L'ardeur couve
dans l'immensité.
Œuf chaud
dans la céleste fraîcheur,
arrimée au piquet
d'un regard ouvert.
Ovale du champ de la vue
où sèment les étincelles
du je-ne-sais-quoi,
avant les récoltes du vide.
a
Bienvenue dans les pâturages de la Vache cosmique. Philosophie et mystique, voie de la connaissance et de l'amour. Philo-sophia, amour de la sagesse, désir de vérité, expérience et réflexion. Yoga ou union du cœur et de la tête. La philosophie comme yoga, la philosophie comme pratique, éclairée et nourrie par la tradition du Tantra et autres sources que nous ont léguées nos ancêtres. Cours Tantra traditionnel.
L'ardeur couve
dans l'immensité.
Œuf chaud
dans la céleste fraîcheur,
arrimée au piquet
d'un regard ouvert.
Ovale du champ de la vue
où sèment les étincelles
du je-ne-sais-quoi,
avant les récoltes du vide.
a
A l'ouverture des yeux du myste,
des galets bien ronds
roulent dans mes muscles
plein d'abeilles abreuvées
aux clartés de l'aube.
Un jet vertical
me soulève, tel une langue
fraîche et puissante
qui s'en va goûter les promesses
du silence plein de printemps.
Elle pousse, l'herbe gonflée
comme voile au grand large,
elle balance, la tige dorée
gorgée de sang fondu,
à l'éclat qui vous ouvre la face.
Elle chante, la moinette
réchappée des minables perruches,
des mouettes goulues et débiles ;
ses battements de plumes
soufflent les poussière de la ville.
Elle se ballotte, la fourmi solitaire,
ultime miracle de la vie des petits,
discrète disparition
au recoin des plastiques de la vanité,
sur les rebords des enfers virtuels
flibustés de leur grenelle.
Pattes inaudibles, elle danse après
un final d'avoines,
avant l'hiver tropical.
Le chant de l'eau vivante.
Je lis parfois que "le Tantra/Yoga est vieux de 5000 ans". Mais je crois plutôt que la "technique pour atteindre le silence au-delà du mental", s'il doit y en avoir une, est aussi ancienne que l'humanité, voire plus ancienne. Je ne vois pas pourquoi les néandertaliens et les hominidés n'auraient pu y avoir accès.
Quoiqu'il en soit, c'est très, très ancien. Ces techniques sont simples : s'asseoir les yeux grands ouverts.
Un passage d'une Oupanishad relativement ancienne l'évoque en citant des versets anonymes :
En substance, ils disent qu'il suffit d'écouter la respiration, et de poser l'attention sur le champ visuel. La conscience transcende alors le corps, s'élève au-dessus de la tête et l'on "connaît le suprême et l'inférieur". C'est la "destinée ultime".
Très simple. Et je crois que cela n'a pas existé seulement en Inde, mais aussi en Europe, comme le suggère ces statues :
Shiva porte le croissant de Lune, d'où irradient la Lumière du Tantra,
avec ses rayons innombrables :
aniyantrita-sadbhāvād bhāva-abheda-eka-bhāginaḥ /
yat prāg jātaṃ mahā-jñānaṃ tad-raśmi-bhara-vaibhavam // 15
tataṃ tādṛk sva-māyīya-heya-upādeya-varjitam /
vitatī-bhāvanā-citra-raśmitā-mātra-bheditam // 16
abhimarśa-svabhāvaṃ tad dhṛdayaṃ parameśituḥ /
"La connaissance intégrale
est d'abord engendrée
par l'essence absolument libre :
une, elle est une avec tout !
Elle est la puissance,
source des rayons de la Lune.
Une fois en expansion,
elle demeure ainsi :
affranchie de toute acceptation,
de tout rejet,
lesquels sont engendrés
par sa propre magie.
Cette connaissance intégrale
est révélée en devenant
ses rayons de Lune,
rien d'autre.
Elle se diversifie
à partir de la simple expansion
de ses rayons lunaires.
Telle est la connaissance intégrale,
pensée sans mots (abhimarsha),
cœur du Maître ultime.
Abhinava Goupta, Mâlinîvârttika
__________________________
"Pensée sans mots" : je traduis ainsi abhimarsha, de la même famille que vimarsha "pensée, jugement", qui désigne la Shakti, la Déesse dans le Tantra non-duel.
C'est une pensée intuitive, encore indifférenciée, comme une vision globale, comme la vision d'une cité depuis le sommet d'une colline, dit ailleurs Abhinava Goupta. Cette vision ressemble à l'Intellect (nous) platonicien, une vision globale de tout l'Être. Une pleine conscience, encore indifférenciée, mais pleine des différences à venir.
Et ces différences sont le monde, le Tantra, les traditions et les expériences individuelles, tout à la fois. Et elles ne sont que l'expansion de cette Vision primordiale, comme une intuition non verbale qui s'articule peu à peu.
Tel est le Yoga Intégral, source de tout. La Conscience et l'Être devient les mots et les choses, les noms et les formes.
Mais pourtant, elle demeure une, sans rien rejeter, car elle englobe tout. "Une, elle est une avec tout". Telle est la non-dualité. L'unité pure ne perd rien dans la dualité pure, non parce que la dualité serait pure illusion, mais parce que la dualité est la venue au jour de l'unité, sa révélation (bhedita), l'offrande de son secret, de son essence réelle, de son être intime. Car il est dans la nature de la Conscience de créer, de même qu'il est dans la nature du miroir de refléter. Plus le miroir est pur, plus il reflète.
Ainsi, tout rejet et toute acceptation - c'est-à-dire le samsâra, le mental - sont embrassés dans l'extase infinie qu'est le Vibration primordiale.
Ainsi, le monde, le mental, le Tantra, ont-ils la même source. Ce sont différentes branches du même tronc. Cet enseignement porte donc à la fois sur le monde, le corps, le langage, et le développement des traditions tantriques.
Nous entrons là au cœur du Tantra.
ye 'harniśaṃ prakāśante sarvasya ca na gocare /
numo 'bhinavaguptāṃs tāñ śivacandrāṃśusaṃcayān // 13
"Nous rendons hommage jour et nuit
aux rayons de la Lune de Shiva
qui brillent, (mais) qui ne sont (pourtant) pas du domaine de tous,
(et qui) sont (donc à la fois) "toujours nouveaux" (abhinava) et "cachés" (gupta)."
jayanti jagadānandavipakṣakṣapaṇakṣamāḥ /
parameśamukhodbhūtajñānacandramarīcayaḥ // 14
(Premier verset de la Déesse-alphabet :)
"Les rayons de la Lune de la connaissance
émanent de la face du Seigneur suprême,
habiles à détruire les obstacles à cette félicité qu'est le monde :
gloire à eux !"
Abhinava Goupta, Mâlinîvârttikam
_________________________________
Le maître rend maintenant hommage à Dieu, afin que nous tous lui rendions hommage - afin que Dieu, la Conscience - se rende hommage, de sa forme contractée en sa forme épanouie.
Rendre hommage, c'est 1) se faire humble, se reconnaître inférieur et 2) reconnaître la supériorité de ce devant quoi l'on s'incline. Nous avons, dans ces deux versets, ces deux aspects, puis que nous avons d'abord l'hommage (numah, l'humilité), puis la gloire (jayanti, la supériorité). Selon le Tantra, cet hommage consiste à immerger notre corps, nos sensations, notre pensée et jusqu'à notre inconscience, dans la Conscience "je suis je" (aham aham), la pleine conscience, la Conscience universelle.
Les "rayons de la Lune" sont tous les phénomènes. Mais ici, ce sont aussi les tantras, fragments du Tantra, de la connaissance divine primordiale, c'est-à-dire de la conscience parfaite que la Conscience a d'elle-même.
Ces tantras s'écoulent à travers cinq ou six "faces" qui sont différents aspects de l'Être (Shiva) ou de la Conscience (Shakti). Dieu et Déesse étant deux faces inséparables de la même pièce. Et je rappelle que, selon le Tantra, Shiva n'est pas la conscience immobile face à Shakti qui serait "l'énergie" en mouvement. Ceci est la doctrine du Sâmkhya, non celle du Tantra.
Le but de cette Lumière des tantras est de détruire ce qui fait obstacle à la Lumière, à la reconnaissance que "le monde est félicité". Le monde n'est pas une illusion inexplicable, comme dans le Vedânta. Il est la félicité qui est la Conscience même, car tout est conscience. "L'obstacle", c'est le monde dans la mesure où il n'est pas encore reconnu pour ce qu'il est. La conscience se fait obstacle à elle-même. Elle s'égare dans ses propres pouvoirs. Mais, une fois reconnus, ces "pouvoirs" (le corps, le souffle, le mental, etc.) deviennent les "alliés" de la conscience, de l'éveil, ils redeviennent ses pouvoirs (shaktis), ses "rayons de Lune". Tout est conscience, expansion de conscience.
Enfin, la Conscience est évidente, cette Lumière est évidente. Ce qui revient à dire que la conscience se connaît elle-même par elle-même. Elle n'a pas besoin du corps, du souffle ou du mental ou d'un instrument extérieur. Elle est "à elle-même sa propre preuve", car quand quelque chose "brille", fut-ce le sommeil profond, alors elle brille, car elle est la Lumière qui s'illustre en toute chose. De plus, rien ne peut lui faire obstacle, car si sa Lumière était occultée par une chose, cette chose ne pourrait alors "briller", apparaître. C'est le point essentiel, l'éveil fondamental. Et ainsi la Conscience irradie sans cesse "nouvelle" (abhinava), fraîche, jeune, neuve, sans âge, limpide, immaculée.
En même temps, elle est aussi "cachée" (gupta), elle n'est "pas du domaine de tous" (na sarvasya gocare), car elle est douée d'un pouvoir mystérieux nommé "attention" (apoha-shakti) qui lui permet d'oublier, de négliger, alors même qu'elle brille. Par exemple, je peux me concentrer sur un objet et faire comme si le reste n'existait pas. Eh bien, c'est là ce mystérieux pouvoir que l'on nomme aussi Mâyâ, Magie. Et comme on voit, ce pouvoir est omniprésent dans la vie quotidienne. Voilà pourquoi, même si la Conscience brille toujours, elle doit faire effort pour s'éveiller. La Conscience, en effet, n'est pas toute d'un bloc, car alors il n'y aurait certes rien à faire, mais rien n'existerait, il n'y aurait ni monde, ni rien. Or, il y a un monde, car la conscience n'est pas "statique" : elle a des pouvoirs, elle est pouvoir. Et l'un de ces pouvoirs est le pouvoir d'attention. Pour se réveiller, la Conscience individuelle (=contractée) doit donc faire attention, se retourner vers elle-même, plonger en sa source et ainsi s'ouvrir, entrer à nouveau en expansion, se mettre à l'unisson de la Conscience universelle dont elle n'est certes jamais réellement séparée.
La suite du texte est largement une explication de ce premier verset du Tantra de la Déesse-alphabet.
iti shivam