Bienvenue dans les pâturages de la Vache cosmique.
Philosophie et mystique, voie de la connaissance et de l'amour. Philo-sophia, amour de la sagesse, désir de vérité, expérience et réflexion. Yoga ou union du cœur et de la tête. La philosophie comme yoga, la philosophie comme pratique, éclairée et nourrie par la tradition du Tantra et autres sources que nous ont léguées nos ancêtres. Cours Tantra traditionnel.
"On ne peut rien dire du silence - puisque lui seul a le pouvoir de dire, lui seul détient les cordons de l'être et de la parole, liant et déliant, connaissant et séparant. Tout est déjà dit de ce que nul ne dira, l'heure immense aux ombres démesurées, sans rive ni bord, où la présence n'est de personne et l'incommensurable jaillit d'une mince rainure. Le silence tient l'arbre bien droit, taillé à l'aigu, non point par la chevelure grisonnante des racines mais par la pointe de la cime, par l'aimant de la lumière, et de la feuille ultime à l'azur c'est la même puissance vibratoire, on n'entend rien, on voit, on voit avec des oreilles qui plongent loin en dedans, les fines radicelles du réel, elles puisent au silence, jusqu'au sommet de l'univers où soufflent les vents roulants les astres, les traînes de nébuleuses, poussières de l'esprit clairsemé, radiances, et le silence, le silence éperdu, de toujours à toujours, épars entre les étoiles, sillage fossile à la queue des comètes." Philippe Mac Leod, Variations sur le silence.p. 24
Pippâla L'arbre est sacré dans toutes les cultures. Il l'est aussi dans la tradition Kaula de la Déesse du Tamarinier, cincinî-mata. Cincinî est un nom du Tamarinier, l'un des "arbres kaula", mais c'est aussi une sorte d'onomatopée du "son" de la conscience. Du reste, cincinî consonne avec cit, la conscience. Il est dit que la tradition a sa source dans l'arbre sacré au pied duquel enseignait en silence Mitradeva dans la région de Goa. Plus profondément, l'arbre EST l'enseignement divin dans ses aspects "avec forme" et "sans forme", manifesté et non manifesté. Ainsi, la Déesse nous révèle : "Que l'on sache que l'arbre est (le divin) 'avec forme', tandis que son ombre est le divin 'sans forme'. Les fleurs sont le divin manifesté, tandis que leur parfum est le divin non-manifesté. Il n'y a rien de plus haut que cela/ rien d'autre que cela. Qui le sait jouit de la liberté." (Manthâna Bhairava Tantra, Yogakhanda, version 2, XI, 18-19, édité par M. Dyczkowski dans The Manthânabhairavatantra..., intro. vol. 2, p. 115) Il est dit ailleurs que les arbres ne doivent pas être coupés, ni abîmés, ni gênés, ainsi que les lianes et les fleurs.
L'idée d'un guide n'est pas mauvaise ni absurde. Et l'idée d'une personne humaine à qui s'en remettre touche nos archétypes les plus profonds. Mais c'est peut-être une fausse bonne idée. Si la personne à qui l'on abandonne sa liberté en abuse, ces abus en seront d'autant plus puissants et dangereux. De plus, si une personne est intègre, pourquoi voudrait-elle que je lui abandonne ma liberté ? L'idée des traditions indiennes et tantriques, selon laquelle le disciple doit obéir aveuglément au maître, est une fausse bonne idée. Je lui substitue l'idée d'amitié spirituelle. D'autant plus que, même dans ces traditions, il est clairement admis que le maître n'est qu'un moyen et non pas le but. Le doigt qui pointe la lune n'est pas la lune. La relation au maître devient si facilement une drogue. J'en ai vu tant d'exemples ! Voici une chaîne dédiée à une caricature de cet idéal, mais qui dérive bien, cependant, de l'idéal que les tantras décrivent dans les termes les plus explicites. Tout y est : https://www.youtube.com/channel/UC76WQJ4I2s6QCxdolD6nG1w Dans la tradition chrétienne, en plus des abus sur mineurs, il existe aussi des cas "d'abus spirituel", selon l'expression d'une femme qui témoigne ici :
Et le documentaire d'Arte :
Sur Jean de Dieu, autres abus dans un domaine légèrement différent, mais pas tant que cela :
Autre exemple, en Australie. Ce qui est frappant ici, c'est que les adeptes sont "éduqués". Ce qui en dit long sur l'efficience de l'éducation contemporaine... :
A mon sens, tout cela est intéressant, matière à réflexion. Mais discutable dans les détails. Ainsi, dans ce dernier documentaire plane un certain moralisme puritain qui me semble aussi dommageable que les abus dénoncés.
Karaikkal Devî, chef-d'oeuvre Chola Comme je l'ai dit dans l'article précédent, la Lune incarne la Source divine comme source de nectar de vie. Dans le microcosme, c'est-à-dire dans la personne, la Lune est l'espace de la tête qui s'étend au-dessus de la tête. De là, la Vie s'écoule dans le corps et ses organes. Mais partons d'un texte d'Abhinavagupta, tiré de sa Méditation sur la Souveraine des Trois (Puissances) (Parâtrîshikâvivarana, KSTS p. 183), une oeuvre étonnante, d'une incroyable densité : parameśvaro visṛjati viśvaṃ "Le Seigneur suprême émet/crée toute chose". Le Seigneur suprême est Dieu, la conscience absolument souveraine. Elle/ il "émet", littéralement il "éjacule" toute chose, de soi en soi. Dieu est parfois décrit comme Déesse, la Déesse "qui vomit" (vâmâ) ou "qui expulse" tout hors d'elle, en elle. Vâmâ signifie aussi "belle" et "gauche", au sens de "sinistre", qui va à contre-courant des usages. Elle est le Temps qui engendre et qui dévore tout, l'angoisse de la Mort qui dévore tous les êtres, Bhairavî, "celle qui fait gémir". En sanskrit, "Temps" et "Mort" sont signifiés par le même mot, kâla qui, littéralement, désigne le Temps. Le Temps est la Mort. Mais qu'est-ce que le Temps ? Utpaladeva nous répond : c'est le changement, Or, ce changement est l'extase (visarga), l'acte de création qui caractérise la conscience. Le fait de ne pas coïncider avec soi, jamais entièrement, de ne pas être confiné en son être, est justement l'être de la conscience : liberté absolue. La créativité, la Shakti, n'est donc pas un accident, mais la révélation de l'essence même du divin. Or, cette générosité ne va pas sans destruction. Créer, c'est détruire. Sans cela, tout serait figé, comme sur un écran qui "gèle" et qui se retrouve très vite saturé de formes et de couleurs. La Déesse est donc à la fois "comblée" et "affamée". A jamais satisfaite dans l'extase qu'elle est, et à jamais insatiable. La Reconnaissance de cette extase mortelle en chaque instant est la clé de la liberté en cette vie, à la fois jouissance (bhoga) et délivrance (moksha), vie et mort. tacca dharādiśaktyantaṃ kādi-kṣāntarūpam - iti etāvatī visargaśaktiḥ ṣoḍaśī kalā iti gīyate "Or, cette (extase) va de la Terre au Vide, symbolisés par (les lettres) de "ka" à "ksha". Telle est la Puissance d'extase que l'on célèbre comme étant "la seizième portion" (de la Lune) :" L'alphabet sanskrit symbolise toutes les facettes de l'inépuisable Puissance. La Nouvelle Lune l'incarne aussi. Sur le point de s'effacer, la Lune renaît et fait renaître. A la fin de l'expir, au coeur de l'hiver, au terme de la quinzaine sombre, la sève se remet en mouvement et repart d'un inspir nouveau. puruṣe ṣoḍaśakale tāmāhuramṛtāṃ [ṣoḍaśānāmapi kalānāmāpyāyakāritvāt nityoditatvena cānastamitatvādamṛtāmiti |] kalām | "Dans la Personne faite de seize portions, elle est la 'portion d'immortelle ambroisie' [car elle ne se couche jamais, étant toujours 'en acte'/ 'levée' et parce qu'elle nourrit les seize portions]." ityeṣā hi na sāṃkhyeyā nāpi vaidāntikī dṛk api tu śaivyeva [śaiṣyeveti svātmanaḥ svātmani svātmakṣepe vaisargikī sthitiḥ | iti |] "De fait, cette vision est celle propre au shivaïsme : ça n'est pas celle du Sâmkhya, ni celle du Vedânta." En effet, le Sâmkhya, le Vedânta ont une vision négative de la vie et du corps. Selon ces philosophies exclusivement négatives, l'extase du "je suis" est une illusion. Et tout ce qui en découle (c'est-à-dire tout !) est aussi une tromperie. Le shivaïsme, en revanche, reconnaît dans l'extase créatrice la manifestation du cœur de la conscience. Le plein n'est pas meilleur ; le vide n'est pas meilleur. Le meilleur, c'est de reconnaître dans ces deux moments les deux phases d'une même liberté. L'absolu n'est ni transcendance, ni immanence, mais liberté de sa manifester à sa guise, de nier cela ou de réconcilier ces opposés. La note de l'éditeur, entre crochets, précise : "'Vision propre au shivaïsme' : l'extase créatrice est projection de soi, en soi, par soi", et non pas l'effet d'une cause extérieure à la conscience. visargaśaktireva ca pārameśvarī paramānandabhūmibījam "Et cette Puissance d'extase est la Suprême souveraine : elle seule est la source de l'ultime plaisir." Cette joie est ressentie en soi à l'aube de n'importe quel acte. Ce que j'éprouve alors, c'est l'unité avec tout, tout en me ressentant comme au-delà de tout. C'est le vertige de la liberté sans limites. Voilà pourquoi le shivaïsme du Cachemire ne cherche pas à contrôler les opérations mentales, contrairement à Patanjali. Elle invite plutôt à la dévotion, c'est-à-dire à participer (bhakti) à l'extase divine dont tout est le prolongement. Simplement plonger au cœur de soi, sans chercher midi à quatorze heures. Suivre d'instinct. Il y a une extase au cœur de toute activité. S'y abreuver sciemment est la pratique.
Beginning of a group of verses about the practice of seeing visions of light in the space in front, with open eyes or, like in the following verse, with closed eyes : kapālāntar mano nyasya tiṣṭhan mīlitalocanaḥ | krameṇa manaso dārḍhyāt lakṣayet laṣyam uttamam || 34 || "Staying with closed eyes, putting (one's) attention in (one's) skull, throught the gradual stabilizing of attention, one shall get at the ultimate Goal." In the video below, I have a different reading of the text, with tishtet instead of tishthan, but the meaning is the same.