Bienvenue dans les pâturages de la Vache cosmique.
Philosophie et mystique, voie de la connaissance et de l'amour. Philo-sophia, amour de la sagesse, désir de vérité, expérience et réflexion. Yoga ou union du cœur et de la tête. La philosophie comme yoga, la philosophie comme pratique, éclairée et nourrie par la tradition du Tantra et autres sources que nous ont léguées nos ancêtres. Cours Tantra traditionnel.
PLONGÉE DANS L'AMOUR DIVIN - LES HYMNES D'OUTPALA DÉVA
- avec David Dubois -
Du 11/07/2021 au 16/07/2021 -
à la Chartreuse de Pierre Chatel
S'asseoir et plonger, se laisser guider, sans savoir, par l'éblouissant mystère du Je Suis. Le temps de quelque jours, se donner à cette vie d'abandon au courant de vie, nourris par les Hymnes à Shiva, d'Outpala Déva, un maître tantrique du shivaïsme du Cachemire. Il nous a laissé une magnifique collection de poèmes sanskrits où résonne la joie ineffable dans tous les aspects de la vie : méditation, yoga, vieillesse, mort, sensualité, émerveillement, agitation du quotidien... Une semaine sans pourquoi, disponibles au chant obscur du silence vivant.
Après avoir découvert le shivaïsme du Cachemire en 1990, David Dubois a longtemps vécu en Inde où il a été initié dans plusieurs traditions tantriques. Auteur d'une quinzaine de livres sur cette tradition, il aspire aujourd'hui à la partager en la respectant, tout en la transposant dans l'esprit moderne de liberté ouvert à l'universel, et en restant sensible à un enracinement dans notre culture.
LE YOGA DE LA VIBRATION - INITIATION AU SHIVAÏSME DU CACHEMIRE
- avec David Dubois -
Du 18/07/2021 au 23/07/2021 -
au Domaine de Chardenoux (Saône et Loire)
Ce stage est le premier d'un cycle de trois ans pour découvrir l'immense richesse du shivaïsme du Cachemire.
Cette tradition s'inscrit dans le Tantra : elle ne rejette pas le corps. Mais elle n'est pas non plus ritualiste. Elle est un yoga intégral où tous les aspects de l'être sont reconnus comme des manifestations du divin et donc comme des voies vers le divin. Le yoga de la vibration est le Yoga du Spanda, la plongée dans la pulsation qui anime toutes choses et qui se manifeste en tout, depuis le souffle jusqu'aux états de conscience les plus affinés. Nous chanterons le Poème de la vibration (Spanda-kârikâ) et ses commentaires traditionnels qui décrivent un yoga complet et original, différent de celui de Patanjali. Pour toutes celles et ceux qui veulent s'initier au Tantra authentique à travers ses sources premières. Ce stage sera suivi d'un autre entre Noël et le Nouvel An, et ceci répété sur une durée de trois années.
Après avoir découvert le shivaïsme du Cachemire en 1990, David Dubois a longtemps vécu en Inde où il a été initié dans plusieurs traditions tantriques. Auteur d'une quinzaine de livres sur cette tradition, il aspire aujourd'hui à la partager en la respectant, tout en la transposant dans l'esprit moderne de liberté ouvert à l'universel, et en restant sensible à un enracinement dans notre culture.
Selon leurs ennemis chrétiens, les Gnostiques se livraient à la débauche et prônaient une éthique proche de celle du Libre-Esprit et du Tantra non-dualiste. Il y aurait ainsi eu un Marc le Mage à Lyon vers 180. Ce "Tantra" européen serait alors aussi ancien, voire plus ancien, que celui de l'Inde
Pourtant, quand on lit leurs textes, on est surpris par leur rejet de la chair. Les spécialistes ont conclu que les Gnostiques étaient des ascètes d'un genre platonicien. D'autant plus que certains, en particulier les Séthiens, dénoncent le monde et le corps comme étant des prisons fabriquées par le faux Dieu Yahvé/Yaldabaôth/Allah.
Cependant, la présence du baiser rituel, du bain, des onctions d'huile suggèrent une autre vision. Surtout, la présence de métaphores sexuelles, notamment celle de la "chambre nuptiale" : chaque âme doit retrouver son ange et s'unir à lui pour remonter au Plérôme, à la plénitude originelle. D'ailleurs, le Plérôme est débordant d'entités ineffables, les Eons, qui sont accouplées. Les Eons engendrent les états de conscience par ces étreintes, et d'abord l'Eglise primordiale, l'Assemblée invisible. C'est ce que semble dire le Traité en trois parties :
"Innombrables et illimitée, la progéniture (du Père ineffable) est pourtant invisible (ici-bas). C'est qu'elle est issue de lui, (qui est invisible), Père et fils, à la manière de baisers : par l'effet de leur surabondance, le baiser de personnes s'embrassant mutuellement dans une conscience bonne et insatiable est unique, bien que s'exprimant en de multiples baisers." (trad. Painchaud modifiée)
L'image est fascinante. Le Père est l'absolu. Le Fils est la conscience que l'absolu a de soi. Père et Fils sont donc les analogues de Shiva et Shakti dans le Tantra. Et le problème auquel répond ce passage est celui de la coexistence de l'unité et de la multiplicité. La solution est déjà présente dans le mystère de toute activité organique, et dans le "baiser" : la multiplicité des câlins ne s'oppose pas à l'unité de l'amour. C'est bien le même amour qui se manifeste de diverses manières. Le mouvement ne contredit pas la stabilité. Nous retrouvons la même idée dans la Reconnaissance (pratyabhijnâ), la philosophie du Tantra. En fait, cet extrait aurait pu apparaître dans un tantra ou dans un texte du shivaïsme du Cachemire.
Dès lors, on peut imaginer que le rejet du mariage et de la procréation par les Gnostiques n'est pas incompatible avec une pratique sexuelle semblable à celle du Tantra. Rejet du mariage, symbole d'une relation de domination, avec son cortège de jalousies et de drames. Or, les Gnostiques reconnaissent dans la jalousie et la volonté de dominer, la marque du faux Dieu. On peut alors faire l'hypothèse qu'ils ont aspiré à d'autres sortes de relations, non pas utilitaires ni destinées à conserver et à reproduire l'œuvre maléfique du faux Dieu, mais au contraire à émanciper les âmes de cette prison, par le désir.
Est-ce un hasard si l'amour courtois est né, en France, dans les régions influencées par la gnose ?
L'Inde est la source de la plupart des enseignements spirituels en vogue. Le Yoga, le Tantra, la méditation, l'éveil, la non-dualité : ces idées n'existeraient pas sans l'Inde. Et ce continent est certes vénéré. Mais il n'est pas connu pour autant.
Le Yoga est populaire. Mais qui étudie le Yoga originel ?
Le Tantra est populaire. Mais qui étudie les tantras ?
Le shivaïsme du Cachemire est populaire. Mais qui lit Abhinavagupta ?
La non-dualité est populaire. Mais qui lit Shankara ?
Pour ma part, je suis partisan d'une approche à la fois traditionnelle ET moderne.
Lire les texte, les étudier : c'est la tradition. Les adapter : c'est la modernité.
D'autant plus que les textes de la tradition du shivaïsme du Cachemire - une tradition d'interprétation du Tantra - incite elle même à adapter, à s'approprier la texture des tantras pour se la rendre vivante. Abhinavagupta affirme explicitement que le Tantra est pour tous, au-delà des lieux et des temps, à condition de transposer et d'adapter. Et cela n'est possible que si l'on critique, que si l'on discrimine, afin de séparer ce qui est particulier de ce qui est universel - tout en sympathisant avec ce particulier. Pas question de fabriquer un ersatz impersonnel et déraciné.
A quoi ressemble l'enseignement traditionnel en Inde ? Car enfin, ce qui passe pour du Tantra aujourd'hui est du New Age, la religion née aux USA au XXe siècle. Et je dis cela avec appréciation pour les aspects positifs du New Age. Il y en a. Toutefois, il ne faut pas tout confondre.
Selon la tradition du Tantra, la raison est "l'auxiliaire suprême du yoga", de l'union a Dieu, de la divinisation. Sans textes, pas de Tantra. Sans tantras, pas de Tantra. Sans lecture, pas de réalisation. Même dans le cas, assez rare, d'un éveil sans aucun contact avec aucun texte, la tradition conseille d'étudier des textes, car c'est en eux et par eux que l'on acquiert le langage qui permet de partager l'intuition spirituelle.
Et cette pratique, cette manière de vivre, au contact de "l'instrument pédagogique" (shâstra) formateur, est basé sur l'expérience, la raison et les textes. Le maître a alors pour mission d'expliquer les textes, de mettre en contact avec l'esprit qui a généré ces textes. Ce royaume a trois portes : la grammaire, la logique et l'art de l'interprétation. C'est une manière de vivre, avec sa discipline quotidienne, ses conditions et ses épreuves.
Et la tradition se transmet par débats, par polémiques, questions et réponses.
Voici un débat, en sanskrit bien sûr (et un peu en hindi), entre partisans de Shankara et de Râmânuja, devant l'une des hautes autorités de l'hindouisme contemporain - et au milieu des bruits de perceuse, à Vrindâvan. Regardez au moins les trente premières secondes, même si vous n'entendez pas la langue :
Comme on voit et comme on entend, ces échanges sont loin du climat policé du New Age. La parole est franche, enflammée à l'occasion. Et les textes des grands maîtres sont plein de critiques. Shankara, Abhinavagupta et les autres, n'étaient pas des adeptes de la "communication non-violente". Il y avait certes un cadre, des règles. Mais il n'y avait pas ce culte de la faiblesse bien-pensante qui ronge aujourd'hui l'espace publique, frileux et infesté de charlatans qui mentent et affirment que le Tantra est une thérapie New Age.
En fait, la structure fondamentale de tout texte sanskrit est polémique, puisqu'il comporte trois grand moments : 1 l'exposé de la thèse adverse (pûrvapaksha) ; 2 la réfutation de cette thèse (il peut y en avoir plusieurs) ; et enfin, la conclusion réalisée et prouvée au terme de ces débats (siddhânta).
La culture indienne EST polémique. Avec sérieux et feu, non sans humour.
Le cadre de ce jeu à la fois léger et profond, est celui de l'Art de penser, le Nyâya. Voici une initiation, en anglais, dans la perspective de la culture indienne :
En revanche, les gurus du New Age sont fiers de dire qu'ils n'ont jamais étudié. Ce monsieur explique qu'il a refusé d'étudier le sanskrit pour "ne pas être encombré" et que, de toutes façons, tout ce qu'il dit vient directement de la "Source". Sans vergogne :
Abhinavagupta était un yogi né avec l'intuition innée la plus haute, nous dit-il. Mais il a appris le sanskrit, si bien qu'il fut reconnu, dit-on comme une réincarnation de Patanjali. Et aussi comme le guide de toutes les traditions shaivas. Mais il a étudié, sans trêve, avec passion.
Sur cette autre vidéo, ce même personnage prétend dire l'importance du sanskrit - cette langue précédemment jugée inutile et "encombrante" - mais à l'aide d'arguments New Age qui n'ont rien à voir avec la véritable puissance du sanskrit et de la Parole en général :
Mais, me dira-t-on, nous ne sommes pas des Indiens ! C'est vrai. Il est cependant possible de s'acculturer, comme ces enfants de la tradition Gaudîya :
Je ne suis pas pour l'endoctrinement des enfants, étant un libéral favorable à une culture humaniste gréco-moderne. Je ne suis pas non plus pour l'acculturation. Nous pouvons adapter, extraire de ce très riche patrimoine ce qu'il recèle d'universel. Sans oublier que la culture indienne est parente de l'européenne. Et que, de toutes façons, l'exercice du discernement est indispensable. Nous voulons les vérités qui rendent libre, non les superstitions qui emprisonnent.
Mais pour cela, il faut étudier. Se retrousser les manches, adopter un mode de vie adéquat, se sortir du bourbier des réseaux sociaux, du jeu du papillonage superficiel et entrer dans une existence vouée à la culture de soi par l'étude du meilleur des cultures. Etudier le Tantra, avec le meilleur des humanités et de la science. Cela ne fait pas tout, mais cela nous donne un fond solide.
Voilà pourquoi je m'efforce de partager, dans la mesure de mes possibilités, à travers des articles, des livres, des rencontres et des vidéos.
La vie intérieure, c'est la vie mystique. Ce mot sonne gros, mais en vérité son sens est des plus simples :
"La Théologie Mystique... n'est autre chose que la Science de l'Oraison", de la prière sans mots. Une conversation silencieuse, la plus intime, avec la Vie.
"On la surnomme Mystique parce que tout y est secret et intérieur, la conversation y est cachée avec le Dieu caché, qui cache ses Amants dans la cachette de son visage, et les y met sous l'ombre de ses ailes, à l'abri de la contradiction des langues, et du trouble des hommes. Il ne s'y dit rien qu'entre Dieu et l'âme, de coeur à coeur, par une communication incommunicable à tout autre que ceux qui la pratiquent". (Camus, Profil de la Théologie Mystique)
Comme elle dépasse le langage ordinaire, il n'y a qu'en la goûtant qu'on la... goûte. Cela peut paraître élitiste, mais il n'en est rien, car cette Contemplation, comme on l'appelle aussi, "n'est pas une chose si rare, si difficile, si éminente, ni si peu accessible que beaucoup de gens se figurent". En effet, pourquoi serait-ce difficile ? Il n'y a même pas à supprimer les pensées pour sentir la Vie au-delà des pensées. Il suffit de se laisser aller. Cela ressemble plus à l'amour qu'à une concentration mentale. Donner de l'attention à la Source, l'unique nécessaire. De toutes façons, elle est le véritable Objet de nos désirs.
Mais si je choisis autre chose, même si je me laisse distraire, c'est toujours ce Je-ne-sais-quoi que je désire en réalité. Cependant, cette vision embrouillée de la vie intérieure est regrettable, car elle empêche la plupart des gens de s'y plonger, elle leur coupe l'audace dans l'âme, si j'ose dire. La vie intérieure n'est, ni seulement une grâce qui tombe du Ciel, ni seulement affaire de technique. Il y faut à la fois une grâce, mais qui est toujours donnée à ceux qui se donnent, et une attention, mais sans laquelle il ne saurait y avoir d'amour.
Sans cela, cette vie intérieure de liberté, cette vie vivante plus réelle que tout, devient "comme le Phoenix dont tout le monde parle, et que personne n'a vu".
Facile de plonger, disparaître, de voir que je suis absolument transparent, rien et comme moins que rien, comme un soleil couchant dans un horizon limpide, lumineux. Comment échapper au délice de cette présence qui surgit d'elle-même, vive, infinie, infiniment patiente, présente toute nue, donnée tout entière ? Quelque soit l'effort, il est délicieux comparé à tout autre effort. Penser est difficile, plus difficile que ne pas penser. Lever le petit doigt est plus difficile. La vie ordinaire est plus coûteuse que ce délicat rien qui vibre toujours déjà au cœur.
Tout est pénible, en comparaison de ce libre vol. Tel le bourdon qui plonge dans le pollen, épuisé de tant de butineries, laissons-nous, plongeons, simplement, librement, maintenant.
J'ai entendu quelque part que le bruit est une cause notable de maladies et d'agressivité. Je veux bien le croire, moi qui ait vécu en Inde. Impossible de dormir à Calcutta ou à Madras sans être équipé d'oreillons et d'une bonne techniques yogique de derrière les Himalayas.
Ecoutez le Son intérieur. C'est l'une des pratiques les plus fascinantes, que l'on retrouve dans tous les tantras ou presque. Le Hatha Yoga l'a conservé et parle de la concentration sur les "dix sons". En fait, je pars du son entendu quand je pose mes mains sur les oreilles. Comme dans un coquillage où l'on entend la mer.
Et de là, le Son s'affine, comme "om", jusqu'au "son" de la conscience, jusqu'au son de la Lumière.
Le Vijnâna Tantra décrit ainsi cette aventure :
"Celui qui se familiarise avec l'Immense (révélé comme) Parole Spontanément (entendue) dans le creux de l'oreille - Son ininterrompu s'écoulant (comme le flot) d'une rivière -, Celui-là comprend l'Immense (en sa forme) ultime."
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Ainsi, un simple son organique nous délivre du tracas des bruits extérieurs. Un tintement toujours présent, continu comme un fleuve. Et ce son frais, vif, subtil mais profond, est comme une indication toujours présente qui pointe vers la Parole, vers l'Immense, l'absolu, comme Parole, comme parole qui "dit" tout, de manière indifférenciée. Les bruits ne sont que des gouttelettes jaillies de ce frémissement lointain et proche, ce ronronnement léger et grave comme la cloche de la fin des temps. Cela peut donc se "pratiquer" partout.
Le bruit du silence. Une parole pour l'éternité. Le chant des anges au creux de l'oreille.