifurcations, sans options ceci ou cela, sans alternatives, sans choix, sans hésitation. 
On ne va ni vers "le dehors", ni  vers "le dedans".

Or, c'est là justement l'état induit par la méditation de Shiva.
Ce "geste" interne, ce geste d'attention (mudrâ) possède de nombreuses appellations dans la tradition tantrique, richesse qui atteste de l'importance de cette méditation : 
geste de Shiva (shiva-mudrâ), 
geste de Shambhou (shambhu-mudrâ),
geste de Bhairava (bhairava-mudrâ), le regard et la bouche grandes ouvertes ;
geste de l'étonnement (vismaya-mudrâ), 
geste divin (divya-mudrâ),
geste secret (rahasya-mudrâ), 
geste qui induit le non-mental (amanaska-mudrâ)...

Ainsi, rien qu'en posant l'attention sur ces instants où le souffle est naturellement suspendu, 
l'attention se fait silencieuse. 
De fait, le commentateur donne ainsi le sens implicite (bhâvârtha) de ce verset 26 :

Et voici ce que cela implique : on doit laisser la totalité des Puissance [=des organes, des "énergies"] comme la vision, par exemple, s'élancer simultanément vers leurs objets respectifs, puis contempler leur vraie nature, c'est-à-dire leur fondement qui est l'être, le frémissement (spanda).
"Sans penser à rien" on s'enracine alors dans le domaine du centre qui imprègne aussi bien l'absorption (=samâdhi) où l'on garde les yeux fermés 
que celle où l'on garde les yeux ouverts.
On s'installe alors dans un état comportant deux facettes : d'un côté, l'ensemble des facultés
se déploie simultanément [=pas d'options, pas de sélection, pas de vikalpa, mais une attention "ouverte", panoramique], de l'autre toute activité mentale a disparue 
[au sens où il n'y a plus de sélection
entre l'intérieur et l'extérieur, 
juste une sorte de présence simple, non-duelle, 
comme un silence,
un arrêt soudain] :

La cible est à l'intérieur [=on ne se laisse pas distraire du silence, pas de mots énoncés mentalement],
le regard est (ouvert) vers l'extérieur [=aucun blocage],
sans (se soucier de) l'ouverture ou de la fermeture des yeux.

C'est la clé profonde, pratique, 
du tantra non-duel et du yoga, aussi bien.
C'est aussi la pratique centrale de l'Amanaska Yoga, du Yoga naturel de la Mahâmudrâ,
du dzogchen "larguer les amarres" (trekcheu en tibétain) et de la Vision Sans Tête de Douglas Harding.
Aussi simple que "puissant", 
selon la belle expression des amateurs de fumette.

Geste d'initiation,
par un maître de la tradition Mahâmoudrâ

Geste d'initiation, dans la tradition dzogchen

Geste d'auto-initiation,
dans...ici et maintenant


L'attention/le corps/le souffle/l'énergie (c'est pareil !)
se fondent dans l'espace,
comme une fleur,
comme le vent,
comme la fumée,
comme la lumière.

Comme disent les maîtres traditionnels,
"c'est la quintessence, l'essence vitale, le nectar
des milliards de tantras, de soûtras et d'instructions secrètes".
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